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un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Les Illustres Ennemis

Thomas Corneille· créée en 1655, imprimée en 1657· 5 actes· 1 987 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois en 1655 au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • DON LOPE de Guzman, amant de Jacinte
  • ENRIQUE, frère de Don Lope
  • ALONSE DE ROXAS, ami de Don Lope et d'Enrique
  • DON SANCHE, père de Don Alvar et de Jacinte
  • DON ALVAR, amant de Cassandre
  • DON RAMIRE, ami de Don Sanche
  • DON LOUIS, Prévôt
  • CASSANDRE, soeur de Don Lope
  • JACINTE, fille de Don Sanche
  • BLANCHE, suivante de Jacinte
  • FLORE, suivante de Cassandre
MADAME,

À MADAME LA COMTESSE DE FIESQUE.

L'approbation dont il vous a plu vous montrer si libérale envers ce poème, m'est trop glorieuse pour la tenir plus longtemps secrète, et j'ose rendre public le remerciement que je vous en dois, afin d'apprendre au public que vous me l'avez donnée. Ainsi je satisfais tout ensemble mon devoir et ma vanité, et je souhaiterais pouvoir faire connaître à toute la terre combien je vous suis redevable, afin que toute la terre connut combien vous m'avez estimé. Cet effet de l'amour propre ne vous surprendra pas, vous savez trop qu'il est naturel à tous ceux qui se mêlent d'écrire, je tâche à me purger du reste de leurs défauts, mais je ne saurais me défendre de celui-ci, ni m'empêcher de vous dire que j'ai toujours dans l'esprit les douces idées de l'heureuse représentation de cet ouvrage qui fut faite il y a quelque temps en votre présence, que je revois à tous moments cette obligeante attention que vous lui prêtâtes, et que je prends plaisir sans cesse à me souvenir des applaudissements dont vous daignâtes l'honorer, et des témoignages avantageux que vous lui rendîtes. Après cela, MADAME, je ne puis que je n'aie quelque bonne opinion de moi-même ; y résister opiniâtrement, ce serait vous accuser d'injustice, et c'est ce que toute la France n'oserait faire, puis qu'il est certain que votre suffrage y sert de règle à celui des plus honnêtes gens de la Cour, que c'est trouver le bel art de leur plaire que de vous avoir plu, et que l'envie n'ayant osé jusqu'ici vous disputer le privilège de prononcer souverainement sur les plus belles choses, la moindre répugnance à s'attacher au jugement que vous en faites, passe auprès d'eux pour une marque infaillible d'une connaissance mal éclairée.

Celui que vous avez rendu depuis peu en ma faveur, a sans doute été au de-là de mes plus flatteuses espérances ; et toutefois, MADAME, il faut que j'avoue qu'il ne suffit point à cette insatiable soif de gloire où vous m'avez enhardi. Ce n'est pas que je n'envoie ces ILLUSTRES ENNEMIS vous faire hommage jusques dans votre cabinet, qu'afin qu'ils reçoivent de vous à la lecture, ce qu'ils en ont déjà reçu durant le récit. Je n'ose douter que je n'obtienne aisément cette demande, puisque c'est vous demander seulement que vous soyez toujours vous-même. Je dois savoir que le faux éclat de la représentation n'a point encore eu le pouvoir de vous éblouir, et que comme parmi toute sa pompe, les véritables défauts de nos plus brillantes productions n'échappent jamais aux lumières pénétrantes de votre discernement, leurs véritables beautés ne perdent rien auprès de vous pour être dénuées de ce dehors fastueux dont les revêtent nos théâtres. Je ne parle point de tant d'autres belles qualités, qu'il semble que le Ciel se soit plu assembler en votre personne, il me suffit d'en admirer la merveilleuse union, et d'être assuré que l'on imputera plutôt mon silence à mon respect, qu'à la crainte de me faire soupçonner de ces déguisements artificieux, qui pour élever trop haut ceux que l'on entreprend de louer, les font souvent perdre de vue, et qui les cachent si bien sous les apparences trompeuses de quelques vertus empruntées, qu'il est presque impossible de les reconnaître. Ce genre de flatterie, dont la plus vaste ambition se laisse quelquefois chatouiller, n'aura jamais de part aux éloges que vous avez droit de prétendre ; pour rien appréhender de ses industrieux mensonges, vous donnez matière à trop de glorieuses vérités, et il sera toujours plus difficile d'exprimer parfaitement tout ce que vous êtes, que de faire paraître avec adresse ce que les autres ne sont pas. Aussi, MADAME, n'ai-je pas la témérité de m'engager à une entreprise où les plus délicates plumes auraient peine à réussir, elle vous serait trop injurieuse, et je croirais me rendre peu digne de la protection dont je prends la liberté de vous importuner pour ce poème que je vous présente. Vous avez toujours témoigné tant de bonté pour moi, que j'ose me promettre que vous ne la lui refuserez pas, et que vous souffrirez qu'en vous présentant, je prenne l'occasion de vous rendre de très humbles grâces, non seulement pour les faveurs que vous lui avez prodiguées, mais pour celles que vous avez répandues sur ceux de ma façon qui l'ont précédé. Comme les sentiments d'estime que vous en avez laissé paraître en ont fait tout le succès, il y aurait de l'ingratitude à ne pas confesser que je vous en dois toute la gloire, et que l'ambitieuse ardeur de les mériter a plus contribué à donner de nouvelles forces à mon faible génie, que n'auraient fait les soins assidus de l'étude la plus sérieuse. Cette obligation que je vous ai, me paraît trop pressante pour différer davantage l'aveu public que je vous en fais.

Daignez l'agréer pour reconnaissance d'une partie de ce que je tiens de vous ; et puisque je ne suis pas assez considérable pour oser espérer de m'en pouvoir acquitter entièrement par mes services, soyez assez généreuse pour vous contenter de la respectueuse protestation que je fais d'être toute ma vie,

Madame, Votre très humble et très obéissant serviteur,

T. CORNEILLE.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Alonse, Enrique.

SCÈNE II. Alonse, Blanche.

SCÈNE III. Jacinte, Blanche.

SCÈNE IV. Don Lope, Jacinte, Blanche.

BLANCHE

Madame.

SCÈNE V. Don Sanche, Alonse.

SCÈNE VI. Don Sanche, Alonse, Jacinte.

SCÈNE VII. Don Lope, Jacinte, Blanche.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Don Lope, Cassandre, Flore.

SCÈNE II. Don Lope, Cassandre, Jacinte, Blanche, Flore.

DON LOPE

Moi ?

JACINTE

Vous.

SCÈNE III. Jacinte, Cassandre, Flore, Blanche.

CASSANDRE

Je l'avoue, et jamais une plus belle flamme Pour un plus digne objet ne régna dans une âme, Mais las ! Que la Fortune, au moins jusqu'à ce jour, Respecte rarement un vertueux amour !

Flore et Blanche rentrent.

Ici dedans Madrid, sous les lois d'une tante, Je menais une vie et paisible et contente, Et mes frères en Flandre, en de nobles emplois, Laissaient à mes désirs la liberté du choix, Alors qu'un Cavalier dans un péril extrême Osa m'en dégager en s'y jetant lui-même, Et par ce grand service engagea ma raison À souffrir de mon coeur l'aimable trahison, Il me vit, je le vis, et trop reconnaissante, Pensant n'être rien plus, je me sentis amante. Je ne vous dirai point par quels soins, par quels voeux Il disposa mon âme à répondre à ses feux, Ni quel rapport d'humeurs l'une à l'autre assorties, Forma de nos esprits les douces sympathies, Ce serait retracer dedans mon souvenir Des traits mal effacez qu'il tâche de bannir, Vous saurez seulement que quoi que je supprime, Rien de honteux pour moi ne m'acquit son estime, Et que l'ayant connu généreux et discret, Je ne pus refuser de le voir en secret. Mais quoi qu'il me jurât entière obéissance, Il sut avec tant d'art me cacher sa naissance, Que m'opposant toujours quelque obligeant refus, M'ayant appris son nom, je ne sus rien de plus, Si ce n'est que pour vaincre un destin trop contraire, Un voyage d'un an se trouvait nécessaire, Et qu'alors plus heureux et plus digne de moi, Il se ferait connaître aussi bien que sa foi. Que vous dirai-je enfin ? Sans savoir davantage Il fallut consentir à ce triste voyage, Et sur un élément le plus traître de tous, Abandonner aux vents mon espoir le plus doux. Il partit, et le ciel pour comble de misères Fit suivre son départ du retour de mes frères, Ah !

SCÈNE IV. Jacinte, Cassandre, Flore, Blanche.

CASSANDRE, comme en pâmoison

Ah ! Pardon, chère ombre.

JACINTE

Qu'as-tu ?

JACINTE

Et bien ?

SCÈNE V. Don Alvar, Jacinte, Cassandre, Flore, Blanche.

CASSANDRE, comme en pâmoison

Laisse-moi, Don Alvar, un moment de repos.

CASSANDRE

Hélas !

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Don Sanche, Don Ramire.

SCÈNE II. Don Sanche, Don Ramire, Jacinte, Blanche.

SCÈNE III. Jacinte, Blanche.

SCÈNE IV. Cassandre, Jacinte, Blanche, Flore.

SCÈNE V. Cassandre, Flore.

SCÈNE VI. Don Alvar, Cassandre, Flore.

DON ALVAR

Donc je puis...

DON ALVAR

Mon amour...

FLORE montrant ENRIQUE qui paraît

Madame.

SCÈNE VII. Enrique, Don Alvar, Cassandre, Flore.

DON ALVARcoupant chemin à ENRIQUE qu'il voit se pr"parer à suivre Cassandre

Vous m'obligerez de changer de dessein, Cette Dame me touche.

CASSANDRE, paraissant après que Don ALVAR a fait reculer ENRIQUE hors du Théâtre

Hélas ! Que dois-je faire ? Quel funeste combat d'un amant et d'un frère !

SCÈNE VIII. Don Lope, Cassandre, Flore.

SCÈNE IX. Don Lope, Don Alvar, Trois Braves le poursuivant.

3ème BRAVE

Ah ! Don Lope...

3ème BRAVE

Sachez...

SCÈNE X. Don Lope, Don Alvar, Don Louis, Suite d'Archers.

DON LOPE

Et bien ?

DON LOPE

Enrique !

SCÈNE XI. Don Lope, Don Alvar.

DON ALVAR

Non.

DON ALVAR

Pourquoi ?

DON ALVAR

Jamais.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Alonse, Don Lope.

SCÈNE II. Don Lope, Don Alvar.

SCÈNE III. Don Lope, Don Alavar, Blanche.

SCÈNE IV. Don Lope, Don Alvar.

DON LOPE

Vous ?

DON LOPE

Mais...

SCÈNE V. Don Lope, Don Alvar, Blanche.

DON LOPE

Blanche.

SCÈNE VI. Don Sanche, Don Alvar.

DON ALVAR

Ah, mon père.

DON ALVAR

Pensez vous...

DON ALVAR

Peut-être...

SCÈNE VII. Don Lope, Don Alvar, Blanche.

DON LOPE

Vous ?

DON LOPE

Mais...

SCÈNE VIII. Don Sanche, Don Alvar, Jacinte, Blanche.

BLANCHE

Lui même.

JACINTE

Hélas !

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Don Lope, Cassandre.

SCÈNE II. Don Lope, Jacinte, Cassandre.

DON LOPE

Madame...

SCÈNE III. Don Lope, Don Alvar.

SCÈNE IV. Don Lope, Don Alvar, Cassandre.

SCÈNE V. Don Sanche, Don Lope, Don Alvar, Cassandre.

DON SANCHE

Ah ! mon fils.

SCÈNE VI. Don Sanche, Don Alvar, Don Lope, Jacinte, Cassandre.

1 987 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0