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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Tanzai et Neadarné, Tragi-Comédie

Charles Collé· imprimée en 1777· 375 vers· 8 personnages

Personnages

  • TANZAÏ, Prince de la grande Chéchianée
  • NEADARNÉ, épouse de Tanzaï
  • LE GÉNIE JONQUILLE
  • SAUGRENUTIO, Grand-Prêtre de Chéchian
  • LA FÉE MOUSTACHE, Confidente de Neadarné
  • AZORT, Chef des Eunuques noirs
  • GARDES
  • EUNUQUES, noirs et blancs
Préface

Pour faciliter l'intelligence de cette sérieuse Tragi-Comédie, l'on doit faire imprimer et débiter, dans la salle du spectacle un peu auparavant la représentation, le billet d'avertissement, ainsi qu'il fuit.

L'EAU CÉLESTE, OU LE SECRET DE LA FÉE MOUSTACHE.

MESSIEURS, et surtout, MESDAMES,

Vous êtes êtes avertis que le signor PORTO-VENERÉ, Parfumeur et Chimiste Italien, a recouvré le secret de la FÉE MOUSTACHE, perdu depuis si longtemps, et que l'on retrouve dans son Eau Céleste, avec toutes ses mêmes vertus et propriétés.

Par l'effet de cette Eau, les hommes se trouvent toujours mal à leur aise, de la façon du monde la plus agréable. En Italie, tout ce qu'il y a de grand en femmes, a fait, avec succès, l'épreuve de ce spécifique.

L'Eau Céleste, rendue à Paris, reviendra à dix séquins, la prise. Par ce prix, qui doit, on l'avoue, paraître exorbitant, l'on juge bien que cette eau n'est faite, que pour des femmes un peu aisées.

Il est de la plus grande conséquence de prévenir les Dames, qui s'en serviront, sur le danger qu'il y aurait à prendre plus d'une prise de cette Eau, par jour. Si l'on allait jusqu'à deux prises, dans la même journée, l'on se trouverait, au moins, pendant un an, incapable de répondre aux avances les plus polies de son amant ; et si l'on avait malheureusement l'imprudence ou le délire d'aller jusqu'à trois ou quatre prises, il est indubitable que la femme qui en ferait la folie, se trouverait le coeur fermé pour toujours aux impressions les plus agréables, qu'elle ne pourrait plus recevoir, même de l'Amant le plus tendre, le plus touchant, et qui aurait l'esprit le plus adroit et le plus insinuant.

Le signor Porto-Vénéré, demeure toujours à Rome, Place Navone à côté du Palais Pamphile, dans une petite porte étroite, à l'enseigne du Petit-Coeur.

TANZAÏ ET NEADARNÉ

SCÈNE PREMIÈRE. Neadarné, Moustache, ayant une longue moustache à la Chinoise, du côté gauche.

NEADARNÉ

Hélas !

SCÈNE II. Tanzaï, Neadarné, Moustache.

TANZAÏ, lui rebaisant la main

Quel supplice, idole de mon coeur !

TANZAÏ, un peu à part

Quel état ! Et que faire ?

SCÈNE III. Neadarné, Moustache.

NEADARNÉ

Hélas ! Que vois-je ! C'est Jonquille ! Ah ! Ne me quittez pas.

Jonquille paraît subitement dans un nuage.

SCÈNE IV. Jonquille, Neadarné, Moustache.

MOUSTACHE, voulant se retirer

Madame, permettez...

MOUSTACHE, faisant encore quelques pas

Non, je me retirais.

JONQUILLE, tendrement

Que craignez-vous ?

NEADARNÉ, l'interrompant

Honteuse préférence !

NEADARNÉ, l'interrompant

Seigneur n'avez-vous qu'un remède ?

NEADARNÉ, nonchalamment et comme quelqu'un qui cède

Mais, non, Seigneur ; mais non,

SCÈNE V. Neadarné, Moustache.

SCÈNE VI. Saugrenutio, Neadarné, Moustache.

NEADARNÉ, allant à un coin du Théâtre

Ah Ciel ! Ah, juste Ciel !

MOUSTACHE, allant à l'autre coin

Ah, Dieux ! Ah, justes Dieux !

NEADARNÉ, avec toute la dignité du tragique

Sortez, Monsieur l'Abbé.

SAUGRENUTIO, à part, et rêvant

Poursuivrai-je ?

SCÈNE VII. Saugrenutio, Moustache.

SCÈNE VIII. Azort, Moustache, Saugrenutio.

SAUGRENUTIO

Je frémis.

SAUGRENUTIO

Arrêtez. Ah, barbares !

Les Instruments recommencent.

SCÈNE IX ET DERNIÈRE. Tanzay, Saugrenutio, Moustache, suite.

375 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0