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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Circé

Thomas Corneille· créée en 1677· 6 actes· 2 909 vers· 5 personnages

Représenté pour la première fois le 1er février 1677 au Théâtre Guénégaud.

Personnages

  • MARS
  • LA FORTUNE
  • LA RENOMMÉE
  • L'AMOUR
  • LA GLOIRE
ARGUMENT

Le Sujet de cette Pièce est tiré du 14 Livre des Métamorphoses d'Ovide. Glaucus de simple Pêcheur qu'il était, ayant été changé en Dieu marin, devint éperdument amoureux de Silla, Fille de Phorcus, et ne pouvant toucher son coeur, il alla implorer le secours de Circé, qui prit le parti pour elle, et employa tout le pouvoir de ses charmes pour s'en faire aimer.

Le dépit de n'avoir pu en venir à bout, porta si loin son ressentiment, que pour se venger, elle empoisonna une fontaine où Silla avait accoutumé de s'aller baigner. Cette malheureuse Nymphe ne s'y fut pas si tôt plongée, qu'elle vit naître des chiens, qui s'attachant à son corps, l'effrayèrent par leurs aboiements ; et l'horreur qu'elle eut d'elle-même dans ce déplorable état, fut si forte, qu'elle s'alla précipiter dans la mer, où elle fut changée en un rocher qui a conservé son nom, et contre qui les flots se brisant, imitent par le bruit qu'ils font les aboiements des chiens qui avaient fait son supplice.

Je n'ai rien ajouté à cette Fable, que Mélicerte aimé de Silla, et cette même Silla changée en Néréide après tous ses malheurs, pour avoir lieu de finir la pièce par un spectacle de réjouissance. Le succès en a été grand, et il ne s'en faut pas étonner, puisqu'on n'a rien vu jusqu'ici de si beau, ni de si surprenant, que les Machines qui en ont fait le principal ornement.

PROLOGUE

DÉCORATION DU PROLOGUE. La toile qui cache le théâtre étant levée, laisse paraître un temple de riche architecture, que la Gloire a fait élever pour le Roi. L'Ordre en est composite, avec plusieurs arcades et colonnes de jaspe d'orient, dont les bases et chapiteaux sont d'or, aussi bien que les modillons et les fleurs de lys qui sont les ornements des corniches et des frises. Le haut du Temple est fini par un Attique où se voit un buste de héros directement au-dessus de chaque milieu des chapiteaux. Les supports des colonnes sont des piédestaux qui représentent une partie des conquêtes du Roi, et les superbes bâtiments qui se sont faits, ou qui ont été embellis sous son Règne. Au-dessus de chaque piédestal, il y a différentes figures peintes en saillie et isolées, qui toutes ainsi que les bustes, représentent par leurs attributs, ou les vertus particulières que possède cet auguste monarque, ou les Arts qu'il prend soin de faire fleurir. L'effet que font ces Figures est d'autant plus beau, que se trouvant chacune entre deux colonnes, elles forment une juste symétrie, qui ne saurait être que très agréable à la vue. Vers le milieu du temple s'élève une manière d'arc triomphal, soutenu par huit colonnes d'ordre ionique, avec une espèce d'Attique au-dessus de la corniche, où le Roi est représenté. La Victoire et la Gloire sont à ses côtés, dont l'une lui présente une couronne, et l'autre une branche de laurier, le tout de marbre blanc. On voit dans le fond du temple un autel de marbre serpentin. Il est armé de colonnes, figures, festons de fleurs et trophées d'armes. Les yeux se sont à peine arrêtés sur toutes ces magnificences, qu'on découvre Mars dans un char orné de tout ce qui peut le faire connaître pour le Dieu qui préside aux combats. Il paraît au plus haut des nues, et s'abaissant vers le temple, il y voit arriver la Fortune portée sur un nuage qu'elle quitte au même temps que Mars descend de son char. Après avoir regardé ce temple avec des marques d'indignation et de surprise, Ils commentent le Prologue ensemble.

SCÈNE PREMIÈRE. Mars, La Fortune.

LA FORTUNE

La renommée arrive aussi ; Mais lorsque son emploi de tous côtés l'attire, D'où vient qu'elle s'arrête ici ?

L'Amour et la Renommée paraissent portés chacun sur un nuage.

SCÈNE II. Mars, La Fortune, La Renommée, L'Amour.

SCÈNE III. La Gloire, Mars, La Renommée, La Fortune, L'Amour.

L'AMOUR

La Gloire, à qui le Ciel toujours Donna les héros à défendre. De ce Temple où j'ai soin chaque jour de me rendre, Je viens d'entendre vos discours. En vain, Dieu des Guerriers, dont la fière puissance Vous fait redouter des mortels, Vous prétendez détruire les Autels Que j'ai fait élever au héros de la France. Il mérite encor plus, et n'est point comme vous Incessamment rempli d'un aveugle courroux. Lorsqu'il entreprend quelque guerre, C'est pour mieux maintenir de légitimes droits, Ou pour confondre ceux, qui méprisant les rois, Se veulent ériger en Titans de la Terre. Rendez-lui donc justice, et dans tous ses combats Vous-même accompagnez es pas. Ainsi de vos fureurs on ne pourra se plaindre, Et secondant LOUIS, qui par tout sait charmer, En même temps que vous vous ferez craindre, En même temps vous vous ferez aimer.

À la Fortune.

La Fortune, je le confesse, A sujet de se chagriner. Elle est d'un Sexe à voir avec quelque tristesse Que ses Adorateurs l'osent abandonner, Mais qu'elle se fasse justice. Ses bienfaits sont souvent suivis de trahison ; Elle ne fait jamais de bien que par caprice, Et le Dieu des Français n'en fait que par raison. Il récompense le mérite, Sans même qu'on l'en sollicite, Et pour se rétablir, la Fortune aujourd'hui Doit se ranger auprès de lui. On oubliera son inconstance, Et par un surprenant effet, On lui croira de la prudence, Et c'est ce qu'on n'a jamais fait.

À la Renommée.

Pour vous répondre aussi, Déesse, Le travail est pénible à remplir votre emploi ; Mais le charme qu'on trouve à parler d'un grand Roi, Ne demande-t-il pas qu'on en parle sans cesse ? Depuis que par l'ordre des Cieux Vous publiez les merveilles Et des hommes et des Dieux, En avez-vous jamais rencontré de pareilles, Ni de qui le récit vous fût si glorieux ? Quant aux Demi-Héros qui prennent pour offense, Que de leurs noms obscurs vous fassiez peu d'état, À quoi bon vous charger d'actions sans éclat, Dont jamais l'Avenir ne prendra connaissance ? Malgré le vain orgueil dont ils sont éblouis, Laissez-les dans la poussière, Et donnez-vous toute entière À publier des exploits inouïs. Dites plus que jamais cent Héros n'ont pu faire, Vous n'aurez qu'à nommer LOUIS, Et dans tout l'Univers on vous croira sincère.

À l'Amour.

Vous souffrez, je le connais bien, J'entre dans votre inquiétude. Demeurez sans pouvoir, est un destin bien rude, Et je plains fort l'Amour qui ne s'occupe à rien ; Mais venez voir LOUIS, et tâchez de lui plaire. Attachez-vous à le considérer, À voir sa gloire, à l'admirer, Et vous aurez assez à faire.

LA GLOIRE

Vous pouvez l'admirer ensemble, Il mérite bien vos regards. Mais il faut qu'en ce lieu j'assemble Les plaisirs et les plus beaux Arts. Par mon ordre ils s'en vont paraître, Et par leurs Chansons et leurs Jeux Marquer au plus grand Roi que le Ciel ait fait naître, Ce qu'ils doivent au soin qu'il daigne prendre d'eux.

Dans le temps que Mars et les autres Divinités qui ont paru dans le Prologue, s'avancent dans le temple, pour en mieux examiner les beautés, la Musique sort d'un des côtés du Théâtre, avec un Livre de Tablature à la main. Elle est suivie des Arts, tant Libéraux que Mécaniques, que sont l'Agriculture avec un habit couvert d'Épis d'or, et tenant une Bêche ; la Navigation, vêtue d'un Taffetas de la Chine, à la manière des Matelots ; l'orfèvrerie, chargée de Chaînes d'or et de pierreries ; la Peinture, tenant une Palette et un Pinceau ; la Guerre, une Épée ; la Géométrie, un Compas ; L'astrologie, un Globe ; la Sculpture, un Ciseau. La Comédie paraît de l'autre côté, tenant un Masque, et accompagnée des Plaisirs. La Chasse, qu'on met ensemble au nombre des Plaisirs et des Arts, se fait voir la première revêtue de vert et tenant un dard. La Mascarade la suit bizarrement habillée, avec un Cornet à la main. On voit ensuite la Pêche qui tient une Ligne ; La Paume, une Raquette ; le Jeu, des Cartes ; La Bonne chère, un Flacon d'Or ; et la Danse, une Poche. Après avoir par quelques figures, et par leurs différentes actions, donné des marques de ce qu'ils représentent, la Comédie et la Musique chantent ensemble le Dialogue suivant.

PROLOGUE de le MUSIQUE et de la COMÉDIE.

CEUX DES COMÉDIENS qui représentent une partie des ARTS et des PLAISIRS

Si tu nous veux souffrir, nous pourrons t'en prêter.

LA COMÉDIE et LA MUSIQUE ensemble

Unissons-nous pour célébrer sa gloire.

LA COMÉDIE et LA MUSIQUE avec un Art

Ils sont tels, que nos Neveux Refuseront de les croire.

LA COMÉDIE et LA MUSIQUE avec un des Arts

Ils sont tels, que nos Neveux Refusèrent de les croire.

ACTE I

DÉCORATION DU Ier ACTE. Le théâtre du Prologue fait place à une Décoration moins régulière, mais qui dans son irrégularité ne laisse pas d'avoir des beautés qui plaisent également à la vue. Elle représente une Plaine, où diverses Ruines marquent les restes de quelques Palais démolis, et le tout dans une si agréable variété, qu'elle n'a aucune partie qui ne fasse paraître quelque chose de différent. Au bout de cette plaine on découvre une Montagne d'une grandeur prodigieuse. Elle est fertile dans le bas en Plantes et Fleurs bâtardes ; et à mesure qu'elle s'élève, elle devient aride, formant des Rochers peu remplis de verdure, et entrecoupés de chemins. Le sommet laisse voir un Palais ruiné et désert, avec un grand Horizon tout autour, en sorte que la Montagne est isolée, et paraît naturelle aux yeux.

SCÈNE PREMIÈRE. Glaucus, Palémon.

SCÈNE II. Glaucus, Palémon, Célie, Mélisse.

SCÈNE III. Glaucus, Silla, Palémon, Célie, Mélisse.

SCÈNE IV. Palémon, Célie.

SCÈNE V. Florise, Dorine, Astérie.

SCÈNE VI. Florise, Dorine, Astérie, Trois Satyres.

3. SATYRE

J'en appelle.

1. SATYRE

D'accord.

SCÈNE VII. Florise, Dorine, Astérie, Trois Satyres, Deux autres Satyres qui surviennent.

1. SATYRE

Halte-là.

ASTÉRIE

Avec eux avant vous nos pactions sont faites ; Sous les lois de l'hymen ils nous donnent leur foi.

Paction : Convention, clause qu'on met dans quelque contract, ou traité. On fait serment dans les procurations ad resignandum, qu'il n'y est intervenu aucun dol, fraude, simonie, ou autre paction illicite. (Dict. Furetière)

SCÈNE VIII. Florise, Dorine, Astérie, Circé, Cinq Satyres.

5. SATYRE à Circé

Ma Reine, il se peut...

4. SATYRE

Tenons bon.

CIRCÉ

C'en est trop. Vous, Esprits invisibles, À qui je rends toutes choses possibles, Portez-les loin d'ici par le milieu des airs.

Les cinq Satyres sont enlevés, deux dans les deux côtés du théâtre, et les trois autres sur le cintre.

SCÈNE IX. Glaucus, Circé.

GLAUCUS

Est-il quelques périls dont l'amour s'intimide, Quand il est fort comme le mien ?

Glaucus entre dans le char de Circé, qui l'enlève par l'air avec elle dans son Palais.

ACTE II

DÉCORATION DU IIe ACTE. L'Art et la Nature ont également part à ce qui fait la décoration de cet acte. Cette grande montagne qui a paru dans le premier, s'abîme d'une manière aussi surprenante qu'elle s'était élevée, et laisse paraître en sa place un Jardin rempli de berceaux, de fontaines, de plantes, de fleurs, de vases, sur lesquels sont des Enfants montés sur des cygnes qui jettent de l'eau. On y voit encore d'autres vases de porcelaine, de terre ciselée, et de marbre blanc. Les ornements en sont d'or, et ces vases sont remplis d'orangers, d'arbres fruitiers, et de fleurs naturelles.

SCÈNE PREMIÈRE. Palémon, Florise, Dorine, Astérie.

SCÈNE II. Florise, Dorine, Astérie.

SCÈNE III. CIRCÉ, Florise, Dorine, Astérie.

SCÈNE IV. Circé, Mélicerte, Dorine.

MÉLICERTE

Madame...

SCÈNE V. Circé, Dorine.

SCÈNE VI. Glaucus, Circé, Palémon Dorine.

CIRCÉ

Je puis à ce Jardin ajouter des beautés Capables de toucher votre âme. Naissez, Berceaux, et par vos raretés Charmez si bien ses yeux, qu'il se plaise...

Un berceau s'élève tout_à_coup, soutenu par des statues de bronze qui le ferment, et en sont comme les supports. Il est embelli d'un bassin avec un jet d'eau ; et environné de plusieurs grenouilles, sur lesquelles il y a de petits enfants assis.

SCÈNE VII. Glaucus, Circé, Astérie, Palémon Dorine.

ASTÉRIE

Oui, Madame.

DIALOGUE de SYLVIE et de TIRCIS, qui se chante.

TOUS DEUX ensemble

Unissons nos soupirs.

TOUS DEUX, ensemble

Unissons nos soupirs.

SCÈNE VIII. Circé, Dorine.

ACTE III

DÉCORATION DU IIIe ACTE. Le magnifique Jardin qui a servi de Décoration à l'Acte précédent, fait place à un superbe Palais, dont l'Architecture est d'ordre Corinthien, avec les Frises et Corniches. Les Palastres sont de lapis veiné d'or. Une balustrade règne au-dessus en forme d'Attique. La masse du Palais est toute de marbre blanc, avec les chapiteaux des pilastres et les bases d'or. On voit sur des piédestaux qui sortent en saillie, des vases d'or, de lapis, et de marbre ; et au bout de ce Palais on découvre un Jardin, avec ses ornements d'Arbres, de Fleurs, de Jets d'eau, et de Fontaines.

SCÈNE PREMIÈRE. Mélicerte, Astérie.

SCÈNE II. Palémon, Astérie.

SCÈNE III. Circé, Dorine, Astérie.

SCÈNE IV. Circé, Dorine.

SCÈNE V. Circé, Florise, Dorine.

SCÈNE VI. Circé, Silla, Dorine.

SCÈNE VII. Glaucus, Circé, Silla, Palémon, Dorine.

GLAUCUS

Dorine.

SCÈNE VIII. Glaucus, Palémon.

GLAUCUS

Tu me verrais inquiété De voir agir la suprême Puissance, Si je n'avais quelque assurance D'avoir Divinité contre Divinité. Vénus hait le Soleil, et prendra ma défense. La voici qui paraît au milieu des Amours. Venez, et par vos chants rendez-la moi propice, Vous dont ici la voix m'est un charmant secours Pour adoucir l'ennui qui cause mon supplice.

Ici on voit descendre Vénus dans son Palais, dont l'Architecture est composée et ornée de quantité d'Amours qui soutiennent la Corniche. Ils sont de marbre blanc jusqu'au milieu du corps, dont le bas se forme en Fleurons d'or, et se termine en Consoles enrichies d'ornements aussi d'or. Ils portent sur leurs têtes des Paniers de Fleurs, d'où pendent de grands Festons qu'ils retiennent avec leurs mains, en sorte qu'ils retombent entre les feuillages de leurs queues, et font une chute sur la Console. Le piédestal se trouve directement dessous, orné de Panneaux d'azur veiné d'or. De grands Festons de fleurs tombent du milieu des frises, dans lesquelles d'espace en espace sont peints des coeurs percés de flèches, avec des carquois et d'autres ornements. L'Optique représente deux Amours de même symétrie que les autres avec un Berceau soutenu par quatre Amours en forme de Termes qui le supportent. Il est fait de Feuillages et de Jasmins, au milieu desquels on voit une Table de marbre blanc, remplie de Corbeilles de Fleurs, et de Vases. Tandis que Vénus descend dans ce magnifique Palais, On chante les Paroles suivantes.

CHANSON.

Viens, ô Mère d'Amour, viens recevoir nos veux, C'est toi qui nous fait vivre heureux, Par les biens qu'à chérir le bel âge convie. Tu disposes nos coeurs à se laisser charmer, Et sans le doux plaisir d'aimer, Est-il de beaux jours dans la vie ?

SCÈNE IX. Vénus sur le Globe environné d'Amours, Glaucus, Palémon.

ACTE IV

DÉCORATION DU IVe ACTE. >Cet Acte qui se passe dans le lieu le plus désert du Palais de Circé, n'a point d'autre décoration que de grands Arbres touffus, qui forment un bois dont l'épaisseur semble être impénétrable à la clarté du Soleil.

SCÈNE PREMIÈRE. Palémon, Astérie.

ASTÉRIE

L'automne est douce à qui s'empresse D'avoir des fruits mûrs à cueillir ; Mais quoi qu'exposer à faillir, Je tiens toujours pour la jeunesse.

Automne : est un mot masculin, ici licence poétique concernant le genre de la saison.

SCÈNE II. Mélicerte, Astérie.

SCÈNE III. Florise, Astérie.

ASTÉRIE

J'agis comme je parle, et jamais de finesse, C'est le moyen de marcher droit. Pour vous, qui n'avez point d'égale En vertueux tempérament, Et qui sur le moindre enjouement Me faites la Mercuriale, Dites-moi, de grâce, comment Vous vous trouvez dans ce lieu solitaire ; Car comme moi qui n'en fais point mystère, Vous n'y cherchez point un Amant ?

Mercuriale : assemblée qui se fait dans les Cours souveraines les premiers mercredis aprés l'ouverture des audiences de la Saint Martin et de Pâques, où le President exhorte les Conseillers à rendre exactement la justice, à observer les reglements, et fait quelquefois des remonstrances ou corrections à ceux qui ont manqué à leur devoir ; elles ont été établies par Edits des Rois Charles VIII, Louis XII et Henry III afin de s'informer si les ordonnances avaient esté gardées et observées. (Dict. Furetière)

SCÈNE IV. Circé, Silla, Florise, Astérie.

SCÈNE V. Circé, Dorine, Silla.

CIRCÉ

Dorine.

CIRCÉ

Quoi, Vous fuyez à les voir ? Que rien ne vous étonne, Je réponds de votre personne. Vous pouvez les souffrir sans en prendre d'effroi. Partez, et pour Silla faites ce que j'ordonne.

Quatre Esprits viennent enlever Silla ; et quand elle est au milieu de l'air, quatre Amours se détachent du haut du cintre, et après avoir combattu quelque temps les Esprits, ils l'arrachent de leurs mains, et l'emporte dans le palais de Vénus.

J'ai l'avantage au moins... Mais qu'est-ce que je vois ? Dorine, les Amours à mes projets s'opposent.

DORINE

Madame.

CIRCÉ

Tu le vois Avec quel prompt transport du noir séjour des Ombres Elles accourent à ma voix. Je triomphe, et leur vue en me tirant de peine, De cent plaisirs secrets me fait goûter l'appas. Contre un Ingrat il faut servir ma haine ; N'y consentez-vous pas ? C'est assez ; pour punir un lâche qui m'outrage, Je veux que dans son sein vous versiez à l'envi... Quoi, cet Amant si cher me sera donc ravi ? Cruelle, sais-tu bien ce qu'ordonne ta rage ? Tendresse indigne de Circé ! On me brave, et je crains d'en trop croire ma haine ? Allez, c'est... Qu'à nommer un Amant fait de peine, Quand après son nom prononcé On en voit la perte certaine ! Quelle indigne pitié tâche de m'arrêter ? Les Éléments à ma voix obéissent, La Lune en fuit d'effroi, les Enfers en frémissent, Et le coeur d'un mortel m'osera résister ? Partez, courez, volez. C'est le Prince de Thrace Qui s'est noirci vers moi de mille trahisons. Pour le punir de sa coupable audace, Répandez dans son coeur vos plus mortels poisons. Quoi, vous demeurer immobiles ? Je parle, et n'obtiens rien de vous ? Non, vous avez pour moi des craintes inutiles, L'Amour est étouffé, croyez-en mon courroux. Le Ciel pour me venger, vous défend de rien faire, Et vous m'abandonnez dans cet affreux revers ? Ah, refus qui me désespère ! Que ne peut ma fureur... Je m'égare, me perds. Donc, pour avoir raison d'un téméraire, Je ne trouve aujourd'hui qu'impuissance aux Enfers ? Hélas ! Fut-il jamais un sort plus déplorable ? Vous me plaignez ? Ah c'est trop m'outrager. Fuyez ; votre présence et me gêne et m'accable, Si vous ne pouvez me venger.

Les Furies disparaissent.

CIRCÉ

Quoi, le Soleil de qui j'ai reçu l'être, Lui voit chercher ma honte, et ne l'empêche pas ? Il peut souffrir... Mais le moment s'approche Où pour moi sa bonté va peut-être éclater. Je le vois, c'est lui-même, il le faut écouter.

Le Soleil parait dans son palais. Ce palais est d'or, composé avec des colonnes torses d'or poli, qui sont revêtues de branches de Laurier qui les environnent, de couleur naturelle. Les chapiteaux sont d'or fin ciselé, et les bases des colonnes de même matière, aussi bien que la frise et la corniche. Le corps du massif de ce palais est de pierres précieuses, et tous les piédestaux de marbre blanc, au milieu desquels on voit de gros Rubis. Les panneaux sont enrichis de veines d'or sur un fond de lapis. Au-dessus de la Corniche on voit, dans une espèce de petite Attique d'où naissent les cintres, des lires d'or, avec plusieurs ornements ; et dans le milieu des voûtes sont peints de grands Soleils d'or poli, avec quantités d'autres ornements. L'Optique de ce palais est toute transparente, et jette un éclat qui éblouit.

SCÈNE VI. Le Soleil dans son palais, Circé, Dorine.

SCÈNE VII. Circé, Dorine.

SCÈNE VIII. Glaucus, Circé, Dorine.

GLAUCUS

Madame.

SCÈNE IX. Glaucus, Circé, Palémon, Dorine.

GLAUCUS

Madame...

SCÈNE X. Circé, Dorine.

ACTE V

DÉCORATION DU Ve ACTE. Une longue Allée de Cyprès qui forment une Perspective très agréable à la vue, succède au Lieu désert qui a paru dans l'Acte précédent.

SCÈNE PREMIÈRE. Silla, Florise, Astérie

SCÈNE II. Silla, Mélicerte, Florise.

SCÈNE III. Silla, Mélicerte, Palémon, Astérie, Florise.

PALÉMON

Entre vous le débat. La question est délicate, Et c'est plus que vuider une affaire d'État.

Vuider : se dit figurément en choses morales, et signifie, Terminer, finir une affaire, un différend. Il est temps de vuider d'affaires, d'en sortir. (Dict. Furetière)

PALÉMON

Non.

PALÉMON

Adieu, je vais trouver mon Maître : Juge par là de ce qu'il est.

Palémon s'élève en l'air tout_à_coup, et s'envole.

SCÈNE IV. Dorine, Astérie, Florise.

DORINE

J'en tremble encor d'horreur. Par un supplice épouvantable Silla vient d'éprouver tout ce qu'en sa fureur L'Amour qu'on brave trop, a de plus redoutable. Glaucus dans le Jardin rendait grâce à Circé, D'avoir fait que pour lui Silla devînt sensible, Quand vers eux d'un pas empressé, Avecque cette Nymphe autrefois inflexible, Mélicerte s'est avancé. Sur Glaucus, dont Silla reçoit d'abord l'hommage, Il jette un regard furieux, Et tout rempli de la secrète rage De les voir à l'envi l'un et l'autre à ses yeux Se donner de leur flamme un tendre témoignage, Il s'emporte, il menace, il accuse les Dieux, Et demandant raison de cet outrage. Rejette sur Circé le changement fatal Qui fait triompher son rival. Circé ne fait sur lui qu'étendre sa baguette, Il devient Arbre au même instant. Dans le tronc qui l'enferme il murmure, on l'entend. Silla voit le prodige, et tremblante, inquiète, Semble prévoir le malheur qui l'attend. Circé, pour apaiser ce qu'elle prend d'alarmes, Lui fait connaître un Dieu caché dans son Amant, Et par un prompt éloignement ; La laisse en liberté de goûter tous les charmes, Que doit avoir pour elle un si doux changement. Témoin du tendre amour qui possédait leurs âmes, Des rigueurs de Circé je murmurais tout bas, De n'être favorable à de si belles flammes, Que pour livrer Glaucus à de plus durs combats, Quand tout_à_coup... Hélas ! Comment vous dire Ce que j'ai peine encor moi-même à concevoir ? Une Source s'élève, et l'eau qu'elle fait choir Ayant enveloppé Silla qui se retire, À Glaucus, comme à moi, la rend hideuse à voir, Ce n'est plus cette Nymphe aimable Sur qui le Ciel versa les plus riches trésors. Des Monstres par ce Charme attachés à son corps ; Font de leurs cris affreux un mélange effroyable, Dont l'horreur à Silla tient lieu de mille morts Elle s'en désespère, et sa disgrâce est telle, Qu'en vain Glaucus s'efforce à lui prêter secours ; Le Charme a commencé de faire effet sur elle, Il n'en peut plus rompre le cours. Il se plaint, il s'afflige, et si de sa vengeance Circé voulait le rendre elle-même témoin, Sans doute elle aurait peine en ce pressant besoin À ne pas... Mais vers nous je la vois qui s'avance.

SCÈNE V. Circé, Dorine.

SCÈNE VI. Glaucus, Circé, Dorine.

SCÈNE VII. Glaucus, Palémon, Circé, Dorine.

SCÈNE VIII. Glaucus, Palémon.

SCÈNE IX. Neptune sur les flots, Glaucus.

GLAUCUS

Ah, je n'en doute point, le Ciel sera pour moi. J'en vois la marque, il s'ouvre, et Jupiter lui-même Va prononcer l'arrêt suprême, Qui rendra justice à ma foi.

On voit ici paraître Jupiter dans son palais, qui est d'une architecture composée. Elle forme de grands piédestaux, sur lesquels sont en saillie des Aigles tout rehaussés d'or fin, qui supportent une Corniche solide, dans la frise de laquelle sont peintes des pommes de pin d'or ciselé. Au-dessus de la corniche se forment des cintres surbaissés, enrichis de quantités d'ornements, avec des festons d'or qui pendent au-dessous des cintres, et s'attachent au milieu et aux angles. Toute la masse du palais est peinte de deux manières différentes, aussi bien que les corniches et les piédestaux : l'une est de porphyre, et l'autre de lapis. Au milieu des piédestaux sont de gros festons de feuilles de chêne d'or ciselé. On voit dans le fond du palais un tronc tout d'or, et orné de pierres précieuses.

SCÈNE X. Jupiter dans son Palais, Neptune sur les flots, Glaucus.

SCÈNE XI. Neptune, Glaucus, Silla.

NEPTUNE

Ils connaissent ton coeur, C'est assez, va, prends place auprès de Galatée, Tandis que pour te faire honneur, Les Nymphes et les Dieux des Campagnes prochaines Te viendront applaudir sur la fin de tes peines. Avancez, Faunes et Sylvains, Et par quelque brillant spectacle, De ce jour fortuné célébrant le miracle, Honorez du Destin les Décrets Souverains.

Les faunes, les sylvains, les dryades, et les autres divinités champêtres, se mêlent ensemble par différentes figures qui sont accompagnées des chansons suivantes, dont la première fait voir, par l'exemple de Glaucus, que la froideur des eaux est un vain obstacle contre les feux de l'amour.

CHOEUR DE DIVINITÉS

Les Plaisirs sont de tous les âges, Les plaisirs sont de toutes les saisons. Pour les rendre permis, on sait que les plus sages Ont souvent trouvé des raisons. Rions, chantons, Folâtrons, sautons. Les plaisirs sont de tous les âges, Les plaisirs sont de toutes les saisons.

Ce choeur étant fini, les faunes et les sylvains témoignent leur joie par des sauts surprenants ; et les divinités de la mer, accompagnées de plusieurs fleuves,donnent pareillement des marques de leur allégresse par plusieurs figures extraordinaires ;ce qu'ils font à différentes reprises,et même après les deux premiers couplets de la chanson suivante.

2 909 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica