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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Nicomède

Pierre Corneille· créée en 1651· 5 actes· 1 855 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en février 1651 au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • PRUSIAS, roi de Bithynie
  • FLAMINIUS, ambassadeur de Rome
  • ARSINOÉ, seconde femme de Prusias
  • LAODICE, reine d'Arménie
  • NICOMÈDE, fils aîné de Prusias, sorti du premier lit
  • ATTALE, fils de Prusias et d'Arsinoé
  • ARASPE, capitaine des gardes de Prusias
  • CLÉONE, confidente d'Arsinoé
AU LECTEUR

Voici une pièce d'une constitution assez extraordinaire, aussi est-ce la vingt et unième que j'ai fait voir sur le théâtre, et après y avoir fait réciter quarante mille vers, il est bien malaisé de trouver quelque chose de nouveau, sans s'écarter un peu du grand chemin, et se mettre au hasard de s'égarer. La tendresse et les passions qui doivent être l'âme des tragédies, n'ont aucune part en celle-ci ; la grandeur de courage y règne seule, et regarde son malheur d'un oeil si dédaigneux, qu'ils ne sauraient arracher une plainte. Elle y est combattue par la politique, et n'oppose à ses artifices qu'une prudence généreuse, qui marche à visage découvert, qui prévoit le péril sans s'émouvoir, et ne veut point d'autre appui que celui de sa vertu, et de l'amour qu'elle imprime dans les coeurs de tous les peuples. L'histoire qui m'a prêté de quoi la faire paraître en ce haut degré, es tirée de Justin, et voici comme il la raocnte à la fin de son quatrième livre.

En même temps Prusias roi de Bithinie prit dessein de faire assassiner son fils Nicomède, pour avancer ses autres fils qu'il avait eu d'une autre femme, et qu'il faisait élever à Rome mais ce dessein fut découvert à ce jeune prince par ceux même qui l'avait entrepris. Ils firent plus, ils l'exhortèrent à rendre la pareille à un père si cruel, et faire retomber sur sa tête les embûches qu'il lui avaient préparées et n'eurent pas grande peine à le persuader. Sitôt donc qu'il fut entré dans le royaume de son père qui l'avait appelé près de lui, il fut proclamé roi ; et Prusias, chassé du trône, et délaissé même de ses domestiques, quelque soin qu'il prit à se cacher, fut enfin tué par ce fils, et perdit la vie dans un crime aussi grand que celui qu'il avait commis, en donnant les ordre de l'assassiner.

J'ai ôté de la scène l'horreur d'une catastrophe si barbare, et n'ai donné, ni au père, ni au fils, aucun dessein de parricide. J'ai fait ce dernier amoureux de Laodice, afin que l'union d'une couronne voisine donnât plus d'ombrage aux Romains, et leur fit prendre plus de soin d'y mettre un obstacle de leur part. J'ai approché de cette histoire celle de la mort d'Annibal, qui arriva un peu auparavant chez ce même héros, et dont le nom n'est pas un petit ornement à mon usage : j'en ai fait Nicomède disciple, pour lui prêter plus de valeur et plus de fierté contre les Romains ; et prenant l'occasion de l'Ambassade où Flaminius fut envoyé par eux vers ce Roi leur allié, pour demander qu'on remit entre leurs mains ce vieil ennemi de leur grandeur, je l'ai chargé d'une commission serète de traverser ce mariage, qui leur devait donner de la jalousie. J'ai fait que pour gagner l'esprit de la Reine, qui suivant l'ordinaire des secondes femmes, avait tout pouvoir sur celui de son vieux mari, il lui ramène un de ses fils que mon auteur m'apprend avoir été nourri à Rome. Cela fait deux effets, car d'un côté il obtient la perte d'Annibal par le moyen de cette mère ambitieuse, et de l'autre, il oppose à Nicomède un rival appuyé de toute la faveur des Romains, jamaoux de a gloire et de sa grandeur naissante.

La représentation n'en a point déplu, et comme ce ne sont pas les moindres vers qui soient partis de ma main, j'ai sujet d'espérer que la lecture n'ôtera rien à cet ouvrage de la réputation qu'il s'est acquise jusqu'ici, et ne le fera point juger indigne de suivre ceux qui l'ont précédé. Mon principal but a été de peindre la politique des ROmains, au dehors, et comme ils agissaient impérieusement avec les Rois leurs alliés,, leurs maximes pour les empêcher de 'accroître, et les soins qu'ils prenaient de traverser leur grandeur quand elle commençait à leur devenri suspecte à force de s'augmenter et de se rendre considérable par de nouvelles conquêtes. C'est le caractère que j'ai donné à leur République en la personne de son ambassadeur Flaminius, qui rencontre un prince intrépide, qui voit sa perte assurée sans s'ébranler, et brave l'orgueilleuse masse de leur puissance, lors même qu'il en est accablé. Ce héros de ma façon sort un peu des règles de la tragédie, en ce qu'il ne cherche point à faire pitié par l'excès de ses malheurs : mais le succès a montré que la fermeté des grands coeurs, qui n'excite que l'admiration dans l'âme du spectateur, est quelquefois aussi agréable, que la compassion que notre art nous commande de mendier pour leurs misères. Il est bon de hasarder un peu, et ne s'attacher pas toujours si servilement à ses préceptes, et fut ce que pour pratiquer celui-ci de notre Horace.

Et mihi re, non me rebus, submittere conor,

Mais il faut que l'événement justifie cette hardiesse, et dans une liberté de cette nature on demeure coupable à moins que d'être fort heureux.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Nicomède, Laodice.

SCÈNE II. Laodice, Nicomère, Attale.

SCÈNE III. Nicomède, Arsinoé, Laodice, Attale, Cléone.

SCÈNE IV. Arsinoé, Attale, Cléone.

SCÈNE V. Arsinoé, Cléone.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Prusias, Araspe.

PRUSIAS

Si je n'étais bon père, il serait criminel : Il doit son innocence à l'amour paternel ; C'est lui seul qui l'excuse et qui le justifie, Ou lui seul qui me trompe et qui me sacrifie, Car je dois craindre enfin que sa haute vertu Contre l'ambition n'ait en vain combattu, Qu'il ne force en son coeur la nature à se taire. Qui se lasse d'un roi peut se lasser d'un père ; Mille exemples sanglants nous peuvent l'enseigner : Il n'est rien qui ne cède à l'ardeur de régner ; Et depuis qu'une fois elle nous inquiète, La nature est aveugle, et la vertu muette. Te le dirai-je, Araspe ? Il m'a trop bien servi ; Augmentant mon pouvoir, il me l'a tout ravi : Il n'est plus mon sujet qu'autant qu'il le veut être ; Et qui me fait régner en effet est mon maître. Pour paraître à mes yeux son mérite est trop grand : On n'aime point à voir ceux à qui l'on doit tant. Tout ce qu'il a fait parle au moment qu'il m'approche ; Et sa seule présence est un secret reproche : Elle me dit toujours qu'il m'a fait trois fois roi ; Que je tiens plus de lui qu'il ne tiendra de moi ; Et que si je lui laisse un jour une couronne, Ma tête en porte trois que sa valeur me donne. J'en rougis dans mon âme ; et ma confusion, Qui renouvelle et croît à chaque occasion, Sans cesse offre à mes yeux cette vue importune, Que qui m'en donne trois peut bien m'en ôter une ; Qu'il n'a qu'à l'entreprendre, et peut tout ce qu'il veut. Juge, Araspe, où j'en suis s'il veut tout ce qu'il peut.

ARASPE

Il vient.

SCÈNE II. Prusias, Nicomède, Araspe.

SCÈNE III. Prusias, Nicomède, Flaminius, Araspe.

SCÈNE IV. Prusias, Flaminius, Araspe.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Prusias, Flaminius, Laodice.

SCÈNE II. Flaminius, Laodice.

LAODICE

Je ne sais si l'honneur eut jamais un faux jour, Seigneur ; mais je veux bien vous répondre en amie. Ma prudence n'est pas tout à fait endormie ; Et sans examiner par quel destin jaloux La grandeur de courage est si mal avec vous, Je veux vous faire voir que celle que j'étale N'est pas tant qu'il vous semble une vertu brutale ; Que si j'ai droit au trône, elle s'en veut servir, Et sait bien repousser qui me le veut ravir. Je vois sur la frontière une puissante armée, Comme vous l'avez dit, à vaincre accoutumée ; Mais par quelle conduite, et sous quel général ? Le roi, s'il s'en fait fort, pourrait s'en trouver mal ; Et s'il voulait passer de son pays au nôtre, Je lui conseillerais de s'assurer d'une autre. Mais je vis dans sa cour, je suis dans ses états, Et j'ai peu de raison de ne le craindre pas. Seigneur, dans sa cour même, et hors de l'Arménie, La vertu trouve appui contre la tyrannie. Tout son peuple a des yeux pour voir quel attentat Font sur le bien public les maximes d'état : Il connaît Nicomède, il connaît sa marâtre, Il en sait, il en voit la haine opiniâtre ; Il voit la servitude où le roi s'est soumis, Et connaît d'autant mieux les dangereux amis. Pour moi, que vous croyez au bord du précipice, Bien loin de mépriser Attale par caprice, J'évite les mépris qu'il recevrait de moi, S'il tenait de ma main la qualité de roi. Je le regarderais comme une âme commune, Comme un homme mieux né pour une autre fortune, Plus mon sujet qu'époux, et le noeud conjugal Ne le tirerait pas de ce rang inégal. Mon peuple à mon exemple en ferait peu d'estime. Ce serait trop, Seigneur, pour un coeur magnanime : Mon refus lui fait grâce, et malgré ses désirs, J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs.

SCÈNE III. Nicomède, Laodice, Flaminius.

SCÈNE IV. Nicomède, Laodice.

SCÈNE V. Nicomède, Attale, Laodice.

SCÈNE VI. Nicomède, Attale.

SCÈNE VII. Arsinoé, Nicomède, Attale, Araspe.

NICOMÈDE

Il me mande ?

SCÈNE VIII. Arsinoé, Attale.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Pusias, Arsinoé, Araspe.

SCÈNE II. Prusias, Arsinoé, Nicomède, Araspe, Gardes.

ARSINOÉ

Je m'en dédis, Seigneur : il n'est point criminel. S'il m'a voulu noircir d'un opprobre éternel, Il n'a fait qu'obéir à la haine ordinaire Qu'imprime à ses pareils le nom de belle-mère. De cette aversion son coeur préoccupé M'impute tous les traits dont il se sent frappé. Que son maître Annibal, malgré la foi publique, S'abandonne aux fureurs d'une terreur panique ; Que ce vieillard confie et gloire et liberté Plutôt au désespoir qu'à l'hospitalité : Ces terreurs, ces fureurs sont de mon artifice. Quelque appas que lui-même il trouve en Laodice, C'est moi qui fais qu'Attale a des yeux comme lui ; C'est moi qui force Rome à lui servir d'appui ; De cette seule main part tout ce qui le blesse ; Et pour venger ce maître et sauver sa maîtresse, S'il a tâché, Seigneur, de m'éloigner de vous, Tout est trop excusable en un amant jaloux. Ce faible et vain effort ne touche point mon âme. Je sais que tout mon crime est d'être votre femme ; Que ce nom seul l'oblige à me persécuter ; Car enfin, hors de là, que peut-il m'imputer ? Ma voix, depuis dix ans qu'il commande une armée, A-t-elle refusé d'enfler sa renommée ? Et lorsqu'il l'a fallu puissamment secourir, Que la moindre longueur l'aurait laissé périr, Quel autre a mieux pressé les secours nécessaires ? Qui l'a mieux dégagé de ses destins contraires ? A-t-il eu près de vous un plus soigneux agent Pour hâter les renforts et d'hommes et d'argent ? Vous le savez, Seigneur, et pour reconnaissance, Après l'avoir servi de toute ma puissance, Je vois qu'il a voulu me perdre auprès de vous ; Mais tout est excusable en un amant jaloux : je vous l'ai déjà dit.

ARSINOÉ

Seigneur...

SCÈNE III. Prusias, Nicomède, Araspe ;

SCÈNE IV. Prusias, Nicomède, Attale, Flaminius, Araspe, Gardes.

SCÈNE V. Flaminius, Attale.

SCÈNE VI.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Arsinoé, Attale.

SCÈNE II. Flaminius, Arsinoé, Attale.

SCÈNE III. Prusias, Arsinoé, Flaminius, Attale.

SCÈNE IV. Prusias, Arsinoé, Flaminius, Attale, Cléone.

SCÈNE V. Prusias, Arsinoé, Flaminius, Attale, Cléone, Araspe.

SCÈNE VI. Arsinoé, Laodice, Cléone.

SCÈNE VII. Arsinoé, Laodice, Attale, Cléone.

ARSINOÉ

Parlez.

SCÈNE VIII. Prusias, Flaminius, Arsinoé, Laodice, Attale, Cléone.

SCÈNE IX. Prusias, Nicomède, Arsinoé, Laodice, Flaminius, Attale, Cléone.

1 855 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica