Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

La Mort d'Annibal

Thomas Corneille· créée en 1669· 5 actes· 1 920 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois le 25 novembre 1669 au Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • PRUSIAS, roi de Bithynie
  • ATTALE, successeur d'Eumène crû mort, au Royaume de Pergame
  • ANNIBAL
  • FLAMINIUS, ambassadeur Romain
  • NICOMÈDE, fils de Prusias
  • ÉLISE, fille d'Annibal
  • ALCINE, confidente d'Élise
  • PROCULE, tribun romain
  • ARAXE, capitaine des gardes de Prusias

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Prusias, Attale, Araxe.

SCÈNE II. Prusias, Araxe.

PRUSIAS

Non, je sais ce qu'il faut que j'en croie. Mon hymen d'Annibal remplirait tous les voeux, Je n'ai qu'à dire un mot, et je me sens heureux ; Mais puis-je consentir à ce que veut ma flamme, Sans que Rome aussitôt s'en indigne et m'en blâme ? Je me brouille avec elle, et les malheurs d'autrui M'apprennent ce que c'est que perdre son appui, Je dois le ménager ; c'est par là que sans cesse À déguiser mon coeur j'applique mon adresse. Annibal ne pourrait savoir ma passion, Qu'il ne s'en prévalut pour son aversion. L'abaissement de Rome étant ce qu'il souhaite, Il formerait contre elle une ligue secrète, Et m'en faisant l'auteur, me mettrait hors d'état De ne me pas montrer Ennemi du Sénat. Tu vois que dans la paix jurée avec Attale Déjà son amitié m'a presque été fatale. Rome à ce grand accord témoignant s'attacher, Exprès pour choquer Rome il voulait l'empêcher. D'ailleurs, Flaminius ouvertement s'explique. Qui protège Annibal blesse la République, Et son éloignement qu'il presse chaque jour, Suspend mon espérance, et confond mon amour. J'oppose pour refus ma parole donnée, Et pour éblouir Rome à le perdre obstinée, J'affecte des froideurs dont le déguisement Cache à Flaminius l'intérêt d'un Amant. Cependant Annibal que surprend ma conduite, De mes longues froideurs peut redouter la suite, Et cédant aux soupçons dont je le vois gêné, Accepter dans Attale un Gendre couronné. Je crois voir à ses feux déjà que tout succède, À moins que de ce mal mon Fils soit le remède. Confident d'Annibal, s'il craint tout de ma foi, Par de nouveaux serments il peut... mais je le vois.

SCÈNE III. Prusias, Nicomède, Araxe.

SCÈNE IV. Prusias, Araxe.

SCÈNE V. Prusias, Élise, Araxe, Alcine.

SCÈNE VI. Prusias, Araxe.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Élise, Alcine.

SCÈNE II. Nicomède, Élise, Alcine.

ÉLISE

Hélas !

SCÈNE III. Annibal, Nicomède, Élise.

SCÈNE IV. Annibal, Nicomède.

ANNIBAL

De grâce, écoutez-moi. J'eus toujours pour vous, Prince, une tendresse extrême, Et vous considérant comme un autre moi-même, Je croirais démentir un zèle si parfait, Si je vous déguisais le dessein que j'ai fait. Mon coeur vous est connu ; vous savez qu'il n'aspire Qu'à braver des Romains le fastueux empire, Et qu'il n'est point d'efforts qu'il ne se soit permis, Pour lui pouvoir partout faire des Ennemis. Je n'ai pas cherché loin ; leurs dures violences Se plaisant à choquer les plus vastes Puissances, Assez de Potentats ont voulu rejeter L'odieux joug des fers qu'on les force à porter. Mais quoi que de ce joug l'indignité les gêne, Leur courage trop mol secondant mal leur haine, J'ai vu ces fiers Tyrans impuissamment haïs Triompher jusqu'ici de mes desseins trahis. Par une défiance et basse et trop couverte Antiochus lui-même ayant causé sa perte, J'ai choisi cette cour, et je m'étais flatté D'y trouver moins d'ombrage, et plus de fermeté. L'accueil de Prusias, ses offres, mes services, D'un fort attachement m'étaient de leurs indices, Les plus hardis projets m'enflaient déjà le coeur ; Mais je vois tout_à_coup qu'un Romain lui fait peur. Quand il peut plus lui seul que trente Rois ensemble, Au seul nom du Sénat, il s'intimide, il tremble. Il fait plus, et craignant l'effet de mes desseins, Pour m'empêcher d'oser, il vous livre aux Romains. Prince, j'apprends par là ce qu'il faut que je fasse Je trouve une autre main quand la sienne se lasse, Attale me reçoit ; prêt à s'unir à moi Sans craindre mes Tyrans il me donne sa foi, Il épouse ma Fille, et c'en est là le gage. Ainsi vous n'aurez plus à leur servir d'otage, Et mon départ trompant un ordre rigoureux, Vous laissera paisible, et Prusias heureux.

ANNIBAL

Je dois vous l'avouer ; j'ai beau chercher une âme Que du solide honneur l'intérêt seul enflamme. Ce n'est qu'abaissement dans tout ce que je vois, Et quand je vous compare avec nos plus grands Rois, Dans le faible honteux qu'ils laissent tous paraître, Je ne vois que vous seul qui méritiez de l'être. Mais pour moi ce mérite est un bien imparfait, C'est peu qu'en être digne, il faut l'être en effet. Vous dépendez d'un Père ombrageux, politique, Jeune encor, défiant, qui craint la République. Vous avez le coeur grand, ferme, résolu, chaud, Prompt, hardi ; cependant c'est un Roi qu'il me faut, Un puissant Allié qui brûlant de me suivre, Se serve des moments qui me restent à vivre. Je n'en ai point à perdre, et dans l'âge où je suis C'est à moi de presser la fin de mes ennuis. Perdre un jour, sans chercher à remplir ma vengeance, Ce serait avec Rome être d'intelligence. Je dois à sa ruine un éternel effort, Et rien ne me pourrait consoler de ma mort, Si j'avais négligé de tout mettre en usage Pour lui faire sentir ce qu'a souffert Carthage. J'aime votre personne, et le Ciel m'est témoin Que peut-être amitié n'alla jamais plus loin ; Mais quoi que je l'éprouve aussi tendre que forte, Je ne puis vous cacher que la haine l'emporte, Et que l'une à mon coeur ne peut faire oublier Ce qu'aux transports de l'autre il doit sacrifier. Je vous aime depuis que j'ai su vous connaître Mais je hais les Romains même avant que de naître. À peine au jour encor j'avais ouvert les yeux, Que j'en jurai la perte en présence des Dieux. À ces nobles serments j'ai sans réserve aucune Immolé biens, honneurs, repos, gloire, fortune. J'ai vu sans démentir ce que j'avais promis, Et ma Patrie ingrate, et les Dieux Ennemis. Jugez si l'amitié pourrait sans infamie Triompher d'une haine à ce point affermie, Et faire négliger à ses transports mourants L'heureuse occasion d'abaisser mes Tyrans.

SCÈNE V. Prusias, Annibal, Araxe.

ANNIBAL

Je vois qu'il s'est flatté d'une attente frivole, Et vous vois d'autant plus, Seigneur, qu'en vain par lui Rome a tout employé pour m'ôter votre appui. Résister un moment à cette Souveraine, C'est se mettre au hasard de mériter sa haine ; Et l'horreur du péril où vous courez pour moi, Avait de quoi sans doute ébranler votre foi. Mais quand pour Annibal vous montrez tant de zèle, Faisant beaucoup pour lui, faites-vous moins pour elle ? Vainqueur de toutes parts, il ne faut qu'un Romain Pour vous faire tomber les armes à la main Un seul mot, plus puissant que foudres ni tempêtes, Vous arrache aussitôt le fruit de vos conquêtes, Dans vos plus sûrs progrès vous arrête le bras, Agrandit vos Voisins, resserre vos États, Et vous fait renoncer, au gré de ses caprices, À tout ce que pour vous avaient pu mes services. Ainsi par un effort digne de sang Royal, En dépit des Romains vous gardez Annibal, Et par une faiblesse indigne d'un grand homme, En dépit d'Annibal vous cédez tout à Rome. Fixez, fixez, Seigneur, cette douteuse foi. Déclarez-vous entier ou pour elle ou pour moi. Accorder Annibal avec la République, Passe tous les ressorts de votre Politique. Jamais de tant d'Amis vous ne viendrez à bout, Et c'est n'en faire point que d'en chercher partout. Vous me tenez parole et vous en faites gloire. Seigneur, parlons sans feindre, ai-je lieu de le croire ? Quand vous tremblez de rompre avec mes Ennemis, Qu'est devenu l'orgueil que vous m'aviez promis ? Est-ce afin de régner avec indépendance Que vous mettez demain le Prince en leur puissance, Ou par quelque dessein dont nous verrons l'éclat, Va-t-il comme Espion amuser le Sénat ?

SCÈNE VI. Prusias, Araxe.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Attale, Élise, Alcine.

SCÈNE II. Annibal, Attale.

SCÈNE III. Flaminius, Annibal, Attale.

SCÈNE IV. Annibal, Prusias, Flaminius, Attale, Araxe.

SCÈNE V. Flaminius, Prusias, Attale, Araxe.

SCÈNE VI. Flaminius, Prusias, Araxe.

SCÈNE VII. Flaminius, Procule.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Flaminius, Procule.

SCÈNE II. Flaminius, Attale, Procule.

SCÈNE III. Prusias, Attale, Araxe.

SCÈNE IV. Prusias, Araxe.

SCÈNE V. Prusias, Nicomède, Araxe.

SCÈNE VI. Élise, Nicomède.

SCÈNE VII. Annibal, Attale, Élise.

SCÈNE VIII. Annibal, Élise, Attale, Alcine.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Élise, Prusias, Araxe.

SCÈNE II. ÉLISE, Prusias, Attale, Araxe.

ÉLISE

Qu'importe qui de vous m'assure d'un vrai zèle, Quand Annibal vous voit l'un et l'autre infidèle ? C'était autour de lui qu'il fallait étaler Ce beau feu qui pour moi s'offre à tout immoler. Celui qui des Romains eût garanti mon Père, Se fût acquis le droit de prétendre à me plaire, Mais enfin vous l'avez tous deux abandonné, Tous deux signé l'arrêt qu'un Parjure a donné, Et l'ardeur qu'à l'envi vous me faites paraître, Ne m'offre un Défenseur qu'en me cachant un Traître. Mais je veux en tous deux croire une égale foi ; N'ayant pu rien pour lui, que pourrez-vous pour moi ? L'exemple d'Annibal contre un si rude orage N'a pu vous inspirer ni vertu ni courage, Et dans cette honteuse et timide langueur, Une Fille en parlant vous donnera du coeur ? Ah, je vois ce que c'est, bien d'autres le connaissent, Les Rois ne sont plus Rois où les Romains paraissent. Tremblez, Princes, tremblez ; l'honneur du sang Royal Se maintenait encor à l'ombre d'Annibal. Dépouillé qu'il était, il vous rendait terribles, Armés de son seul nom vous étiez invincibles, Et sa vie employée à votre sûreté, Vous mettait à couvert de la captivité. Le destin des Romains n'attendait que sa perte Pour voir la terre entière à l'esclavage offerte. De votre liberté lui seul était l'appui, Il la faisait revivre, elle meurt avec lui. Vains Fantômes d'honneur ! Impuissantes Idoles ! Esclaves en effet, soyez Rois en paroles. En vain du plein pouvoir vous deviendrez jaloux, S'il n'est plus d'Annibal, plus de Trônes pour vous.

SCÈNE III. Flaminius, Élise, Prusias, Attale, Procule, Araxe.

SCÈNE IV. ÉLISE, PRUSIAS, FLAMINIUS, ARAXE.

SCÈNE V. Élise, Flaminius, Alcine, Araxe.

SCÈNE VI. Élise, Flaminius, Alcine.

SCÈNE VII. Élise, Alcine.

SCÈNE VIII. Annibal, Élise, Nicomède, Alcine.

SCÈNE IX. Annibal, Nicomède, Élise, Araxe, Alcine.

NICOMÈDE

Araxe.

NICOMÈDE

Dieux !

1 920 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica