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Comédie en vers

La Veuve ou Le Traître Trahi

Pierre Corneille· créée en 1634· 5 actes· 2 350 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois en 1634 au Tripot de la Sphère.

Personnages

  • PHILISTE, amant de Clarice
  • ALCIDON, ami de Philiste et amant de Doris
  • CÉLIDAN, ami d'Alcidon et amoureux de Doris
  • CLARICE, veuve d'Alcandre et maîtresse de Philiste
  • CHRYSANTE, mère de Doris
  • DORIS, soeur de Philiste
  • LA NOURRICE de Clarice
  • GÉRON, agent de Florange, amoureux de Doris
  • LYCAS, domestique de Philiste
  • POLIMAS, domestique de Clarice
  • DORASTE, domestique de Clarice
  • LISTOR, domestique de Clarice
Madame,

À MADAME DE LA MAISON-FORT.

Le bon accueil qu'autrefois cette Veuve a reçu de vous l'oblige à vous remercier, et l'enhardit à vous demander la faveur de votre protection. Étant exposée aux coups de l'envie et de la médisance, elle n'en peut trouver de plus assurée que celle d'une personne sur qui ces deux monstres n'ont jamais de prise. Elle espère que vous ne la méconnaîtrez pas pour être dépouillée de tous autres ornements que les siens, et que vous la traiterez aussi bien qu'alors que la grâce de la représentation la mettait en son jour. Pourvu qu'elle vous puisse divertir encore une heure, elle trop contente, et se bannira sans regret du théâtre pour avoir une place dans votre cabinet. Elle honteuse de vous ressembler si peu, et a de grands sujets d'appréhender qu'on ne l'accuse de peu de jugement de se présenter devant vous, dont les perfections la feront paraître d'autant plus imparfaite ; mais quand elle considère qu'elles en sont en un si haut point, qu'on n'en peut avoir de légères teintures sans des privilèges tout particuliers du ciel, elle se rassure entièrement, et n'ose plus craindre qu'il se rencontre des esprits assez injustes pour lui imputer à défaut le manque des choses qui sont au dessus des forces de la nature : en effet, MADAME, quelque difficulté que vous fassiez de croire aux miracles, il faut que vous en reconnaissiez en vous même, ou que vous ne vous connaissiez pas, puisqu'il est tout vrai que des vertus et des qualités si peu commune que les vôtres ne sauraient avoir d'autre nom. Ce n'est pas mon dessein d'en faire ici les éloges ; outre qu'il serait superflu de particulariser ce que tout le monde sait, la bassesse de mon discours profanerait des choses si relevées. Ma plume est trop faible pour entreprendre de voler si haut ; c'est assez pour elle de vous rendre mes devoirs, et de vous protester, avec plus de vérité que d'éloquence, que je serai toute ma vie,

MADAME,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

CORNEILLE.

AU LECTEUR

Si tu n'es homme à te contenter de la naïveté du style et de la subtilité de l'intrigue, je ne t'invite point à la lecture de cette pièce : son ornement n'est pas dans l'éclat des vers. C'est une belle chose que de les faire puissants et majestueux : cette pompe ravit d'ordinaire les esprits, et pour le moins les éblouit ; mais il faut que les sujets en fassent naître les occasions ; autrement c'est en faire parade mal à propos, et pour gagner le nom de poète, perdre celui de judicieux. La comédie n'est qu'un portrait de nos actions et de nos discours, et la perfection des portraits consiste en la ressemblance. Sur cette maxime je tâche de ne mettre en la bouche de mes acteurs que ce que diraient vraisemblablement en leur place ceux qu'ils représentent, et de les faire discourir en honnêtes gens, et non pas en auteurs. Ce n'est qu'aux ouvrages où le poète parle qu'il faut parler en poète ; Plaute n'a pas écrit comme Virgile, et ne laisse pas d'avoir bien écrit. Ici donc tu ne trouveras en beaucoup d'endroits qu'une prose rimée, peu de scènes toutefois sans quelque raisonnement assez véritable, et partout une conduite assez industrieuse. Tu y reconnaîtras trois sortes d'amours aussi extraordinaires au théâtre qu'ordinaires dans le monde : celle de Philiste et Clarice, d'Alcidon et Doris, et celle de la même Doris avec Florange, qui ne paraît point. Le plus beau de leurs entretiens est en équivoques, et en propositions dont ils te laissent les conséquences à tirer. Si tu en pénètres bien le sens, l'artifice ne t'en déplaira point. Pour l'ordre de la pièce, je ne l'ai mis ni dans la sévérité des règles, ni dans la liberté qui n'est que trop ordinaire sur le théâtre français : l'une est trop rarement capable de beaux effets, et on les trouve à trop bon marché dans l'autre, qui prend quelquefois tout un siècle pour la durée de son action, et toute la terre habitable pour le lieu de sa scène. Cela sent un peu trop son abandon, messéant à toutes sortes de poèmes, et particulièrement aux dramatiques, qui ont toujours été les plus réglés. J'ai donc cherché quelque milieu pour la règle du temps, et me suis persuadé que la comédie étant disposée en cinq actes, cinq jours consécutifs n'y seraient point mal employés. Ce n'est pas que je méprise l'antiquité ; mais comme on épouse malaisément des beautés si vieilles, j'ai cru lui rendre assez de respect de lui partager mes ouvrages ; et de six pièces de théâtre qui me sont échappées, en ayant réduit trois dans la contrainte qu'elle nous a prescrite, je n'ai point fait de conscience d'allonger un peu les vingt et quatre heures aux trois autres. Pour l'unité de lieu et d'action, ce sont deux règles que j'observe inviolablement ; mais j'interprète la dernière à ma mode ; et la première, tantôt je la resserre à la seule grandeur du théâtre, et tantôt je l'étends jusqu'à toute une ville, comme en cette pièce. Je l'ai poussée dans le Clitandre jusques aux lieux où l'on peut aller dans les vingt et quatre heures ; mais bien que j'en pusse trouver de bons garants et de grands exemples dans les vieux et nouveaux siècles, j'estime qu'il n'est que meilleur de se passer de leur imitation en ce point. Quelque jour je m'expliquerai davantage sur ces matières ; mais il faut attendre l'occasion d'un plus grand volume : cette préface n'est déjà que trop longue pour une comédie.

POUR LE VEUVE DE MONSIEUR CORNEILLE

AUX DAMES

Le Soleil est levé, retirez-vous Étoiles : Remarquez son éclat, à travers de voiles, Petits feux de la nuit qui luisez en ces lieux, Souffrez le même affront que les autres cieux. Orgueilleuses beautés que tout le monde estime, Qui prenez un pouvoir qui n'est pas légitime, Clarice vient au jour ; votre lustre s'éteint ; Il faut céder le place, à celui de son teint : Et voir dedans ces vers, une double merveille, La beauté de la Veuve, est l'Esprit de Corneille.

DE SCUDERY

MONSIEUR CORNEILLE Poète comique sur sa Veuve

ÉPIGRAMME

Rare écrivain de notre France Qui le premier des beaux esprits As fait revivre en ses écrits, L'Esprit de Plaute et de Térence, Sans rien dérober des douceurs, De Mélite, ni de ses soeurs. Ô ! Dieu que ta Clarice est belle Et que de Veuves à Paris Souhaiteraient d'être comme elle, Pour ne manquer pas de maris.

MAIRET.

À MONSIEUR CORNEILLE sur sa Clarice Corneille, que ta veuve a des charmes puissants ! Ses yeux remplis d'amour, ses discours innocents, Joints à sa majesté plus divine qu'humaine, Paraissent au Théâtre avec tant de splendeur, Que Mélite, admirant cette belle Germaine, Confesse qu'elle doit l'hommage à sa grandeur. Mais ce n'est pas assez, sa parlante peinture A tant de ressemblance avec la nature, Qu'enlisant tes écrits l'on croit voir des amants Dont la mourante voix naïvement propose Ou l'extrême bonheur, ou les rudes tourments, Qui furent le sujet de métamorphose. Fais la donc imprimer, fais que sa Déité, Jour et nuit entretienne avecques privauté Ceux qui n'ont le moyen de la voir au théâtre : Car si Mélite a plu pour ses divins appas, Tout le monde sera de Clarice idolâtre Qui jouit de beautés que Mélite n'a pas.

GUERENTE.

MADRIGAL pour le comédie de La Veuve de Monsieur Corneille

À CLARICE.

Clarice la plus douce veine, Qui sache le métier des vers, Donne un portrait à l'Univers, De tes beautés et de ta peine. Et les traits du pinceau, qui te font admirer, Te dépeignent au vif si constante et si belle, Que ce divin portrait, bine que tu sois mortelle, Demande des autels pour te faire adorer.

J.G.A.E.P.

À MONSIEUR CORNEILLE

ÉLÉGIE.

Pour te rendre justice, autant que pour te plaire, Je jeux parler (Corneille) et ne me puis plus taire, Juge de ton mérite (à qui rien n'est égal) Par la confession de son propre rival. Pour un même sujet, même désir nous presse, Nous poursuivions tous deux une même maîtresse, La gloire, cet objet des belles volontés Préside également dessus nos libertés, Comme toi, je la sers, et personne ne doute Des veilles et des soins que cette ardeur me coûte, Mon espoir toutefois est décru chaque jour Depuis que je t'ai vu prétendre à son amour Je n'ai point le trésor de ses douces paroles Dont tu lui fait la cour, et dont tu la cajoles Je vois que ton esprit unique de son art A des naïvetés plus belle[s] que le fard, Que tes inventions ont des charmes étranges Que leur moindre incident attire des louanges, Que par toute la France on parle de ton nom, Et qu'il n'est plus d'estime égale à ton renom, Depuis, ma muse tremble, et n'est plus si hardie Une jalouse peur, l'a longtemps refroidie, Et depuis (cher rival) je serais rebuté De ce bruit spécieux dont Paris ma flatté, Si cet ange mortel, qui fait tant de miracles, Et dont tous les discours passent pour des oracles, Ce fameux Cardinal, l'honneur de l'univers, N'aimait ce que je fis, et n'écoutais mes vers : Se saveur m'a rendu mon humeur ordinaire, La gloire où je prétends est l'honneur de lui plaire Et lui seul réveillant mon génie endormi Et cause qu'il te reste un si faible ennemi : Mais ;la gloire n'est pas de ces chastes maîtresses Qui n'osent en deux lieux répandre leurs caresses, Cet objet de nos voeux, nous peut obliger tous, Et faire mille amants, sans en faire un jaloux ; Tel, on me voit partout adorer ta Clarice : Aussi rien n'est égal à ses moindres attraits, Tout ce que j'ai produit cède à ses moindre traits Toute Veuve qu'elle est, de quoi que tu l'habilles, Elle ternit l'éclat de nos plus belles filles, j'ai vu trembler Sylvie n Amaranthe, et Philis, Célimène a changé, ses attraits sont palis ? Et tant d'autres beautés que l'on a tant vantés Sitôt qu'elle a paru se sont épouvantées ; Adieu, fais nous souvent des enfants si parfaits Et que ta bonne humeur ne se lasse jamais.
À MONSIEUR CORNEILLE De mille adorateurs Mélite est poursuivie ? Ces autres belle soeurs le sont également, Clarice quoi que Veuve a surmonté l'envie Et fait de tout le monde un parti seulement.
À MONSIEUR CORNEILLE sur sa Veuve

Épigramme

Ta Veuve s'est assez cachée, Ne crois point de la mettre au jour Tu sais bien qu'elle est recherchée, Par les mieux sensés de la Cour : Déjà des plus grands de rance, Dont elle est l'heureuse espérance, Les coeurs lui sont assujettis, Et leur amour est nue preuve, Qu'une si glorieuse Veuve Ne peut manquer de bons parties.

DU RYER, Parisien.

AU MÊME

Par le même.

Que pour louer ta belle Veuve Chacun de son esprit donne une riche preuve, Qu'on voit en cent façons ses mérites tracés, Pour moi je pense dire assez Quand je dis de cette merveille, Qu'elle est soeur de Mélite et fille de Corneille.
À MONSIEUR CORNEILLE Beelle Veuve adorée, Tu n'es pas demeurée, Sans supports et sans gloire en la fleur de tes ans Puisque ton cher Corneille À ta conduite veille Tu ne peux redouter les traits des médisants.

BOISROBERT.

À MONSIEUR CORNEILLE sur sa Veuve Cette belle Clarice à qui l'on porte envie, Peut elle être ta Veuve, et que tu sois en vie ? Quel accident étrange à ton bonheur est joint ? Si jamais un auteur a vécu par son livre En dépit de l'envie elle te fera vivre : Elle sera ta Veuve et tu ne mourras point.

DOUVILLE

À MONSIEUR CORNEILLE sur sa Veuve

ÉPIGRAMME.

La renommée est si ravie, Des mignardises de tes vers, Qu'elle chante par l'univers L'immortalité de ta vie : Mais elle se trompe en un point, Et voici comme je l'épreuve ; Un homme qui ne mourra point, Ne peut jamais faire une Veuve. Quoi que chacun en soit d'accord, Il faut bien que du ciel ce beau renom te vienne, Car je sais que tu n'est pas mort, Et toutefois j'adore et recherche la tienne.

CLAVERET

MADRIAGAL du même Philiste en ces amours à du craindre un rival, Puisque ta Veuve est la copie De ce charmant original, À qui ta plume la dédie. Ton bel art nous peint l'une adorable à la Cour, La nature a fait l'aute un miracle d'amour. Je sais bien que l'on vous figure L'art moins parfait que la nature Mais laissant ces raisons à part, Je ne sais qui l'emporte ou la nature ou l'art, Ta Veuve toutefois par sa douceur extrême Sais si bine celui de charmer Qu'à la voir on la peut nommer, Un original elle-même Et toutes deux des ravissants accords D'une belle esprit et d'un beau corps.
À MONSIEUR MONLIÈRE sur l'impression de la Veuve La Veuve qui n'a d'autres soins Que de se tenir renfermée Et de qui l'on parle le moins, Et plus chatse et plus estimée, Mais celle que tu mets au jour Accroît son lustre et notre amour, Alors qu'elle se communique, Bien loin de se faire blâmer, Tant plus elle se rend publique, Plus elle se fait estimer.

I . COLLARDEAU

POUR LE VEUVE DE MONSIEUR CORNEILLE Bien que les amours des filles Soient vives, et sans fard, florissantes, gentilles, Et que le pucelage ait des goûts si charmants ; Cette veuve en dépit d'elles, Va posséder plus d'amants Qu'un million de pucelles.

L.M.P.

À MONSIEUR CORNEILLE

SONNET.

Tous ces présomptueux, dont les faibles esprits S'efforcent vainement de te suivre à la trace, Se trouvent à la fin des Corneilles d'Horace, Quant ils mettent au jour leurs comiques écrits. Ce style familier non encor entrepris, Ni connu de personne, à de si bonne grâce, Du Théâtre Français changé le vielle face, Que la scène tragique en a perdu le prix. Saint-Amand ne craint plus d'avouer ta patrie, Puisque ce Dieu des vers est né dans la Neustrie, Qui pour se rendre illustre à la postérité. Accomplit de nos jours l'incroyable merveille De cet oiseau fameux parmi l'antiquité, Nous donnant un Phénix sous le nom de Corneille.

DU PETIT VAL.

À MONSIEUR CORNEILLE

SONNET.

Mélite qu'un miracle a fait venir des Cieux, Les choeurs charmes à soi comme l'aimant attire Mais c'est avec raison que tout le monde admire, La Veuve qui n'a pas moins d'attraites [sic] dans les yeux. Fasse parler les Rois le langage des Dieux, Faire régner l'amour accroître son empire Peindre avec tant d'adresse un gracieux martyre Fermer si puissamment la bouche aux envieux. Faire honneur à son temps, enseigner à notre âge, A polie doucement son voeu et son langage Corneille, c'est assez pour avoir des lauriers. Dessus le mont sacré toujours tranquille, et calme, Mais pour dire en un mot devenir des derniers, Et les surpasser tous c'est emporter la palme.
AU MÊME

SIXAIN.

Ce n'est rien d'avoir peint une vierge beauté Mélite, vrai portrait de la divinité, La grâce de l'objet embellit la peinture, Et conduit le pinceau qui ne s'égare pas, Mais de peintre une Veuve avec tant d'appas C'est une effet de l'art qui passe la nature.

PILLASTRE, Avocat en parlement.

À MONSIEUR CORNEILLE

ÉPIGRAMME.

Toi que le Parnasse idolâtre, Et dont le vers doux, et coulant Ne fait point voir sur le Théâtre Les effets d'un bras violent, Esprit de qui les rares veilles Tous les ans font voir des merveille, Au dessus de l'humain pouvoir, Reçois ces vers dont Villeneuve, Ravi des beautés de ta Veuve, A fait hommage à ton savoir.
À MONSIEUR CORNEILLE Corneille, je suis amoureux De ta Veuve et de ta Mélite, Et leurs beautés et leur mérite, Font naître tes vers et mes feux, Je veux que l'une soit pucelle, L'autre ici me semble si belle Qu'elle captive mes esprit, Et ce qui me plaît davantage C'est que les traits de son visage, Viennent de ceux de tes écrits.

DE MARBEUF.

À MONSIEUR CORNEILLE, sur sa Veuve

SIXAIN.

On vante les exploits de ces mains valeureuses, Qui font dans les combats des veuves malheureuses, Mais j'estime pour moi qu'il t'es plus glorieux D'avoir fait en nos cours une veuve sans larmes Et que l'on ne saurais sans t'être injurieux, Donne moins de lauriers à tes vers qu'à leurs armes.

DE CANON.

À MONSIEUR CORNEILLE, sur sa Veuve

SONNET

Corneille que ta Veuve est pleine de beauté Que tu l'as d'Ornements et de grâce pourvue Le plaisir de la voir touts mes sens diminué Et traîne tant d'appas ce serait lâcheté. Quoi que puisse à nos yeux offrir la nouveauté Rien ne les peut toucher à l'égale de sa vue Il n'est point de mortel après l'avoir connue qui puisse vanter de voir sa liberté. Admire le pourvoir qu'elle a sur mon esprit Ne cherche point le nom de celui qui t'écrit, Qui jamais ne connut Applon ni sa lyre. Ton mérite l'oblige à te donner ces vers, Et la douceur des tiens le forcent de ta dire Qu'il n'est rien de si beau dedans tout l'univers.

L. N.

À MONSIEUR CORNEILLE en faveur de sa Veuve Corneille que ton chant est doux, Que ta plume a trouvé de gloire, Il n'est plus d'esprit parmi nous Dont tu m'emportes la victoire, Ce que tu feins a tant d'attraits, Que les ouvrages plus parfaits N'ont tien d'égal à son mérite Et la Veuve que tu fais voir, Plus ravissante que Mélite, Montre l'excès de ton savoir.

BURNEL.

À MONSIEUR CORNEILLE Clarice est sans doute si belle, Que Philiste n'a le pouvoir De goûter le bien de la voir, Sans devenir amoureux d'elle : Ses discours me font estimer Qu'on a plus de gloire de l'aimer Que de raison à s'en défendre ; Et que les argus les plus grand Pour y trouver de quoi reprendre N'ont point d'yeux assez pénétrants. Appolon que par ses Oracles A plus d'éclat qu'il n'eut jamais, Tient sus les deux sacrés sommets Tes vers pour autant de miracles : Et les plaisirs que ces neuf soeurs Trouvent dans les rares douceurs Que parfaitement tu leurs donnes ; Sont purs témoignages de foi, Qu'au partage de leur couronnes La plus digne sera pour toi.

MARCEL.

À MONSIEUR CONEILLE sur sa Veuve

STANCES.

Divin esprit puissant génie Tu vas produire en moi de miracles divers Je n'ai jamais donné de louange infinie, Et je ne croyait plus pouvoir faire des vers. Il te fallait pour m'y contraindre Faire une belle Veuve et lui donner des traits, Dont mon coeur amoureux peut se laisser atteindre, L'amour me fait rimer et louer les attraits. Digne sujet de mille flammes Incomparable Veuve ornement de ce temps, Tu vas mettre du trouble et du feu dans les âmes, Faisant moins d'ennemis que de coeurs inconstants. Qui vit jamais tant de merveilles Mes sens faot aujourd'hui l'un de l'autre envieux, Ton discours me ravit l'âme par les oreilles, Et ta beauté la veut arracher par les yeux. Quand on te voit les plus barbares, À tes charmes sans fard, et tes naïfs appas Donneraient mille coeurs, et des choses plus rares, S'ils en pouvaient avoir ; pour ne te prendre pas. Lorsqu'on entend les plus critiques, Remarquent tes discours, et font tous un serment De les faire observer pour des lois authentiques, Et de condamner ceux qui parlent autrement. Cher ami pardon si ma muse, Pour plaire à mon amour manque à notre amitié, Donnant tout à ta fille elle a bine cette ruse, De juger que tu dois en avoir la moitié. Prends donc en gré tant de franchise, Et ne t'étonne pas si ceci ne vaut rien, Par son désordre seul tu sauras ma surprise, Un coeur qui sait aimer ne s'exprime pas bien. Il me suffit que je me trouve Dans ce soin qui n'est pas à tout chacun permis, Des humbles serviteurs de ton aimable veuve, Et de ceux que tu tiens pour tes meilleurs amis.

VOILLE.

STANCES sur les Oeuvres de Monsieur CORNEILLE Corneille occupant nos esprits, Fait voir par ces divins écrits, Que nous vivions dans l'ignorance, Et je crois que tout l'univers, Saura bientôt que notre France, N'a que lui seul qui fait des vers. La nature tout à loisir, A pris un extrême plaisir À créer ta veine animée, Et parlant ainsi que les Dieux, Le temps veut que la renommée T'aille publier en tous lieux. Apollon forma ton esprit, Et d'un soin merveilleux t'apprit, Le moyen de charmer des hommes, Il t'a rendu par son métier, L'oracle du siècle où nous sommes, Comme son unique héritier.

Beaulieu.

À La Veuve de Monsieur Corneille

SONNET.

Clarice, un temps si long sans te montrer au jour, M'a fait appréhender que le deuil du veuvage, Ayant terni l'éclat des traits de ton visage, T'empêchât d'établir parmi nous ton séjour. Mais tant de grands esprits ravis de ton amour, Parlent de tes appas dans un tel avantage, Qu'après eux, tout l'orgueil des beautés de cet age Parais donc librement sans craindre que te charmes Te suscitent de nouvelles alarmes, Exposée aux efforts d'un second ravisseur. Puisque de la façon que tu te fais paraître, Chacun sans t'offenser peut se rendre ton maître, Comme depuis un an chacun l'est de ta soeur.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Philiste, Alcidon.

SCÈNE II. Alcidon, La nourrice.

LA NOURRICE

Et bien ?

LA NOURRICE

Pourquoi ?

ALCIDON

Et lors ?

Lors : alors.

LA NOURRICE

Je te réponds de ce que tu chéris, Cependant continue à caresser Doris, Que son frère ébloui par cette accorte feinte De ce que nous brassons n'ait ni soupçon ni crainte.

Accort : Qui est de gentil esprit, qui est à la fois avisé et gracieux. Insinuant et quelquefois flatteur. [L]

LA NOURRICE

Séparons-nous, de peur qu'il entrât en cervelle S'il avait découvert un si long entretien, Joue aussi bien ton jeu que je jouerai le mien.

Entrer en cervelle : Mettre, tenir en cervelle, en inquiétude, dans l'embarras. [L]

SCÈNE III. Chrysante, Doris.

CHRYSANTE

Lui-même.

DORIS

Mon frère qui croira sa poursuite abusée. SanS doute en sa faveur brouillera la fusée.

Fusée : La masse de fil enroulé sur le fuseau et qui provient de la filasse de la quenouille. Fig. Démêler une fusée, pénétrer un mystère, une intrigue, toute espèce d'affaire embrouillée. [L]

SCÈNE IV. Chrysante, Géron.

CHRYSANTE

Non, non.

SCÈNE V. Philiste, Clarice.

SCÈNE VI.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

PHILISTE

STANCES.

Mais j'aperçois Clarice. ô dieux ? Si cette belle Parlait autant de moi que je m'entretiens d'elle ! Du moins si sa nourrice a soin de nos amours C'est de moi qu'à présent doit être leur discours. Je ne sais quelle humeur curieuse m'emporte À me couler sans bruit dans le prochaine porte, Pour écouter de là sans en être aperçu, En quoi mon fol espoir me peut avoir déçu. Suivrons nous cette ardeur ? Suivons à la bonne heure, Jamais l'occasion ne s'offrira meilleure, Et peut-être qu'enfin nous en pourrons tirer Celle que notre amour cherche à se déclarer.

SCÈNE II. Clarice, La nourrice.

SCÈNE III. Philiste, La nourrice.

LA NOURRICE

Ah, ah.

PHILISTE

À croire ton babil, la ruse est merveilleuse, Mais l'épreuve à mon goût en est fort périlleuse.

Babil : Abondance de paroles sur des choses de néant ou superflues ; un parler continuel et importun. [F]

SCÈNE IV. Clarice, Philiste, La Nourrice.

SCÈNE V. Alcidon, Doris.

SCÈNE VI. Alcidon, La Nourrice.

LA NOURRICE

Elle t'aime ?

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Célidan, Alcidon.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Philiste, Alcidon.

SCÈNE IV. Chrysante, Doris.

SCÈNE V. Chrysante, Géron.

SCÈNE VI. Chrysante, Philiste, Géron, Lycas.

PHILISTE, lui donnant des coups de plats d'épée

Tiens, porte ce revers à celui qui t'envoie, Ceux-ci seront pour toi.

SCÈNE VII. Chrysante, Philiste, Lycas.

LYCAS

Monsieur.

PHILISTE, à Lycas

Marche, mais promptement.

SCÈNE VIII.

CLARICE, dans son jardin

SCÈNE IX. Célidan, Alcidon, Clarice, La nourrice.

CÉLIDAN, dit ces mots derrière le théâtre

Cocher, attends-nous là.

ALCIDON

Il est temps d'avancer, baissons le tapabord, Moins nous ferons de bruit, moins il faudra d'effort.

Tapabord : Terme vieilli. Nom d'une sorte de bonnet pour la campagne, dont on peut rabattre les bords, pour se garantir de la pluie et du vent. [L]

LA NOURRICE, se jetant à genoux

Ah, de frayeur je pâme.

CLARICE, à qui Célidan met la main sur la bouche

Aux vo...

CÉLIDAN, derrière le théâtre

Touche, cocher.

SCÈNE X. La nourrice, Doraste, Polymas, Listor.

LA NOURRICE

Des voleurs.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Philiste, Lycas.

PHILISTE

Tu m'apprends seulement ce qui peut m'affliger, Traître, sans que je sache où pour mon allégeance, Adresser ma poursuite et porter ma vengeance Tu fais bien d'échapper, dessus toi ma douleur Faute d'un autre objet, eût vengé ce malheur ; Malheur d'autant plus grand que sa source ignorée Ne laisse aucun espoir à mon âme éplorée, Ne laisse à ma douleur, qui va finir mes jours Qu'une plainte inutile, au lieu d'un prompt secours, Vain et faible soulas en un coup si funeste. Mais il s'en faut servir, puisque seul il nous reste : Plains Philiste, plains-toi, mais avec des accents Plus remplis de fureur qu'ils ne sont impuissants, Fais qu'à force de cris poussés jusqu'en la nue, Ton mal soit plus connu que sa cause inconnue, Fais que chacun le sache, et que par tes clameurs Clarice, où qu'elle soit, apprenne que tu meurs. Clarice, unique objet qui me tiens en servage, Reçois donc de mes feux ce dernier témoignage, Vois comme en te perdant je vais perdre le jour, Et par mon désespoir juge de mon amour. Aussi pour en juger peut-être est-ce ta feinte Qui me porte à dessein cette cruelle atteinte, Et ton amour qui doute encore de mes serments Cherche à s'en assurer par mes ressentiments. Soupçonneuse beauté, contente ton envie, Et prends cette assurance aux dépens de ma vie, Si ton feu dure encore, par mes derniers soupirs Reçois ensemble, et perds, l'effet de tes désirs. Alors ta flamme en vain pour Philiste allumée Tu lui voudras du mal de t'avoir trop aimée, Et sûre de sa foi tu viendras regretter Sur sa tombe le temps, et le bien d'en douter, Que ce penser flatteur me dérobe à moi-même ! Qu'il m'est doux en mourant de penser qu'elle m'aime, Et dans ce désespoir que causent mes malheurs Espérer que ma mort lui coûtera des pleurs ! Simple, qu'espères-tu ? Sa perte est volontaire, Et pour mieux te punir d'un amour téméraire ; Elle veut tes regrets, tous autres châtiments Ne lui semblent pour toi de légers tourments, Elle en rit maintenant, cette belle inhumaine, Elle se pâme d'aise au récit de ta peine, Et choisit pour objet de son affection Un amant plus sortable à sa condition. Pauvre désespéré ; que ta raison s'égare ! Et que tu traites mal une amitié si rare ! Après tant de serments de n'aimer rien que toi Tu la veux faire heureuse aux dépens de sa foi, Tu veux seul avoir part à la douleur commune, Tu veux seul te charger de toute l'infortune, Comme si tu pouvais en croissant tes malheurs Diminuer les siens et l'ôter aux voleurs. N'en doute plus, Philiste, un ravisseur infâme A mis en son pouvoir la Reine de ton âme, Et peut-être déjà ce corsaire effronté Triomphe insolemment de sa pudicité Hélas ! Qu'à ce penser ma vigueur diminue.

Soulas : Terme vieilli. Soulagement, consolation, joie, plaisir. [L]

SCÈNE II. Philiste, Doraste, Polymas, Listor.

DORASTE, cependant que Philiste est derrière le théâtre

Cédons à sa fureur, évitons-en l'orage.

LISTOR, voyant revenir Philiste, et s'enfuyant avec ses compagnons

Le voilà.

SCÈNE III. Alcidon, Célidan, Philiste.

PHILISTE

Faire ici du fendant tandis qu'on nous sépare C'est montrer un esprit lâche autant que barbare, Adieu, mauvais, adieu, nous nous pourrons trouver, Et si le coeur t'en dit, au lieu de t'en braver, J'apprendrai seul à seul, dans peu, de tes nouvelles. Mon honneur souffrirait des taches éternelles À craindre encore de perdre une telle amitié.

Fendant : Celui qui veut se faire passer pour brave, se faire craindre. Faire le fendant. [L]

Braver : Faire le brave à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Se braver, Se défier, se provoquer l'un l'autre. [L]

SCÈNE IV. Célidan, Alcidon.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Célidan, La nourrice.

LA NOURRICE

Ah !

LA NOURRICE

Destins.

LA NOURRICE

De qui ?

CÉLIDAN

Oui.

LA NOURRICE

Bons dieux !

LA NOURRICE

Alcidon ?

LA NOURRICE

Pour moi ?

LA NOURRICE

Ah le traître !

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Alcidon, Doris.

SCÈNE IX.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Célidan, Clarice.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Alcidon, Célidan.

ALCIDON

Quand ?

SCÈNE IV. Chrysante, Philiste, Doris.

SCÈNE V. Philiste, Chrysante, Célidan, Doris.

SCÈNE VI. Chrysante, Célidan, Doris.

SCÈNE VII. Philiste, Clarice.

SCÈNE VIII. Chrysante, Doris, Célidan, Clarice, Philiste.

SCÈNE IX. Clarice, Alcidon, Philiste, Chrysante, Célidan, Doris.

2 350 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica