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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Antiochus

Thomas Corneille· imprimée en 1666· 5 actes· 1 709 vers· 8 personnages

Personnages

  • SELEUCUS, roi de Syrie
  • STRATONICE, fille de Démétrius, Roi de Macédoine
  • ANTIOCHUS, fils de Seleucus
  • ARSINOÉ, nièce de Seleucus
  • TIGRANE, favori de Seleucus
  • PHÉNICE, confidente de Stratonice
  • BARSINE,, confidente d'Arsinoé
  • Suite.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Antiochus, Tigrane.

SCÈNE II.

ANTIOCHUS

Suis le juste projet où l'honneur te convie, Fuis de ces tristes lieux, ou plutôt de la vie, Ingrat Antiochus, et du moins par ta mort Tâche de racheter la honte de ton sort. Aussi bien cet exil, où ton chagrin aspire, De tes sens révoltés te rendra-t-il l'Empire ? Y crois-tu de ta flamme écouter moins l'ardeur, Et pour changer de lieux, changeras-tu de coeur ? Non, non, ce coeur en vain croit vaincre sa faiblesse, Son destin est d'aimer, il aimera sans cesse, Et quoi que ta raison offre à le secourir, Il chérit trop son mal pour en vouloir guérir. Ah, lâche ! À quel orgueil ta passion t'entraîne ! Porter insolemment tes voeux jusqu'à la Reine, Adorer Stratonice, et violer la foi Qu'un fils doit à son père, un Sujet à son Roi ! La sienne étant déjà l'heureux prix de sa flamme, Par ce gage reçu n'est-elle pas sa femme, Et pour bannir un feu que tu nourris en vain, Faut-il attendre, hélas ! qu'elle ait donné sa main ? Songe, songe à l'horreur de ce secret murmure Qu'à tes voeux insensés oppose la Nature, Et vois de ton amour les transports odieux Blesser également les hommes et les Dieux. Par ce fatal Portrait dont la perte t'accable Ces Dieux semblent t'offrir un secours favorable, Il nourrissait ta flamme, il en flattait l'ardeur, Ce qui charmait tes yeux se gravait dans ton coeur, Et lorsqu'à mille soins ce Portrait te convie, Tu perds en le perdant le seul bien de ta vie. Mais las ! en d'autres mains que sert qu'il soit passé, Si de ce triste coeur il n'est pas effacé ? J'y vois, j'y vois toujours une adorable Reine Augmenter mon amour, et redoubler ma peine, J'observe avec plaisir ces merveilleux accords Des charmes de l'esprit, et des grâces du corps ; Et sans cesse y trouvant mille sujets d'estime, Cette même raison qui m'en faisait un crime, Contrainte de céder à des traits si puissants, Se range contre moi du parti de mes sens. Aimons-donc, puisqu'enfin c'est un mal nécessaire, Mais aimons seulement pour souffrir et nous taire, Et cherchons dans l'exil qui seul est mon recours, La fin de cet amour par celle de mes jours. Là mon dernier soupir poussé pour Stratonice D'un feu si criminel bornera l'injustice, Et mon secret caché justifiant ma foi Me rendra... mais ô Dieux ! C'est elle que je vois. Dans quel trouble me jette une si chère vue ! Ma raison se confond, mon âme en est émue, Fuyons, ce seul moyen m'épargne le souci...

SCÈNE III. Stratonice, Antiochus, Phénice.

SCÈNE IV. Stratonice, Phénice.

STRATONICE

Hélas ! Sait-on qu'on aime en commençant d'aimer, Et l'Amour qui d'un coeur cherche à se rendre maître, Tant qu'on peut résister, se laisse-t-il connaître ? Non, non, et mon malheur aujourd'hui me l'apprend, C'est en se déguisant que l'Amour nous surprend. Avant qu'aucun soupçon découvre sa naissance Dans l'âme qu'il attaque il prend intelligence, Et de son feu secret l'industrieux pouvoir S'acquiert des partisans qui l'y font recevoir. D'un tendre et doux penchant l'appas imperceptible La dispose d'abord à se rendre sensible ; Un peu d'émotion qui marque ce qu'elle est Lui rend en vain suspect un trouble qui lui plaît, D'un mérite parfait les images pressantes Lui peignent aussitôt ces douceurs innocentes, Et des sens éblouis par ce charme trompeur La vertu qu'elle admire autorise l'erreur, Le coeur qu'en ont séduit les flatteuses amorces Pour se vaincre en tout temps se répond de ses forces ; Sur l'offre du secours que lui fait la raison Il laisse agir sans crainte un si subtil poison, Il en aime l'appas, il le goûte, il lui cède, C'est assez qu'au besoin il en sait le remède ; Et quand le mal accru presse d'y recourir, L'habitude est formée, on n'en peut plus guérir. C'est ainsi que d'abord mon imprudence extrême Me laissa consentir à me trahir moi-même, Dedans Antiochus je ne sais quoi de grand Exigea de mon coeur le tribut qu'il lui rend. Ce coeur trop plein pour lui d'une estime empressée N'en crut ni mon devoir ni ma gloire blessée, J'admirais sans scrupule un Prince si parfait, Je voulais estimer, et j'aimais en effet, Et mon coeur de mes sens négligeant l'artifice Pensait fuir une erreur dont il était complice.

SCÈNE V. Seleucus, Stratonice, Phénice, Suite.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Arsinoé, Barsine.

ARSINOÉ

Elle-même.

SCÈNE II. Antiochus, Arsinoé.

SCÈNE III. Stratonice, Antiochus.

ANTIOCHUS

Hélas !

SCÈNE IV. Antiochus, Tigrane.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Seleucus, Antiochus, Suite.

SCÈNE II. Seleucus, Stratonice, Antiochus, Phenice, Suite.

SCÈNE III. Seleucus, Antiochus, Stratonice, Tigrane, Phenice, Suite.

SCÈNE IV. Antiochus, Tigrane.

SCÈNE V. Antiochus, Arsinoé, Tigrane, Barsine.

SCÈNE VI. Arsinoé, Tigrane, Barsine.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

STRATONICE

Flatteuse illusion que j'ai trop osé croire, Doux abus de mon coeur par mes désirs trompé, Cessez pour me punir d'opposer à ma gloire Le pouvoir que sur lui vous avez usurpé. D'un vrai mérite en vain j'eus peine à me défendre, En vain je l'écoutai sur la foi de l'amour, S'il triompha par là de ce coeur faible et tendre, Le noble et juste orgueil qui cherche à me le rendre, En doit triompher à son tour. Oui, pour en arracher cette estime enflammée Dont mon devoir trop tard se sentit alarmer, Il suffit de l'affront de n'être point aimée À qui sur cet espoir s'était permis d'aimer. Vois donc avec mépris tout ce qu'eut d'estimable Ce prince qui sur toi prenait trop de pouvoir ; Mais d'un pareil effort est-on sitôt capable, Et pour cesser d'aimer ce que l'on trouve aimable, Hélas ! N'a-t-on qu'à le vouloir ? Je sais que le dépit qu'un autre Objet l'emporte Semble jusqu'à la haine attirer tous nos soins, Qu'à nos yeux la plus rude à peine est assez forte ; Mais pour vouloir haïr on n'en aime pas moins. L'ardeur de se venger par là de ce qu'on aime Hausse le prix d'un coeur vainement attaqué, Et sentir dans ce trouble une colère extrême C'est moins le dédaigner, que venger sur soi-même La honte de l'avoir manqué. Ainsi ne prétends point avoir éteint ta flamme Par ce brûlant courroux qui te défend d'aimer, Le vif ressentissement qui l'étouffe en ton âme Ne fait que l'assoupir pour mieux se rallumer . La seule indifférence est la marque certaine D'un coeur que la raison ou soulage, ou guérit, Et loin que les transports de colère et de haine De ce coeur indigné puissent calmer la peine, C'est de quoi l'amour se nourrit. Cependant quand l'Hymen étonne ta constance, Que ta lâche vertu frémit de ton devoir, T'oseras-tu vanter de cette indifférence Qui fait seule acquérir ce que tu crois vouloir ? T'apprend-elle à céder à l'oubli nécessaire De tant de voeux secrets que tu te crus permis, Et dans l'instant fatal qu'un destin trop sévère T'avertit que demain tu dois ton coeur au père, Peux-tu ne point songer au fils ? Dures extrémités où l'âme partagée...

SCÈNE II. Stratonice, Phénice.

SCÈNE III. Stratonice, Tigrane.

STRATONICE

Si le Prince ...

SCÈNE IV. Stratonice, Antiochus.

STRATONICE

Moi, Prince ?

SCÈNE V. Antiochus, Arsinoé.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Seleucus, Arsinoé.

SELEUCUS

Il aime...

SCÈNE II.

SELEUCUS

Ah, pour ne point douter de son indigne flamme Il suffit du désordre où se plonge mon âme, Et la tremblante horreur sous qui mon coeur gémit, Sans qu'on m'explique rien, ne m'en a que trop dit. Et bien, Roi malheureux, qu'un excès de tendresse Dans le sort de ton fils en aveugle intéresse La cause de ses maux te rendait inquiet, Tu la voulais savoir, te voilà satisfait. Un feu pareil au tien l'attache à Stratonice, Ton bonheur fait sa mort, le sien fait ton supplice, Et quoi que sa vertu triomphe du désir, Il meurt si tu ne meurs, c'est à toi de choisir. Quoi ? Le flatteur appas de ce feu téméraire Lui peut-il donner droit d'être Rival d'un père, Et voyant à quel point on m'avait su charmer, N'a-t-il pas dû, l'ingrat, se défendre d'aimer, De ses voeux par respect arrêter l'injustice ? Mais si son devoir cède, il cède à Stratonice, Et quelque effort qu'il fît pour se faire écouter, Qui la voit et l'admire a-t-il à consulter ? Non, non, il faut qu'il aime, et si tu tiens à crime Qu'un fils n'ait point borné cet amour à l'estime, Songe à tant de beautés dont les charmes pressants Pour t'enflammer sur l'heure éblouirent tes sens, Songe à ce noble amas de vertus et de grâces Qui sut de tes vieux ans fondre soudain les glaces. Ce fils pour adorer ce qui surprit ta foi N'avait-il pas un coeur et des yeux comme toi ? Mais pourquoi rappeler dans mon âme insensée Le pénétrant appas des traits qui l'ont blessée ? Pour soutenir tes voeux par les siens traversez Crains-tu, lâche, crains-tu de n'aimer point assez ? Songe, songe plutôt que sous le poids de l'âge L'amour ne peut offrir qu'un ridicule hommage, Et que sous le silence un fils prêt d'expirer T'apprend à la raison comme il faut déférer. Ô combat, dont le trouble oppose dans mon âme L'Objet de ma tendresse à celui de ma flamme ! De mon coeur l'un et l'autre attire tous les voeux, Et sans être à pas un il est à tout les deux. S'il ose consentir que l'Amour s'en assure, C'est un triomphe amer dont tremble la Nature, Et quand vers la Nature il a quelque retour, C'est un triomphe affreux qui fait trembler l'Amour. Mais d'où vient qu'à l'espoir cet amour se refuse ? Arsinoé peut-être ou s'abuse ou t'abuse. Éclaircis toi d'un mal qu'elle aime à découvrir ; Mais quand tu l'auras su, le voudras-tu guérir ? Dure nécessité d'une âme combattue ! Je veux croire ma gloire, et ma gloire me tue, Et mon coeur que toujours trop de tendresse émeut Voulant tout ce qu'il doit n'ose voir ce qu'il veut, Pour conserver mon fils il faut perdre la Reine, Il faut ... mais le voici que son chagrin amène. Dieux, qui voyez le trouble où je suis abîmé, Ne se pourrait-il point qu'il n'eût jamais aimé ?

SCÈNE III. Seleucus, Antiochus.

ANTIOCHUS

Seigneur.

SCÈNE IV. Seleucus, Stratonice, Antiochus, Tigrane, Phénice, suite.

TIGRANE

Seigneur...

SCÈNE V. Seleucus, Stratonice, Antiochus, Arsinoé, Tigrane, Phénice, Barsine, Suite.

1 709 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica