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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Le Charme de la Voix

Thomas Corneille· créée en 1653, imprimée en 1658· 5 actes· 1 881 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois en 1653.

Personnages

  • LE DUC, de Milan
  • LA DUCHESSE, de Parme
  • FEDERIC, Gouverneur du Duc
  • CARLOS, Fils de Federic
  • FENISE, Fille de Federic
  • LAURE, Confidente de Fenise
  • FABRICE, Bouffon du Duc
  • CAMILLE, Suivant de Carlos
Monsieur,

[destinataire non indiqué]

Je n'appellerai point du jugement du public sur cette Comédie, pour tâcher à vous faire estimer davantage le présent que je vous en fais. Il peut se laisser surprendre dans les approbations qu'il donne, et ces tumultueux applaudissements qu'une première émotion lui fait quelquefois accorder d'abord à ce qu'il n'a pas bien examiné, ne sont pas toujours d'infaillibles garants de la véritable beauté de nos poèmes ; mais il arrive rarement qu'il condamne ce qui mérite d'être approuvé, et puis qu'il s'est déclaré contre celui-ci, je dois être persuadé qu'il a eu raison de le faire. On m'accusera sans doute d'une franchise peu judicieuse d'en demeurer d'accord avec vous, lors que je prends la liberté de vous l'offrir, et j'aurais lieu d'appréhender que vous n'entrassiez dans ce sentiment, si je n'étais assuré que vous ne m'imputerez pas ce qu'il a de plus défectueux, et que séparant ce que vous y connaîtrez de moi d'avec ce qui n'en n'est pas, vous serez assez équitable, pour trouver de l'injustice à me vouloir faire répondre des fautes d'autrui. J'ai rendu si religieusement jusqu'ici ce que j'ai cru devoir aux Auteurs Espagnols qui m'ont servi de guides dans les sujets Comiques qui ont paru de moi sur la scène avec quelque succès, qu'on ne doit pas trouver étrange, si leur en ayant fait partager la gloire, je refuse de me charger de toute la honte qui a suivi le malheur de ce dernier, puisqu'en effet j'eusse peut-être moins failli, si je ne me fusse pas attaché si étroitement à la conduite de D. Augustin Moreto, qui l'a traité dans sa langue, sous le titre de « Lo que puede la apprehension ». Si vous voulez vous souvenir de la lecture que nous fîmes ensemble de cet original, avant que j'en commençasse la copie, vous vous souviendrez en même temps que j'en combattis opiniâtrement tous les caractères, et soutins que quelque soin que l'on apportât à les justifier pour le faire paraître avec quelque grâce sur nôtre théâtre, il serait impossible d'en venir à bout, sans faire voir toujours ceux qui sont intéressez dans cette intrigue plus capricieux que raisonnables ; néanmoins cet excellent ami qui me portait à ce dessein, appuya si fortement devant vous le conseil qu'il m'avait enfants donné d'y travailler, que vous vous en laissâtes vous-même persuader,et crûtes que puisque la bizarrerie des motifs, qui font agir tous les personnages de cette Comédie, avait été reçue en Espagne avec acclamation, il y avait lieu d'espérer, que pour peu que j'employasse d'adresse à les rendre plus justes, ils ne déplairaient pas en France. Il n'en fallut point davantage pour me forcer à me rendre, je ne voulus plus opposer que le goût des deux Nations est fort différent, que ces entretiens de valet, de bouffons avec des princesses et des souverains, que l'une souffre toujours avec plaisir dans les actions les plus sérieuses, ne sont jamais supportables à l'autre, dans les moins importantes, et que les plus ingénieuses nouveautés deviennent rarement capables de nous divertir quand elles semblent en quelque sorte opposées à la raison. L'événement a fait voir que je n'en avais pas mal jugé, je ne saurais toutefois me repentir entièrement de m'être exposé à cette petite disgrâce contre mes sentiments, puis qu'elle vous doit convaincre de la déférence que j'ai pour les vôtres, et de la passion avec laquelle je suis, MONSIEUR,

Votre très humble serviteur,

T. CORNEILLE

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Fenise, Laure.

LAURE

Vous ?

SCÈNE II. Federic, Fenise, Laure.

SCÈNE III. Le Duc, Federic, Fabrice.

SCÈNE IV. Le Duc, Fabrice.

FABRICE

Vous en croyez l'amour, et cela sur sa foi ? Mais s'il fallait qu'enfin cette rare personne Eut le nez perroquet ou la face guenonne ?

Guenon : Petit singe femelle que les dames de qualité prennent plaisir de nourrir. On appelle aussi guenon, une femme vieille, ou laide, quand on veut lui dire quelque injure. Il est bas. [F]

SCÈNE V. Le Duc, Carlos, Fabrice, Camille.

SCÈNE VI. Carlos, Camille, Fabrice.

FABRICE

C'est assez.

SCÈNE VII. Carlos, Camille.

CARLOS

Mille pensers divers me tiennent divisé. Qui le devinerait ?

Penser : Faire une action de l'esprit, de l'imagination, de la mémoire. [F] Au XVIIème, mot masculin pour « pensée ».

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Le Duc, Fabrice.

SCÈNE II. Le Duc, Fénise, Laure, Fabrice.

FENISE, à Laure

As-tu remis ce luth ?

LE DUC, à Fenise

Enfin, je puis, Madame ?

FABRICE, au Duc

Couchez vite de flamme.

FABRICE, au Duc

Ma foi, nous allions mal adresser nos fleurettes.

Fleurette : Se dit au figuré de petits ornements de langage, ou de galanteries, et de termes doucereux dont on se sert ordinairement pour cajoler les femmes. [F]

LE DUC, à Fenise

Vous êtes donc la Dame ?

SCÈNE III. Fénise, Laure.

SCÈNE IV. Fénise, Laure, Camille.

SCÈNE V. Carlos, Fénise, Laure, Camille.

SCÈNE VI. Fédéric, Caarlos, Fenise, Laure, Camille.

SCÈNE VII. Federic, Carlos, Camille.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. La Duchesse, Fenise, Laure.

LA DUCHESSE

On publie en effet que c'est une merveille, Et j'ai su de Carlos, lui qui ne farde rien ?

Farder : Appliquer du fard. Signife aussi, employer de l'artifice pour faire paraître une chose plus belle qu'elle n'est. [F]

LAURE, rentrant

Le Duc, Madame ?

LA DUCHESSE

Et bien ?

FENISE

Le Duc ?

SCÈNE II. Le Duc, La Duchesse, Fenise, Laure,Fabrice.

FENISE, à la Duchesse

Il ne s'avance point.

FABRICE

Ah j'enrage, Elles sont toutes d'eux d'accord du filoutage.

Filoutage : Habitude de filou ; métier de filou (voleur). [L]

LAURE, à Fenise

Cela va bien pour vous.

FABRICE

Et même ?

SCÈNE III. Le Duc, Fenise, Laure, Fabrice.

LE DUC

Tu vois.

SCÈNE IV. Le Duc, Fabrice.

FABRICE

Vous aurez un amour bien sujet au caterre, Il ne faut qu'une toux, un rhume, adieu la voix, C'est-à-dire, à l'amour adieu pour quelques mois. Mais voici Federic.

Caterre : Fluxion et distillation d'humeurs sur le visage, sur la gorge, ou sur autre partie du corps. Les caterres proviennent ordinairement de chaleur ou de froideur excessives, ou de la repletion du cerveau, et de la debilité de la partie recevante. [F]

SCÈNE V. Le Duc, Federic, Fabrice.

SCÈNE VI. Le Duc, Fabrice.

SCÈNE VII. Le Duc, Carlos, Fabrice, Camille.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Federic, Fenise, Laure.

SCÈNE II. Fenise, Laure.

SCÈNE III. Fenise, Laure, Fabrice.

FABRICE

Moi-même.

SCÈNE IV. Fabrice, Laure.

SCÈNE V. Le Duc, La Duchesse, Laure, Fabrice.

SCÈNE VI. Le Duc, La Duchesse, Laure.

SCÈNE VII. Le Duc, La Duchesse, Carlos, Fabrice, Camille.

SCÈNE VIII. La Duchesse, Carlos, Camille.

SCÈNE IX. Carlos, Camille.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. La Duchesse, Fenise, Laure.

FENISE

Hélas !

SCÈNE II. Le Duc, La Duchesse, Fenice, Laure, Fabrice.

FENISE, à Laure

Dieux, quelle offre !

SCÈNE III. Le Duc, La Duchesse, Fabrice, Laure.

LE DUC

On entend quelques accords de luth.

Ce pouvoir ? Mais, ô Dieux ?

FABRICE, au Duc

Votre amour s'alarme ?

SCÈNE IV. Le Duc, Fabrice.

SCÈNE V. Le Duc, Fénice, Fabrice, Laure.

SCÈNE VI. Le Duc, Fabrice.

SCÈNE VII. Le Duc, Camille, Fabrice.

SCÈNE VIII. Le Duc, La Duchesse, Carlos, Fabrice.

SCÈNE IX. Le Duc, La Duchesse, Carlos, Fenise, Federic, Laure, Fabrice, Camille.

1 881 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0