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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en Trois Actes

L'Intrigue des Carosses à Cinq sous

Chevalier· créée en 1665, imprimée en 1663· 3 actes· 961 vers· 8 personnages

Représenté pour le première fois [en décembre 1663] sur le Théâtre Royal du Marais.

Personnages

  • CLIDAMANT, mari de Clarice
  • CLINDOR, mari de Lucrèce
  • CLARICE
  • LUCRÈCE, travestie en homme
  • GUILLOT, valet de Clidamant
  • RAGOTIN, valet de Clindor
  • BÉATRIX, suivante de Clarice
  • LISETTE, suivante de Lucrèce
MADAME,

À MADAME DE LA CHASTAIGNERAIE.

Je ne sais si vous approuvez le dessin que j'ai pris de vous offrir ce poème ; mais j'ose espérer que vous ne blâmerez point mon zèle, quand vous saurez que je vous dédie cette pièce plus par un hommage respectueux que je vous dois que pour vous faire un présent. J'ai tant d'obligations à Monsieur de La Chastaigneraie votre digne mari, et je sais si peu par où les reconnaître, qu'encore que je vous donne cet ouvrage, je prévois que je lui serai redevable toute ma vie ; de sorte, Madame, que j'ai cru que comme il a fait choix de votre charmante personne pour vous donner ses voeux les plus tendres, je devais aussi vous choisir pour vous donner ce que j'avais pu lui présenter, sachant que vous êtes ce qu'il aime le plus au monde.

Si cette pièce peut passer pour quelque remerciement, à qui puis-je mieux m'adresser qu'à la plus chère partie de lui-même pour la lui offrir ? Je sais bien que ce n'est pas ici un ouvrage digne de vous être présenté ; mais ce qui me console, c'est qu'il n'en est point dont le mérite ne soit fort en dessous du vôtre. : comme il n'est point d'objets qui puisent être comparables, aussi n'est-il point d'auteurs qui vous puissent rien donner d'égal à vous. Cependant, MADAME, comme j'ai vu cette comédie suivie de quantité d'honnêtes gens, qui n'en sont jamais sortis que fort satisfaits, j'ai moins de répugnance à vous la présenter. Il est que si elle a eu quelques applaudissements, elle vous en doit toute la gloire, puisque le première fois qu'elle parut et qu'elle eut l'honneur de vous attirer, vous en dites si obligeamment et si hautement du bien, que toute l'assemblée vous l'entendant louer de si bonne grâce, elle ne put s'empêcher d'en faire de même à votre exemple : je m'imagine encore voir tout ce peuple vous applaudir, et dire en son âme ;

Ô Ciel ! Quel objet adorable, Vient nous ravir en tous lieux ! C'est, je crois, le plus grand des Dieux, Oui, c'est l'Amour ou son semblable. **** Mais las ! Dis-je misérable ? Je sais que l'amour n'a point d'yeux Et j'en aperçois ici deux, Dans le charme est incomparable. **** Pourtant cette rare beauté Sut passer pour Divinité Sans rencontrer aucun obstacle ; **** Dès que son visage eut brillé, Tout le monde cria miracle, Et resta tout émerveillé. ****

Jugez, Madame, si après un tel ravissement tout ce monde n'aurait pas voulu trouver une occasion aussi favorable que celle que j'ai, pour se dire, comme j'ose me dire, avec une soumission respectueuse,

MADAME,

Votre très humble, et très obéissant serviteur, CHEVALIER.

AVIS DU LIBRAIRE au Lecteur

L'Intrigue des Carrosses à cinq sous que je te donne, et que, j'expose à tout ta censure a paru sur le Théâtre du Marais si avantageusement et acquis tant de gloire à son auteur par les applaudissements que peut-être toi-même tu lui as donnés, que de peut te faire tort dans l'inégalité de tes jugements je veux croire que tu lui rendras le même justice, ou que tu auras la même bonté que tu fis paraître quand tes suffrages contribuèrent à sa réussite. Tu as sans doute l'esprit trop bon pour t'être laissé surprendre à la délicatesse de la représentation, et à la beauté des habits, et comme il y a des personnes qui ont si mal traités de la nature, que le fard est employé pour réparer les défauts que le Ciel a répandu sur elles, il y en a d'autres de qui les charmes ont le pouvoir d'embellir le fard. Si l'auteur qui se sert de mon ministère pour favoriser la public de cette pièce, avait moins de modestie, je dirais que quelque empressement qu'il y avait eu à en voir les fréquentes représentations qui en ont été données, elle est encore plus attendue pour le beauté et de son invention qu'elle ne le fut autrefois pour la nouveauté de son titre. Ceux qui l'ont vue, aspirent à la voir encore plus pour goûter la même satisfaction qu'ils ont déjà reçue peut-être plus d'une fois, et ceux qui ont été assez malheureux pour n'avoir pu jouir jusqu'à présent d'un divertissement si souhaitable, n'ont pris l'envie de désirer une occasion favorable de s'y rencontrer que sur la foi du rapport avantageux qu'on leur en a fait. Quoique j'en sois maintenant possesseur, je ne me fusse point hâté de mettre cette comédie sous la presse dans la juste impatience que témoigne ce qu'il y a d'honnêtes gens de Paris, de digérer à loisir toutes les beautés qu'ils y ont remarqué en peu de temps, pour y rencontrer tout le plaisir qu'ils y trouveront quand ils y appliqueront des réflexions nécessaires. S'il m'est dû de la reconnaissance pour le zèle que je fais paraître pour ton contentement, tu peux l'employer à précipiter le débit de tous les exemplaires que je te réserve, et de ma part je te proteste que si par malheur il y a quelque chose qui te choque la vue, et qu'il se soit glissé quelques fautes dans l'impression, je serai plus soigneux de les corriger dans la seconde édition qui est sera faite.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Lucrèce, travestie en homme ; Lisette.

LISETTE

J'obéis.

Elle se cache dans une aile du théâtre.

SCÈNE II. Lucrèce, Clarice, Béatrix.

LISETTE

Comme on dupe aisément et les yeux et l'esprit, Lucrèce assurément gît dessous cet habit.

Gésir : Être étendu couché. Plus rare, être caché, se trouver. [L]

BÉATRIX

Les femmes à présent portent le haut de chausses ! Je n'aurais jamais cru votre apparence fausse.

Haut de chausses : Ancien nom de la partie du vêtement de l'homme qui le couvre depuis la ceinture jusqu'aux genoux et qui était retenu par une ceinture mobile. On dit aujourd'hui culotte. [L]

SCÈNE III. Clindor, Ragotin.

RAGOTIN

Monsieur encor un coup, ce tour-là ne vaut rien, Il faut que vous ayez une âme bien tigresse ; D'aller voler ainsi votre femme Lucrèce, Comment ? Tout emporter et tout prendre chez vous, Pour aller le porter à la gueule aux filous ? Car il n'est rien plus vrai qu'en ces Académies, Il se commet souvent force friponneries. Témoin certain manteau doublé du même drap, Dont à mon grand regret il me fut fait un rapt : Dans ce maudit endroit ; où tout chacun abonde, On y voit des futés s'il en est dans le monde ; Le fils dupe le père et le père le fils, Ils se pendraient plutôt qu'ils n'eussent vos louis Là dans ce maudit lieu plein de libertinage ; Et vous et vos louis sont d'abord au pillage, Et si tôt qu'ils ont mis mon maître au rang des gueux, Il sort, et ces matois partagent tout entre-eux. Si bien qu'après cela vous allez vous ébattre, À faire comme on dit, chez vous rafle de quatre, Et tout ce qui se peut rencontrer sous vos mains, Vous l'allez justement porter à des gredins, Qui n'ont le plus souvent pour toute leur richesse Qu'une paire de mains pour les tours de souplesse, Pour attraper la bourse aux pauvres innocents, Ainsi qu'ils vous ont fait malgré toutes vos dents. Des tours de ces adroits valent mieux que les vôtres Puisqu'ils savent fort bien vivre aux dépens des autres, Mais vous qui ne savez vivre qu'à vos dépens, Vous ne serez jamais rien qu'au rang des rampants Et vous serez contraint de faire quelque affaire, Qui très certainement nous sera fort contraire.

Rafle : Terme de jeu. Coup où chacun des dés amène le même point, ainsi dit parce qu'il rafle, gagne. Faire rafle. [L]

RAGOTIN

Ils seront bientôt évanouis Diable, quel ménager ! On voit sur son visage Qu'il vendra tout dans peu pour vivre de ménage. Mais tandis qu'il s'en va pousser le paroli, Je m'en vais me donner d'un doigt de rossolis, Aussi bien quelqu'un vient.

Paroli : Terme de jeu. Le double de ce qu'on a joué la première fois, à la bassette, au pharaon, etc. Gagner le paroli. Jouer au trictrac partie, paroli et le tout. [L]

Rossoli : Liqueur composée d'eau-de-vie brûlée, de sucre, et de jus de quelque fruit doux, tel que celui de cerises, de mûres, etc. [L]

SCÈNE IV. Clarice, Lucrèce, Béatrix, Lisette.

CLARICE

Adieu, votre servante : Ô Ciel fais réussir le dessein que je tente, Nous avons toutes trois chacune notre loup, Tâchons de n'être pas surprise tout d'un coup. Mais le voici déjà ; voyons ce qu'il veut faire, Et dessus son projet nous ferons notre affaire.

Elles se cachent.

Loup : Espèce de masque de velours noir que les femmes ont porté pendant quelque temps pour se préserver du hâle ; il n'était point attaché, et elles le tenaient avec un bouton dans la bouche ; ainsi dit parce que d'abord il faisait peur aux petits enfants. [L]

SCÈNE V. Clidamant, Guillot.

GUILLOT

Monsieur, excusez-moi, si je vous persécute, C'est pour vous détourner de chercher chape-chute. Et qu'est-il de besoin de courir en lutin, Vous pour faire l'amour, moi pour mourir de faim ? Dans le temps que je souffre et mille et mille peines Vous faites le Rodrigue auprès de vos Chimènes, On vous voit tout le jour en fiacres à cinq sous, À faire l'entendu, le beau fils, les yeux doux, À nommer vos objets de merveilleux chefs d'oeuvres, Cependant que Guillot avale des couleuvres. Ah, Monsieur j'aimerais tout autant me voir mort, Que d'être à tout moment à courir le bon bord, À la Place Royale, et puis aux Tuileries, Luxembourg, l'Arsenal, ce sont nos galeries, Si vous voulez Monsieur que nous vivions sans bruit, Ne nous embarquons point sur la mer sans biscuit. Je sais de bonne part que l'amour vous fait vivre, Mais sans repaître un peu, je ne vous saurais suivre, Avant qu'aller plus loin, prenons le bon parti, Et faisons, s'il vous plaît, beati garniti.

Chape-chute : Bonne aubaine due à la négligence ou au malheur d'autrui. Attendre, chercher chape-chute. [L]

Rodrique et Chimène sont deux jeunes personnages amoureux du Cid de Pierre Corneille. On lit Climène dans l'édition originale.

Les lieux cités sont les limites approximatives de Paris./ LA Place Royale est maintenant le Place des Vosges à se situe l'action. Les Tuilleries sont à l'Ouest au delà du Louvre, Le Luxembourg est au Sud et l'Arsenal à l'Est proche La Bastille.

Beati : On dit Beati garniti vaut mieux que Beati quorum pour dire qu'il vaut mieux avoir la main garnie, quand on a une affaire ou une entreprise utile, s'il n'y a point de crédit : ou pour être en garde contre des événements imprévus. [Nouveau dictionnaire proverbial, satirique et comique]

CLIDAMANT

Lorsque je suis sensible, il faut que tu sois souche.

Souche : Il se dit par comparaison, pour exprimer l'immobilité, l'inertie. [L]

SCÈNE VI. Clarice, Lisette, Breatrix, chacune un loup ou masque sur la figure.

CLIDAMANT

Laisse-moi.

GUILLOT

En nous voyant partir, criez tous bon voyage, Allons bon train cocher, touche tes bourriquets, Sans verser, s'il se peut, mène-nous au Palais.

Bourriquet : Petit ânon, âne de petite taille. [L]

Verser : Renverser sur le côté une charrette, une voiture qui est en train de cheminer. Ce cocher a versé sa voiture. [L]

SCÈNE VII.

L'HOMME

Ce coquin...

GUILLOT

Détalons, maudites haridelles.

Haridelle : Terme familier. Mauvais cheval maigre. [L]

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Clindor, Lucrèce.

SCÈNE III. Clarice, Béatrix, Lisette.

SCÈNE IV. Clidamant, Guillot.

CLIDAMANT

Non.

SCÈNE V. Clidamant, Clarice, Guillot.

CLIDAMANT

Te tairas-tu, maraud ?

Maraud : Terme d'injure et de mépris. Celui, celle qui ne mérite pas de considération. [L]

GUILLOT, à genoux

Pardon.

SCÈNE VI. Clindor, Clidamant, Guillot.

CLINDOR, sortant du carrosse avec Lucrèce et un autre

Adieu, Messieurs, je suis votre humble serviteur.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Clarice, Lucrèce, Béatrix, Lisette.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Lucrèce, Ragotin.

LUCRÈCE

Ah mort !

RAGOTIN

Fort bien.

RAGOTIN

Coupez.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Clindor, Ragotin.

SCÈNE VI. Clidamant, Guillot.

SCÈNE VII. Clidamant, Guillot, Lisette.

CLIDAMANT

Tais-toi.

CLIDAMANT

Je le veux.

SCÈNE VIII. Clidamant, Guillot.

CLARICE, bas le premier mot

Le traître ! Je l'accepte,

SCÈNE IX. Clidamant, Clarice, Lucrece, Lisette, Béatrix, Guillot.

SCÈNE X. Clidamant , Clindor, Clarice, Lucrèce, Béatrix , Lisette, Guillot, Ragotin.

CLINDOR

Quelles ?

RAGOTIN

Gentillesse.

961 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica