Opéra comique en vers et en prose
L'Ile Sonnante, Opéra Comique en Trois Actes.
Représenté pour les Comédiens Italiens, le leundi 4 janvier 1768.
Personnages
- VIVATCHÉ, Sultan
- LE CHEVALIER DURBIN
- PIANO, eunuque
- PRESTO, magicien
- ZERBIN, écuyer de Durbin
- UN ESCLAVE
- GARDES DU SULTAN
- CÉLENIE
- MÉLOPHANIE
- HENRIETTE
- ESPRIT INFERNAL
AVERTISSEMENT
Je suis entièrement de l'avis du Public sur l'Île Sonnante. C'est une mauvaise piéce.
Je la joins ici, parce qu'elle fait partie de mon Théâtre de Société, Elle fut représentée en Juillet 1767, sur celui de Villers-Coterets , pour lequel elle avait été faite, et où elle n'eut aucun succès.
Le Public fut plus indulgent : elle eut quatorze ou quinze représentations à la Comédie Italienne. L'excellente Musique de M. de Moncigny la soutint un peu contre mon poème.
Dans ce sujet, qui est totalement de mon invention, (et il n'y a pas là de quoi se vanter), j'avais eu le dessein de faire une critique douce et badine, du genre des Comédies à Ariettes, que je prends la liberté de trouver d'aussi mauvais goût, tout au moins, que l'ancien genre des pièces en Vaudevilles ; et qui, à la fin, tombera comme ce dernier.
Je me suis trompé dans mon projet, ou je l'ai mal exécuté ; et, sans doute, ces deux raisons réunies, se sont rencontrées, pour ennuyer le Spectateur.
Ce sujet, d'ailleurs, ne comportait qu'un acte, au plus ; et puis, il fallait me faire entendre ; et des gens de bien m'ont assuré qu'on avait trouvé ma pièce inintelligible : cela n'entrait point dans mes vues, et j'ai tort.
En effet, l'oubli, presque total, où sont tombés les refrains des vieux Vaudevilles , doit avoir jeté une merveilleuse obscurité sur quelques Ariettes, qui étaient fondées sur cette plaisanterie.
ACTE I
Le Théâtre représente les Jardins et l'extérieur du Palais de l'Île Sonnante.
SCÈNE PREMIÈRE.
DURBIN
Toi qui crois en tous lieux mériter des éloges Par le goût et le choix des mots dont tu te sers ; Tyran, cesse, Tyran, de fatiguer les airs, Par ces paroles allobroges Dont tu composes tes concerts. Dieu ! Quel pays et quels concerts Pour la musique, et pour les vers ! Je crois ouïr des fous échappés de leurs loges. Toujours chanter, rimer sans cesse, quels travers ! Tous ces gens-ci me semblent des horloges Dont on tire des sons par des ressorts divers ; Encor faut-il combler d'éloges, Et leur prose rimée, et leurs voix , et leurs airs. Dieux ! Quel pays, et quels concerts Pour la musique et pour les vers !SCÈNE II. Durbin, Zerbin.
ZERBIN
Au, Seigneur Chevalier ! J'en ai appris plus que je ne puis dire : on peut me raconter à présent tous les prodiges qu'on voudra, et de l'île des Maragons et des Lestrigons ; je croirai tout, je croirai tout. Ce n'est pas seulement le Roi et toute sa Cour qui chante ici, c'est le corps du peuple en entier ; tout chante, tout fredonne, roulades, cadences, ports de voix , martellements : toute une ville, imaginez, toute une ville ; cela fait un si grand bruit, que bien des gens trouveraient cela admirable.
DURBIN
Et notre vaisseau ?
ZERBIN
Votre vaisseau ? Ah ! Parbleu votre vaisseau,il est à l'ancre ; on en a fait descendre tout l'équipage, capitaine, officiers, matelots : mais comme ils n'ont pu s'exprimer qu'en prose, ils ont été mis sur le champ dans une prison bien loin hors de la ville, comme des gens dangereux, corrupteurs, novateurs, et mal sonnants.
DURBIN
Ce que tu me dis, est-il bien vrai ?
ZERBIN
Comment, Seigneur, oserais-je mentir ? Et moi n'ai je pas voulu hasarder quelques mots de prose ? On m'a menacé de me donner vingt coups de bâton sous la plante des pieds : on dit que cela apprend à aller de mesure ; alors je me suis exprimé en Vaudevilles, que je contourne de mon mieux, pour leur donner un air du pays.
DURBIN
Et Célenie, qu'est-elle devenue ?
ZERBIN
Célenie, qui voulait se jeter aux pieds de la Sultane favorite, a été conduite aux pieds du Sultan. Heureusement on l'avait instruit, et son Ariette a été goûtée, à deux mesures près ; et je crois qu'on nous rendra notre vaisseau.
DURBIN
Quel fatal voyage !
ZERBIN
Quelle fantaisie aussi d'aller consulter cette vieille fée sur le succès de vos amours !
DURBIN
Tu sais ce qu'elle a répondu.
ZERBIN
Parbleu oui, plaisante réponse avec son nazillonnement ! > Mon fils, mon fils, ta Célenie t'aimera ; mais elle ne te le dira que quand elle ne parlera plus. « Vous insistez, vous la pressez, vous la tourmentez : oui, oui, tu ne sauras ce qu'elle pense que quand elle ne pensera pas. » Peut on un radotage plus complet ?
DURBIN
Il est vrai que je n'y conçois rien.
ZERBIN
Hé : concevez-vous mieux ce qu'elle m'a répondu, quand je l'ai consultée ; car les valets ont la rage de faire comme leurs maîtres, et ce n'est pas ce qu'ils font de mieux. « Mon garçon, mon garçon, tu veux savoir fi tu réussiras dans tes amours ; tu n'en seras jamais si loin que lorsque tu en seras près. » Concevez-vous ?
DURBIN
Ah, il est aisé de voir qu'elle s'est moquée de toi.
ZERBIN
J'ai bien peur que cela ne soit pas, Seigneur. Tout entier à l'idée de Célenie, tout rempli de votre amour, vous n'entendez que cela, vous ne pensez qu'à cela : mais un peu de réflexion, je vous supplie. Savez-vous ce que la Fée a dit, lorsque vous l'avez quittée en chantonnant avec cet air détaché, si naturel aux grands Seigneurs, lorsqu'on leur dit ce qui ne leur plaît pas ?
DURBIN
Qu'est-ce que c'est que ce verbiage-là : est-ce que je sais tout ce que cette femme a dit ?
ZERBIN
Cette femme, cette femme ! Cette femme a dit, en vous entendant chantonner : « Chante, chante, mon fils ; mais prends garde de chanter plus que tu ne voudras. »
DURBIN
Hé bien.
ZERBIN
Hé bien, hé bien, notre vaisseau, en dépit du gouvernail, en dépit du vent et de la marée, vient ici par le chemin le plus droit. Nous y voici : on y chante, on y chante , encore trois jours, et vous voilà bon gré malgré le plus déterminé chanteur.
Il paraît ici un habitant.
Mais tenez, voici un habitant qui nous espionne ; si vous êtes curieux d'entendre chanter, vous pouvez l'interroger.
DURBIN
Il écoute apparemment si nous chantons ?
ZERBIN
Non, ces espions-là ont une autre commission de la part du Gouvernement. Il y a eu quelques rumeurs pour la basse fondamentale, et on craint quelque soulèvement.
DURBIN
Ce peuple-là est donc bien sujet à remuer ?
ZERBIN
Je le crois ; il se ferait égorger pour des misères : ils ont eu une guerre civile qui a duré quarante ans pour le fa dièse et le mi bémol. Mais j'aperçois... Oui, c'est le confident, c'est le favori de la Sultane favorite. Bonne nouvelle, bonne nouvelle : notre vaisseau sera rendu.
SCÈNE III. Piano, Durbin, Zerbin.
PIANO, récitant
Pour la charmante Célenie, Noble Étranger, l'amour de Vivatché Fait du bruit, et son feu n'est plus un feu caché.DURBIN, à part
Pour Célenie !
ZERBIN
Pour Henriette ? Ah, ciel !
PIANO
Quant à l'amour du Roi, connais Mélophanie ; Son coeur jaloux prendra les plus cruels moyens Pour perdre sa rivale et briser leurs liens.DURBIN
Qu'apprends je ? Ah, ciel : et quelle tyrannie !
SCÈNE IV. Zerbin, Durbin.
ZERBIN
Au diable.
DURBIN
Quoi : Célenie pourrait... Non, je connais son coeur.
ZERBIN
Et moi, je connais mon rival : il est magicien ; c'est le magicien du Roi : je suis perdu. Ah, maudit voyage !
DURBIN
Si j'en croyais ma valeur ; mais ma valeur contre tout un peuple est bien inutile.
ZERBIN
Et la mienne encore plus.
DURBIN
Ah ! Si je ne peux la défendre, je peux périr à ses yeux.
ZERBIN
Ce n'est pas mon avis.
DURBIN
Forçons le Palais.
ZERBIN
Ne forçons rien.
DURBIN
Mais ciel ! Je la vois.
SCÈNE V. Durbin, Célenie, Zerbin, Henriette.
DURBIN
Ah, Célenie !
CÉLENIE
Durbin !
ZERBIN
Mon Henriette !
HENRIETTE
Zerbin !
DURBIN
Quoi ! Le Sultan vous ainme ?
CÉLENIE
Cela n'est que trop vrai.
ZERBIN
Et toi, Henriette ?
HENRIETTE
Le Vizir m'adore. Il ne tient qu'à moi de gouverner et le Maître et l'Empire.
DURBIN
Quoi ! Charmante Célenie, lorsque mon sincère amour.
CÉLENIE
Chevalier, sont-ce là vos serments ? La Fée ne vous a permis de m'accompagner que sur la promesse que vous lui avez faite de ne me parler jamais de votre amour.
DURBIN
Je me tais... Et ce cruel Sultan ?
CÉLENIE
Il m'a fait sa déclaration.
DURBIN
Zerbin, allez veiller autour de ces bosquets.
CÉLENIE
Henriette, vous nous avertirez s'il paraît quelqu'un.
SCÈNE VI. Célenie, Durbin.
DURBIN
Il vous a fait sa déclaration ?
CÉLENIE
La voici. Lisez, lisez ; jugez vous-même de ses sentiments.
DURBIN
Quoi ! Elle est en musique.
CÉLENIE
Oui, oui, sa déclaration est en musique, en Ariette encore, avec un grand accompagnement de fanfares. Elle m'a été apportée, présentée, et exécutée par une armée de Musiciens. Chantez, chantez.
DURBIN
Quoi ! Vous voulez, Madame ? ...
CÉLENIE
Oui, je veux que vous chantiez, pour me pénétrer de toute l'horreur qu'il m'inspire.
DURBIN
Quelque Musicien que je sois, cela demande...
Il rêve, et Célenie se promène avec fureur pendant la ritournelle, et dit :
L'insolent, oser me déclarer que... Ah, ciel !
ARIETTE.
Parce qu'il adore, il faut l'aimer. Voilà bien le tyran le plus fat....
CÉLENIE
Aussi, écoutez la réponse que j'ai faite à cet horrible galant. En voici le brouillon : je crois que vous en serez content, je crois que vous en serez content.
ARIETTE.
Grand tyran, et petit Roi, Compositeur sans harmonie , Rimailleur sans génie, Plagiaire de symphonie, D'une oreille juste l'effroi, Écoute-moi, Petit Roi, Écoute-moi. A quel injuste excès veux-tu t'abandonner, Barbare, et de quel droit oses-tu m'ordonner D'être en ton sérail ton esclave ? Je ne crains point la mort, je la vois, je la brave, Je saurai bien me la donner : On plutôt l'honneur veut que dans ton sang je lave Un affront dont l'horreur ne peut se pardonner : Un coeur ferme qui voit la mort, et qui la brave, A son tyran est sûr de la donner. Hé bien !DURBIN
Ah, Madame ! Qu'avez-vous fait ? Votre Ariette pleine de traits insultants et de menaces l'aura mis en fureur, et son amour changé en rage...
CÉLENIE
Cela est vrai, je me suis peut-être un peu trop livrée à mon indignation. Mais dans cette extrémité quel parti prendre ?
DURBIN
Attendez, il me vient une idée ; il faut user d'adresse. Voici son Ariette de déclaration, scellée de son sceau ; donnez-moi la réponse harmonieuse et sanglante que vous lui avez faite : je veux faire passer l'une et l'autre, par mon écuyer, dans les mains de la Sultane favorite.
CÉLENIE
Et vous croyez que sa jalousie ?...
DURBIN
Oui, oui.
SCÈNE VII. Célenie, Durbin, Zerbin, Henriette.
ZERBIN
Sur l'air : Ah ! que la forêt de Cythère.
Monseigneur, que l'on se prépare À chanter. Prenez bien vos tons, Tontaine, tontons, tontons, tontons, Avec sa musique barbare Le Sultan vient à nous ; chantons.SCÈNE VIII. Les Acteurs précédents, Vivatché, Henriette.
VIVATCHÉ
ARIETTE.
Paix-là, paix-là, taisez-vous ; Paix-là, taisez-vous devant nous, Plats Chanteurs de vieux Vaudevilles, Partisans imbéciles Des lanla, des flons, flons, Des gai, gai, des lampons. De tant vous l'avez doux, Guillemette doux : Partisans imbéciles Des tirelironsa, des sans dessus dessous, Des père Barnabas et des Madame Anroux. Plats Chanteurs de vieux Vaudevilles , Paix-là, taisez-vous devant nous : Henriette, Zerbin, sortez, retirez-vous."Ah Madame Anroux" est un air de Vaudeville.
"La Béquille du Père Barnabas" est une chanson populaire qui connut beaucou de succès.
HENRIETTE et ZERBIN
Sortons, retirons-nous.SCÈNE IX. Vivatché, Célenie, Presto, Durbin.
VIVATCHÉ, en parlant
Pour vous, piquante Célenie, Dont le satyrique génie Contre moi fait de si bons vers Sur de si beaux airs, Et de si bonne symphonie, Je vous le dis, en termes clairs :ARIETTE.
Je ne réponds aux épigrammes, Je ne repousse les traits Des belles Dames Qu'en adorant leurs attraits, Qu'en les embrasant de mes flammes. Quand leur haine s'éteint, c'est alors qu'en leurs âmes L'amour pour moi s'allume après : Et voilà comme il faut qu'on se venge des femmes En adorant leurs attraits, En les embrasant de ses flammes. Venez régner à jamais, Venez régner dans mon Palais.VIVATCHÉ et PRESTO
Venez régner à jamaisVIVATCHÉ
Dans mon Palais,CÉLENIE
En ton Palais !VIVATCHÉ
Dans mon Palais.PRESTO
Dans le Palais...DURBIN
Dans ton Palais !VIVATCHÉ
Holas, Gardes, conduisez-les Dans mon Palais.Ils sortent conduits par les Gardes, mais par le même endroit ; et cela pendant la ritournelle. Il faut qu'ils mesurent leurs pas de façon qu'on voie encore des gens de la suite à la fin de la ritournelle. Vivatché parle bas au Capitaine de ses Gardes.
SCÈNE X. Presto, Vivatché.
VIVATCHÉ, parlant aussi
Oui, je viens à mon grand Sénéchal, Je viens d'ordonner qu'il subisse Un supplice De caprice, Un supplice original. Pour me divertir, je commande À des bourreaux de chant, que le coupable entende, Pendant ses repas seulement, Tous les jours le concert charmant Que formeront des voix fausses et discordantes, Détonantes et glapissantes, Et des sifflets aigus pour accompagnement. Si je punis mon rival doucement, C'est que mon goût pour Célenie Est faible : mais par-là je veux adroitement, Pans celle que j'aime ardemment, Dans le coeur de Melophanie Ranimer plus vivement La chaleur du sentiment.PRESTO, en parlant
C'est penser, c'est parler d'une grande justesse. De mon côté mon art doit vous aider ; Et tandis qu'en passant vous pouvez excéder Pour vos menus plaisirs Durbin et sa maîtresse, Je puis gaiement vous seconder En tirant de leur léthargie Cette triste Henriette et son morne écuyer, À leurs dépens aussi je prétends m'égayer Par quelque tour de ma folle magie. J'y rêve.DUO
C'est un passe-temps agréable, C'est un passe-temps De faire donner au diable, De désespérer deux amants. C'est un passe-temps.ACTE II
Le Théâtre représente le vestibule du sérail.
SCÈNE PREMIÈRE. Zerbin, Piano.
PIANO, arrêtant Zerbin
Arrête, mortel téméraire, Tremble, arrête ; ne passe pas Ce vestibule solitaire. Dans le sérail si tu portais tes pas, Il n'est rien qui pût te soustraire Au plus rigoureux trépas. Chante, chante. Qu'y viens-tu faire ?ZERBIN
Sur l'air : Laire-là, laire, lanlere.
Je viens vous faire un long récit En vaudeville, et sans esprit : Mais pardon, il est nécessaire ; Il éclaircit notre affaire : Faites grâce à mon débit.PIANO
Chante, et sois court. Épargne à mon oreille, Bonhomme, autant que tu pourras, De ton chant, de tes airs ingrats, La langueur sans pareille.ZERBIN, à part
Quel diable, j'ai bien trouvé un air plus vif : mais dans ce moment-ci les rimes ne me viennent point du tout. Comment faire ?
PIANO
Tu parles sans chanter, je crois : Ne t'est-il pas Dans l'instant échappé tout bas Quelques malheureux mots de prose ?ZERBIN
Raillez. Mais écoutez, Seigneur , voici le fait.À part.
Morbleu, la rime m'abandonne ! Bon, bon, il ne s'en apercevra peut-être pas.
PIANO
Hé bien donc.ZERBIN
Seigneur Piano, voici le fait, Voici, voici le fait.Air : De l'Allemande Suisse.
À Célenie. En papier bien réglé Notre Prince a déclaré son Feu. Par la chaleur de cette Ariette-ci, L'on voit qu'il en est amoureux, Fou, Mais par le froid De celle que voilà, L'on juge que la dame le Hait. Je vous remets Ces deux airs Bien notés. Peut-on voir un procédé plus Net ? Voyez quelle est L'Ariette et l'Amour De l'objet Dont le Roi veut vaincre le coeur. Soupçons jaloux N'ont plus lieu Par nos faits : Convenez Que nous les coulons tous à Fond. Célenie attend de vous, Qu'on la fasse entrer dehors Du sérail, Que le Prince et son amour Près d'elle ici fassent chou Blanc.SCÈNE II.
ZERBIN
Il est parti à présent. Je crois qu'il convient de faire ici à l'Amour une petite invocation, pour qu'il rende Célenie à mon Maître, en détruisant, de fond en comble, les murailles de ce maudit Harem ! Amour ! Amour ! Ô, toi, qui ne t'occupes qu'à blesser nos coeurs, laisse-là, pour un moment, ton arc et tes flèches !
Air : Des Pendus.
Dieu d'amour, sans un grand travail, Tu peux l'enlever du sérail, Sans briser porte ni muraille : Tu peux faire que ton ouaille Ne soit plus avec.... l'attirail Que l'on enferme en ce bercail.Pardinne il faut avouer que la rime est bien quinteuse : je rime actuellement comme un écho ; et tout-à-l'heure que j'en avais besoin... Mais j'entends du bruit dans le sérail. Retournons rendre compte de notre commission.
SCÈNE III. Mélophanie, tenant les deux Ariettes ; Piano.
SCÈNE IV. Vivatché, Mélophanie.
VIVATCHÉ, à part en parlant
Je l'entends qui gémit : portons les derniers coups, Renfermons dans mon sein l'amour que j'ai pour elle ; Confirmons ses soupçons jaloux, En jouant l'amant infidèle : Ressuscitons un coeur qui semblait mort pour nous.DUO DIALOGUÉ.
MÉLOPHANIE
Tu dois entendre ce langage, Ce ne sont point de vains discours : Tu portes ailleurs ton hommage, Tu m'abandonnes pour toujours.MÉLOPHANIE
Ce ne sont point de vains discours : Toi qui disais que nos amours De nos jours Égaleraient le cours, Tu m'abandonnes pour toujours.MÉLOPHANIE
Oui, cruel, ton coeur se dégage, Démens, démens ce témoignage. Tiens, lis. Laisse-là les détours. Que mes beaux jours Ont été courts !VIVATCHÉ, d'un air d'embarras
Je ne puis feindre davantage : Il est vrai... je vous plains.... Armez-vous de courage.MÉLOPHANIE
Non, les pleurs sont mon partage. Que n'ai-je prévenu l'outrage En rompant la première, et rompant pour toujours !MÉLOPHANIE
Qui moi ! Pouvais je être volage ?VIVATCHÉ
Oui, vous voulez être volage.MÉLOPHANIE
Et mourir en t'aimant toujours.SCÈNE V.
SCÈNE VI. Vivatché, Piano.
ARIETTE.
VIVATCHÉ
Qu'as-tu donc qui te désole ?PIANO
Célenie !... Ah ! quel malheur ! Ciel ! L'excès de sa douleur, Pour le sérail son horreur, Son désespoir, sa fureur, L'ont fait devenir folle.VIVATCHÉ
Non, ce n'est point cela, c'est notre chant nouveau, C'est notre nouvelle Musique, Trop forte, trop scientifique Qui trouble son faible cerveau. Je l'ai vu, c'est notre Musique.PIANO et VIVATCHÉ
C'est notre Musique.SCÈNE VII. Presto, Piano, Vivatché, Un esclave.
SCÈNE VIII. Célenie, Vivatché, Piano, Presto, Un esclave.
L'ESCLAVE, continuant de parler
Que son égarement dans ses yeux se peint bien ! Mais, Seigneur, n'en craignez rien, N'en craignez rien ; sa folie Est douce, gaillarde et jolie.CÉLENIE
ARIETTE.
C'est lui-même, c'est lui, c'est le grand Timurbek, De ses pieds baisons la poussière. À son aspect, Je vois la terre entière Dans un stupide respect. La voyez-vous ! c'est une mouche bleue Sur votre auguste front ; Elle volait en rond : Elle avait fait une lieue En volant en rond Sur votre auguste front.SCÈNE IX. Vivatché, Célenie.
VIVATCHÉ, en parlant
Reconnaissez, Madame, et mes traits et ma voix.CÉLENIE
Je ne t'ai jamais vu ; mais je te reconnais. Mais au reste, est-il si nécessaire de se connaître ?Pendant la Ritournelle, Célenie fera approcher deux sièges, les fera mettre plus près, et fera asseoir le Sultan.
ARIETTE.
Sans se connaître on peut s'entendre, Vous entendez bien, Vous n'ignorez pas que mon gendre, Le gendre mon Vizir, ou le Vizir mon gendre, Fut un grand Négromancien, Vous entendez bien. Les cieux ne sont pas bleus pour rien, Vous entendez bien. Cette Fée a cru les surprendre ; Son avis n'était pas le mien ; C'était le sien, Vous entendez bien. De là je conclus qu'un coeur tendre Se fait entendre par un rien, Vous entendez bien.Elle se lève. Là le Sultan fait signe qu'on éloigne les sièges, Piano le fait.
VIVATCHÉ, en parlant
Je vois à chaque instant augmenter sa démence... Mais voici Durbin qui s'avance.SCÈNE X. Vivatché, Célenie, Durbin, Piano.
VIVATCHÉ, en parlant
Malheureux Chevalier ! C'est ton funeste Qui seul est cause, et qui fait naître L'égarement d'esprit où tu la vois paraître. Rends-lui sa raison dans ce jour ? Cherche à t'en faire reconnaître.CÉLENIE, en parlant
Ah ! C'est Durbin : dès qu'il paraît, Le calme en moi semble renaître. Mon coeur, mon coeur le reconnaît.DURBIN, en parlant
Tu me trompes, cruel. Non, elle n'est point folle : T'en croirai-je sur ta parole, Lorsque sa bouche te dément ? Parle, parle à ton amant.CÉLENIE
Que je vous parle... Que je lui parle : il est à faire mourir de rire... Mais y a -t-il sûreté à vous ouvrir mon coeur devant la Dame que voilà ?
Elle frappe sur l'épaule de Vivatché, et chante.
VIVATCHÉ, parlant
Elle me prend pour une femme.CÉLENIE
DUO DIALOGUÉ.
Durbin, je t'aime, le sais-tu ? J'ai toujours combattu Mon coeur et mon amour extrême, J'ai trop su me vaincre moi-même. Durbin, je t'aime, Le sais-tu, le sais-tu ?DURBIN, à part
De sa raison, tant qu'elle fut maîtresse, La loi d'une austère pudeur. Lui faisait taire son ardeur Avec une cruelle adresse.CÉLENIE
M'entends-tu ? Ma pudeur, ma vertu, Te cachaient mon amour extrême ; Je me le cachais à moi-même,DURBIN
Ah ! Quel mélange, hélas ! de joie et de tristesse ! Voilà donc, voilà donc l'aveu de sa tendresse, Et mon malheur,TRIO.
SCÈNE XI. Vivatché, Durbin.
DURBIN, parlant
Exécrable tyran.SCÈNE XII.
SCÈNE XIII. Vivatché, un esclave.
L'ESCLAVE, déclamant
Seigneur, vous n'avez plus de salon de musique : Ces instruments harmonieux, Qu'à grands frais l'on avait rassemblés dans ces lieux, Sont tous brisés. Célenie à nos yeux, Dans les accès d'une folie unique, A défoncé vos timbales d'airain, Et vos tambours de basque et votre tambourin, Sa frénésie a fait main basse Sur le violoncelle, et basse et contre-basse, Tout est en pièces ! Elle casse Jusqu'aux cordes du clavecin. Nous n'osons par respect l'arrêter : et sa main Saisissant un basson, en frappe, rompt, écharpe, Met en cannelle votre harpe ; Vos airs, vos septuors, tous vos plus grands morceaux Sont déchirés, sont par lambeaux.....Cannelle : Fig. et familièrement. Mettre en cannelle, briser, réduire en morceaux comme ceux de la cannelle qui se vend ; et plus figurément encore, déchirer, ruiner de réputation.
VIVATCHÉ, l'interrompant, en parlant à lui-même
C'en est assez ! À l'excès de ses maux, A la fureur qui la possède J'imagine un très prompt remède. Écoute.ARIETTE.
Par son astrologie, Par sa magie, Mon Médecin, Magicien Presto, Guérira subito L'égarement de Célenie : Il la guérira subito En lui parlant en prose tout unie, Et l'éloignant de toute symphonie.ACTE III
Le Théâtre représente une façade du Palais, et un Port de mer dans le fond.
SCÈNE PREMIÈRE. Vivatché, Presto.
VIVATCHÉ, en parlant
La Sultane croit me surprendre : Tu m'as dit ses complots secrets ; Tu sais par quels moyens je prétends m'en défendre ? De ce balcon je puis tout voir et tout entendre : Feins d'entrer dans ses intérêts ; Ici même elle doit se rendre, Moins pour y voir nos jeux, que pour voir les succès Du piège adroit que dans ses doux accès, Sa jalousie ose me tendre.PRESTO, en parlant
Tout est prévu, Seigneur : chargé de les attendre Votre Amiral muni de votre ordre nouveau, Leur rendra leur vaisseau. Leur magique vaisseau Qui chez la Fée ira de droit fil les descendre, Avec Mélophanie on a feint de s'entendre. À votre tour, Seigneur, vous pouvez la surprendre.VIVATCHÉ
Il suffit à présent. Reçois Les compliments que je te dois Pour la cure de la folie De la Dame honnête et jolie, Dont je dois admirer la vertu malgré moi, Dans la magie on doit te reconnaître Pour un grand maître : Car...ARIETTE.
Guérir un homme fou, c'est une babiole ; C'est l'a, b, c, d, de l'art, De l'art des Médecins, de cet art si frivole Qu'inventa le Dieu du hasard. Ces savants empesés, et leur bavarde école, Pourraient le guérir tôt ou tard : Si l'on les croit sur leur parole, C'est l'a, b, c, d, de leur art. Des Magiciens la plupart Savent guérir un fou, soit rêveur, soit gaillard C'est l'a, b, c, d, de leur art : Mais guérir une femme folle, C'est le chef-d'oeuvre de leur art.PRESTO, en parlant
Hé bien, Sire, sur ma parole Des femmes, moi je n'en manque jamais, Soit que dans leur esprit ou que dans leur coeur...VIVATCHÉ
Mais Tu ne manques donc pas le coeur froid d'Henriette : À quoi, dis-moi donc, en es-tu Avec cette fière soubrette ?PRESTO
Ah ! D'ennui j'y renonce, et je me tiens battu, La bégueule héroïque affiche une vertu, Qu'avec peine on croira chez les races futures. Elle et son amant mal vêtu, M'ont tous deux accablé d'injures : Mais par moi leur caquet s'est trouvé rabattu ; Je l'ai réduit à l'Élégie.PRESTO
En m'aidant d'un peu de magie, À les punir gaiement j'ai borné mon dessein. Je donne à ces amants une plaisante assiette : À Zerbin j'enchaîne Henriette, Sans qu'ils puissent se voir ni se donner la main ; Et de plus, comme Médecin, Je les ai tous les deux forcés à la diète ; Et j'augmente leur soif, leur amour et leur faim.VIVATCHÉ
Bravo. Cette recette est bonne, et je l'estime : Mais cependant abrège le régime De ces deux pauvres amoureux. Je demande grâce pour eux.PRESTO
Je ne sais qu'obéir. Mais pour remplir vos vues Je dois au diable un compliment : Il faut l'évoquer poliment Pour opérer le désenchantement De mes deux vivantes statues, D'Henriette et de son amant.Vivatché, monte à une galerie régnante sur le port, et se place derrière des jalousies, dont il peut tout voir, sans être vu.
SCÈNE II.
PIANO, seul
ARIETTE.
Démon de cette île harmonique, Esprit de musique, Sublime esprit mécanique, Seul inventeur des accompagnements ? Esprit de musique, Réponds aux agréments De ma voix magique, Réponds à mes sons charmants. Esprit de musique, Démon chromatique, Génie unique Dans la façon des instruments, Toi qui dans ce pays lyrique Fais, défais, et refais tous les enchantements, Esprit de musique, Démon harmonique, Réponds à ma voix magique, Viens obéir à mes commandements.SCÈNE III. Presto, Un esprit infernal.
L'ESPRIT INFERNAL, en solfiant, dit le vers sur les notes
Ur, ré, mi, fa, sol, la, si, ut, Que veux-tu ? je viens à ta voix.PRESTO, disant aussi le vers sur les notes
Ut, si, la, sol, fa, mi, re, ut. Tiens, prends, lis, fais ce que tu vois.SCÈNE IV.
SCÈNE V. L'Esprit Infernal, Henriette, Zerbin, enchaîné, et assis, dos à dos, dans un fauteuil double, et tournant sur un pivot.
L'ESPRIT INFERNAL
Sur le reste de cette histoire, Consultons, lisons mon grimoire.Il lit des caractères magiques au lutin, et chante.
Oui, c'est moi-même ; et je suis ce lutin.ARIETTE.
L'ordre Calotin Du destin ; Tin, tin, trelintintinHENRIETTE et ZERBIN
Cruel destin ! Cruel destin !L'ESPRIT INFERNAL
Le destin Veut que ce couple d'amants pleure, Et chante, et gémisse, et demeure. Encore une heure Dans leur état incertain.HENRIETTE et ZERBIN
Cruel destin ! cruel destin !SCÈNE VI. Henriette, Zerbin, tournant lentement : ils sont alternativement arrêtés vis-à-vis des spectateurs aux vers qu'ils chantent.
HENRIETTE
Sur l'Air : Quand on a bu, la tête tourne.
Faudra que toujours je tourne, Tourne, tourne, Autour de l'objet de mes voeux ?SCÈNE VII. L'Esprit Infernal, Henriette, Zerbin.
L'ESPRIT INFERNAL, tenant à la main sa baguette magique
ARIETTE.
Vos malheurs sont à leur terme. Chantez mes enfants, chantez ; Je sème autour de vous le feu de tous côtés, Ce feu magique renfermeIl fait paraître du feu autour du plateau tournant.
La vertu des secrets aux Enfers inventés : Point de peur : tenez-vous ferme, Vous voilà désenchantés ; Chantez, mes enfants, chantez.L'Esprit infernal s'abîme dans sa trappe, et Zerbin et Henriette se lèvent, et sont désenchantés.
SCÈNE VIII. Henriette, Zerbin.
DUO DIALOGUÉ.
HENRIETTE
Enfin notre enchantement cesse.HENRIETTE
Je meurs de soif et de tendresse.HENRIETTE
Je meurs de soif.ZERBIN
Je meurs de faim.HENRIETTE
Je meurs de soif et de tendresse.SCÈNE IX. Zerbin, Durbin, Henriette, Célenie.
ZERBIN
Mais que vois-je ? Célénie, Durbin : mon cher Maître, je suis, je suis, je suis transporté.
HENRIETTE
Ah ! Que je baise la main.
CÉLENIE et DURBIN
Non, non, embrassez-nous.
ZERBIN
Ah ! Monsieur, et pouvons-nous espérer ?...
DURBIN
Oui, Zerbin, nos malheurs sont finis, le Magicien.
ZERBIN
Ah ! Maudit Magicien !
DURBIN
Le Magicien a sauvé, comme tu vois, Célenie de l'état cruel...
CÉLENIE
Non, mon cher Chevalier, c'est votre vue, c'est mon amour : et si ma raison égarée...
DURBIN
Ah ! Divine Célenie, que ce sentiment m'est cher ! Mais la juste crainte où je suis...
CÉLENIE
Non. La jalousie de la Sultane est trop intéressée à nous éloigner.
ZERBIN
Hé, Seigneur, qu'avons-nous à craindre, tout ce que la Fée a prédit est arrivé : elle ne parlera pas, elle ne pensera pas. Et moi, si loin, si près. Vous ne doutez pas que vous ayez chanté, sans ce que vous chanterez : nous partons, nous partons.
HENRIETTE
Et par quel moyen ? Ah, ciel ! La tête me tourne encore.
DURBIN
Cela est tout simple. La Sultane nous a fait échapper secrètement : elle nous fait conduite à notre vaisseau ; il est prêt : et nous retournons à l'île de la Fée.
CÉLENIE
Et c'est dans son Palais que je couronnerai votre amour. Mais quel bruit !...
DURBIN
La Sultane va paraître ; et c'est le bruit des instruments qui la précèdent.
SCÈNE X. Célenie, Durbin, Henriette, Zerbin, Piano, à la tête des Eunuques.
PIANO
ARIETTE.
Éloignez-vous, Éloignez-vous ; La Sultane s'avance. À quelque distance De nous, Éloignez-vous tous, Éloignez-vous. La Sultane va paraître ; Qu'on s'éloigne de toutes parts, Gardez-vous de jeter de profanes regards Sur l'objet des désirs de votre auguste Maître : La Sultane va paraître, Éloignez-vous tous, Éloignez-vous.CÉLENIE, DURBIN, HENRIETTE, ZERBIN
Éloignons-nous tous.SCÈNE XI. Les Acteurs précédents, Mélophanie.
SCÈNE XII. Les Acteurs précédents, Vivatché, Presto.
SCÈNE XIII. Mélophanie, Vivatché, les Eunuques.
MÉLOPHANIE, en parlant
Tu la retiens, et tu veux la reprendre ; Elle à qui ton amour n'inspire que l'horreur. Et moi qui t'aime avec fureur, Tu me quittes, cruel. Ah ! quelle est ton erreur !ARIETTE.
Des cris du désespoir je saurai me défendre. Non, je ne veux te faire entendre, Qu'une douleur tendre, Des soupirs pleins de douceur. Ah ! sans en être ému, peux-tu me voir répandre Des larmes qui partent du coeur ? Une douleur tendre, Des larmes qui partent du coeur, Ne pourront-ils me rendre Ton amour et mon bonheur, Et dissiper ton erreur ?SCÈNE XIV. Vivatché, Mélophanie, Presto, Piano, Célenie, Durbin, Henriette, Zerbin.
Pendant la Ritournelle de l'air que chante Mélophanie, les quatre étrangers viennent sur le devant de la scène.
PRESTO
Seigneur, tous vos captifs vont quitter le rivage : Ils sont comblés de vos présents. Vous les voyez.MÉLOPHANIE
Grands Dieux !CÉLENIE, HENRIETTE, DURBIN, ZERBIN
QUATUOR.
Rendons, rendons hommage Aux soins bienfaisants De l'auteur de notre voyage : Notre bonheur est son ouvrage ! Que nos accents Reconnaissants Fassent retentir cette plage.TRIO.
VIVATCHÉ, PRESTO
Leurs coeurs contents, Dans peu de temps Vont fuir loin de ce rivage. Bon voyage, bon voyage. Les sentiments De ces amants Me sont chers, et je les partage.SCÈNE XV et DERNIÈRE. Vivatché, Mélophanie, Presto, Piano.
VIVATCHÉ
Air : Princesse adorable.
J'ai feint de traverser le projet favorable Que vous formiez pour leur retour ; Et j'ai voulu dans ce grand jour Que leur éloignement, pour vous si désirable, Fût l'ouvrage de mon amour.ARIETTE.
Je n'aimai jamais Célenie. Non, je n'aimai jamais que vous, Que vous, belle Mélophanie ; J'éveillais votre amour par des soupçons jaloux. Je n'aimai jamais Célenie : Je n'aimerai jamais que vous.674 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0