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Comédie en vers

La Comédie des Thuileries

Pierre Corneille, Jean de Rotrou, François de Boisrobert, Guillaume Colletet, Claude de L'Estoile· créée en 1639, imprimée en 1638· 5 actes· 2 100 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois en 1639 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • AGLANTE, gentilhomme français
  • ARBAZE, oncle d'Aglante
  • ASPHALTE, confident d'Aglante
  • NÉRICE, Mère de Cléonice
  • CLÉONICE, suivante, et maîtresse d'Aglante
  • MÉLINDE, Confidente de Cléonice
  • ORPHISE, voisine de Cléonice
  • FLORINE, voisine d'Arbaze
  • DEUX BRAVES
  • LE GARDEUR DE LIONS
  • JANOT, Jardinier
  • TOINET, jardinier

MONOLOGUE

[VOIX DU MONOLOGUE]

Sacré père du jour, beau Soleil, sors de l'onde, Et viens voir avec moi le plus beau lieu de monde ; C'est du plus grand des Rois le superbe séjour, Et le vrai paradis des délices d'amour. C'est ici que la gloire établit son Empire, Que tout y meurt d'amour, ou que tout en soupire ; Et quiconque a pu voir un séjour si charmant, Ne veut plus avoir d'yeux que pour lui seulement. Parterres enrichis d'éternelle peinture, Où les grâces de l'Art ont fardé la Nature ; Que votre abord me plaît ! Que vos diversités, Me montrent à l'envi d'agréables beautés ! C'est avecque plaisir que le Ciel vous éclaire, Il semble que l'Hiver ait peur de vous déplaire ; L'Été n'ose ternir votre aimable verdeur, Et sa flamme pour vous n'a que de la splendeur. Vieux Chênes, vieux Sapins, dont les pointes chenues S'éloignent de la terre, et s'approchent des nues ; Bois, où l'Astre du jour confondant ses rayons, Fait naître cent Soleils, pour un que nous voyons. Beaux lieux, dont la tranquille, et plaisante demeure, Ne reçoit point d'ennui, qu'aussitôt il n'y meure ; Vous voir, vous posséder est mon bien le plus doux, N'est-ce pas vivre heureux, que de vivre chez vous ? Après avoir passé dans une grande allée, D'Aulnes et d'Ypreaux artistement voilée ; Le favorable sort qui me guide en ces lieux, M'a fait d'un Carré d'eau voir l'objet gracieux, Où le chant des oiseaux, et le bruit des Fontaines, Font un concert plus doux que celui des Sirènes. C'est un plaisir de voir la Nymphe de ces eaux, Couvrir sa nudité d'un crêpe de roseaux ; Friser l'azur flottant de ses tresses humides, Se couronner le front de ses Perles liquides, Ternir de son éclat les Nymphes d'alentour, Et paraître une Reine, au milieu de sa Cour. C'est un plaisir de voir l'ombre de ces feuillages, Émailler ce Cristal de leurs vertes Images ; Errer au gré du vent, aussi bien que ces flots, Et tous ces mouvements me donner du repos. Sur quelque Vérité que la Fable se fonde, Vénus ne prit jamais sa naissance de l'onde, Ou voyant un lit d'or sous ce flot de Cristal, J'ose bien assurer que c'est son lieu natal. Il semble que ces bords gardent encor ses traces, Que le teint de ces fleurs soit celui de ses Grâces, Que ce Dédale sombre, en ses confus détours, Serve encor de retraite à ses petits Amours, Et que l'air de ce lieu, qui termina leur course, Inspire des douceurs, dont ils furent la source. Mais pour joindre Amour avec l'honnêteté, Et montrer qu'en ces lieux règne la Chasteté ; Un Enfant qui sourit d'une admirable grâce, Est l'innocent conduit où cette belle eau passe ; Et pour plus d'Innocence, et plus de pureté, Je viens d'apercevoir que l'on avait ôté, Ce que l'art, qui se plaît d'imiter la Nature, Avait mis de honteux dans sa chaste figure. De là guidant mes pas dans un fonds découvert, J'ai vu les raretés d'un demi-cercle vert, Qui porte jusqu'au Ciel ses hautes palissades, Dont l'agréable sein s'ouvre à nos promenades. C'est là qu'on oit souvent, et des Luths, et des voix, Imposer le silence aux oiseaux de ces bois, Et rendre d'autant plus leur Musique parfaite, Qu'un Écho ravissant l'anime, et la répète. Vous diriez qu'en ce lieu cette Fille de l'air, Cette Nymphe, qui naît et meurt comme un éclair, Ne redouble l'accent de ses voix nonpareilles, Qu'afin d'y redoubler le plaisir des oreilles. Errant par les détours de ces plaisants vergers, Je me suis rencontrée en un bois d'Orangers, Où l'éclat d'un beau Vert, au Jaune d'or s'assemble, Où les fleurs et les fruits se nourrissent ensemble ; Symbole de l'Amour, dont le feu précieux, Flatte les jeunes gens, et rajeunit les vieux ; Chatouille leurs esprits d'une belle apparence, Entretient leur désir d'une vaine espérance ; Et d'un trait émoussé les venant assaillir, Leur présente des fruits, qu'ils ne sauraient cueillir. Alors pour satisfaire au désir qui me touche, J'en ai pris une feuille, et l'ai mise en ma bouche ; Mais comme sa couleur me l'a fait souhaiter, Son suc âpre et piquant me l'a fait rejeter ; Ce qui m'a fait penser, qu'Amour a de coutume D'assaisonner ses fruits de beaucoup d'amertume ; Et qu'ordinairement, lorsqu'on n'y songe pas, Il mêle du poison dans ses plus doux appas. Après on m'a montré dans un antre sauvage, Des bêtes dont les yeux ne flambent que de rage ; Des tigres, des lions, des ours, des léopards, Adoucir à l'envi leurs farouches regards ; Éteindre la fureur qui les rend redoutables, Fléchir dessous l'Amour, se rendre plus traitables ; Et dans les sentiments de leur brutalité, Adorer son pouvoir, et bénir sa bonté. De là gagnant le haut d'une longue Terrasse, Dont l'objet merveilleux tous les autres efface, J'ai pris à la main droite un petit escalier ; Et conduisant mes pas dans un long Espalier, J'ai vu d'un grand Palais le pompeux édifice, Superbe de matière, et riche d'artifice ; Approcher du Soleil ses sommets azurés, Éclater à l'envi de ses rayons dorés, Et montrer en son sein la voûte suspendue, D'un Escalier ouvert, et de vaste étendue, Les visions d'un songe, ou d'un enchantement, N'ont jamais su former un si beau bâtiment. J'ai su que l'amour même y fonde son Empire, Depuis qu'une Princesse avec lui s'y retire ; Nymphe toute adorable, illustre sang des Dieux, Merveille de la terre, et chef-d'oeuvre des Cieux, Dont la Beauté naissante, et la Vertu divine, Augmentent la splendeur de sa haute origine. Que de peuples un jour révéreront les Lois ! Elle sera l'objet des passions des Rois ; Et combien que les Dieux soient d'essence immortelle, Les Dieux assurément voudront mourir pour elle. Poursuivant mon chemin dans une oblique tour, Et côtoyant les Murs de ce plaisir séjour ; J'ai rencontré des Paons, dont les divers plumages, De la beauté des fleurs sont les vives images. Je les ai vus marcher en superbe appareil, Exposer leurs Miroirs aux rayons du Soleil, Comme s'ils eussent dit à leurs chastes femelles, Sommes-nous aussi beaux que vous nous semblez belles ? Et tant plus cet éclat les rendait orgueilleux, Plus ils me ravissaient d'un plaisir merveilleux.

LA VOLIÈRE.

J'ai vu d'autres oiseaux, de diverse peinture, Dont le vol est borné d'une riche clôture, Démentir par leur chant ceux qui contre raison, Soutiennent qu'il n'est point d'agréable prison. Dans le ressentiment de leur bonheur extrême, Leurs noeuds leur sont plus doux que la liberté même ; Et je crois en effet que ce lieu de plaisir, Ne les retient pas tant, que leur propre désir. Ces Sirènes des bois, ces volantes merveilles, Ces divertissements des yeux, et des oreilles, M'ont appris que l'Amour, ce doux charme des maux, Est, comme le plaisir, la fin des Animaux. Ce qui m'a plu surtout, ce sont deux Tourterelles Qui se faisaient caresse, et du bec, et des ailes ; Et de chastes baisers leurs flammes unissant, Goûtaient ce que l'Amour a de plus ravissant. Cependant mille oiseaux aux plumes émaillées, Chantaient de si doux airs, sous leurs vertes feuillées, Qu'à la fin j'ai pensé, que ces concerts charmants, Servaient d'Épithalame à ce couple d'Amants. Considérant toujours cette bande captive, J'ai vu des passereaux, de nature lascive, Éteindre la chaleur qui bouillait dans leur sein, Et sans honte accomplir leur amoureux dessein ; Déshonnêtes objets, dont la vue est blessée, Et dont j'ai détourné, mes yeux, et ma pensée. À même temps j'ai vu sur le bord d'un ruisseau, La Cane s'humecter de la bourbe de l'eau, D'une voix enrouée, et d'un battement d'aile, Animer le Canard, qui languit auprès d'elle, Pour apaiser le feu qu'ils sentent nuit et jour, Dans cette onde plus sale encor que leur amour. Lors j'ai dit en mon coeur ; si l'Amour ne sépare Ce qu'il a de commun, de ce qu'il a de rare, Le plaisir innocent d'avec l'impureté, L'esprit n'y trouve pas ce qu'il a souhaité. Mais comme un beau séjour d'autant plus nous contente, Qu'il nous montre d'objets qui passent notre attente, Poursuivant mon dessein, d'un regard curieux J'ai voulu visiter les restes de ces lieux ; J'ai traversé l'Ovale, où l'Écho qui résonne, Rend ces bois animés, plus que ceux de Dodone ; Là dans un Bastion peint de mille couleurs, J'ai vu de beaux jasmins, et d'autres belles fleurs, De qui l'aimable odeur, m'a bientôt fait connaître, Que des plus doux parfums Amour est le vrai maître. Tout ce qui m'a déplu, c'est que portant la main Sur l'une de ces fleurs, elle a pâli soudain ; Et cessant d'être belle, étant épanouie, Son éclat s'est terni, sa force évanouie : Si bien que retournant dessus mes premiers pas, J'ai vu sa feuille sèche, et son teint sans appas : Image des Beautés, dont le lustre visible Ne peut être estimé, s'il n'est inaccessible. Ce séjour haut et bas, dans ses diversités M'a fait voir de l'Amour les inégalités ; Et l'étroite union des plaisirs et des peines, Que nous donne son feu, dès qu'il glisse en nos veines. Du Tertre le plus haut de ce vaste séjour, Où le Soleil épand les derniers traits du jour, J'ai vu l'alignement d'une superbe Allée,

LE COURS.

Parmi son sable d'or de rubis étoilée, Couverte de rameaux, dont les feuillages verts, Conservent leur peinture, en dépit des hivers ; Recevoir en son sein nos Dieux, et nos Déesses, Dans leurs chars de triomphe, éclatant de richesses : Et leur fournir d'un Cours aussi délicieux, Que les Astres errants en trouvent dans les Cieux. Je crois que le Soleil, en faisant sa carrière, N'éclaire ce beau lieu du feu de sa lumière, Que pour nous faire voir dedans sa nouveauté, Son extrême longueur, ainsi que sa beauté ; Objet mystérieux, qui nous donne à connaître, Que depuis que l'Amour s'est rendu notre Maître Et que dans ses sentiers il engage nos pas, On y voit des longueurs, que l'on n'espérait pas ; Comme on y sent des maux, dont la suite infinie Nous fait incessamment blâmer sa tyrannie, Et publier partout, qu'on rencontre chez lui, Peu de contentement, avec beaucoup d'ennui. Après que ces Objets ont arrêté ma vue Dessus les raretés, dont leur grâce est pourvue, J'ai tout_à_coup ouï retentir dans les Airs Un mélange de voix, et d'instruments divers ; Dont l'aimable douceur tant de charme inspire, Que je les veux goûter, plutôt que de les dire. Esprits qui recherchez la Musique des Cieux, Vous la pouvez ouïr, sans sortir de ces lieux.

Le Pavillon des Tuileries, où loge Mademoiselle.

ACTE I

SCÈNE I.

SCÈNE II. Aglante, Asphalte.

AGLANTE

Ce que je devrais taire ; Écoute toutefois, je te vais satisfaire ; J'aime les plus beaux yeux, qui puissent voir le jour : Mais apprends depuis quand, et quel est mon Amour. Il te souvient qu'hier, après mon arrivée, Après avoir soupé, la table étant levée, Mon Oncle trouva bon, que je fusse conduit, Au logis des Baigneurs, où j'ai passé la nuit. Au sortir de ce lieu, ma première pensée, Dans un Temple prochain, vers le Ciel s'est dressée ; Assez près du logis de la jeune Beauté, Avec qui mon Hymen devait être arrêté. Là je priais le Ciel, que rien n'y fut nuisible, Attendant le moment qu'elle serait visible ; Quand de soudains rayons ont ébloui mes yeux, Et diverti mon coeur de l'entretien des Dieux. Telle, ou plus belle encor, que ne paraît l'Aurore, Aux yeux de son Chasseur, sur le rivage More ; La plus rare Beauté, que le Ciel vit jamais, A dans ce sacré lieu fait briller ses attraits. Au point qu'elle est entrée, qu'un changement extrême, M'a fait en un instant différent de moi-même ; Et sans la voir encor, mon corps, et mes esprits, D'un prompt saisissement se sont trouvés surpris. Les charmes infinis, qui parent son visage, Des yeux, et de l'esprit m'ont suspendu l'usage ; Et confus que j'étais, je savais seulement, Que ce que je voyais, était rare, et charmant. Plus je la contemplais, plus j'accroissais mes peines ; Une extrême froideur s'est glissée en mes veines ; Mais j'ai senti bientôt un effet différent ; Ma froideur s'est changée en un feu dévorant Et sentant cette ardeur, en naissant être telle, Je me croyais frappé d'une fièvre mortelle ; Et que l'air corrompu, m'avait mis à ce point, Où mon mal toutefois ne me déplaisait point. Ce poison me venait d'une cause si belle, Que je tenais toujours l'oeil attaché sur elle : J'aimais à me blesser, et mon soulagement, Dépendait du moyen d'accroître mon tourment. Ha ! Que l'Amour en moi faisait d'effets contraires ! Ses coups surpassaient bien leurs forces ordinaires ; Je fus malade, sain, froid, chaud, vivant, et mort, Et tout par une cause, et par un même effort. Mais, pour te dire tout, cette Amour violente, Change jusqu'à mon Nom, je ne suis plus Aglante : On m'appelle Philène, et Mégate est le Nom, De l'adorable Objet, qui charme ma Raison.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Aglante, Cléonice, Mélinde.

AGLANTE

Je ne vous tairai rien, Puisque vous agréez ce mauvais entretien : Cet homme, à qui le Ciel se montre si sévère, Me voit également sensible à sa misère : Nous avons mêmes biens, nous avons mêmes soins ; Et tous nos intérêts ont toujours été joints : Ses parents l'ont porté, par un aveugle zèle, Au parti d'une Fille, honnête, riche, et belle, Et lui, qui jusqu'alors vivait sans passion, Se laissait gouverner à leur discrétion : Mais par un changement, que l'Amour a fait naître, Ce jaloux Dieu des coeurs, s'est bien fait reconnaître : Il veut qu'un bel Hymen soit l'effet de ses traits : Il laisse disposer, mais il dispose après : Il fait, quand il lui plaît, ou rompt un Mariage : Il brûle, il refroidit, il délie, il engage ; Surprend notre raison, change nos volontés, Et des élections fait des nécessités. Celui que je vous dis éprouve à son dommage, Que les coeurs, tôt, ou tard, lui doivent rendre hommage : Car une heure, un instant, a changé son désir, Et l'Amour le contraint, en le laissant choisir. Au point que le Soleil commençait la journée, Qui devait arrêter son futur Hyménée, Faisant ses voeux au Temple, une jeune Beauté A ses yeux éblouis, et son coeur enchanté. Des attraits infinis ont sa raison surprise, Il s'est senti par eux arraché sa franchise : Vers cet unique Objet, ses voeux se sont tournés, Et ses premiers desseins ont été ruinés. Cet amour le possède, avec tant de puissance, Et cette Passion est telle en sa naissance, Qu'il craint, désire, espère, et tremble en même temps ; Dieux ! Que d'une Beauté les charmes sont puissants ! Il demeure interdit, en cette peine extrême, Et ne peut contenter ses parents, ni soi-même.

SCÈNE V. Aglante, Cléonice, Mélinde, Orphise.

SCÈNE VI. Aglante, Cléonice, Mélinde.

CLÉONICE

Adieu.

ACTE II

SCÈNE I. Cléonice, Mélinde.

CLÉONICE

Las ! En me promenant dans ce lieu de délices, Qui n'est plus rien pour moi, qu'un Enfer de supplices ; Et brûlant d'y trouver cet aimable Vainqueur, Qui, sans m'ôter la vie, a su m'ôter le coeur, De quelles passions ne suis-je pas atteinte ? Je flotte entre l'Espoir, le Désir, et la Crainte ; En moi l'impatience allume tous ses feux ; Et je fais moins de pas, que je ne fais de voeux, Pour voir cet Inconnu, qui veut que je l'oblige, De consulter l'Écho, sur l'ennui qui l'afflige. Mais veut-il que j'en parle à l'Écho de ces lieux, Plutôt que consulter les hommes et les Dieux ? À quoi tend ce dessein ? Qu'est-ce qu'il en espère ? Consulter un Écho, n'est pas chose ordinaire ; Voudrait-il me charmer ? Est-il Magicien ? Quant à moi, je crains tout, et je n'espère rien ; J'obéis, et résiste à ce qu'il me commande, Et ma perplexité ne peut être plus grande. Si je savais pourtant, qu'il fût tel que je dis, Au moins pour m'en défendre, en ce beau Paradis J'invoquerais le Ciel, pour me donner des armes : Mais peut-on résister aux douceurs de ses charmes ? Je ne le voudrais pas, quand bien je le pourrais, Et ne le pourrais pas, quand bien je le voudrais. Ha ! Mon soupçon est faux, son port, sa bonne mine, Ses attraits, ses discours, dont la grâce divine ; Ses Vertus en un mot, sont les charmes puissants, Dont il sait enchanter mon esprit, et mes sens. Non, ma simplicité n'a jamais eu d'exemple ; Quand il serait sorcier, aurait-il, dans un Temple, Où je m'étais commise à la garde des Dieux, Eu pouvoir de charmer mon âme par les yeux ? Mais ma confusion s'augmente d'heure en heure ; Ils ont permis pourtant qu'en leur propre demeure, Où mon coeur adorait leur pouvoir immortel, Philène soit venu me charmer à l'Autel : Mais, ou quelque nuage enveloppe ma vue, Ou je vois cet Objet, que j'aime, et qui me tue, Le voici ?

SCÈNE II. Mégate, Cléonice, Philène, Mélinde.

ÉCHO

Parle.

SCÈNE III. Orphise, Mégate, Philène, Mélinde.

ORPHISE

Vous me pouvez parler en toute liberté, Puisque rien n'est plus grand que ma Fidélité ; Quel est votre secret ?

Philène dit ceci à demi haut à l'oreille d'Orphise ; et sont tous deux fort loin de Mégate, et de Mélinde.

ORPHISE

Orphise s'approche de Mégate, qui lui dit son secret à l'oreille ; de la même sorte que Philène lui a dit le sien.

En faites-vous autant ?

PHILENE

Moi !

ORPHISE

Hé bien.

ORPHISE

Devinez.

PHILENE

Hé quoi ?

MEGATE

Et le vôtre est le mien.

Ils vont chacun sur un arbre.

SCÈNE IV. Asphalte, Orphise, Mélinde.

SCÈNE V. Mégate, Philène, [Orphise].

MEGATE

Nous voici de retour, afin de te montrer, Si dans même secret, on se peut rencontrer Écoute.

Mégate dit tout bas à Orphise, ce qu'elle a écrit sur l'arbre.

ORPHISE

Et vous Philène : ô merveille incroyable ! Vous m'avez dit tous deux une chose semblable.

Philène lui dit de la même sorte, ce qu'il a écrit sur l'autre.

ASPHALTE

J'en viens.

ASPHALTE

Rien.

ASPHALTE

Mais.

ACTE III

SCÈNE I.

ARBAZE

C'est doncques dans ces lieux qu'Aglante se promène, Asphalte me l'a dit, je n'en suis plus en peine ; Mais j'ai mal pénétré le sens de ses discours, Ou ce jeune Insolent a fait d'autres amours. Aglante pris ailleurs, rejette Cléonice, Le choix que j'en ai fait, lui tient lieu de supplice ; Un autre objet le charme, il me craint, il me fuit, Et se laisse emporter au feu qui le séduit : Mais j'en sais le remède, une jeune Voisine, Admirable en adresse, et belle autant que fine ; Que son père en mourant, laissa dessous ma loi, Dans ces beaux promenoirs se doit rendre après moi. Ses yeux vont faire essai de leur plus douce force, À lui jeter du change une insensible amorce ; Solliciter ses voeux, et partager son coeur, Avecque les attraits de ce premier Vainqueur ; Entre deux passions son âme balancée, Ne suivra plus ainsi son ardeur insensée ; Et la raison alors reprenant son pouvoir, Le rangera peut-être aux termes du devoir. Rends inutile, Aglante, un si long artifice ; Ne me résiste point, viens voir ta Cléonice : Tout est prêt chez sa Mère, et l'on attend que toi, Pour lui donner ta main, et recevoir sa foi. Songe avec quel amour, avec quelle tendresse, De tes plus jeunes ans, j'élevai la faiblesse. Verrai-je tant de soins, payés par un mépris, Et ta rébellion en devenir le prix ? Souffre que la Raison soit enfin la plus forte ; Tache de mériter l'amour que je te porte. Mais le voici qui vient, son visage étonné M'est un signe bien clair d'un esprit mutiné ; Et je n'apprends que trop d'une telle surprise, Qu'une ardeur aveuglée engage sa franchise.

SCÈNE II. Arbaze, Aglante.

SCÈNE III. Arbaze, Florine, Aglante.

SCÈNE IV. Aglante, Cléonice, Orphise, Florine.

AGLANTE, apercevant Cléonice, et allant à elle

Il ne faut pas que Cléonice paraisse sur le Théâtre, en sorte qu'elle puisse être connue de Florine : elle doit être cachée à demi derrière un arbre, couvrant sa face de son mouchoir.

Voici mon cher amour, adorable Beauté.

SCÈNE V. Orphise, Florine.

SCÈNE VI. Asphalte, Florine.

SCÈNE VII. Cléonice, Aglante.

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Nérice, Arbaze.

SCÈNE III. Asphalte, Arbaze, Nérice.

SCÈNE IV. Arbaze, Nérice, Asphalte, Orphise.

SCÈNE V.

Cléonice en Jardinière d'un côté du Théâtre, suivie de Janot Jardinier. Aglante de l'autre ; suivi du Gardeur des Lions :ils sont surpris l'un et l'autre à cette rencontre.

CLÉONICE

Ô Ciel !

SCÈNE VI. Asphalte, Orphise, Aglante, Cléonice, Le Gardeur des Lions.

ACTE V

SCÈNE I. Arbaze, Asphalte, Toinet.

SCÈNE II. Nérice, Arbaze, Janot, Toinet, Asphalte.

JANOT

Allons.

SCÈNE III. Aglante, Cléonice, Nérice.

SCÈNE IV.

Ici tous les Acteurs accourent à l'évanouissement de Cléonice.

NÉRICE

Ma fille.

2 100 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica