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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou le Tartuffe de Moeurs

L'Homme à Sentiments

Louis-Claude Chéron de la Bruyère· créée en 1789, imprimée en 1801· 5 actes· 1 835 vers· 9 personnages

Représentée, pour la première fois à Paris, le 10 mars 1789, par les Comédiens Français du Théâtre Italien, et reprise le 5 vendémiaire an 9 (1800) par les Comédiens Français de l'Odéon, réunis aujourd'hui au théâtre de Louvois.

Personnages

  • GERCOUR, ancien tuteur de Valsain et de Florville, tuteur de Julie
  • MADAME GERCOUR, jeune femme, épouse de Gercour
  • JULIE, orpheline, pupille de Gercour
  • SUDMER, marin, oncle de Valsain et de Florville, ami de Gercour
  • VALSAIN, frère aîné de Florville
  • FLORVILLE, frère cadet de Valsain
  • MARTON, vieille servante
  • LAFLEUR, valet de Valsain
  • UN DOMESTIQUE DE MADAME GERCOUR

ACTE I

Le théâtre représente le salon de l'appartement de Monsieur et Madame Gercour.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Julie entre rêveuse, Marton ; elle dépose le houssoir et l'emporte en sortant.

MARTON

Tout.

MARTON

J'entends.

JULIE

Quoi ?

MARTON

Qui ?

MARTON

Promettez.

MARTON

Bon.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Florville, il entre en sautant, Marton.

MARTON

Ruiné !

FLORVILLE

Sans ressource.

MARTON

Eh ! Merci de ma vie !...

Merci de ma vie : Par forme de serment. Sur la vie, très certainement ou très expressément. [L]

MARTON, à part, riant

Ah ! Ah !

FLORVILLE

Quelques centaines De pistoles.

Voici la correspondance entre les monnaies : 1 écu = 3 francs. 1 écu = 3 livres tournois. 1 livre tournois = 20 sols. 1 sol (sou)= 4 liards ou 12 deniers. 1 liard = 3 deniers. 1 pistole = 10 francs ou 10 livres tournois. 1 blanc = 5 deniers. 1 petit sesterce romain = 18 deniers tournois. 1 grand sesterce romain = 1.000 petis sesterces, (25 écus environ). 1 louis d'or = 11 livres.

FLORVILLE, lui fermant la bouche avec la main, et l'embrassant

Adieu, Marton.

SCÈNE V. Les mêmes, Valsain.

VALSAIN

Ô temps ! Ô moeurs !

Traduction de la location latine : O tempora, O mores.

FLORVILLE, s'en allant en sautant

À tout âge, l'on peut et l'on doit s'amuser.

SCÈNE VI. Valsain, Marton.

MARTON

Quoi ?

MARTON, apercevant Gercour

Voici mon maître.

GERCOUR avec un geste d'intelligence, à Marton

Sors, mais ne t'éloigne pas.

Marton sort.

SCÈNE VII. Gercour, Valsain.

VALSAIN

Eh bien ?

VALSAIN

Quoi ?

VALSAIN, en s'en allant

Il me suffit d'avoir votre consentement. Votre amitié surtout.

Lui prenant la main.

SCÈNE VIII. Gercour, Marton.

SCÈNE IX. Gercour, Sudmer, Marton.

SUDMER

Non, d'honneur. La jeunesse A besoin de leçons. La meilleure sagesse Est celle qui succède à la folie.

D'honneur : d'honeur ; sur mon honeur : espèces d'interjections et de sermens. [FC]

SUDMER

Oui.

SUDMER

Qui ?

GERCOUR, à Marton

Tais-toi.

SUDMER

Bon.

GERCOUR

Non pas.

ACTE II

SCÈNE I. Gercour, Marton.

SCÈNE II. Gercour, Valsain.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Valsain, Julie, traversant le théâtre est arrêtée par Valsain.

JULIE, voulant se retirer

Pardon.

JULIE, en fuyant

Ô Dieu ! Relevez-vous.

SCÈNE V. Valsain, Madame Gercour.

MADAME GERCOUR, s'arrêtant au milieu du théâtre

Il faut en convenir, l'attitude est étrange, Je ne m'attendais pas...

VALSAIN, à part

Donnons ici le change.

SCÈNE VI. Les mêmes, un Laquais.

LE LAQUAIS, remettant une lettre

De la part de Madame Mélise.

MADAME GERCOUR

Permettez que je lise.

VALSAIN, vivement

Attendez un moment.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Valsain, Marton.

VALSAIN, à Marton qui entre et qui va pour sortir

Marton...

À part.

Faisons-lui notre cour.

VALSAIN, la retenant

Demeure.

MARTON, voulant toujours sortir

Mais, mon maître, Monsieur.

VALSAIN, la retenant

Il fait grand cas de toi.

MARTON

Mais...

VALSAIN

Son ami ?

VALSAIN

Eh bien ?

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Valsain, Florville.

FLORVILLE

Je dois moins.

VALSAIN

Achevez.

SCÈNE XI.

SCÈNE XII. Valsain, Marton, elle vient voir s'il n'y a personne.

MARTON, surprise

Monsieur...

VALSAIN, en sortant lui faisant un signe et un sourire d'amitié

Non, je sortais.

SCÈNE XIII. Sudmer, Marton, retournant à la coulisse et appelant Sudmer.

ACTE III

La scène représente l'appartement de Florville, aussi dénué que celui de Béverley, avec de vieux tableaux.

SCÈNE I. Sudmer, Marton.

MARTON

Un peu.

MARTON

J'y vais.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Sudmer, Marton.

SCÈNE IV. Sudmer, Florville, Marton.

FLORVILLE

Très franc.

FLORVILLE

Fort bien ;

FLORVILLE

C'est un sot.

FLORVILLE

Comment ?

FLORVILLE

Combien ?

SUDMER

Trente ou quarante Pour cent.

On entend du bruit en dehors.

FLORVILLE

Un bien ?

SUDMER

Vraiment.

SUDMER

Oui.

SUDMER, souriant

Incessamment.

SUDMER

Ah !

FLORVILLE, montrant les tableaux

Ma race ici fourmille. Si vous êtes jaloux de portraits de famille, Vous ne pouviez, mon cher, aujourd'hui tomber mieux. Tout mon appartement est plein de mes aïeux. C'est du Van_Dyck tout pur, pas une seule croûte ; Mais cela ne vaut rien pour vous.

Van Dyck, Antoine (1599-1641) : peintre flamand du XVIIème, il fit, entre autres, des portaits de la Cour de Charles Ier d'Angleterre.

FLORVILLE

Vous vous faites prier. Tenez, voici d'abord ma tante Dulaurier. C'est elle sous ma main qui tombe la première ; Elle mourut suivant son époux à la guerre : Elle a valu son prix dans son temps à la voir, Mais je ne la vends pas ce qu'elle a pu valoir. Elle est peinte en bergère à l'abri du feuillage D'un hêtre qui lui prête un favorable ombrage. Ses moutons innocents paissent à ses côtés. Que de grâces, d'attraits, de charmes, de beautés ! Fidèle Amaryllis, elle attend son Tytire. Combien cela vaut-il ? Cent francs.

Amaryllis : Nom transporté dans la botanique, et qui est celui d'une jeune bergère dans Virgile et Théocrite (Amaryllis). [L]

Tytire : Ce n'est pas seulement le nom d'un Pasteur dans la première Églogue de Virgile ; c'est encore le nom que l'on donnait à des gens de la suite de Bacchus, de ses serviteurs, de ses compagnons. [T]

SUDMER

Ah !

FLORVILLE

Pour faire en peu de mots, sans recourir aux fables, L'éloge de leurs coeurs et de leurs grands talents, Mes deux oncles étaient les d'Aguesseau du temps.

Aguesseau : D'Aguesseau Magistrat et homme politique, a contribué à codifier et unifier la législation.

SUDMER

Allons.

FLORVILLE

Oui.

SUDMER

Tant pis.

FLORVILLE

En effet.

FLORVILLE

J'enrage.

FLORVILLE

Non.

SUDMER, jetant encore les yeux sur le tableau

Non ? Plus je l'envisage... Quatre cents.

FLORVILLE

Non.

SUDMER

Six cents.

FLORVILLE

Tout à fait.

SUDMER, se cachant pour pleurer

Je crains de me trahir.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Florville, Marton.

MARTON

Jouer ?

FLORVILLE

Qui dit ?...

SCÈNE IX. Sudmer, Marton.

SCÈNE X. Les mêmes, Gercour.

ACTE IV

SCÈNE I.

Le théâtre représente un cabinet d'étude.

SCÈNE II. Valsain, Lafleur.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Valsain, Madame Gercour.

MADAME GERCOUR

J'aimerais ?...

MADAME GERCOUR, avec dignité

Il est fait.

VALSAIN, dédaigneusement

Bon.

MADAME GERCOUR

Comment ?

MADAME GERCOUR

Qu'entends-je !

SCÈNE V. Valsain, Gercour.

VALSAIN, à part

Gercour !

Haut allant vers lui.

Ah ! Mon ami.

GERCOUR, le maintien accablé

Ma femme...

VALSAIN, à part

Je frissonne.

Haut.

Eh ! Bien ?

GERCOUR, sans regarder Valsain

Elle se perd.

VALSAIN, à part

Je respire.

SCÈNE VI. Les mêmes, Lafleur.

VALSAIN, avec humeur

Que veut-il ?

LAFLEUR

Vous parler.

VALSAIN

Je ne puis.

SCÈNE VII. Gercour, Valsain.

VALSAIN

Qui donc ?

GERCOUR, allant au paravent

Voyons donc.

GERCOUR

Bon.

VALSAIN

Entrez.

GERCOUR

Je fais retraite.

Il entre.

Entrouvrant la porte du cabinet.

Ah ça, vous êtes sûr qu'elle sera discrète.

MADAME GERCOUR, entrouvrant la porte

Puis-je sortir ?

VALSAIN, la retenant

Oh ! Non.

MADAME GERCOUR, entrouvrant la porte

Surtout appuyer bien Sur le fait.

MADAME GERCOUR, entrouvrant

Je dois...

GERCOUR, entrouvrant

Il faut...

SCÈNE VIII. Valsain, Florville.

VALSAIN, l'emmenant du côté opposé à Gercour

Moi !

VALSAIN

Mais...

GERCOUR, à Florville

Je vous soupçonnais injustement, Florville. Je connais votre coeur, et le mien est tranquille : Pardonnez-moi.

Gercour et Florville se font beaucoup d'amitiés sur le devant du théâtre, et ont l'air de causer tout bas. Valsain est un peu interdit derrière eux.

SCÈNE IX. Les mêmes, Lafleur.

LAFLEUR, à Valsain

Le juif Alexandre.

VALSAIN, bas

Tais-toi.

FLORVILLE

Bon.

SCÈNE X. Gercour, Florville.

GERCOUR, à part

Il faut que je lui dise tout.

Haut, mais à l'oreille.

Une petite fille...

GERCOUR

Peste !

FLORVILLE

Eh ! bien !

FLORVILLE

Bon !

GERCOUR, montrant le paravent

Là derrière.

GERCOUR, le retenant

Elle a sa réputation À garder.

GERCOUR, le retenant

Je ne permettrai point...

SCÈNE XI. Les mêmes, Valsain.

VALSAIN, entre précipitamment, et veut arrêter Florville

Florville, voulez-vous ?

FLORVILLE, leur échappant

Valsain, je la verrai.

Ayant ouvert le paravent, aperçoit madame Gercour, et le referme soudain.

Ciel ! Que vois-je ?

À part.

Sauvons les coupables.

Haut.

Mon frère...

GERCOUR

Tant mieux.

FLORVILLE

Sortons.

SCÈNE XII. Valsain, Madame Gercour.

VALSAIN, ouvrant le paravent

Nous sommes seuls, Madame.

MADAME GERCOUR, respirant à peine

Ô Ciel ! Quelle surprise !

VALSAIN, la laissant sortir

Votre indiscrétion ferait mon désespoir.

SCÈNE XIII.

ACTE V

Le même Salon qu'au premier Acte.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Madame Gercour, Gercour.

MADAME GERCOUR, d'un ton douloureux

Mais le voici... Monsieur,

MADAME GERCOUR, à part

Suis-je assez confondue !

GERCOUR

Achevez.

GERCOUR

Moi !

MADAME GERCOUR

Qui ! Lui !

MADAME GERCOUR

Depuis quand ?

MADAME GERCOUR

Où loge-t-il ?

GERCOUR

Ici.

MADAME GERCOUR

Pourquoi donc ?

SCÈNE III.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Valsain, Sudmer, Marton.

VALSAIN

Marton, donnez un siège à monsieur Lisimon.

Marton approche un siège à Lisimon, et sort.

SUDMER, à part

Le scélérat !

Haut.

Monsieur...

SUDMER

Ah !

SCÈNE VI. Valsain, Marton.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Valsain, Sudmer, toujours pris pour Lisimon.

VALSAIN, le repoussant avec colère

Très positivement vous ne le verrez pas.

Il appelle.

Lafleur.

SCÈNE IX. Les mêmes, Florville.

FLORVILLE

Qui ?

VALSAIN, montrant Sudmer

Monsieur que voilà.

FLORVILLE

C'est un juif.

FLORVILLE, avec douceur

Allons, retirez-vous.

VALSAIN, avec fureur

Retire-toi donc, traître !

Tous deux le poursuivent dehors.

SCÈNE X. Les mêmes, Gercour, Madame Gercour, Julie, Marton.

FLORVILLE

Chez ?...

VALSAIN, à part

Le traître !

SUDMER, les déchirant

Je les annule ici.

SUDMER, avec force

Sors...

Valsain sort.

Sudmer se retournant vers Florville.

Pour ce libertin...

FLORVILLE

Mon frère...

FLORVILLE

Je...

SUDMER

Non.

FLORVILLE

Croyez.

SUDMER

Bien dit.

JULIE, à Marton

Chère Marton !

1 835 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica