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Comédie en vers· Comédie Mêlée d'Ornements et de Musique

L'Inconnu

Thomas Corneille· créée en 1675· 6 actes· 2 070 vers· 2 personnages

Représenté pour la première fois le 17 novembre 1675 au Théâtre Guénégaud.

Personnages

  • THALIE, Muse
  • LE GÉNIE DE LA FRANCE, LE GÉNIE DE LA FRANCE
AU LECTEUR

Après avoir fait paraître dans Circé une partie de ce que le théâtre a de plus pompeux pour la beauté des machines, j'ai cru que le public ne serait pas fâché d'être diverti par les agréments qu'une matière galante est capable de recevoir. C'est ce qui m'a fait choisir le sujet de l'Inconnu, où vous ne trouverez point ces grandes intrigues qui ont accoutumé de faire le noeud des comédies de cette nature, parce que les ornements qu'on m'a prêtés demandant beaucoup de temps, n'ont pu souffrir que j'aie poussé ce sujet dans toute son étendue. Si ce retranchement d'Incidents est un défaut, il est réparé par quantité de choses agréables qui forment les divertissements que l'Inconnu donne à sa maîtresse. Je me suis servi des noms de la Comtesse, du Marquis, du Chevalier, et du Vicomte, comme s'accommodant mieux à l'oreille, et étant plus de notre usage que les noms de roman dont on se sert quelquefois pour les pièces d'invention. Vous trouverez ici le cinquième acte plus rempli qu'il ne l'est dans la représentation, où le Marquis se contente de promettre la comédie à la Comtesse. J'en fais un divertissement effectif qu'il lui fait donner sur le petit théâtre, sous le titre de l'Inconnu. Il consiste en trois scènes fort courtes qui regardent l'embarras de Psyché enlevée par l'Amour dans un palais magnifique, où rien ne manque à ses plaisirs que la satisfaction de connaître l'amant qui prend soin de les lui procurer ; et comme cet incident n'éloigne point l'idée des fêtes galantes du Marquis, je m'en sers pour dénouer plus agréablement l'aventure de la Comtesse.

PROLOGUE

Thalie, Le Génie de la France.

DÉCORATION DU PROLOGUE. La Décoration est une Montagne toute de rochers, aux côtés de laquelle on découvre plusieurs Arbres, avec cette différence, que les Montagnes qui ont été vues jusqu'ici au Théâtre, sont d'une peinture plate qui représente le relief, et que celle-ci est d'un relief effectif. C'est en ce lieu que Thalie, qui est celle des Muses qui préside à la Comédie, rencontre le Génie de la France, avec qui elle s'était déjà déclarée sur la peine où elle se trouvait touchant quelque Nouveauté qu'elle avait dessein de faire paraître, et comme elle ne pouvait sortir d'embarras par elle-même, elle lui adresse les Paroles suivantes.

LE GÉNIE

Tu m'avoueras peut-être que jamais Il ne s'en est vu de pareilles ; Mais il est temps d'en venir aux effets. Animez-vous, Rochers, et changez de figure ; Paraissez tout couverts d'Hommes et de Verdure. C'est moi qui veux ces divers changements, Et voir de votre sein naître des Instruments.

On voit ici la Montagne se remuer ; elle est en un moment couverte d'arbres, et il s'en détache des pierres qui sont changées en hommes. Ces hommes touchent d'autres pierres, et elles deviennent des Violons entre leurs mains. Ils en jouent un air dont la vitesse du mouvement rend Thalie toute surprise.

LE GÉNIE

C'est encor peu ; je veux que vous fassiez paraître Un Berger dont les doux accents Suivent les tons ravissants De quelque Nymphe champêtre.

En même temps on voit deux morceaux de Rocher se changer en une Nymphe et en un Berger. Ils s'avancent, et chantent les paroles qui suivent.

LE GÉNIE

Achevez, et formez pour Spectacles nouveaux, Et des Buissons et des Berceaux.

Les arbres qui ont paru sur la montagne, s'en séparent, et forment successivement des buissons, des allées et des berceaux.

THALIE

Je le crois, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on publie Que les Français ont un Génie Qui les rend capables de tout.

Ils passent en s'en retournant par-dessous une allée qui occupe le milieu du théâtre, et qui en tient toute la longueur ; et lorsqu'ils sont tout à fait retirés, cette grande allée forme trois petits monts, qui se changent en un instant en plusieurs arbres. Ces arbres se retirent un moment après, et les violons jouent une ouverture.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Le Marquis, La Montagne.

LA MONTAGNE

Il vous est sûr.

LE MARQUIS

Comment ?

LA MONTAGNE

Attendez, c'est...

LE MARQUIS

Et bien ?

LE MARQUIS

Veux-tu que...

LE MARQUIS

Non, sors.

LA MONTAGNE

Mais...

SCÈNE II. Le Marquis, Virgine.

LE MARQUIS

Chacun a ses raisons, et j'en ai là-dessus. Tout ce qui peut charmer se trouve en la Comtesse ; Mais soit par défiance, ou par délicatesse, Le secret de son coeur se ménage si bien, Qu'avec elle un Amant n'est jamais sûr de rien. Elle veut être aimée, attire, écoute, engage, Mais le plus avancé n'a pas grand avantage. La presser c'est se rendre indigne de sa foi, Et vingt fois, tu le sais, elle a dit devant moi Qu'on aurait vers son coeur moins de chemin à faire, Plus, sans rien exiger, on ferait pour lui plaire. D'abord qu'elle fut Veuve, un tendre et pur amour M'engagea sans réserve à lui faire ma cour. Aucun autre avant moi n'avait brûlé pour elle, Et par toute l'ardeur qui peut suivre un beau zèle, Je n'ai pu mériter qu'en faveur de mes feux Elle ait daigné jamais refuser d'autres voeux. J'en vois qui se livrant, sans que rien les alarme, Aux malignes douceurs d'un accueil qui les charme, Sur la foi de ses yeux s'osent imaginer Que son coeur est sensible, et prêt à se donner ; Mais je connais le piège, et plains leur imprudence. Cependant pour agir avec plus d'assurance, J'ai voulu joindre aux voeux qu'elle reçoit par moi, L'amour d'un Inconnu qui prétend à sa foi. D'estime en sa faveur je la vois prévenue, Et de ce double appui ma flamme soutenue En aura moins de peine à me faire emporter Ce qu'en vain mes Rivaux me voudront disputer. Son coeur aimant en moi mon amour, ma personne, Aime dans l'In connu les plaisirs qu'il lui donne. Elle y rêve, et mon feu par cet heureux secours A trouvé les moyens de l'occuper toujours. D'ailleurs, j'ai la douceur, (quel plaisir quand on aime !) Que souvent elle vient me parler de moi-même, Et vantant l'Inconnu, sans le croire si près, Me montre un coeur touché de tout ce que je fais. Que t'en dit-elle à toi ? Parle.

SCÈNE III. Le Marquis, Olimpe, Mélisse.

SCÈNE IV. Olimpe, Mélisse.

SCÈNE V. La Comtesse, Olimpe, Virgine, Mélisse.

OLIMPE

Lui ?

SCÈNE VI. La Comtesse, Olimpe, Deux Enfants représentant L'Amour et la Jeunesse, Virgine, Mélisse, Un More.

DIALOGUE DE L'AMOUR ET DE LA JEUNESSE.

OLIMPE, reprenant le carquois de l'Amour, d'où elle tire un billet parmi les flèches

Qu'il est bien fait ! Mais Dieux ! À l'aimable Comtesse. Madame, c'est à vous que ce billet s'adresse. À l'aimable Comtesse.

LA COMTESSE

Lisons.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Olimpe, Mélisse.

SCÈNE II. Le Chevalier, Olimpe, Mélisse.

LE CHEVALIER

Madame...

SCÈNE III. Le Marquis, Le Chevalier.

SCÈNE IV. Le Marquis, Virgine.

LE MARQUIS

Virgine.

SCÈNE V. La Comtesse, Le Marquis, Virgine.

LE MARQUIS

Mais...

SCÈNE VI. La Comtesse, Olimpe, Le Chevalier, Le Marquis, Virgine, Mélisse.

SCÈNE VI.. La Comtesse, Le Marquis, Le Chevalier, Olimpe, La Montagne représentant Comus, Virgine, Mélisse, Suite de Comus.

COMUS

Avancez, il est temps. Vite, que l'on commence.

Il fait signe à des paysans qui s'avancent, et qui forment un berceau composé de dix figures isolées en forme de termes de bronze doré, cinq de chaque côté, l'une d'homme, et l'autre de Femme, tenant chacune en l'une de leurs mains un bassin de porcelaine rempli de toute sorte de fruits en pyramide. Ces figures depuis la ceinture, se terminent en gaines, et ces gaines sont environnées de pampres de vigne chargés de raisins. Chaque figure est portée sur son piédestal de marbre d'Orient, où il y a de petites consoles dans les saillies qui soutiennent des porcelaines de différentes manières, remplies de pyramides de fruits aussi beaux que les autres. Du milieu de ces consoles pendent des festons de fleurs. Toutes les figures de ce berceau portent sur leurs têtes de grands vases de porcelaine qu'elles soutiennent d'une main et qui sont remplis en confusion de fleurs naturelles. Les cintres naissent de ces fleurs, et ornent des Figures cintrées de différentes manières de verdure coupée, d'où pendent des festons de fleurs, et de toile d'or. L'optique de ce berceau où devrait être un buffet, est d'une manière toute extraordinaire. On y voit plusieurs degrés de gazon, et sur le plus élevé paraît un Bacchus tenant d'une main un vase d'or, et de l'autre une coupe. Il est environné de plusieurs vases d'or et d'argent. La Déesse des fruits est à son aile droite, et à sa gauche Cérès tient dans une corbeille ce qui est de son ministère. Flore est un peu plus bas. On voit à ses côtés de grandes corbeilles de fleurs, et comme elle en tient encore beaucoup, on connaît qu'elle en couvre tout le gazon qui l'environne ; ce qui se remarque par celles qui sont déjà sur ce gazon. Au-dessous de Flore on voit l'Abondance avec deux cornets qu'elle vide dans deux corbeilles que tiennent deux Satyres qui sont sur un degré plus bas, à demi courbés, et en posture de Gens qui reçoivent. Entre toutes ces figures paraissent Pan et Sylvain, accompagnés d'Orphée qui tient son Luth, et les deux autres des flûtes. Le tout est fini par un degré de gazon, aux deux bouts duquel il y a deux scabellons fort riches ; et portant chacun un grand vase d'or ; de sorte que sans avoir dressé un Buffet de la manière ordinaire, on en voit paraître un beaucoup plus beau ; et auquel il ne manque rien, puisque Bacchus et Cérès y apportent ce qu'on peut attendre d'eux, et que Flore elle-même prend soin de le venir orner.

Terme : chez les Architectes, est une espèce de poteau ou de colonne ornée par en haut d'une figure ou tête de femme, de Satyre, ou autre, qui sert à soutenir des fardeaux dans les bâtiments, ou d'ornement dans les jardins. (...) [F]

Scabellon : Terme d'architecture. Piédestal ou socle sur lequel on pose des bustes, des girandoles, etc. [L]

LE MARQUIS

Eh, Madame.

LE MARQUIS

Justement.

Le Marquis sort.

SCÈNE VIII. La Comtesse, Olimpe, Le Chevalier, Virgine, Mélisse, Comus, Suite de Comus.

COMUS

Tandis que vous ferez une épreuve agréable Des douceurs que ces fruits offrent aux Curieux, L'Amour qui m'emploie en ces lieux, M'a fait chercher ce qu'il a cru capable De pouvoir attacher vos yeux. Allons, faites de votre mieux, Et qu'à l'envi chacun se montre infatigable.

La Comtesse s'avance avec Olimpe et le Chevalier vers les Corbeilles de Fruits ; et tandis que chacun choisit ce qui flatte le plus son goût, les Paysans qui ont ordre de divertir la Comtesse, après avoir fait quelques figures pour marquer leur joie, font un Jeu avec des Bâtons, et l'ont à peine fini, que sans sortir du lieu où ils sont, ils paraissent tous en un moment vêtus en Arlequins, et réjouissent la Comtesse par mille figures plaisantes.

Pomone et Vertumne s'avancent, et chantent le dialogue qui suit.

DIALOGUE DE VERTUMNE ET DE POMONE.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. La Comtesse, Olimpe, Virgine.

OLIMPE

Moi ?

OLIMPE

Si...

SCÈNE II. La Comtesse, Virgine.

SCÈNE III. La Comtesse, Le Chevalier.

Il se met à genoux, et baise la main de la Comtesse.

SCÈNE IV. Le Marquis, La Comtesse, Le Chevalier.

LA COMTESSE

Et bien ?

SCÈNE V. La Comtesse, Olimpe, Le Marquis, Le Chevalier.

LE CHEVALIER, à Olympe

Et vous croyez, Madame...

LE MARQUIS

Quoi, c'est...

SCÈNE VI. La Comtesse, Olimpe, Le Marquis, Le Chevalier, Virgine, La Montagne, représentant une Bohémienne, Troupe de Bohémiens.

Ils entrent tous au bruit des Castagnettes, et des tambours de Biscaye.

Toute la Troupe de Bohémiens donne des marques d'admiration, par une figure qu'elle fait en regardant la Comtesse.

LA COMTESSE

Tous deux ?

LA COMTESSE

Voyons. Quel passe-temps plus doux pourrait s'offrir ?

La petite Bohémienne danse, et après qu'elle a dansé, une Bohémienne chante les deux couplets suivants sur l'air de la sarabande.

SCÈNE VII. La Comtesse, Olimpe, Le Marquis, Le Chevalier.

LE MARQUIS

J'en tremble.

SCÈNE VIII. La Comtesse, Olimpe, Virgine, Le Marquis, Le Chevalier.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. La Comtesse, Le Marquis, Virgine.

SCÈNE II. La Comtesse, Le Chevalier, Le Marquis, Virgine.

LE MARQUIS

Madame....

SCÈNE III. La Comtesse, Le Marquis, Virgine.

SCÈNE IV. La Comtesse, Le Vicomte, Le Marquis, Virgine.

LE MARQUIS, bas

Le franc original !

LA COMTESSE

À quoi ?

LE VICOMTE

J'aurais été fâché de mourir sans vous voir, Car pour du coeur, je crois que j'en avais de reste ; Mais j'ai bientôt sorti d'un doute si funeste. Mon Cheval tout_à_coup s'élançant malgré moi, J'ai connu mon erreur, et ris de mon effroi. Au lieu de Mousquetons, j'ai vu dans cette Tente Les apprêts différents d'une Fête galante, Et ceux qui la gardaient, de mon abord surpris, Parlaient certain jargon, où je n'ai rien compris. C'étaient, pour la plupart, visages à la Suisse. Chacun, selon son rôle, avait là son office. L'un, d'un Bohémien quittait l'habillement ; L'autre, d'une Coiffure ajustait l'ornement. Force mains autour d'eux paraissaient occupées À nouer des Rubans sur des fleurs coupées. J'ai dans un certain coin remarqué le débris D'une Collation qui valait bien son prix, Grands citrons, fruits exquis, Confitures choisies. J'ai vu des Violons, des Lustres, des Bougies, J'ai vu... là, des... Enfin j'ai tant vu, que jamais On n'eut tant d'attirail dans les plus grands Ballets. J'ai donné droit au but, et deviné l'affaire. Mais pour mieux m'éclaircir, penché vers l'un d'eux ; Frère, Ai-je dit, n'a-t-on pas préparé tout ceci Pour un certain Château qui n'est pas loin d'ici ? Je l'embarrassais fort, il ne savait que dire ; Mais c'était dire assez, que se taire et sourire. Je lui serrais toujours le bouton de fort près ; Quand, comme si la chose eût été faite exprès, Ce Grosset, ce Basset commençant à paraître ; Vous êtres curieux, parlez à notre Maître, Le voilà, m'a-t-il dit, tout à propos venu. N'ayant pas à douter qu'il ne fût l'Inconnu, J'ai contemplé longtemps sa grotesque figure. Il avait sur son nez jeté sa chevelure, Et pour embarrasser mon curieux souci, Sous une fausse barbe il cachait tout ceci. Alors plein d'un chagrin que d'assez justes causes... Madame, pardonnez si j'ai poussé les choses. Quand on voit qu'un Rival cherche à se rendre heureux, Et qu'on peut l'épargner, on n'est guère amoureux.

Serrer le bouton : On dit figurément en ce sens, Serrer le bouton à quelqu'un, quand on le tient en bride, et quand on le presse fortement de faire quelque chose. [F]

SCÈNE V. La Comtesse, Olimpe, Le Marquis, Le Vicomte, Virgine.

LA COMTESSE

Vous ?

LE VICOMTE

Justement.

OLIMPE

Lui !

LE VICOMTE

Tant mieux.

OLIMPE

J'ai peine à croire encor au rapport de mes yeux. Je revois dans le Bois, quand pour jouir de l'ombre M'avançant lentement vers l'endroit le plus sombre, Je trouve un Cavalier, qui surpris de me voir, Me rend d'un air civil ce qu'il croit me devoir. Quels traits pourront suffire à lui rendre justice ? Peignez-vous Adonis, figurez-vous Narcisse, Et tout ce que jamais on vanta de plus beau, C'est ne vous en offrir qu'un imparfait tableau. Je voudrais l'ébaucher, et n'en suis point capable. Il a le port divin, la taille incomparable, Et le Ciel pour lui seul semble avoir réservé Ce qu'il eût de plus rare et de plus achevé. Il marchait tout rêveur, et m'ayant aperçue, Il a voulu d'abord se soustraire à ma vue. J'en ai compris la cause, et pour ne perdre pas L'heureuse occasion de sortir d'embarras ; Je vois par quel souci vous suivez cette route. Une aimable Comtesse en est l'objet sans doute, Ai-je dit. À ce nom surpris, troublé, confus, Il m'a parlé longtemps en termes ambigus. J'ai remis le discours sur l'aimable Comtesse, Et ménagé son trouble avecque tant d'adresse, Que trahi par lui-même, il n'a pu me cacher Qu'il était l'Inconnu que vous faites chercher. Mais son nom est encor ce qu'il s'obstine à taire, J'ai voulu l'amener, et je ne l'ai pu faire. Il ne paraîtrait point, qu'il ne puisse juger Que son attachement ait su vous engager. Sa conversation ravit, enchante, enlève, Sa personne commence, et son esprit achève. Que ne m'a-t-il point dit du bonheur qu'il se fait De ressentir pour vous l'amour le plus parfait ? Ses manières en tout sont douces, agréables ; Et si nous nous trouvions encor au temps des fables, Je croirais que pour vous quelque Dieu tout exprès Serait venu du Ciel habiter ces forêts. Quand pour un tel Amant on prend de la tendresse, Si c'est faiblesse en nous, l'excusable faiblesse !

SCÈNE VI. La Comtesse, Olimpe, Le Vicomte, Le Marquis, Le Chevalier, La Montagne, représentant un Comédien, Virgine, Cascaret.

CASCARET

Madame.

LA COMTESSE

Que veut-on ?

LE COMEDIEN

Non, Monsieur.

LA COMTESSE au Comédien

Et comment jouerez-vous ?

DIALOGUE D'ALCIDON ET D'AMINTE.

LE COMEDIEN

J'en aurai soin.

SCÈNE VII. Olimpe, Le Marquis.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Le Marquis, Virgine.

LE MARQUIS

Mais je ne lui dis rien qui ne soit véritable. Vois ce qu'à l'Inconnu, pour hâter son espoir, Par nos Comédiens elle faisait savoir.

POUR LE GALANT INCONNU.

Vos manières pour notre aimable Comtesse sont si engageantes, que je n'ai pu me défendre d'entrer dans vos intérêts. J'ai feint que je vous avais rencontré dans le Bois, où vous m'aviez fort exagéré la passion que vous avez pour elle, et j'en ai pris occasion de faire de vous une peinture qui ne vous a pas nui dans son coeur. Il est à vous si vous vous hâtez de le venir demander. Profitez de l'avis que je vous donne. Il m'est important que vous ne différiez point davantage à vous découvrir, et vous devez peut-être assez au soin que je prends de faire réussir votre amour, pour faire au plutôt ce que je souhaite.

SCÈNE II. Olimpe, Le Marquis.

LE MARQUIS

Madame...

SCÈNE III. La Comtesse, Le Vicomte, Le Chevalier, Olimpe, Le Marquis, Virgine.

LE VICOMTE

Si mon coeur...

LE MARQUIS

C'est bien fait.

SCÈNE IV. La Comtesse, Le Vicomte, Le Chevalier, Olimpe, Le Marquis, Virgine, La Montagne représentant Le Comédien, et vêtu en Zéphire.

LE COMEDIEN

Sera bonne.

LE COMEDIEN

"L'Inconnu."

LA COMTESSE

L'Inconnu !

LE VICOMTE

Tant pis, le sérieux en moins de rien m'ennuie. Et n'y joindrez-vous point quelque Crispinerie ? J'aime tous les Crispins.

Crispin : Valet de comédie avec un costume et un caractère convenus ; le crispin est tout en noir, en pantalon collant, et avec un petit manteau qui descend à peine jusqu'aux reins et dont il s'enveloppe souvent ; il est attaché à son maître, mais lui fait cependant d'assez mauvais tours quand l'occasion s'en présente. Fig. C'est un crispin, se dit d'un homme qui a des allures du Crispin de la comédie. [L]

LA COMTESSE

Vraiment.

LE COMEDIEN

Notre chanteur A quelque scène à faire avant que d'être acteur, Vous la pourrez entendre, elle est prête. Allons vite. Ouvrez, et que chacun de son emploi s'acquitte.

Ils prennent tous place, et ils ne sont pas plutôt assis, qu'on fait rouler vers eux un Théâtre dont le devant est orné d'un fort beau tapis où pend une très riche campane. Ce théâtre représente une chambre. Au-devant des deux premiers pilastres qui sont de chaque côté, il y a deux guéridons faits en Maures, portant chacun une girandole. Au-dessus de la corniche de ces pilastres qui sont fort enrichis, on voit deux corbeilles de fleurs. La frise qui règne sur la façade, représente deux grandes Consoles d'or, avec des festons de fleurs qui ceignent le fronton ; et entre les deux consoles il y a un Rond orné d'une Bordure dorée, dans lequel on voit une médaille. La suite de la chambre est enrichie d'arcades, de pilastres, de panneaux remplis d'ornements différents, de coloris, de festons de fleurs, de porcelaines, de vases d'or, d'argent et de lapis, et d'ovales percées à jour. Dans cinq arcades ou niches, qui sont d'azur rehaussé d'or, on voit cinq Statues toutes d'or, représentant des Amours ; et dans le fond de la chambre il y a encore deux guéridons comme les premiers, garnis pareillement de Girandoles. De fort riches ornements en embellissent le plafond ; il est percé en cinq endroits, d'où sortent cinq lustres. Plusieurs esclaves magnifiquement vêtus marchent au-devant de ce théâtre, et semble le conduire quand il s'avance.

Campane : Crespine de fil d'or, ou d'argent, ou de soye, qui se termine en petites houppes façonnées, et qui représentent une cloche. On en met aux pentes d'un lit, aux impériales de carrosse, et aux autres endroits où on veut mettre de riches crespines. [F]

Guéridon : on dit aussi, qu'un homme en tient, qu'il est blessé de quelque coup, qu'il a receu quelque perte notable en procés, en taxes, ou en autres accidents ; qu'il en tient, quand il est devenu amoureux, quand il a trop beu, quand il a gagné quelque vilaine maladie. [T]

Marais : Le théâtre du Marais est un des lieux de représentations à Paris crée en 1634 par l'acteur Mondory. Il se situait rue Vieille du Temple dans l'actuel 3ème arrondissement.

UN MAURE paraît sur le petit Théâtre, et chante ces vers

Amour, à qui tout est possible, Enflamme, anime tout ; et pour mieux faire voir Qu'il n'est rien pour toi d'invincible, Fais aimer cette insensible Qui se rit de ton pouvoir...

En même temps quatre amours sortent de leurs niches, et dardent leurs flèches vers la Comtesse ; après quoi le même Maure chante ce refrain avec une femme Maure.

L'amour punit les cruelles, Aimez pour fuir son courroux.

Ces vers étant chantés, les Maures du petit Théâtre, se joignent aux amours pour faire une Entrée, laquelle étant finie, la Comtesse dit.

LE VICOMTE

Soyons donc écoutants ; Mais j'en tiens, s'il les faut écouter bien longtemps.

On joue les trois scènes suivantes sur le petit Théâtre.

SCÈNE V. La Montagne représentant Zéphire, Aglaure.

SCÈNE VI. Aglaure, Céphise.

SCÈNE VII. Zéphire, Céphise, Un Enfant représentant l'Amour.

Il se tourne vers l'Amour qui sort de la niche, et ôte le masque qui lui couvrait le visage.

LA COMTESSE

Je dis... Voyez.

LE CHEVALIER regardant le portrait

C'est le Marquis.

LE VICOMTE

Le Marquis !

LA COMTESSE

Allons.

2 070 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0