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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Général des Parthes

Suréna

Pierre Corneille· créée en 1674, imprimée en 1675· 5 actes· 1 738 vers· 7 personnages

Représenté pour la première fois le 14 décembre 1674 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • ORODE, roi des Parthes
  • PACORUS, fils d'Orode
  • SURÉNA, lieutenant d'Orode, et général de son armée contre Crassus
  • SILLACE, autre lieutenant d'Orode
  • EURYDICE, fille d'Artabase, roi d'Arménie
  • PALMIS, soeur de Suréna
  • ORMÈNE, dame d'honneur d'Eurydice
AU LECTEUR

Le Sujet de cette tragédie est tiré de Plutarque, et d'Appian Alexandrin. Ils disent tous deux que Suréna était le plus noble, le plus riche, le mieux fait, et le plus vaillant des Parthes. Avec ces qualités, il ne pouvait manquer d'être un des premiers hommes de son siècle, et si je ne m'abuse, la peinture que j'en ai faite ne l'a point rendu méconnaissable. Vous en jugerez.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Eurdydice, Oromène.

EURYDICE

Il est temps de te dire Et quel malheur m'accable, et pour qui je soupire. Le mal qui s'évapore en devient plus léger, Et le mien avec toi cherche à se soulager. Quand l'avare Crassus, chef des troupes romaines, Entreprit de dompter les Parthes dans leurs plaines, Tu sais que de mon père il brigua le secours ; Qu'Orode en fit autant au bout de quelques jours ; Que pour ambassadeur il prit ce héros même, Qui l'avait su venger et rendre au diadème.

Crassus (M. Licinius) : Tiumvir, célèbre par ses richesses, acquises en grande partie aux dépens des victime de Sylla. Prêteur en 71 avec J.C., il mit fin par un vitoire décisive à la guerre de Spartacus. Il fut nommé Consul l'année suivante, et se distingua par ses largesses au peuple. L'an 60, Il forma le preier Triuvirat avec Pompée et César. Il se fit nommer gouverneur de Syrie et charger de la guerre contre les Parthes. Crassus fut battu complètement en Carrhes par Suréna, général d'Orode, roi des Parthes, l'an 53 et fut mis à mort. Voir Plutarque. [B]

EURYDICE

Il ne l'est pas ; Mais il sait rétablir les rois dans leurs états. Des Parthes le mieux fait d'esprit et de visage, Le plus puissant en biens, le plus grand en courage, Le plus noble : joins-y l'amour qu'il a pour moi ; Et tout cela vaut bien un roi qui n'est que roi. Ne t'effarouche point d'un feu dont je fais gloire, Et souffre de mes maux que j'achève l'histoire. L'amour, sous les dehors de la civilité, Profita quelque temps des longueurs du traité : On ne soupçonna rien des soins d'un si grand homme. Mais il fallut choisir entre le Parthe et Rome. Mon père eut ses raisons en faveur du Romain ; J'eus les miennes pour l'autre, et parlai même en vain ; Je fus mal écoutée, et dans ce grand ouvrage On ne daigna peser ni compter mon suffrage. Nous fûmes donc pour Rome ; et Suréna confus Emporta la douleur d'un indigne refus. Il m'en parut ému, mais il sut se contraindre : Pour tout ressentiment il ne fit que nous plaindre ; Et comme tout son coeur me demeura soumis, Notre adieu ne fut point un adieu d'ennemis. Que servit de flatter l'espérance détruite ? Mon père choisit mal : on l'a vu par la suite. Suréna fit périr l'un et l'autre Crassus, Et sur notre Arménie Orode eut le dessus : Il vint dans nos états fondre comme un tonnerre. Hélas ! J'avais prévu les maux de cette guerre, Et n'avais pas compté parmi ses noirs succès Le funeste bonheur que me gardait la paix. Les deux rois l'ont conclue, et j'en suis la victime : On m'amène épouser un prince magnanime ; Car son mérite enfin ne m'est point inconnu, Et se ferait aimer d'un coeur moins prévenu ; Mais quand ce coeur est pris et la place occupée, Des vertus d'un rival en vain l'âme est frappée : Tout ce qu'il a d'aimable importune les yeux ; Et plus il est parfait, plus il est odieux. Cependant j'obéis, Ormène : je l'épouse, Et de plus...

SCÈNE II. Eurdydice, Palmis, Oromène.

SCÈNE III. Eurydice, Suréna.

ACTE II

SCÈNE I. Pacorus, Suréna.

SCÈNE II. Pacorus, Eurydice.

PACORUS

Achevons.

SCÈNE III. Pacorus, Palmis.

ACTE III

SCÈNE I. Orode, Sillace.

SCÈNE II. Orode, Surena.

SCÈNE III. Orode, Palmis

ACTE IV

SCÈNE I. Ormène, Eurydice.

SCÈNE II. Ormène, Eurydice.

SCÈNE III. Pacorus, Ormène, Eurydice.

EURYDICE

Je m'emporte et m'aveugle un peu moins qu'on ne pense : Pour l'avouer vous-même, entrons en confidence. Seigneur, je vous regarde en qualité d'époux : Ma main ne saurait être et ne sera qu'à vous ; Mes voeux y sont déjà, tout mon coeur y veut être : Dès que je le pourrai, je vous en ferai maître ; Et si pour s'y réduire il me fait différer, Cet amant si chéri n'en peut rien espérer. Je ne serai qu'à vous, qui que ce soit que j'aime, À moins qu'à vous quitter vous m'obligiez vous-même ; Mais s'il faut que le temps m'apprenne à vous aimer, Il ne me l'apprendra qu'à force d'estimer ; Et si vous me forcez à perdre cette estime, Si votre impatience ose aller jusqu'au crime... Vous m'entendez, Seigneur, et c'est vous dire assez D'où me viennent pour vous ces voeux intéressés. J'ai part à votre gloire, et je tremble pour elle Que vous ne la souilliez d'une tache éternelle, Que le barbare éclat d'un indigne soupçon Ne fasse à l'univers détester votre nom, Et que vous ne veuilliez sortir d'inquiétude Par une épouvantable et noire ingratitude. Pourrais-je après cela vous conserver ma foi, Comme si vous étiez encor digne de moi ; Recevoir sans horreur l'offre d'une couronne, Toute fumante encor du sang qui vous la donne, Et m'exposer en proie aux fureurs des Romains, Quand pour les repousser vous n'aurez plus de mains ? Si Crassus est défait, Rome n'est pas détruite : D'autres ont ramassé les débris de sa fuite, De nouveaux escadrons leur vont enfler le coeur, Et vous avez besoin encor de son vainqueur. Voilà ce que pour vous craint une destinée Qui se doit bientôt voir à la vôtre enchaînée, Et deviendrait infâme à se vouloir unir Qu'à des rois dont on puisse aimer le souvenir.

PACORUS

Madame...

SCÈNE IV. Pacorus, Suréna.

ACTE V

SCÈNE I. Orode, Eurydice.

SCÈNE II. Eurydice, Surena.

SCÈNE III. Eurydice, Suréna, Palmis.

SURÉNA

Je pars.

SURÉNA

Quoi ? Vous vous figurez que l'heureux nom de gendre, Si ma perte est jurée, a de quoi m'en défendre, Quand malgré la nature, en dépit de ses lois, Le parricide a fait la moitié de nos rois, Qu'un frère pour régner se baigne au sang d'un frère, Qu'un fils impatient prévient la mort d'un père ? Notre Orode lui-même, où serait-il sans moi ? Mithradate pour lui montrait-il plus de foi ? Croyez-vous Pacorus bien plus sûr de Phradate ? J'en connais mal le coeur, si bientôt il n'éclate, Et si de ce haut rang, que j'ai vu l'éblouir, Son père et son aîné peuvent longtemps jouir. Je n'aurai plus de bras alors pour leur défense ; Car enfin mes refus ne font pas mon offense ; Mon vrai crime est ma gloire, et non pas mon amour : Je l'ai dit, avec elle il croîtra chaque jour ; Plus je les servirai, plus je serai coupable ; Et s'ils veulent ma mort, elle est inévitable. Chaque instant que l'hymen pourrait la reculer Ne les attacherait qu'à mieux dissimuler ; Qu'à rendre, sous l'appas d'une amitié tranquille, L'attentat plus secret, plus noir et plus facile. Ainsi dans ce grand noeud chercher ma sûreté, C'est inutilement faire une lâcheté, Souiller en vain mon nom, et vouloir qu'on m'impute D'avoir enseveli ma gloire sous ma chute. Mais, dieux ! Se pourrait-il qu'ayant si bien servi, Par l'ordre de mon roi le jour me fût ravi ? Non, non : c'est d'un bon oeil qu'Orode me regarde ; Vous le voyez, ma soeur, je n'ai pas même un garde : Je suis libre.

SCÈNE IV. Eurydice, Palmis.

SCÈNE V. Eurydice, Palmis, Ormène.

EURYDICE

Hélas !

1 738 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica