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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

La Mort d'Achille

Thomas Corneille· créée en 1673· 5 actes· 1 736 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois le 29 décembre 1673 au T^éâtre de l'Hôtel Guénégaud.

Personnages

  • ACHILLE
  • PYRRHUS, fils d'Achille
  • POLIXÈNE, fille de Priam, roi de Troie
  • BRISEIS, princesse, captive d'Achille
  • PHÉNICE, confidente de Briseis
  • ILIONE, confidente de Polixène
  • ALCIME, confident d'Achille
  • ANTILOCHUS, confident de Pyrrhus

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Briseis, Pyrrhus, Antilochus, Phénice.

PYRRHUS

Je dirais trop peut être en disant qu'elle m'aime, Mais au moins si le sort ne m'avait point trahi Je pourrais me flatter de n'être pas haï. Dans l'un de nos combats pris par Hector son frère, Je la vis, et la voir, fut aimer à lui plaire, Puisqu'en moi sa beauté fit dés le premier jour D'un Prisonnier de guerre, un prisonnier d'amour. Vers elle en un moment, tous mes voeux se tournèrent, Mes timides regards d'abord s'en expliquèrent, Et le trouble des siens avec soin consulté Ne me fit que trop voir que j'étais écouté. De ces muets témoins de mes flammes secrètes Cent soupirs échappés furent les interprètes, Tout leur fut favorable, et soit qu'à tant d'ardeur De la belle Princesse on crut devoir le coeur, Soit que par mon hymen on se fît une joie De pouvoir prévenir les disgrâces de Troie, Priam dont sans rançon j'obtins ma liberté Me permit tout l'espoir dont je m'étais flatté. Charmé de ce succès je viens trouver Achille. Quel revers ! mon espoir fut un bien inutile. Achille en ce moment tout saisi de fureur Ne parlait que de sang, ne méditait qu'horreur ; Patrocle avait péri. Dans son impatience Troie entière était due à sa juste vengeance. Hector fut le premier qu'il jura d'immoler, J'adorais Polixène, et je n'osai parler. Les effets ont rempli cette funeste envie, C'est peu qu'Achillle ait vu tomber Hector sans vie, Trois fois, pour assouvir ses furieux transports, Autour des murs de Troie il a traîné son corps, Et si sa haine en vous n'eut point trouvé d'obstacles, Peut être eussions-nous vu de plus sanglants spectacles. L'étouffant pour vous plaire il a par mille honneurs De ses emportements réparé les rigueurs, Et si bien modéré son humeur violente, Qu'à Priam depuis hier il a cédé sa tente. C'est de là qu'à toute heure il rend ce roi témoin Que satisfaire Hector est son unique soin, Un vain tombeau dressé pour apaiser son ombre De ces honneurs rendus vient d'augmenter le nombre. Et pour un ennemi, jamais tant d'amitié D'un vainqueur adouci ne fit voir la pitié.

SCÈNE II. Briseis, Pyrrhus, Polixène, Antilochus, Ilione, Phénice.

POLIXÈNE

Ne vous étonnez point si dans notre infortune J'ose encor me résoudre à vous être importune. Il est, vous le savez, d'un coeur grand, généreux, De se faire toujours l'appui des malheureux, Et ce que vos bontés m'ont obtenu d'Achille, M'ayant fait voir qu'en vous la vertu trouve asile, Je viens offrir, Madame, à ces mêmes bontés De quoi remplir l'éclat du sang dont vous sortez. Assez et trop longtemps une funeste guerre Par ses vastes horreurs désole cette terre. Assez le vieux Priam a vu ses cheveux gris Dans ses derniers baisers teints du sang de ses fils. À force de combats Troie en est épuisée, Il n'est mère à gémir qui ne soit exposée ; Chacun plaint sa disgrâce, et dans nos longs revers Ces lugubres habits montrent ce que je perds. Dix frères au tombeau m'ont demandé des larmes, Ce sont de ma douleur les ordinaires charmes ; J'ai pleuré Lycaon, Antiphone, Mestor, Troile ; je me tais du malheureux Hector, Il doit être apaisé par l'honneur qu'à sa cendre Aux pieds de nos remparts son vainqueur vient de rendre ; Nos yeux de cette pompe ont été les témoins, L'éclat m'en surprend peu, c'est l'effet de vos soins. Mais en vain ces honneurs souffrent que je respire, La fin m'en fait trembler, demain la trêve expire, Et pour peu que la guerre ait encor à durer J'aurai bientôt Hécube et Priam à pleurer. Ils ne survivront point à la perte de Troie, Au fer, au feu déjà je la crois voir en proie, Hector étant sans vie elle n'a plus d'appui, Lui seul en faisait l'âme, elle était toute en lui, Rien ne peut réparer une perte si grande, Tout périt sans la paix, et je vous la demande. Voyez pour l'obtenir et d'Achille et de vous La fille de Priam tomber à vos genoux, Voyez-là pour un père...

POLIXÈNE

De moi ?

SCÈNE III. Polixène, Pyrrhus, Ilione, Antilochus.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Achille, Alcime.

SCÈNE II. Briseis, Achille, Phénice, Alcime.

SCÈNE III. Achille, Alcime.

ACHILLE

L'as-tu bien entendue, et conçois tu ma peine, Alcime ? tout mon coeur se donne à Polixène, Et dans mon propre Fils, par un revers fatal, Prêt à me rendre heureux, je découvre un Rival ? Plein d'un feu dont sur moi le pouvoir est extrême, Je connais que Pyrrhus adore ce que j'aime, Et de mon triste sort telles sont les rigueurs, Que vivant par ma perte, il meurt si je ne meurs. Ah, si des dieux jaloux la sévère injustice Destinait à ma flamme un si cruel supplice, Que ne m'ont-ils, ces Dieux, qui voulaient me trahir, Donné quelque Rival que je pusse haïr ! Son Sang aurait été le prix de ma Victoire. Que n'ose Agamemnon m'en disputer la gloire ! Ses Grecs pour ce triomphe armés tous contre moi, Me trouveraient un coeur incapable d'effroi ; Mais j'ai beau l'affermir, ici tout m'abandonne, Au seul nom de Pyrrhus je frémis, je m'étonne, Et malgré tout l'amour que j'en sens redoubler, Dés que je vois un Fils je commence à trembler. Pourquoi cette faiblesse ? il doit tout à son père. Est-ce à moi d'étouffer une flamme si chère, Et prétend-il ce Fils que ne lui devant rien J'achète son repos par la perte du mien ? Non, non, s'il doit souffrir, jouissons de sa peine, J'offense, en balançant, l'aimable Polixène, Raison, pitié, tout cesse où brillent ses appas, Et qui doute un moment ne la mérite pas. C'en est fait, tout le veut, ne songeons qu'à lui plaire, Faisons au nom d'amant céder celui de père, Quelque ennui que Pyrrhus en puisse recevoir Il a pour s'en guérir le temps et son devoir.

SCÈNE IV. Achille, Pyrrhus, Alcime.

SCÈNE V. Achille, Alcime.

ACHILLE

Ô d'un Astre fatal trop cruelle influence ! Alcime, tout mon sort est plein de violence. Lorsque de nos combats me disputant le prix, L'injuste Agamemnon m'enleva Briseis, Dans ma tente enfermé tout brûlant de colère, J'eus beau voir la fortune aux Grecs partout contraire, Pour eux aucun secours ne me sembla permis, Et par cette retraite utile aux ennemis, Laissant à leurs efforts nos escadrons en proie, Je fis plus pour Priam que tous les dieux de Troie. Patrocle est mort, quel sang n'a point coulé pour lui ! Que de haine ! l'amour en triomphe aujourd'hui, Il m'arrache aux transports qui pressaient ma vengeance, Et quand des traits si doux m'ont trouvé sans défense, Un Fils dont ma pitié tremble à régler le sort, M'apprend que cet amour est l'arrêt de sa mort. Briseis qui m'en vient expliquer l'injustice, Le seconde, m'accable, et c'est là mon supplice. Je dois à tous les deux ce qu'ils veulent de moi, La nature est pour l'un, l'autre a reçu ma foi. Mais ces noeuds sont sans force, et ma victoire est vaine Sitôt que je commence à revoir Polixène. Mon coeur qu'ont asservi des charmes si puissants Se range tout_à_coup du parti de mes sens, Et contre ces assauts mon courage inutile Ne trouve plus en moi ce fier, ce fort Achille, Qui du sort des Troyens arbitre glorieux, Maîtrisait la fortune, et tenait tête aux Dieux. Cédons, puisqu'il le faut, je suis lâche, infidèle, Mais pour y renoncer, Polixène est trop belle. Si je ne la puis voir favorable à mes voeux, Au moins j'empêcherai qu'un autre soit heureux, Et peut-être l'hymen en qui ma flamme espère, lui fera de l'amour un devoir nécessaire. Allons trouver Priam, et sans plus balancer, Demandons un accord où je puis le forcer.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Pyrrhus, Antilochus.

SCÈNE II. Achille, Pyrrhus, Alcime, Antilochus.

SCÈNE III. Pyrrhus, Antilochus.

SCÈNE IV. Briseis, Pyrrhus, Phénice, Antilochus.

SCÈNE V. Briseis, Pyrrhus, Polixène, Phénice, Ilione, Antilochus.

SCÈNE VI. Briseis, Pyrrhus, Phénice, Antlochus.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Achille, Alcime.

SCÈNE II. Achille, Polixène, Alcime, Ilione.

SCÈNE III. Achille, Briseis, Phénice, Alcime.

ACHILLE

Madame...

SCÈNE IV. Briseis, Phénice.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Polixène, Ilione.

SCÈNE II. Polixène, Pyrrhus, Ilione.

SCÈNE III. Briseis, Polixène, Pyrrhus, Phénice, Ilione.

SCÈNE IV. Pyrrhus, Briseis, Phénice.

SCÈNE V. Briseis, Pyrrhus, Phénice, Antilochus.

SCÈNE VI. Briseis, Phénice.

SCÈNE VII. Briseis, Alcime, Phénice.

1 736 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0