Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Roi des Huns

Attila

Pierre Corneille· créée en 1667, imprimée en 1668· 5 actes· 1 788 vers· 8 personnages

Représentée pour la première fois le 4 mars 1667 au Théâtre du Palais-Royal

Personnages

  • ATTILA, roi des Huns
  • ARDARIC, roi des Gépides
  • VALAMIR, roi des Ostrogoths
  • HONORIE, soeur de l'empereur Valentinian
  • ILDIONE, soeur de Mérovée, roi de France
  • OCTAR, capitaine des gardes d'Attila
  • FLAVIE, dame d'honneur d'Honorie
  • GARDES
AU LECTEUR

Le nom d'Attila est assez connu, mais tout le monde n'en connaît pas tout le caractère. Il était plus homme de tête que de main, tâchait à diviser ses ennemis, ravageait les peuples indéfendues, pour donner de la terreur aux autres et tirer tribut de leur épouvante, et s'était fait un tel empire sur les rois qui l'accompagnaient, que quand même il leur eût commandé des parricides, il n'eussent osé lui désobéir. Il est malaisé de savoir qu'elle était sa religion ; le surnom de fléau de Dieu qu'il prenait lui-même montre qu'il n'en croyait pas plusieurs. Je l'estimerais Aryen comme les Ostrogoths de son armée, n'était la pluralité des femmes que je lui ai retranché ici ; Il croyait fort aux devins, et c'était peut-être tout ce qu'il croyait. Il envoya demander par deux fois à l'Empereur Valentinien sa soeur Honorie avec de grandes menaces, et en l'attendant il épousa Ildione, dont tous les historiens marquent la beauté, sans parler de sa naissance. C'est ce qui m'a enhardi à la faire soeur d'un de nos premiers rois, afin d'opposer la France naissante au déclin de l'Empire. Il est constant qu'il mourut le première nuit de son mariage avec elle ; Marcellin dit qu'elle le tua elle-même, et je lui en ai voulu donner l'idée, quoi que ses effet. Tous les autres rapportent qu'il avait accoutumé de saigner du nez, et que les vapeur de vin et des viandes dont il se chargea fermèrent la passage à ce sang, qui après l'avoir étouffé sortit avec violence par tous les conduits ; il les ai suivis sur la manière de sa mort, mais j'ai cru plus à propos d'en attribuer la cause à un excès de colère, qu'à un excès d'intempérance.

Au reste on m'a pressé de répondre ici par occasion aux invectives qu'on a publiées depuis quelque temps contre la Comédie, mais je me contenterai d'en dire deux choses, pour fermer la bouche à ces ennemis d'un divertissement honnête et si utile. L'un que je soumets tous ce que j'ai fait et ferai à l'avenir à la censure des puissances, tant ecclésiastiques que séculières, sous lesquelles Dieu me fait vivre ; je ne sais s'ils en voudraient faire autant. L'autre que la Comédie est assez justifiée par cette célèbre traduction de la moitié de celles de Térence, que des personnes d'une piété exemplaire et rigide ont donné au public, et ne l'auraient jamais fait, si elles n'eussent jugé qu'on peut innocemment mettre sur la scène des filles engrossées par leurs amants, et des marchands d'esclave à prostituer ; La nôtre ne souffre point de tels ornements ; L'amour en est l'âme pour l'ordinaire ; mais l'amour dans le malheur n'excite que la pitié, et est plus capable de purger en nous cette passion que de nous en faire envie.

Il n'y a point d'homme au sortir de la représentation du Cid qui voulut avoir tué comme lui le père de sa maîtresse pour en recevoir de pareilles douceurs, ni de fille qui souhaitât que son amant eut tué son père, pour avoir la joie de l'aimer en poursuivant sa mort. Les tendresses de l'amour content sont d'une autre nature, et ce qui m'oblige à les éviter. J'espère un jour traiter cette matière plus en long, et faire voir quelle erreur c'est de dire qu'on peut faire parler sur le théâtre toutes sortes de gens selon toute l'étendue de leurs caractères.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Attila, Octar, suite.

ATTILA

Non ; mais la noble ardeur d'envahir tant d'états Doit combattre de tête encor plus que de bras, Entre ses ennemis rompre l'intelligence, Y jeter du désordre et de la défiance, Et ne rien hasarder qu'on n'ait de toutes parts, Autant qu'il est possible, enchaîné les hasards. Nous étions aussi forts qu'à présent nous le sommes, Quand je fondis en Gaule avec cinq cent mille hommes. Dès lors, s'il t'en souvient, je voulus, mais en vain, D'avec le Visigoth détacher le Romain. J'y perdis auprès d'eux des soins qui me perdirent : Loin de se diviser, d'autant mieux ils s'unirent. La terreur de mon nom pour nouveaux compagnons Leur donna les Alains, les Francs, les Bourguignons ; Et n'ayant pu semer entre eux aucuns divorces, Je me vis en déroute avec toutes mes forces. J'ai su les rétablir, et cherche à me venger ; Mais je cherche à le faire avec moins de danger. De ces cinq nations contre moi trop heureuses, J'envoie offrir la paix aux deux plus belliqueuses ; Je traite avec chacune, et comme toutes deux De mon hymen offert ont accepté les noeuds, Des princesses qu'ensuite elles en font le gage L'une sera ma femme et l'autre mon otage. Si j'offense par là l'un des deux souverains, Il craindra pour sa soeur qui reste entre mes mains. Ainsi je les tiendrai l'un et l'autre en contrainte, L'un par mon alliance, et l'autre par la crainte ; Ou si le malheureux s'obstine à s'irriter, L'heureux en ma faveur saura lui résister, Tant que de nos vainqueurs terrassés l'un par l'autre Les trônes ébranlés tombent aux pieds du nôtre. Quant à l'amour, apprends que mon plus doux souci N'est... Mais Ardaric entre, et Valamir aussi.

SCÈNE II. Attila, Ardaric, Valamir, Octar.

ATTILA

Rois, amis d'Attila, soutiens de ma puissance, Qui rangez tant d'états sous mon obéissance, Et de qui les conseils, le grand coeur et la main, Me rendent formidable à tout le genre humain, Vous voyez en mon camp les éclatantes marques Que de ce vaste effroi nous donnent deux monarques. En Gaule Mérovée, à Rome l'empereur, Ont cru par mon hymen éviter ma fureur. La paix avec tous deux en même temps traitée Se trouve avec tous deux à ce prix arrêtée ; Et presque sur les pas de mes ambassadeurs Les leurs m'ont amené deux princesses leurs soeurs. Le choix m'en embarrasse, il est temps de le faire ; Depuis leur arrivée en vain je le diffère : Il faut enfin résoudre ; et quel_que_soit ce choix, J'offense un empereur, ou le plus grand des rois. Je le dis le plus grand, non qu'encor la victoire Ait porté Mérovée à ce comble de gloire ; Mais si de nos devins l'oracle n'est point faux, Sa grandeur doit atteindre aux degrés les plus hauts ; Et de ses successeurs l'empire inébranlable Sera de siècle en siècle enfin si redoutable, Qu'un jour toute la terre en recevra des lois, Ou tremblera du moins au nom de leurs François. Vous donc, qui connaissez de combien d'importance Est pour nos grands projets l'une et l'autre alliance, Prêtez-moi des clartés pour bien voir aujourd'hui De laquelle ils auront ou plus_ou_moins d'appui, Qui des deux, honoré par ces noeuds domestiques, Nous vengera le mieux des champs catalauniques ; Et qui des deux enfin, déchu d'un tel espoir, Sera le plus à craindre à qui veut tout pouvoir.

ARDARIC

Oui, le ciel, par le choix de ces grands hyménées, A mis entre vos mains le cours des destinées ; Mais s'il est glorieux, seigneur, de le hâter, Il l'est, et plus encor, de si bien l'arrêter, Que la France, en dépit d'un infaillible augure, N'aille qu'à pas traînants vers sa grandeur future, Et que l'aigle, accablé par ce destin nouveau, Ne puisse trébucher que sur votre tombeau. Serait-il gloire égale à celle de suspendre Ce que ces deux états du ciel doivent attendre, Et de vous faire voir aux plus savants devins Arbitre des succès et maître des destins ? J'ose vous dire plus. Tout ce qu'ils vous prédisent, Avec pleine clarté dans le ciel ils le lisent ; Mais vous assurent-ils que quelque astre jaloux N'ait point mis plus d'un siècle entre l'effet et vous ? Ces éclatants retours que font les destinées Sont assez rarement l'oeuvre de peu d'années ; Et ce qu'on vous prédit touchant ces deux états Peut être un avenir qui ne vous touche pas. Cependant regardez ce qu'est encor l'empire : Il chancelle, il se brise, et chacun le déchire ; De ses entrailles même il produit des tyrans ; Mais il peut encor plus que tous ses conquérants. Le moindre souvenir des champs catalauniques En peut mettre à vos yeux des preuves trop publiques : Singibar, Gondebaut, Mérovée et Thierry, Là, sans Aétius, tous quatre auraient péri. Les Romains firent seuls cette grande journée : Unissez-les à vous par un digne hyménée. Puisque déjà sans eux vous pouvez presque tout, Il n'est rien dont par eux vous ne veniez à bout. Quand de ces nouveaux rois ils vous auront fait maître, Vous verrez à loisir de qui vous voudrez l'être, Et résoudrez vous seul avec tranquillité Si vous leur souffrirez encor l'égalité.

VALAMIR

L'empire, je l'avoue, est encor quelque chose ; Mais nous ne sommes plus au temps de Théodose ; Et comme dans sa race il ne revit pas bien, L'empire est quelque chose, et l'empereur n'est rien. Ses deux fils n'ont rempli les trônes des deux Romes Que d'idoles pompeux, que d'ombres au lieu d'hommes. L'imbécile fierté de ces faux souverains, Qui n'osait à son aide appeler des Romains, Parmi des nations qu'ils traitaient de barbares Empruntait pour régner des personnes plus rares ; Et d'un côté Gainas, de l'autre Stilicon, À ces deux majestés ne laissant que le nom, On voyait dominer d'une hauteur égale Un Goth dans un empire, et dans l'autre un Vandale. Comme de tous côtés on s'en est indigné, De tous côtés aussi pour eux on a régné. Le second Théodose avait pris leur modèle : Sa soeur à cinquante ans le tenait en tutelle, Et fut, tant qu'il régna, l'âme de ce grand corps, Dont elle fait encor mouvoir tous les ressorts. Pour Valentinian, tant qu'a vécu sa mère, Il a semblé répondre à ce grand caractère : Il a paru régner ; mais on voit aujourd'hui Qu'il régnait par sa mère, ou sa mère pour lui ; Et depuis son trépas il a trop fait connaître Que s'il est empereur, Aétius est maître ; Et c'en serait la soeur qu'il faudrait obtenir, Si jamais aux Romains vous vouliez vous unir : Au reste, un prince faible, envieux, mol, stupide, Qu'un heureux succès enfle, un douteux intimide, Qui pour unique emploi s'attache à son plaisir, Et laisse le pouvoir à qui s'en peut saisir. Mais le grand Mérovée est un roi magnanime, Amoureux de la gloire, ardent après l'estime, Qui ne permet aux siens d'emploi ni de pouvoir, Qu'autant que par son ordre ils en doivent avoir. Il sait vaincre et régner ; et depuis sa victoire, S'il a déjà soumis et la Seine et la Loire, Quand vous voudrez aux siens joindre vos combattants, La Garonne et l'Arar ne tiendront pas longtemps. Alors ces mêmes champs, témoins de notre honte, En verront la vengeance et plus haute et plus prompte ; Et pour glorieux prix d'avoir su nous venger, Vous aurez avec lui la Gaule à partager, D'où vous ferez savoir à toute l'Italie Qu'alors que la prudence à la valeur s'allie, Il n'est rien à l'épreuve, et qu'il est temps qu'enfin Et du Tibre et du Pô vous fassiez le destin.

Arar : rivière de la Gaule, acutellement la Saône. [B]

Garomne : Garonne, rivière du sud de la France.

SCÈNE III. Ardaric, Valamir.

ACTE II

SCÈNE I. Honorie, Flavie.

SCÈNE II. Valamir, Honorie, Flavie.

SCÈNE III. Valamir, Flavie.

SCÈNE IV. Ardaric, Valamir.

SCÈNE V. Ardaric, Octar.

OCTAR

Je ne sais pas, seigneur, ce qu'on vous en a dit ; Mais si pour l'admirer ce que j'ai vu suffit, Je l'ai vu dans la paix, je l'ai vu dans la guerre, Porter partout un front de maître de la terre. J'ai vu plus d'une fois de fières nations Désarmer son courroux par leurs soumissions. J'ai vu tous les plaisirs de son âme héroïque N'avoir rien que d'auguste et que de magnifique ; Et ses illustres soins ouvrir à ses sujets L'école de la guerre au milieu de la paix. Par ces délassements sa noble inquiétude De ses justes desseins faisait l'heureux prélude ; Et si j'ose le dire, il doit nous être doux Que ce héros les tourne ailleurs que contre nous. Je l'ai vu, tout couvert de poudre et de fumée, Donner le grand exemple à toute son armée, Semer par ses périls l'effroi de toutes parts, Bouleverser les murs d'un seul de ses regards, Et sur l'orgueil brisé des plus superbes têtes De sa course rapide entasser les conquêtes. Ne me commandez point de peindre un si grand roi : Ce que j'en ai vu passe un homme tel que moi ; Mais je ne puis, seigneur, m'empêcher de vous dire Combien son jeune prince est digne qu'on l'admire. Il montre un coeur si haut sous un front délicat Que dans son premier lustre il est déjà soldat : Le corps attend les ans, mais l'âme est toute prête. D'un gros de cavaliers il se met à la tête, Et l'épée à la main, anime l'escadron Qu'enorgueillit l'honneur de marcher sous son nom. Tout ce qu'a d'éclatant la majesté du père, Tout ce qu'ont de charmant les grâces de la mère, Tout brille sur ce front, dont l'aimable fierté Porte empreints et ce charme et cette majesté. L'amour et le respect qu'un si jeune mérite... Mais la princesse vient, seigneur, et je vous quitte.

SCÈNE VI. Ildione, Ardaric.

ILDIONE

Il faut donc qu'avec vous tout à fait je m'explique. Écoutez ; et surtout, seigneur, plus de réplique. Je vous aime : ce mot me coûte à prononcer ; Mais puisqu'il vous plaît tant, je veux bien m'y forcer. Permettez toutefois que je vous die encore Que si votre Attila de ce grand choix m'honore, Je recevrai sa main d'un oeil aussi content Que si je me donnais ce que mon coeur prétend : Non que de son amour je ne prenne un tel gage Pour le dernier supplice et le dernier outrage, Et que le dur effort d'un si cruel moment Ne redouble ma haine et mon ressentiment ; Mais enfin mon devoir veut une déférence Où même il ne soupçonne aucune répugnance. Je l'épouserai donc, et réserve pour moi La gloire de répondre à ce que je me dois. J'ai ma part, comme un autre, à la haine publique Qu'aime à semer partout son orgueil tyrannique ; Et le hais d'autant plus, que son ambition A voulu s'asservir toute ma nation ; Qu'en dépit des traités et de tout leur mystère Un tyran qui déjà s'est immolé son frère, Si jamais sa fureur ne redoutait plus rien, Aurait peut-être peine à faire grâce au mien. Si donc ce triste choix m'arrache à ce que j'aime, S'il me livre à l'horreur qu'il me fait de lui-même, S'il m'attache à la main qui veut tout saccager, Voyez que d'intérêts, que de maux à venger ! Mon amour, et ma haine, et la cause commune Crieront à la vengeance, en voudront trois pour une ; Et comme j'aurai lors sa vie entre mes mains, Il a lieu de me craindre autant que je vous plains. Assez d'autres tyrans ont péri par leurs femmes : Cette gloire aisément touche les grandes âmes, Et de ce même coup qui brisera mes fers, Il est beau que ma main venge tout l'univers. Voilà quelle je suis, voilà ce que je pense, Voilà ce que l'amour prépare à qui l'offense. Vous, faites-moi justice ; et songez mieux, seigneur, S'il faut me dire encor que je manque de coeur.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Attila, Octar.

ATTILA

J'y fais ce que je puis, et ma gloire m'en prie ; Mais d'ailleurs Ildione a pour moi tant d'attraits, Que mon coeur étonné flotte plus que jamais. Je sens combattre encor dans ce coeur qui soupire Les droits de la beauté contre ceux de l'empire. L'effort de ma raison qui soutient mon orgueil Ne peut non plus que lui soutenir un coup d'oeil ; Et quand de tout moi-même il m'a rendu le maître, Pour me rendre à mes fers elle n'a qu'à paraître. Ô beauté, qui te fais adorer en tous lieux, Cruel poison de l'âme, et doux charme des yeux, Que devient, quand tu veux, l'autorité suprême, Si tu prends malgré moi l'empire de moi-même, Et si cette fierté qui fait partout la loi Ne peut me garantir de la prendre de toi ? Va la trouver pour moi, cette beauté charmante ; Du plus utile choix donne-lui l'épouvante ; Pour l'obliger à fuir, peins-lui bien tout l'affront Que va mon hyménée imprimer sur son front. Ose plus : fais-lui peur d'une prison sévère Qui me réponde ici du courroux de son frère, Et retienne tous ceux que l'espoir de sa foi Pourrait en un moment soulever contre moi. Mais quelle âme en effet n'en serait pas séduite ? Je vois trop de périls, Octar, en cette fuite : Ses yeux, mes souverains, à qui tout est soumis, Me sauraient d'un coup d'oeil faire trop d'ennemis. Pour en sauver mon coeur prends une autre manière. Fais-m'en haïr, peins-moi d'une humeur noire et fière ; Dis-lui que j'aime ailleurs ; et fais-lui prévenir La gloire qu'Honorie est prête d'obtenir. Fais qu'elle me dédaigne, et me préfère un autre Qui n'ait pour tout pouvoir qu'un faible emprunt du nôtre : Ardaric, Valamir, ne m'importe des deux. Mais voir en d'autres bras l'objet de tous mes voeux ! Vouloir qu'à mes yeux même un autre le possède ! Ah ! Le mal est encor plus doux que le remède. Dis-lui, fais-lui savoir...

SCÈNE II. Attila, Ildione, Octar.

SCÈNE III. Attila, Honorie, Ildione, Octar.

SCÈNE IV. Honorie, Attila, Octar.

HONORIE

Quoi ?

HONORIE

Ciel !

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Honorie, Octar, Flavie.

SCÈNE II. Honorie, Flavie.

SCÈNE III. Attila, Honorie, Ildione, Octar.

SCÈNE IV. Attila, Ardaric.

SCÈNE V. Attila, Ardaric, Ildione.

SCÈNE VI. Ardaric, Ildione.

ARDARIC

Madame...

SCÈNE VII. Ardaric, Ildione.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Ardaric, Valamir.

Ils n'ont d'épée l'un ni l'autre.

SCÈNE II. Ardaric, Valamir, Honorie.

SCÈNE III. Attila, Ardaric, Valamir, Honorie, Octar.

SCÈNE IV. Attila, Ardaric, Valamir, Honorie, Ildione, Octar.

SCÈNE V. Honorie, Octar.

SCÈNE VI. Valamir, Honorie, Octar.

VALAMIR

Écoutez Comme enfin l'ont puni ses propres cruautés, Et comme heureusement le ciel vient de souscrire À ce que nos malheurs vous ont fait lui prédire. À peine sortions-nous, pleins de trouble et d'horreur, Qu'Attila recommence à saigner de fureur, Mais avec abondance ; et le sang qui bouillonne Forme un si gros torrent, que lui-même il s'étonne. Tout surpris qu'il en est : " s'il ne veut s'arrêter, Dit-il, on me paiera ce qu'il m'en va coûter. " Il demeure à ces mots sans parole, sans force ; Tous ses sens d'avec lui font un soudain divorce : Sa gorge enfle, et du sang dont le cours s'épaissit Le passage se ferme, ou du moins s'étrécit. De ce sang renfermé la vapeur en furie Semble avoir étouffé sa colère et sa vie ; Et déjà de son front la funeste pâleur N'opposait à la mort qu'un reste de chaleur, Lorsqu'une illusion lui présente son frère, Et lui rend tout d'un coup la vie et la colère : Il croit le voir suivi des ombres de six rois, Qu'il se veut immoler une seconde fois ; Mais ce retour si prompt de sa plus noire audace N'est qu'un dernier effort de la nature lasse, Qui prête à succomber sous la mort qui l'atteint, Jette un plus vif éclat, et tout d'un coup s'éteint. C'est en vain qu'il fulmine à cette affreuse vue : Sa rage qui renaît en même temps le tue. L'impétueuse ardeur de ces transports nouveaux À son sang prisonnier ouvre tous les canaux ; Son élancement perce ou rompt toutes les veines, Et ces canaux ouverts sont autant de fontaines Par où l'âme et le sang se pressent de sortir, Pour terminer sa rage et nous en garantir. Sa vie à longs ruisseaux se répand sur le sable ; Chaque instant l'affaiblit, et chaque effort l'accable ; Chaque pas rend justice au sang qu'il a versé, Et fait grâce à celui qu'il avait menacé. Ce n'est plus qu'en sanglots qu'il dit ce qu'il croit dire ; Il frissonne, il chancelle, il trébuche, il expire ; Et sa fureur dernière, épuisant tant d'horreurs, Venge enfin l'univers de toutes ses fureurs.

Etrécir ; Rendre plus étroit. [L]

SCÈNE VII. Ardaric, Valamir, Honorie, Ildione, Octar.

1 788 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica