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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Le Comte d'Essex

Thomas Corneille· créée en 1678· 5 actes· 1 600 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois le 7 janvier 1678 au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • ÉLISABETH, Reine d'Angleterre
  • LA DUCHESSE D'IRTON, aimée du Comte d'Essex
  • LE COMTE D'ESSEX
  • CÉCILE, ennemi du Comte d'Essex
  • LE COMTE DE SALSBURY, ami du Comte d'Essex
  • TILNEY, confidente d'Élisabeth
  • CROMMER, capitaine des Gardes de la Reine
  • SUITE
AU LECTEUR

Il y a trente ou quarante ans que feu Monsieur de la Calprenède traita le Sujet du Comte d'Essex, et le traita avec beaucoup de succès. Ce que je me suis hasardé à faire après lui, semble n'avoir point déplu, et la matière est si heureuse par la pitié qui en est inséparable, qu'elle n'a pas laissé examiner mes fautes avec toute la sévérité que j'avais à craindre. Il est certain que le Comte d'Essex eut une grande part aux bonnes grâces d'Élisabeth. Il était naturellement ambitieux. Les services qu'il avait rendus à l'Angleterre, lui enflèrent le courage. Ses Ennemis l'accusèrent d'intelligence avec le comte de Tyron, que les Rebelles d'Irlande avaient pris pour Chef. Les soupçons qu'on en eut, lui firent ôter le Commandement de l'Armée. Ce changement le piqua. Il vint à Londres, révolta le peuple, fut pris, condamné, et ayant toujours refusé de demander grâce, il eut la tête coupée le 25 février 1601. Voilà ce que l'histoire m'a fourni. J'ai été surpris qu'on m'ait imputé de l'avoir falsifiée, parce que je ne me suis pas servi de l'incident d'une Bague qu'on prétend que la Reine avait donnée au Comte d'Essex pour gage d'un pardon certain, quelque crime qu'il pût jamais commettre contre l'État, mais je suis persuadé que cette Bague est de l'invention de Monsieur de la Calprenède, du moins je n'en ai rien lu dans aucun Historien. Camdenus qui a fait un gros Volume de la seule Vie d'Élisabeth, n'en parle point, et c'est une particularité que je me serais cru en pouvoir de supprimer, quand même je l'aurais trouvée dans son Histoire.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Le Comte d'Essex, Salsbury.

SCÈNE II. La Duchesse, Le Comte.

LA DUCHESSE

J'ai causé vos malheurs, et le trouble où vous êtes M'apprend de mon hymen les plaintes que vous faites ; Je me les fait pour vous, vous m'aimiez, et jamais Un si beau feu n'eut droit de remplir mes souhaits. Tout ce que peut l'amour avoir de fort, de tendre, Je l'ai vu dans les soins qu'il vous a fait me rendre. Votre coeur tout à moi méritait que le mien Du plaisir d'être à vous fît son unique bien C'est à quoi son penchant l'aurait porté sans peine ; Mais vous vous êtes fait trop aimer de la Reine, Tant de biens répandus sur vous jusqu'à ce jour, Payant ce qu'on vous doit, déclarent son amour. Cet amour est jaloux ; qui le blesse est coupable. C'est un crime qui rend sa perte inévitable, La vôtre aurait suivi ; trop aveugle pour moi, Du précipice ouvert vous n'aviez point d'effroi. Il a fallu prêter une aide à la faiblesse Qui de vos sens charmés se rendait la maîtresse. Tant que vous m'eussiez vue en pouvoir d'être à vous, Vous auriez dédaigné ce qu'eût pu son courroux. Mille Ennemis secrets qui cherchent à vous nuire, Attaquant votre gloire, auraient pu vous détruire, Et d'un crime d'amour leur indigne attentat Vous eût dans son esprit fait un crime d'État. Pour ôter contre vous tout prétexte à l'Envie, J'ai dû vous immoler le repos de ma vie. À votre sûreté mon hymen importait, Il fallait vous trahir, mon coeur y résistait ; J'ai déchiré ce coeur afin de l'y contraindre. Plaignez-vous là-dessus, si vous osez vous plaindre.

LA DUCHESSE

Ah Comte, plût au Ciel, pour finir mon supplice, Qu'un semblable reproche eût un peu de justice ! Je ne sentirais pas avec tant de rigueur Tout mon repos céder aux troubles de mon coeur. Pour vous au plus haut point ma flamme était montée. Je n'en dois point rougir, vous l'aviez méritée, Et le Comte_d'Essex est si grand, si renommé, M'aimant avec excès, pouvait bien être aimé. C'est dire peu, j'ai beau n'être plus à moi-même, Avec la même ardeur je sens que je vous aime, Et que le changement où m'engage un Époux, Malgré ce que je dois, ne peut rien contre vous. Jugez combien mon sort est plus dur que le vôtre. Vous n'êtes point forcé de brûler pour une autre, Et quand vous me perdez, si c'est perdre un grand bien, Du moins, en m'oubliant, vous pouvez n'aimer rien ; Mais c'est peu que mon coeur dans ma disgrâce extrême, Pour suivre son devoir, s'arrache à ce qu'il aime, Il faut, par un effort pire que le trépas, Qu'il tâche à se donner à ce qu'il n'aime pas. Si la nécessité de vaincre pour ma gloire Vous fait voir quels combats doit coûter la victoire, Si vous en concevez la fatale rigueur, Ne m'ôtez pas le fruit des peines de mon coeur. C'est pour vous conserver les bontés de la Reine, Que j'ai voulu me rendre à moi-même inhumaine. De son amour pour vous elle m'a fait témoin, Ménagez-en l'appui, vous en avez besoin. Pour noircir, abaisser vos plus rares services, Aux traits de l'imposture on joint mille artifices, Et l'honneur vous engage à ne rien oublier Pour repousser l'outrage, et vous justifier.

SCÈNE III. Le Comte d'Essex, Cecile.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Élisabeth, Tilney.

SCÈNE II. Élisabeth, La Duchesse, Tilney.

SCÈNE III. Élisabeth, La Duchesse, Cecile, Tilney.

LA DUCHESSE

Vous.

SCÈNE IV. Élisabeth, La Duchesse, Tilney.

SCÈNE V. Élisabeth, Le Comte d'Essex, La Duchesse, Tilney.

ÉLISABETH

Et n'as-tu, perfide, armant la Populace, Essayé, mais en vain, de te mettre à ma place ? Mon palais investi ne te convainc-t-il pas Du plus grand, du plus noir de tous les attentats ? Mais dis-moi, car enfin le courroux qui m'anime Ne peut faire céder ma tendresse à ton crime, Et si par sa noirceur je tâche à t'étonner, Je ne te la fais voir que pour te pardonner. Pourquoi vouloir ma perte, et qu'avait fait ta Reine Qui dût à sa ruine intéresser ta haine ? Peut-être ai-je pour toi montré quelque rigueur, Lorsque j'ai mis obstacle au penchant de ton coeur. Suffole t'avait charmé ; mais si tu peux te plaindre, Qu'apprenant cet amour j'ai tâché de l'éteindre, Songe à quel prix, ingrat, et par combien d'honneurs, Mon estime a sur toi répandu mes faveurs. C'est peu dire qu'estime, et tu l'as pu connaître. Un sentiment plus fort de mon coeur fut le maître. Tant de Princes, de Rois, de Héros méprisés, Pour qui, cruel, pour qui les ai-je refusés ? Leur hymen eût sans doute acquis à mon Empire Ce comble de puissance où l'on sait que j'aspire ; Mais quoi qu'il m'assurât, ce qui m'ôtait à toi Ne pouvait rien avoir de sensible pour moi. Ton coeur, dont je tenais la conquête si chère, Était l'unique bien capable de me plaire ? Et si l'orgueil du Trône eût pu me le souffrir, Je t'eusse offert ma main afin de l'acquérir. Espère, et tâche à vaincre un scrupule de gloire, Qui combattant mes voeux, s'oppose à ta victoire. Mérite par tes soins que mon coeur adouci Consente à n'en plus croire un importun souci. Fais qu'à ma passion je m'abandonne entière, Que cette Élisabeth si hautaine, si fière, Elle à qui l'Univers ne saurait reprocher Qu'on ait vu son orgueil jamais se relâcher, Cesse enfin, pour te mettre où son amour t'appelle De croire qu'un Sujet ne soit pas digne d'elle. Quelquefois à céder ma fierté se résout. Que sais-tu si le temps n'en viendra pas à bout ? Que sais-tu...

SCÈNE VI. La Duchesse, Le Comte.

SCÈNE VII. Le Comte, Crommer, Suite.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Élisabeth, Cecile, Tilney.

SCÈNE II. Élisabeth, Tilney.

SCÈNE III. Élisabeth, Le Comte de Salsbury.

SCÈNE IV. Élisabeth, La Duchesse.

LA DUCHESSE

Si par là seulement vous croyez le toucher, Apprenez un secret qu'il ne faut plus cacher. De l'amour de Suffole vainement alarmée, Vous la punîtes trop, il ne l'a point aimée. C'est moi seule, ce sont mes criminels appas, Qui surprirent son coeur que je n'attaquais pas. Par devoir, par respect, j'eus beau vouloir éteindre Un feu dont vous deviez avoir tant à vous plaindre. Confuse de ses voeux, j'eus beau lui résister, Comme l'amour se flatte, il voulut se flatter. Il crut que sa pitié pourrait tout sur votre âme, Que le temps vous rendrait favorable à sa flamme, Et quoi qu'enfin pour lui Suffole fût sans appas, Il feignit de l'aimer pour ne m'exposer pas. Son exil étonna son amour téméraire ; Mais si mon intérêt le força de se taire, Son coeur dont la contrainte irritait les désirs, Ne m'en donna pas moins ses plus ardents soupirs, Par moi qui l'usurpai vous en fûtes bannie ; Je vous nuisis, Madame, et je m'en suis punie. Pour vous rendre les voeux que j'osais détourner, On demanda ma main, je voulus la donner. Éloigné de la Cour, il sut cette nouvelle. Il revient furieux, rend le Peuple rebelle, S'en va suivre au Palais dans le moment fatal Que l'hymen me livrait au pouvoir d'un Rival. Il venait l'empêcher, et c'est ce qu'il vous cache. Voilà par où le crime à sa gloire s'attache. On traite de révolte un fier emportement, Pardonnable peut-être aux ennuis d'un amant. S'il semble un attentat, s'il en a l'apparence, L'aveu que je vous fais prouve son innocence. Enfin, Madame, enfin par tout ce qui jamais Pût surprendre, toucher, enflammer vos souhaits, Par les plus tendre voeux dont vous fûtes capable, Par lui-même, pour vous l'objet le plus aimable, Sur des Témoins suspects qui n'ont pu l'étonner, Ses Juges à la mort l'ont osé condamner ; Accordez-moi ses jours pour prix du sacrifice Qui m'arrachant à lui vous a rendu justice. Mon coeur en souffre assez pour mériter de vous Contre un si cher coupable un peu moins de courroux.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Le Comte d'Essex, Tilney.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Le Comte, Salsbury.

SCÈNE IV. Salsbury, Le Comte, La Duchesse.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Élisabeth, Tilney.

SCÈNE II. Élisabeth, Tilney, La Duchesse.

ÉLISABETH

Au supplice ?

SCÈNE III. Élisabeth, La Duchesse, Cecile.

SCÈNE IV. Élisabeth, La Duchesse.

SCÈNE V. Élisabeth, La Duchesse, Tilney.

TILNEY

Madame...

SCÈNE VI. Élisabeth, Salsbury, Tilney.

1 600 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica