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un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Mélite

Pierre Corneille· créée en 1642, imprimée en 1682· 5 actes· 1 822 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en 1642 au Théâtre du Marais

Personnages

  • ÉRASTE, amoureux de Mélite
  • TIRCIS, ami d'Éraste et son rival
  • PHILANDRE, amant de Cloris
  • MÉLITE, maîtresse d'Eraste et de Tircis
  • CLORIS, soeur de Tircis
  • LISIS, ami de Tircis
  • CLITON, voisin de Mélite
  • LA NOURRICE DE MÉLITE
MONSIEUR,

À MONSIEUR DE LIANCOUR

Mélite serait trop ingrate de rechercher une autre protection que la vôtre ; elle vous doit cet hommage et cette légère reconnaissance de tant d'obligations qu'elle vous a : non qu'elle présume par là s'en acquitter en quelque sorte, mais seulement pour les publier à toute la France. Quand je considère le peu de bruit qu'elle fit à son arrivée à Paris, venant d'un homme qui ne pouvait sentir que la rudesse de son pays, et tellement inconnu qu'il était avantageux d'en taire le nom, quand je me souviens, dis-je, que ses trois premières représentations ensemble n'eurent point tant d'affluence que la moindre de celles qui les suivirent dans le même hiver, je ne puis rapporter de si faibles commencements qu'au loisir qu'il fallait au monde pour apprendre que vous en faisiez état, ni des progrès si peu attendus qu'à votre approbation, que chacun se croyait obligé de suivre après l'avoir sue. C'est de là, monsieur, qu'est venu tout le bonheur de Mélite ; et quelques hauts effets qu'elle ait produits depuis, celui dont je me tiens le plus glorieux, c'est l'honneur d'être connu de vous, et de vous pouvoir souvent assurer de bouche que je serai toute ma vie,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

CORNEILLE.

Argument

Eraste, amoureux de Mélite, la fait connaître à son ami Tircis, et, devenu peu après jaloux de leur hantise, fait rendre des lettres d'amour supposées, de la part de Mélite, à Philandre, accordé de Cloris, soeur de Tircis. Philandre s'étant résolu, par l'artifice et les suasions d'Eraste, de quitter Cloris pour Mélite, montre ces lettres à Tircis. Ce pauvre amant en tombe en désespoir, et se retire chez Lisis, qui vient donner à Mélite de fausses alarmes de sa mort. Elle se pâme à cette nouvelle, et témoignant par là son affection, Lisis la désabuse, et fait revenir Tircis, qui l'épouse. Cependant Cliton, ayant vu Mélite pâmée, la croit morte, et en porte la nouvelle à Eraste, aussi bien que de la mort de Tircis. Eraste, saisi de remords, entre en folie ; et remis en son bon sens par la nourrice de Mélite, dont il apprend qu'elle et Tircis sont vivants, il lui va demander pardon de sa fourbe, et obtient de ces deux amants Cloris, qui ne voulait plus de Philandre après sa légèreté.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Eraste, Tircis.

SCÈNE II. Eraste, Mélite, Tircis.

SCÈNE III. Eraste, Tircis.

SCÈNE IV. Philandre, Cloris.

SCÈNE V. Tircis, Philandre, Cloris.

PHILANDRE

Il retient Cloris, qui suit son frère.

C'est donc ainsi qu'on quitte un amant pour un frère ?

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

ERASTE, seul

Je l'avais bien prévu que ce coeur infidèle Ne se défendrait point des yeux de ma cruelle, Qui traite mille amants avec mille mépris, Et n'a point de faveurs que pour le dernier pris. Sitôt qu'il l'aborda, je lus sur son visage De sa déloyauté l'infaillible présage ; Un inconnu frisson dans mon corps épandu Me donna les avis de ce que j'ai perdu. Depuis, cette volage évite ma rencontre, Ou, si malgré ses soins le hasard me la montre, Si je puis l'aborder, son discours se confond, Son esprit en désordre à peine me répond ; Une réflexion vers le traître qu'elle aime Presques à tous moments le ramène en lui-même ; Et tout rêveur qu'il est, il n'a point de soucis Qu'un soupir ne trahisse au seul nom de Tircis. Lors, par le prompt effet d'un changement étrange, Son silence rompu se déborde en louange. Elle remarque en lui tant de perfections, Que les moins éclairés verraient ses passions ; Sa bouche ne se plaît qu'en cette flatterie, Et tout autre propos lui rend sa rêverie. Cependant, chaque jour aux discours attachés, Ils ne retiennent plus leurs sentiments cachés ; Ils ont des rendez-vous où l'amour les assemble ; Encor hier sur le soir je les surpris ensemble ; Encor tout de nouveau je la vois qui l'attend. Que cet oeil assuré marque un esprit content ! Perds tout respect, Eraste, et tout soin de lui plaire : Rends, sans plus différer, ta vengeance exemplaire ; Mais il vaut mieux t'en rire, et pour dernier effort Lui montrer en raillant combien elle a de tort.

SCÈNE II. Eraste, Mélite.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Tircis, Cloris.

CLORIS

Justement.

SCÈNE V. Eraste, Cliton.

SCÈNE VI. Philandre, Eraste, Cliton.

PHILANDRE

Qu'est-ce ?

CLITON

Je veux mourir, au cas qu'on me trouve menteur.

Lettre supposée de Mélite à Philandre.

Malgré le devoir et la bienséance du sexe, celle-ci m'échappe en faveur de vos mérites, pour vous apprendre que c'est Mélite qui vous écrit, et qui vous aime. Si elle est assez heureuse pour recevoir de vous une réciproque affection, contentez-vous de cet entretien par lettres, jusqu'à ce qu'elle ait ôté de l'esprit de sa mère quelques personnes qui n'y sont que trop bien pour son contentement.

ERASTE

Lui-même.

ERASTE

En amour.

SCÈNE VII. Tircis, Eraste, Mélite.

SCÈNE VIII. Mélite, Tircis.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE

SCÈNE II. Tircis, Philandre.

TIRCIS

Philandre.

PHILANDRE

De quoi ?

PHILANDRE

Et de coeur ?

PHILANDRE

Je te veux, par pitié, tirer de cette erreur. Tantôt, sans y penser, j'ai trouvé cette lettre, Tiens, vois ce que tu peux désormais t'en promettre.

Lettre supposée de Mélite à Philandre.

Je commence à m'estimer quelque chose puisque je vous plais, et mon miroir m'offense tous les jours, ne me représentant pas assez belle, comme je m'imagine qu'il faut être pour mériter votre affection. Aussi je veux bien que vous sachiez que Mélite ne croit la posséder que par faveur, ou comme une récompense extraordinaire d'un excès d'amour, dont elle tâche de suppléer au défaut des grâces que le ciel lui a refusées.

PHILANDRE

La raison ?

PHILANDRE

Le voilà que je te restitue.

Autre lettre supposée de Mélite à Philandre.

Vous n'avez plus affaire qu'à Tircis, je le souffre encore, afin que par sa hantise je remarque plus exactement ses défauts, et les fasse mieux goûter à ma mère. Après cela Philandre et Mélite auront tout loisir de rire ensemble des belles imaginations dont le frère et la soeur ont repu leurs espérances.

SCÈNE III.

TIRCIS[, seul]

Tu fuis, perfide, et ta légèreté T'ayant fait criminel, te met en sûreté ! Reviens, reviens défendre une place usurpée Celle qui te chérit vaut bien un coup d'épée. Fais voir que l'infidèle, en se donnant à toi A fait choix d'un amant qui valait mieux que moi, Soutiens son jugement, et sauve ainsi de blâme Celle qui pour la tienne a négligé ma flamme. Crois-tu qu'on la mérite à force de courir ? Peux-tu m'abandonner ses faveurs sans mourir ? Ô lettres, ô faveurs indignement placées, À ma discrétion honteusement laissées, Ô gages qu'il néglige ainsi que superflus, Je ne sais qui de nous vous diffamez le plus, Je ne sais qui des trois doit rougir davantage, Car vous nous apprenez qu'elle est une volage, Son amant un parjure, et moi sans jugement De n'avoir rien prévu de leur déguisement. Mais il le fallait bien que cette âme infidèle Changeant d'affection prît un traître comme elle, Et que le digne amant qu'elle a su rechercher À sa déloyauté n'eût rien à reprocher. Cependant j'en croyais cette fausse apparence, Dont elle repaissait ma frivole espérance, J'en croyais ses regards, qui tout remplis d'amour Étaient de la partie en un si lâche tour. Ô ciel ! Vit-on jamais tant de supercherie, Que tout l'extérieur ne fût que tromperie ? Non, non, il n'en est rien, une telle beauté Ne fut jamais sujette à la déloyauté. Faibles et seuls témoins du malheur qui me touche, Vous êtes trop hardis de démentir sa bouche. Mélite me chérit, elle me l'a juré ; Son oracle reçu, je m'en tiens assuré. Que dites-vous là contre ? Êtes-vous plus croyables ? Caractères trompeurs, vous me contez des fables, Vous voulez me trahir ; mais vos efforts sont vains : Sa parole a laissé son coeur entre mes mains. A ce doux souvenir ma flamme se rallume : Je ne sais plus qui croire ou d'elle ou de sa plume : L'une et l'autre en effet n'ont rien que de léger ; Mais du plus ou du moins je n'en puis que juger. Loin, loin, doutes flatteurs que mon feu me suggère ; Je vois trop clairement qu'elle est la plus légère ; La foi que j'en reçus s'en est allée en l'air, Et ces traits de sa plume osent encor parler, Et laissent en mes mains une honteuse image Où son coeur, peint au vif, remplit le mien de rage. Oui, j'enrage, je meurs, et tous mes sens troublés D'un excès de douleur se trouvent accablés ; Un si cruel tourment me gêne et me déchire, Que je ne puis plus vivre avec un tel martyre. Mais cachons-en la honte, et nous donnons du moins Ce faux soulagement, en mourant sans témoins. Que mon trépas secret empêche l'infidèle D'avoir la vanité que je sois mort pour elle.

SCÈNE IV. Cloris, Tircis.

CLORIS, après avoir lu les lettres qu'il lui a données

Est-ce là tout, fantasque ? Quoi ! Si la déloyale enfin lève le masque, Oses-tu te fâcher d'être désabusé ? Apprends qu'il te faut être en amour plus rusé, Apprends que les discours des filles bien sensées Découvrent rarement le fond de leurs pensées, Et que les yeux aidant à ce déguisement, Notre sexe a le don de tromper finement. Apprends aussi de moi que ta raison s'égare, Que Mélite n'est pas une pièce si rare, Qu'elle soit seule ici qui vaille la servir : Assez d'autres objets, y sauront te ravir. Ne t'inquiète point pour une écervelée, Qui n'a d'ambition que d'être cajolée, Et rend à plaindre ceux qui flattant ses beautés Ont assez de malheur pour en être écoutés. Damon lui plut jadis, Aristandre, et Géronte ; Eraste après deux ans n'y voit pas mieux son compte, Elle t'a trouvé bon seulement pour huit jours, Philandre est aujourd'hui l'objet de ses amours ; Et peut-être déjà (tant elle aime le change) Quelque autre nouveauté le supplante et nous venge. Ce n'est qu'une coquette avec tous ses attraits, Sa langue avec son coeur ne s'accorde jamais. Les infidélités sont ses jeux ordinaires, Et ses plus doux appas sont tellement vulgaires, Qu'en elle homme d'esprit n'admira jamais rien, Que le sujet pourquoi tu lui voulais du bien.

Coquette : Ce mot se prend en mauvaise part. Celle qui s'ajuste pour donner dans la vue des galants, celle qui aime qu'on lui dise des douceurs, qui se plaît aux fleurettes que l'on lui conte, et qui n'a pas d'attachement qui lui fasse peine. [R]

SCÈNE V.

CLORIS, seule

Mon frère. Il s'est sauvé ; son désespoir l'emporte, Me préserve le ciel d'en user de la sorte, Un volage me quitte, et je le quitte aussi, Je l'obligerais trop de m'en mettre en souci. Pour perdre des amants, celles qui s'en affligent Donnent trop d'avantage à ceux qui les négligent, Il n'est lors que la joie, elle nous venge mieux ; Et la fit-on à faux éclater par les yeux, C'est montrer par bravade à leur vaine inconstance Qu'elle est pour nous toucher de trop peu d'importance. Que Philandre à son gré rende ses voeux contents ; S'il attend que j'en pleure, il attendra longtemps, Son coeur est un trésor dont j'aime qu'il dispose, Le larcin qu'il m'en fait me vole peu de chose, Et l'amour qui pour lui m'éprit si follement M'avait fait bonne part de son aveuglement. On enchérit pourtant sur ma faute passée, Dans la même folie une autre embarrassée Le rend encor parjure, et sans âme, et sans foi, Pour se donner l'honneur de faillir après moi. Je meure, s'il n'est vrai, que la moitié du monde Sur l'exemple d'autrui se conduit et se fonde, À cause qu'il parut quelque temps m'enflammer, La pauvre fille a cru qu'il valait bien l'aimer, Et sur cette croyance elle en a pris envie ; Lui pût-elle durer jusqu'au bout de sa vie ; Si Mélite a failli me l'ayant débauché, Dieux, par là seulement punissez son péché. Elle verra bientôt que sa digne conquête N'est pas une aventure à me rompre la tête, Un si plaisant malheur m'en console à l'instant. Ah, si mon fou de frère en pouvait faire autant, Que j'en aurais de joie, et que j'en ferais gloire ! Si je puis le rejoindre, et qu'il me veuille croire, Nous leur ferons bien voir que leur change indiscret Ne vaut pas un soupir, ne vaut pas un regret. Je me veux toutefois en venger par malice ; Me divertir une heure à m'en faire justice ; Ces lettres fourniront assez d'occasion D'un peu de défiance, et de division. Si je prends bien mon temps, j'aurai pleine matière À les jouer tous deux d'une belle manière. En voici déjà l'un qui craint de m'aborder.

SCÈNE VI. Philandre, Cloris.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Mélite, la Nourrice.

LA NOURRICE

J'ai regret que tu sois leur pomme de discorde ; Mais puisque leur humeur ensemble ne s'accorde, Eraste n'est pas homme à laisser échapper, Un semblable pigeon ne se peut rattraper, Il a deux fois le bien de l'autre, et davantage.

Pomme de discorde : sujet de discussion, locution tirée de la pomme que la déesse Discorde jeta entre les dieux avec cette inscription : à la plus belle, et qui émut entre Junon, Minerve et Vénus une querelle d'où sortit plus tard la guerre de Troie. [L]

SCÈNE II. Cloris, Mélite.

MÉLITE

Vraiment, en voulant rire Vous passez trop avant, brisons là, s'il vous plaît. Je ne vois point Philandre, et ne sais quel il est.

Briser : Briser un discours, cesser de parler. Absolument et familièrement. Brisons là, brisez là-dessus, ne continuons pas ce discours, n'insistez pas sur ce point. [L]

SCÈNE III. Lisis, Mélite, Cloris.

SCÈNE IV. Cliton, la Nourrice, Mélite, Lisis, Cloris.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Eraste, Cliton.

ERASTE

Tu m'oses donc flatter, infâme, et tu supprimes Par ce reproche obscur la moitié de mes crimes ? Est-ce ainsi qu'il te faut n'en parler qu'à demi ? Achève tout d'un coup, dis que maîtresse, ami, Tout ce que je chéris, tout ce qui dans mon âme Sut jamais allumer une pudique flamme, Tout ce que l'amitié me rendit précieux, Par ma fourbe a perdu la lumière des Cieux. Dis que j'ai violé les deux lois les plus saintes Qui nous rendent heureux par leurs douces contraintes, Dis que j'ai corrompu, dis que j'ai suborné, Falsifié, trahi, séduit, assassiné, Tu n'en diras encor que la moindre partie. Quoi, Tircis est donc mort, et Mélite est sans vie ! Je ne l'avais pas su, Parques, jusqu'à ce jour, Que vous relevassiez de l'empire d'Amour ; J'ignorais qu'aussitôt qu'il assemble deux âmes Il vous pût commander d'unir aussi leurs trames. Vous en relevez donc, et montrez aujourd'hui Que vous êtes pour nous aveugles comme lui ! Vous en relevez donc, et vos ciseaux barbares Tranchent comme il lui plaît les destins les plus rares ! Mais je m'en prends à vous, moi qui suis l'imposteur, Moi qui suis de leurs maux le détestable auteur. Hélas ! Et fallait-il que ma supercherie Tournât si lâchement tant d'amour en furie ? Inutiles regrets, repentirs superflus, Vous ne me rendez pas Mélite qui n'est plus, Vos mouvements tardifs ne la font pas revivre, Elle a suivi Tircis, et moi je la veux suivre. Il faut que de mon sang je lui fasse raison, Et de ma jalousie, et de ma trahison, Et que de ma main propre une âme si fidèle Reçoive... Mais d'où vient que tout mon corps chancelle ? Quel murmure confus ? Et qu'entends-je hurler ? Que de pointes de feu se perdent parmi l'air ? Les dieux à mes forfaits ont dénoncé la guerre, Leur foudre décoché vient de fendre la terre, Et, pour leur obéir, son sein me recevant M'engloutit, et me plonge aux Enfers tout vivant. Je vous entends, grands dieux, c'est là-bas que leurs âmes Aux champs Elysiens éternisent leurs flammes, C'est là-bas qu'à leurs pieds il faut verser mon sang : La Terre à ce dessein m'ouvre son large flanc, Et jusqu'aux bords du Styx me fait libre passage. Je l'aperçois déjà, je suis sur son rivage. Fleuve, dont le saint nom est redoutable aux Dieux, Et dont les neuf replis ceignent ces tristes lieux, N'entre point en courroux contre mon insolence Si j'ose avec mes cris violer ton silence : Je ne te veux qu'un mot. Tircis est-il passé ? Mélite est-elle ici ?... Mais qu'attends-je, insensé ? Ils sont tous deux si chers à ton funeste Empire, Que tu crains de les perdre, et n'oses m'en rien dire. Vous donc, esprits légers, qui manque de tombeaux Tournoyez vagabonds à l'entour de ces eaux, A qui Charon cent ans refuse sa nacelle, Ne m'en pourriez-vous point donner quelque nouvelle ? Parlez, et je promets d'employer mon crédit À vous faciliter ce passage interdit.

Styx : Fleuve qui, selon la mythologie, coulait aux enfers ; les dieux juraient par le Styx, et ce serment ne pouvait être violé. [L]

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Eraste, Philandre.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Lisis, Cloris.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Cliton, la Nourrice.

ERASTE, derrière le théâtre

Arrêtez, arrêtez, poltrons.

SCÈNE II. Eraste, la Nourrice.

ERASTE

En vain je les rappelle, en vain pour se défendre La honte et le devoir leur parlent de m'attendre, Ces lâches escadrons de fantômes affreux Cherchent leur assurance aux cachots les plus creux, Et se fiant à peine à la nuit qui les couvre Souhaitent sous l'Enfer qu'un autre Enfer s'entr'ouvre. Ma voix met tout en fuite, et dans ce vaste effroi La peur saisit si bien les ombres et leur roi, Que se précipitant à de promptes retraites, Tous leurs soucis ne vont qu'à les rendre secrètes. Le bouillant Phlégéthon parmi ses flots pierreux Pour les favoriser ne roule plus de feux : Tisiphone tremblante, Alecton et Mégère, Ont de leurs flambeaux noirs étouffé la lumière : Les Parques même en hâte emportent leurs fuseaux, Et dans ce grand désordre oubliant leurs ciseaux, Charon, les bras croisés, dans sa barque s'étonne De ce qu'après Eraste il n'a passé personne. Trop heureux accident, s'il avait prévenu Le déplorable coup du malheur avenu, Trop heureux accident, si la terre entr'ouverte Avant ce jour fatal eût consenti ma perte, Et si ce que le ciel me donne ici d'accès Eût de ma trahison devancé le succès. Dieux que vous savez mal gouverner votre foudre ! N'était-ce pas assez pour me réduire en poudre Que le simple dessein d'un si lâche forfait ? Injustes, deviez-vous en attendre l'effet ? Ah Mélite ! Ah Tircis ! Leur cruelle justice Aux dépens de vos jours me choisit un supplice, Ils doutaient que l'Enfer eût de quoi me punir Sans le triste secours de ce dur souvenir, Tout ce qu'ont les Enfers de feux, de fouets, de chaînes, Ne sont auprès de lui que de légères peines, On reçoit d'Alecton un plus doux traitement. Souvenir rigoureux, trêve, trêve un moment, Qu'au moins avant ma mort, dans ces demeures sombres Je puisse rencontrer ces bienheureuses Ombres ; Use après, si tu veux, de toute ta rigueur, Et si pour m'achever tu manques de vigueur,

Il met la main sur son épée.

Voici qui t'aidera ; mais derechef, de grâce, Cesse de me gêner durant ce peu d'espace. Je vois déjà Mélite, ah ! belle ombre, voici L'ennemi de votre heur qui vous cherchait ici , C'est Eraste, c'est lui qui n'a plus d'autre envie Que d'épandre à vos pieds son sang avec sa vie, Ainsi le veut le sort, et tout exprès les Dieux L'ont abîmé vivant en ces funestes lieux.

Tisiphone tremblante, Alecton et Mégère sont les trois furies.

SCÈNE III. Cloris, Philandre.

SCÈNE IV. Tircis, Mélite.

SCÈNE V. Cloris, Tircis, Mélite.

MÉLITE

Qu'à la fin exorable, Vous l'avez regardé d'un oeil plus favorable.

Exorable : Qui se laisse vaincre et persuader par les raisons, les prières ou la compassion. [F]

SCÈNE VI. Tircis, la Nourrice, Eraste, Mélite, Cloris.

1 822 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica