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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Agésilas

Pierre Corneille· créée en 1666· 5 actes· 2 109 vers· 9 personnages

Réprésenté pour la première fois le 28 février 1666 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • AGÉSILAS, roi de Sparte
  • LYSANDER, fameux capitaine de Sparte
  • COTYS, roi de Paphlagonie
  • SPITRIDATE, grand Seigneur persan
  • MANDANE, soeur de Spitridate
  • ELPINICE, fille de Lysander
  • AGLATIDE, fille de Lysander
  • XENOCLES, lieutenant d'Agésilas
  • CLÉON, orateur grec, natif d'Halicarnasse
AU LECTEUR

Il ne faut que parcourir les vies d'Agésilas et de Lysandre chez Plutarque, pour démêler ce qu'il y a d'historique dans cette tragédie. La manière dont je l'ai traitée n'a point d'exemple parmi nos français, ni dans ce précieux restes de l'Antiquité qui sont venu jusqu'à nous et c'est ce qui me l'a ait choisir. Les premiers qui ont travaillé pour le théâtre ont travaillé sans exemple, et ceux qui les ont suivi y ont fait voir quelques nouveautés de temps en temps. Nous n'avons pas moins de privilège. Aussi note Horace nous recommande tant la lecture des poètes grecs par ces paroles ,

Vos exemplaria Graeca Nocturna versate manu, versate diurna,

Ne laisse pas de louer hautement les Romains d'avoir osé quitter les traces de ces mêmes grecs, et pris d'autre routes.

Nitentatum nostri liquere poëtae, Ne minimum muruere decus, vestigia Graeca Asi deserere.

Les règles sont bonnes, mais leur méthode n'est pas de notre siècle, et qui s'attacherait à ne marcher que sur leurs pas, ferait sans doute peu de progrès, et divertirait mal son auditoire. On court à la vérité quelque risque de s'égarer, et même on s'égare assez souvent, quand on s'écarte du sentier battu ; mais on ne s'égare pas toutes les fois qu'on s'en écarte. Quelques un en arrivent plutôt où ils prétendent ; et chacun peut hasarder à ses périls.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Elpinice, Aglatide.

SCÈNE II. Spitridate, Elpinice, Aglatide.

AGLATIDE

Je vous entends, Seigneur, et vois ce qu'il faut voir. Un aveu plus précis est d'une conséquence Qui pourrait vous embarrasser, Et même à notre sexe il est de bienséance De ne pas trop vous en presser. À Lysander mon père il vous plut de promettre D'unir par notre hymen votre sang et le sien : La raison, à peu près, Seigneur, je la pénètre, Bien qu'aux raisons d'État je ne connaisse rien. Vous ne m'aviez point vue, et facile ou cruelle, Petite ou grande, laide ou belle, Qu'à votre humeur ou non je pusse m'accorder, La chose était égale à votre ardeur nouvelle, Pourvu que vous fussiez gendre de Lysander. Ma soeur vous aurait plu s'il vous l'eût proposée, J'eusse agréé Cotys s'il me l'eût proposé, Vous trouvâtes tous deux la politique aisée, Nous crûmes toutes deux notre devoir aisé. Comme à traiter cette alliance Les tendresses des coeurs n'eurent aucune part, Le vôtre avec le mien a peu d'intelligence, Et l'amour en tous deux pourra naître un peu tard. Quand il faudra que je vous aime, Que je l'aurai promis à la face des dieux, Vous deviendrez cher à mes yeux, Et j'espère de vous le même. Jusque-là votre amour assez mal se fait voir, Celui que je vous garde encor plus mal s'explique : Vous attendez le temps de votre Politique, Et moi celui de mon devoir. Voilà, Seigneur, quel est mon crime ; Vous m'en vouliez convaincre, il n'en est plus besoin, J'en ai fait comme vous ma soeur juge et témoin : Que ma froideur lui semble injuste, ou légitime, La raison que vous peut en faire sa bonté, Je consens qu'elle vous la fasse, Et pour vous en laisser tous deux en liberté, Je veux bien lui quitter la place.

SCÈNE III. Spitridate, Elpinice.

SPITRIDATE

C'est trop dissimuler La cause et la grandeur du mal qui me possède, Et je me dois, Madame, au défaut du remède La vaine douceur d'en parler. Oui, vos yeux ont part à ma peine, Ils en font plus de la moitié, Et s'il n'est point d'amour pour en finir la gêne, Il est pour l'adoucir des regards de pitié. Quand je quittai la Perse, et brisai l'esclavage Où m'envoyant au jour le ciel m'avait soumis, Je crus qu'il me fallait parmi ses ennemis D'un protecteur puissant assurer l'avantage ; Cotys eut, comme moi, besoin de Lysander, Et quand pour l'attacher lui-même à nos familles Nous demandâmes ses deux filles, Ce fut les obtenir que de les demander. Par déférence au trône il lui promit l'aînée, La jeune me fut destinée ; Comme nous ne cherchions tous deux que son appui, Nous acceptâmes tout sans regarder que lui. J'avais su qu'Aglatide était des plus aimables, On m'avait dit qu'à Sparte elle savait charmer, Et sur des bruits si favorables Je me répondais de l'aimer. Que l'amour aime peu ces folles confiances, Et que pour affermir son empire en tous lieux Il laisse choir souvent de cruelles vengeances Sur qui promet son coeur sans l'aveu de ses yeux ! Ce sont les conseillers fidèles Dont il prend les avis pour ajuster ses coups, Leur rapport inégal vous fait plus_ou_moins belles, Et les plus beaux objets ne le sont pas pour tous. À ce moment fatal qui nous permit la vue Et de vous et de cette soeur, Mon âme devint toute émue Et le trouble aussitôt s'empara de mon coeur ; Je le sentis pour elle tout de glace, Je le sentis tout de flamme pour vous, Vous y régnâtes en sa place, Et ses regards aux miens n'offrirent rien de doux, Il faut pourtant l'aimer, du moins il faut le feindre, Il faut vous voir aimer ailleurs : Voyez s'il fut jamais un amant plus à plaindre, Un coeur plus accablé de mortelles douleurs. C'est un malheur sans doute égal au trépas même, Que d'attacher sa vie à ce qu'on n'aime pas ; Et voir en d'autres mains passer tout ce qu'on aime, C'est un malheur encor plus grand que le trépas.

SCÈNE IV. Cotys, Spitridate.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Spitridate, Mandane.

SPITRIDATE

Que nous avons, ma soeur, brisé de rudes chaînes ! En Perse il n'est point de sujets ; Ce ne sont qu'esclaves abjects, Qu'écrasent d'un coup d'oeil les têtes souveraines. Le Monarque, ou plutôt le tyran général, N'y suit pour loi que son caprice, N'y veut point d'autre règle et point d'autre justice, Et souvent même impute à crime capital Le plus rare mérite, et le plus grand service. Il abat à ses pieds les plus hautes vertus, S'immole insolemment les plus illustres vies, Et ne laisse aujourd'hui que les coeurs abattus À couvert de ses tyrannies. Vous autres, s'il vous daigne honorer de son lit, Ce sont indignités égales, La gloire s'en partage entre tant de rivales, Qu'elle est moins un honneur qu'un sujet de dépit. Toutes n'ont pas le nom de reines, Mais toutes portent mêmes chaînes, Et toutes, à parler sans fard, Servent à ses plaisirs sans part à son Empire, Et même en ses plaisirs elles n'ont autre part, Que celle qu'à son coeur brutalement inspire Ou ce caprice, ou le hasard. Voilà, ma soeur, à quoi vous avait destinée, À quel infâme honneur vous avait condamnée Pharnabaze son lieutenant : Il aurait fait de vous un présent à son Prince, Si pour nous affranchir mon soin le prévenant N'eût à sa tyrannie arraché ma Province. La Grèce a de plus saintes lois, Elle a des peuples et des rois Qui gouvernent avec justice : La raison y préside et la sage équité, Le pouvoir souverain par elles limité, N'y laisse aucun droit au caprice. L'hymen de ses Rois même y donne coeur pour coeur ; Et si vous aviez le bonheur Que l'un d'eux vous offrît son trône avec son âme, Vous seriez, par ce noeud charmant, Et reine véritablement, Et véritablement sa femme.

SCÈNE II. Lysander, Spitridate, Mandane, Cléon.

SCÈNE III. Lysander, Mandane, Cléon.

SCÈNE IV. Lysander, Cotys, Cléon.

LYSANDER

L'amour !

SCÈNE V. Lysander, Cléon.

SCÈNE VI. Lysander, Elpinice, Aglatide.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Agésilas, Lysander, Xénoclès.

AGÉSILAS

Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'envie et la haine Ont persécuté les héros : Hercule en sert d'exemple, et l'histoire en est pleine, Nous ne pouvons souffrir qu'ils meurent en repos. Cependant cet exil, ces retraites paisibles, Cet unique souhait d'y terminer leurs jours, Sont des mots bien choisis à remplir leurs discours, Ils ont toujours leur grâce, ils sont toujours plausibles ; Mais ils ne sont pas vrais toujours, Et souvent des périls ou cachés, ou visibles, Forcent notre prudence à nous mieux assurer Qu'ils ne veulent se figurer. Je ne m'étonne point qu'avec tant de lumières Vous ayez prévu mes refus ; Mais je m'étonne fort que les ayant prévus Vous n'en ayez pu voir les raisons bien entières. Vous êtes un grand homme, et de plus, mécontent. J'avouerai plus encor, vous avez lieu de l'être. Ainsi de ce repos où votre ennui prétend Je dois prévoir en Roi quel désordre peut naître, Et regarde en quels lieux il vous plaît de porter Des chagrins qu'en leur temps on peut voir éclater. Ceux que prend pour exil, ou choisit pour asile Ce dessein d'une mort tranquille, Des Perses et des Grecs séparent les États. L'assiette en est heureuse, et l'accès difficile, Leurs maîtres ont du coeur, leurs peuples ont des bras : Ils viennent de nous joindre avec une puissance À beaucoup espérer, à craindre beaucoup d'eux, Et c'est mettre en leurs mains une étrange balance Que de mettre à leur tête un guerrier si fameux. C'est vous qui les donnez l'un et l'autre à la Grèce, L'un fut ami du Perse, et l'autre son sujet ; Le service est bien grand, mais aussi je confesse Qu'on peut ne pas bien voir tout le fond du projet. Votre intérêt s'y mêle en les prenant pour gendres, Et si par des liens et si forts et si tendres Vous pouvez aujourd'hui les attacher à vous, Vous vous les donnez plus qu'à nous. Si malgré le secours, si malgré les services, Qu'un ami doit à l'autre, un sujet à son Roi, Vous les avez tous deux arrachés à leur foi, Sans aucun droit sur eux, sans aucuns bons offices ; Avec quelle facilité N'immoleront-ils point une amitié nouvelle À votre courage irrité, Quand vous ferez agir toute l'autorité De l'amour conjugale et de la paternelle, Et que l'occasion aura d'heureux moments Qui flattent vos ressentiments ? Vous ne nous laissez aucun gage, Votre sang tout entier passe avec vous chez eux : Voyez donc ce projet comme je l'envisage, Et dites si pour nous il n'a rien de douteux. Vous avez jusqu'ici fait paraître un vrai zèle, Un coeur si généreux, une âme si fidèle, Que par toute la Grèce on vous loue à l'envi : Mais le temps quelquefois inspire une autre envie ; Comme vous Thémistocle avait fort bien servi, Et dans la Cour de Perse il a fini sa vie.

AGÉSILAS

Dites tout, vous avez la mémoire trop bonne Pour avoir oublié que vous me fîtes Roi, Lorsqu'on balança ma couronne Entre Léotychide et moi. Peut-être n'osez-vous me vanter un service Qui ne me rendit que justice, Puisque nos lois voulaient ce qu'il sut maintenir ; Mais moi qui l'ai reçu, je veux m'en souvenir. Vous m'avez donc fait Roi, vous m'avez de la Grèce Contre celui de Perse établi Général ; Et quand je sens dans l'âme une ardeur qui me presse De ne m'en revancher pas mal, À peine sommes-nous arrivés dans Éphèse, Où de nos alliés j'ai mis le rendez-vous, Que sans considérer si j'en serai jaloux, Ou s'il se peut que je m'en taise, Vous vous saisissez par vos mains De plus que votre récompense, Et tirant toute à vous la suprême puissance Vous me laissez des titres vains. On s'empresse à vous voir, on s'efforce à vous plaire, On croit lire en vos yeux ce qu'il faut qu'on espère, On pense avoir tout fait quand on vous a parlé, Mon palais près du vôtre est un lieu désolé, Et le Généralat comme le Diadème M'érige sous votre ordre en fantôme éclatant, En colosse d'État qui de vous seul attend L'âme qu'il n'a pas de lui-même, Et que vous seul faites aller Où pour vos intérêts il le faut étaler. Général en idée, et Monarque en peinture, De ces illustres noms pourrais-je faire cas, S'il les fallait porter, moins comme Agésilas, Que comme votre créature, Et montrer avec pompe au reste des humains En ma propre grandeur l'ouvrage de vos mains ? Si vous m'avez fait Roi, Lysander, je veux l'être ; Soyez-moi bon sujet, je vous serai bon maître, Mais ne prétendez plus partager avec moi Ni la puissance, ni l'emploi. Si vous croyez qu'un sceptre accable qui le porte, À moins qu'il prenne une aide à soutenir son poids, Laissez discerner à mon choix Quelle main à m'aider pourrait être assez forte. Vous aurez bonne part à des emplois si doux Quand vous pourrez m'en laisser faire, Mais soyez sûr aussi d'un succès tout contraire, Tant que vous ne voudrez les tenir que de vous. Je passe à vos amis qu'il m'a fallu détruire, Si dans votre vrai rang je voulais vous réduire, Et d'un pouvoir surpris saper les fondements. Ils étaient tout à vous, et par reconnaissance D'en avoir reçu leur puissance, Ils ne considéraient que vos commandements. Vous seul les aviez faits souverains dans leurs villes, Et j'y verrais encor mes ordres inutiles, À moins que d'avoir mis leur tyrannie à bas, Et changé comme vous la face des États. Chez tous nos Grecs asiatiques Votre pouvoir naissant trouva des Républiques, Que sous votre cabale il vous plut asservir : La vieille liberté si chère à leurs ancêtres Y fut partout forcée à recevoir dix maîtres, Et dès qu'on murmurait de se la voir ravir, On voyait par votre ordre immoler les plus braves À l'empire de vos esclaves. J'ai tiré de ce joug les peuples opprimés, En leur premier état j'ai remis toutes choses, Et la gloire d'agir par de plus justes causes A produit des effets plus doux, et plus aimés. J'ai fait, à votre exemple ici des créatures, Mais sans verser de sang, sans causer de murmures, Et comme vos tyrans prenaient de vous la loi, Comme ils étaient à vous, les peuples sont à moi. Voilà quelles raisons ôtent à vos services Ce qu'ils vous semblent mériter, Et colorent ces injustices Dont vous avez raison de vous mécontenter. Si d'abord elles ont quelque chose d'étrange, Repassez-les deux fois au fond de votre coeur, Changez, si vous pouvez, de conduite et d'humeur, Mais n'espérez pas que je change.

SCÈNE II. Agésilas, Xénoclès.

AGÉSILAS

À te dire le vrai l'affaire m'embarrasse, J'ai peine à démêler ce qu'il faut que je fasse, Tant la confusion de mes raisonnements Étonne mes ressentiments. Lysander m'a servi, j'aurais une âme ingrate, Si je méconnaissais ce que je tiens de lui ; Il a servi l'État, et si son crime éclate, Il y trouvera de l'appui. Je sens que ma reconnaissance Ne cherche qu'un moyen de le mettre à couvert : Mais enfin il y va de toute ma puissance, Si je ne le perds, il me perd. Ce que veut l'intérêt, la prudence ne l'ose. Tu peux juger par là du désordre où je suis, Je vois qu'il faut le perdre ; et plus je m'y dispose, Plus je doute si je le puis. Sparte est un État populaire Qui ne donne à ses Rois qu'un pouvoir limité, On peut y tout dire et tout faire Sous ce grand nom de liberté. Si je suis souverain en tête d'une armée, Je n'ai que ma voix au Sénat ; Il faut y rendre compte, et tant de Renommée Y peut avoir déjà quelque ligue formée, Pour autoriser l'attentat. Ce prétexte flatteur de la cause publique, Dont il le couvrira si je le mets au jour, Tournera bien des yeux vers cette Politique Qui met chacun en droit de régner à son tour. Cet espoir y pourra toucher plus d'un courage, Et quand sur Lysander j'aurai fait choir l'orage, Mille autres comme lui jaloux ou mécontents Se promettront plus d'heur à mieux choisir leur temps. Ainsi de toutes parts le péril m'environne, Si je veux le punir, j'expose ma couronne, Et si je lui fais grâce, ou veux dissimuler, Je dois craindre...

SCÈNE III. Agésilas, Cotys, Xénoclès.

SCÈNE IV. Agésilas, Xénoclès.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Spitridate, Elpinice.

SPITRIDATE

Et vous ?

SCÈNE II. Spitridate, Mandane.

SCÈNE III. Spitridate, Mandane, Aglatide.

SCÈNE IV. Aglatide, Mandane.

MANDANE

Hélas !

SCÈNE V. Cotys, Mandane.

MANDANE

Non.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Agésilas, Xénoclès.

AGÉSILAS

AU SÉNATEUR CRATÈS, À L'ÉPHORE ARSIDAS. Spitridate et Cotys sont de l'intelligence ?

Éphore : Magistrats lacédémoniens au nombre de cinq établis pour contre-balancer l'autorité des rois et du sénat et qu'on renouvelait tous les ans. [L]

SCÈNE II. Agésilas, Spitridate, Xénoclès.

AGÉSILAS

Elpinice ?

SPITRIDATE

Elle-même.

AGÉSILAS

L'ingrate !

SCÈNE III. Agésilas, Spitridate, Mandane, Xénoclès.

AGÉSILAS

Cotys...

SCÈNE IV. Agésilas, Mandane, Xénoclès.

MANDANE

Seigneur, je croirais vous trahir Et n'avoir pas pour vous une âme assez royale, Si je vous cachais rien des justes sentiments Que m'inspire le Ciel pour deux Rois mes amants. J'ai vu que vous m'aimiez, et sans autre interprète J'en ai cru vos faveurs qui m'ont si peu coûté, J'en ai cru vos bontés, et l'assiduité Qu'apporte à me chercher votre ardeur inquiète. Ma gloire y voulait consentir, Mais ma reconnaissance a pris soin de la vôtre. Vos feux la hasardaient, et pour les amortir J'ai réduit mes désirs à pencher vers un autre. Pour m'épouser, vous le pouvez, Je ne saurais former de voeux plus élevés, Mais avant que juger ma conquête assez haute, De l'oeil dont il faut voir ce que vous vous devez Voyez ce qu'elle donne, ou plutôt ce qu'elle ôte. Votre Sparte si haut porte sa royauté, Que tout sang étranger la souille et la profane ; Jalouse de ce trône où vous êtes monté, Y faire seoir une Persane, C'est pour elle une étrange et dure nouveauté, Et tout votre pouvoir ne peut m'y donner place, Que vous n'y renonciez pour toute votre race. Vos éphores peut-être oseront encor plus ; Et si votre Sénat avec eux se soulève, Si de me voir leur Reine indignés et confus Ils m'arrachent d'un trône où votre choix m'élève, Pensez bien à la suite avant que d'achever, Et si ce sont périls que vous deviez braver. Vous les voyez si bien que j'ai mauvaise grâce De vous en faire souvenir, Mais mon zèle a voulu cette indiscrète audace, Et moi je n'ai pas cru devoir la retenir. Que la suite après tout vous flatte, ou vous traverse, Ma gloire est sans pareille aux yeux de l'Univers, S'il voit qu'une Persane au vainqueur de la Perse Donne à son tour des lois et l'arrête en ses fers. Comme votre intérêt m'est plus considérable, Je tâche de vous rendre à des destins meilleurs : Mon amour peut vous perdre, et je m'attache ailleurs Pour être pour vous moins aimable. Voilà ce que devait un coeur reconnaissant. Quant au reste, parlez en maître, Vous êtes ici tout puissant.

SCÈNE V. Agésilas, Xénoclès.

SCÈNE VI. Agésilas, Lysander, Xénoclès.

SCÈNE VII. Agésilas, Lysander.

LYSANDER

Seigneur...

SCÈNE VIII. Agésilas, Lysander, Aglatide conduite par Xénoclès.

SCÈNE IX. Agésilas, Lysander, Cotys, Spitridate, Mandane, Elpinice, Aglatide, Xénoclès.

2 109 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica