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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie héroïque en vers

Pulchérie

Pierre Corneille· créée en 1672, imprimée en 1673· 5 actes· 1 758 vers· 6 personnages

Représenté pour la première fois le 25 novembre 1672 au Théâtre du Marais.

Personnages

  • PULCHÉRIE, impératrice d'Orient
  • MARTIAN, vieux sénateur, ministre d'État sous Théodore le jeune
  • LÉON, amant de Pulcherie
  • ASPAR, amant d'Irène
  • IRÈNE, soeur de Léon
  • JUSTINE, fille de Martian
AU LECTEUR

Pulchérie, fille de l'Empereur Arcadius, et soeur du jeune Théodose, a été une princesse très illustre, et dont les talents étaient merveilleux. Tous les historiens en conviennent. Dès l'âge de quinze ans elle empiéta le gouvernement sur son frère, dont elle avait reconnu la faiblesse, et s'y conserva tant qu'il vécut, à la réserve d'environ une année de disgrâce, qu'elle passe loin de le Cour, et qui coûta cher à ceux qui l'avaient réduite à s'en éloigner. Après la mort de ce Prince, ne pouvant retenir son autorité souveraine en sa personne, ni se résoudre à a quitter, elle proposa son mariage à Martian, à la charge qu'il lui permettrait de garder sa virginité, qu'elle avait vouée et consacrée à Dieu. Comme il était déjà assez avancée dans la vieillesse, il accepta la condition aisément, et elle le nomma pour Empereur au Sénat qui ne voulut, ou n'osa l'en dédire. Elle passait alors cinquante ans, et mourut deux ans après. Martian en régna sept, et eut pour successeur Léon, que ses excellentes qualités firent surnommer le Grand. Le Patrice Aspar le servit à monter au trône, et lui demanda pour récompense l'association à cet Empire, qu'il lui avait fait obtenir. Le refus de Léon le fit conspirer contre ce maître qu'il s'était choisi, la conspiration fu découverte, et Léon s'en défit. Voilà ce que m'a prêté l'Histoire. je ne veux point prévenir votre jugement sur ce que j'ay ai changé, ou ajouté, et me contenterai de vous dire que bien que cette pièce ait été reléguée dans un lieu, où on ne vouait plus se souvenir qu'il y eut un théâtre, bien qu'elle ait passé par des bouches pour qui on n'était prévenu d'aucune estime, bine que ses principaux caractères soient contre le goût du temps, elle n'a pas laissé de peupler le désert,, de mettre en crédit des acteurs dont on ne connaissait pas le mérite, et de faire voir qu'on n'a pas toujours besoin de s'assujétir aux entêtements du siècle pour se faire écouter sur le scène. J'aurai de quoi me satisfaire, si cet ouvrage est aussi heureux à la lecture, qu'il a été à la représentation, et si j'ose ne vous dissimuler rien, je me flatte assez de l'espérer.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Pulchérie, Léon.

PULCHÉRIE

Je vous aime, Léon, et n'en fais point mystère : Des feux tels que les miens n'ont rien qu'il faille taire. Je vous aime, et non point de cette folle ardeur Que les yeux éblouis font maîtresse du coeur, Non d'un amour conçu par les sens en tumulte, À qui l'âme applaudit sans qu'elle se consulte, Et qui ne concevant que d'aveugles désirs, Languit dans les faveurs, et meurt dans les plaisirs : Ma passion pour vous, généreuse et solide, À la vertu pour âme, et la raison pour guide, La gloire pour objet, et veut sous votre loi Mettre en ce jour illustre et l'univers et moi. Mon aïeul Théodose, Arcadius mon père, Cet empire quinze ans gouverné pour un frère, L'habitude à régner, et l'horreur d'en déchoir, Voulaient dans un mari trouver même pouvoir. Je vous en ai cru digne ; et dans ces espérances, Dont un penchant flatteur m'a fait des assurances, De tout ce que sur vous j'ai fait tomber d'emplois Aucun n'a démenti l'attente de mon choix ; Vos hauts faits à grands pas nous portaient à l'empire ; J'avais réduit mon frère à ne m'en point dédire : Il vous y donnait part, et j'étais toute à vous ; Mais ce malheureux prince est mort trop tôt pour nous. L'empire est à donner, et le sénat s'assemble Pour choisir une tête à ce grand corps qui tremble, Et dont les Huns, les Goths, les Vandales, les Francs, Bouleversent la masse et déchirent les flancs. Je vois de tous côtés des partis et des ligues : Chacun s'entre-mesure et forme ses intrigues. Procope, Gratian, Aréobinde, Aspar Vous peuvent enlever ce grand nom de César : Ils ont tous du mérite ; et ce dernier s'assure Qu'on se souvient encor de son père Ardabure, Qui terrassant Mitrane en combat singulier, Nous acquit sur la Perse un avantage entier, Et rassurant par là nos aigles alarmées, Termina seul la guerre aux yeux des deux armées. Mes souhaits, mon crédit, mes amis, sont pour vous ; Mais à moins que ce rang, plus d'amour, point d'époux : Il faut, quelques douceurs que cet amour propose, Le trône ou la retraite au sang de Théodose ; Et si par le succès mes desseins sont trahis, Je m'exile en Judée auprès d'Athénaïs.

LÉON

Je vous suivrais, madame ; et du moins sans ombrage De ce que mes rivaux ont sur moi d'avantage, Si vous ne m'y faisiez quelque destin plus doux, J'y mourrais de douleur d'être indigne de vous : J'y mourrais à vos yeux en adorant vos charmes. Peut-être essuieriez-vous quelqu'une de mes larmes ; Peut-être ce grand coeur, qui n'ose s'attendrir, S'y défendrait si mal de mon dernier soupir, Qu'un éclat imprévu de douleur et de flamme Malgré vous à son tour voudrait suivre mon âme. La mort, qui finirait à vos yeux mes ennuis, Aurait plus de douceur que l'état où je suis. Vous m'aimez ; mais, hélas ! Quel amour est le vôtre, Qui s'apprête peut-être à pencher vers un autre ? Que servent ces désirs, qui n'auront point d'effet Si votre illustre orgueil ne se voit satisfait ? Et que peut cet amour dont vous êtes maîtresse, Cet amour dont le trône a toute la tendresse, Esclave ambitieux du suprême degré, D'un titre qui l'allume et l'éteint à son gré ? Ah ! Ce n'est point par là que je vous considère ; Dans le plus triste exil vous me seriez plus chère : Là mes yeux, sans relâche attachés à vous voir, Feraient de mon amour mon unique devoir ; Et mes soins, réunis à ce noble esclavage, Sauraient de chaque instant vous rendre un plein hommage. Pour être heureux amant, faut-il que l'univers Ait place dans un coeur qui ne veut que vos fers ; Que les plus dignes soins d'une flamme si pure Deviennent partagés à toute la nature ? Ah ! Que ce coeur, madame, a lieu d'être alarmé, Si sans être empereur je ne suis plus aimé !

SCÈNE II. Pulchérie, Léon, Irène.

SCÈNE III. Léon, Irène.

IRÈNE

J'ignore encor quel fruit je pourrais en attendre. Pour le trône, il est sûr qu'il a droit d'y prétendre ; Sur vous et sur tout autre il le peut emporter : Mais qu'il m'y donne part, c'est dont j'ose douter. Il m'aime en apparence, en effet il m'amuse ; Jamais pour notre hymen il ne manque d'excuse, Et vous aime à tel point, que si vous l'en croyez, Il ne peut être heureux que vous ne le soyez : Non que votre bonheur fortement l'intéresse ; Mais sachant quel amour a pour vous la princesse, Il veut voir quel succès aura son grand dessein, Pour ne point m'épouser qu'en soeur de souverain. Ainsi depuis deux ans vous voyez qu'il diffère. Du reste à Pulchérie il prend grand soin de plaire, Avec exactitude il suit toutes ses lois ; Et dans ce que sous lui vous avez eu d'emplois, Votre tête aux périls à toute heure exposée M'a pour vous et pour moi presque désabusée ; La gloire d'un ami, la haine d'un rival, La hasardaient peut-être avec un soin égal. Le temps est arrivé qu'il faut qu'il se déclare ; Et de son amitié l'effort sera bien rare Si mis à cette épreuve, ambitieux qu'il est, Il cherche à vous servir contre son intérêt. Peut-être il promettra ; mais quoi qu'il vous promette, N'en ayons pas, seigneur, l'âme moins inquiète ; Son ardeur trouvera pour vous si peu d'appui, Qu'on le fera lui-même empereur malgré lui ; Et lors, en ma faveur quoi que l'amour oppose, Il faudra faire grâce au sang de Théodose ; Et le sénat voudra qu'il prenne d'autres yeux Pour mettre la princesse au rang de ses aïeux. Son coeur suivra le sceptre, en quelque main qu'il brille : Si Martian l'obtient, il aimera sa fille ; Et l'amitié du frère et l'amour de la soeur Céderont à l'espoir de s'en voir successeur. En un mot, ma fortune est encor fort douteuse : Si vous n'êtes heureux, je ne puis être heureuse ; Et je n'ai plus d'amant non plus que vous d'ami, À moins que dans le trône il vous voie affermi.

SCÈNE IV. Aspar, Léon, Irène.

SCÈNE V. Aspar, Irène.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Martian, Justine.

MARTIAN

Et l'ai-je regardé comme tu le regardes, Moi qui me figurois que ma caducité Près de la beauté même était en sûreté ? Je m'attachais sans crainte à servir la princesse, Fier de mes cheveux blancs, et fort de ma faiblesse ; Et quand je ne pensais qu'à remplir mon devoir, Je devenais amant sans m'en apercevoir. Mon âme, de ce feu nonchalamment saisie, Ne l'a point reconnu que par ma jalousie : Tout ce qui l'approchait voulait me l'enlever, Tout ce qui lui parlait cherchait à m'en priver ; Je tremblais qu'à leurs yeux elle ne fût trop belle ; Je les haïssais tous, comme plus dignes d'elle, Et ne pouvais souffrir qu'on s'enrichît d'un bien Que j'enviais à tous sans y prétendre rien. Quel supplice d'aimer un objet adorable, Et de tant de rivaux se voir le moins aimable ! D'aimer plus qu'eux ensemble, et n'oser de ses feux, Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autant qu'eux ! On aurait deviné mon amour par ma peine, Si la peur que j'en eus n'avait fui tant de gêne. L'auguste Pulchérie avait beau me ravir, J'attendais à la voir qu'il la fallût servir : Je fis plus, de Léon j'appuyai l'espérance ; La princesse l'aima, j'en eus la confiance, Et la dissuadai de se donner à lui Qu'il ne fût de l'empire ou le maître ou l'appui. Ainsi, pour éviter un hymen si funeste, Sans rendre heureux Léon, je détruisais le reste ; Et mettant un long terme au succès de l'amour, J'espérais de mourir avant ce triste jour. Nous y voilà, ma fille, et du moins j'ai la joie D'avoir à son triomphe ouvert l'unique voie. J'en mourrai du moment qu'il recevra sa foi, Mais dans cette douceur qu'ils tiendront tout de moi. J'ai caché si longtemps l'ennui qui me dévore, Qu'en dépit que j'en aie, enfin il s'évapore : L'aigreur en diminue à te le raconter. Fais-en autant du tien ; c'est mon tour d'écouter.

JUSTINE

Seigneur, un mot suffit pour ne vous en rien taire : Le même astre a vu naître et la fille et le père ; Ce mot dit tout. Souffrez qu'une imprudente ardeur, Prête à s'évaporer, respecte ma pudeur. Je suis jeune, et l'amour trouvait une âme tendre Qui n'avait ni le soin ni l'art de se défendre : La princesse, qui m'aime et m'ouvrait ses secrets, Lui prêtait contre moi d'inévitables traits, Et toutes les raisons dont s'appuyait sa flamme Étaient autant de dards qui me traversaient l'âme. Je pris, sans y penser, son exemple pour loi : "Un amant digne d'elle est trop digne de moi, Disais-je ; et s'il brûlait pour moi comme pour elle, Avec plus de bonté je recevrais son zèle. " Plus elle m'en peignait les rares qualités, Plus d'une douce erreur mes sens étaient flattés. D'un illustre avenir l'infaillible présage, Qu'on voit si hautement écrit sur son visage, Son nom que je voyais croître de jour en jour, Pour moi, comme pour elle, étaient dignes d'amour : Je les voyais d'accord d'un heureux hyménée ; Mais nous n'en étions pas encore à la journée : "Quelque obstacle imprévu rompra de si doux noeuds, Ajoutais-je ; et le temps éteint les plus beaux feux. " C'est ce que m'inspirait l'aimable rêverie Dont jusqu'à ce grand jour ma flamme s'est nourrie ; Mon coeur, qui ne voulait désespérer de rien, S'en faisait à toute heure un charmant entretien. Qu'on rêve avec plaisir, quand notre âme blessée Autour de ce qu'elle aime est toute ramassée ! Vous le savez, seigneur, et comme à tous propos Un doux je ne sais quoi trouble notre repos : Un sommeil inquiet sur de confus nuages Élève incessamment de flatteuses images, Et sur leur vain rapport fait naître des souhaits Que le réveil admire et ne dédit jamais. Ainsi, près de tomber dans un malheur extrême, J'en écartais l'idée en m'abusant moi-même ; Mais il faut renoncer à des abus si doux ; Et je me vois, seigneur, au même état que vous.

SCENE II. Martian, Aspar, Justine.

SCÈNE III. Martian, Justine.

SCÈNE IV. Léon, Martian, Justine.

JUSTINE

Seigneur...

LÉON

Toute à moi ! Mon malheur n'est que trop véritable ; J'en ai prévu le coup, je le sens qui m'accable. Plus elle m'assurait de son affection, Plus je me faisais peur de son ambition : Je ne savais des deux quelle était la plus forte ; Mais il n'est que trop vrai, l'ambition l'emporte ; Et si son coeur encor lui parle en ma faveur, Son trône me dédaigne en dépit de son coeur. Seigneur, parlez pour moi ; parlez pour moi, madame : Vous pouvez tout sur elle, et lisez dans son âme. Peignez-lui bien mes feux, retracez-lui les siens ; Rappelez dans son coeur leurs plus doux entretiens ; Et si vous concevez de quelle ardeur je l'aime, Faites-lui souvenir qu'elle m'aimait de même. Elle-même a brigué pour me voir souverain : J'étais, sans ce grand titre, indigne de sa main ; Mais si je ne l'ai pas, ce titre qui l'enchante, Seigneur, à qui tient-il qu'à son humeur changeante ? Son orgueil contre moi doit-il s'en prévaloir, Quand pour me voir au trône elle n'a qu'à vouloir ? Le sénat n'a pour elle appuyé mon suffrage Qu'afin que d'un beau feu ma grandeur fût l'ouvrage : Il sait depuis quel temps il lui plaît de m'aimer ; Et quand il l'a nommée, il a cru me nommer. Allez, seigneur, allez empêcher son parjure ; Faites qu'un empereur soit votre créature. Que je vous céderais ce grand titre aisément, Si vous pouviez sans lui me rendre heureux amant ! Car enfin mon amour n'en veut qu'à sa personne, Et n'a d'ambition que ce qu'on m'en ordonne.

SCÈNE V. Martian, Justine.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Pulchérie, Martian, Justine.

SCÈNE II. Puchérie, Justine.

SCENE III. Pulchérie, Léon, Justine.

PULCHÉRIE

Plus que jamais.

PULCHÉRIE

Moi seule je me fais les maux dont je soupire ! A-ce été sous mon nom que j'ai brigué l'empire ? Ai-je employé mes soins, mes amis, que pour vous ? Ai-je cherché par là qu'à vous voir mon époux ? Quoi ? Votre déférence à mes efforts s'oppose ! Elle rompt mes projets, et seule j'en suis cause ! M'avoir fait obtenir plus qu'il ne m'était dû, C'est ce qui m'a perdue, et qui vous a perdu. Si vous m'aimiez, seigneur, vous me deviez mieux croire, Ne pas intéresser mon devoir et ma gloire : Ce sont deux ennemis que vous nous avez faits, Et que tout notre amour n'apaisera jamais. Vous m'accablez en vain de soupirs, de tendresse ; En vain mon triste coeur en vos maux s'intéresse, Et vous rend, en faveur de nos communs désirs, Tendresse pour tendresse, et soupirs pour soupirs : Lorsqu'à des feux si beaux je rends cette justice, C'est l'amante qui parle ; oyez l'impératrice. Ce titre est votre ouvrage, et vous me l'avez dit : D'un service si grand votre espoir s'applaudit, Et s'est fait en aveugle un obstacle invincible, Quand il a cru se faire un succès infaillible. Appuyé de mes soins, assuré de mon coeur, Il fallait m'apporter la main d'un empereur, M'élever jusqu'à vous en heureuse sujette : Ma joie était entière, et ma gloire parfaite ; Mais puis-je avec ce nom même chose pour vous ? Il faut nommer un maître, et choisir un époux : C'est la loi qu'on m'impose, ou plutôt c'est la peine Qu'on attache aux douceurs de me voir souveraine. Je sais que le sénat, d'une commune voix, Me laisse avec respect la liberté du choix ; Mais il attend de moi celui du plus grand homme Qui respire aujourd'hui dans l'une et l'autre Rome : Vous l'êtes, j'en suis sûre, et toutefois, hélas ! Un jour on le croira, mais...

SCÈNE IV. Léon, Justine.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Justine, Irène.

SCÈNE II. Pulchérie, Irène, Justine.

PULCHÉRIE

De moi ?

SCÈNE III. Pulchérie, Aspar, Irène, Justine.

SCÈNE IV. Aspar, Irène.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Pulchérie, Justine.

SCÈNE II. Martian, Aspar, Pulchérie, Justine.

SCÈNE III. Pulchérie, Martian, Justine.

MARTIAN

Quoi ?

PULCHÉRIE

M'épouser.

PULCHÉRIE

Oui, seigneur ; c'est le plus grand service Que vos soins puissent rendre à votre impératrice. Non qu'en m'offrant à vous je réponde à vos feux Jusques à souhaiter des fils et des neveux : Mon aïeul, dont partout les hauts faits retentissent, Voudra bien qu'avec moi ses descendants finissent, Que j'en sois la dernière, et ferme dignement D'un si grand empereur l'auguste monument. Qu'on ne prétende plus que ma gloire s'expose À laisser des Césars du sang de Théodose. Qu'ai-je affaire de race à me déshonorer, Moi qui n'ai que trop vu ce sang dégénérer, Et que s'il est fécond en illustres princesses, Dans les princes qu'il forme il n'a que des faiblesses ? Ce n'est pas que Léon, choisi pour souverain, Pour me rendre à mon rang n'eût obtenu ma main. Mon amour, à ce prix, se fût rendu justice ; Mais puisqu'on m'a sans lui nommée impératrice, je dois à ce haut rang d'assez nobles projets Pour n'admettre en mon lit aucun de mes sujets. Je ne veux plus d'époux, mais il m'en faut une ombre, Qui des Césars pour moi puisse grossir le nombre ; Un mari qui content d'être au-dessus des rois, Me donne ses clartés, et dispense mes lois ; Qui n'étant en effet que mon premier ministre, Pare ce que sous moi l'on craindrait de sinistre, Et pour tenir en bride un peuple sans raison, Paroisse mon époux, et n'en ait que le nom. Vous m'entendez, seigneur, et c'est assez vous dire. Prêtez-moi votre main, je vous donne l'empire : Éblouissons le peuple, et vivons entre nous Comme s'il n'était point d'épouses ni d'époux. Si ce n'est posséder l'objet de votre flamme, C'est vous rendre du moins le maître de son âme, L'ôter à vos rivaux, vous mettre au-dessus d'eux, Et de tous mes amants vous voir le plus heureux.

MARTIAN

Madame...

SCÈNE IV. Pulchérie, Aspar, Justine.

SCÈNE V. Pulchérie, Justine.

SCÈNE VI. Pulchérie, Léon, Justine.

PULCHÉRIE

Sachez...

PULCHÉRIE

Ah ! Léon.

SCÈNE VII. Pulchérie, Martian, Léon, Justine.

1 758 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica