Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Persée et Démétrius

Thomas Corneille· créée en 1662· 5 actes· 2 080 vers· 9 personnages

Représentée pour la première fois en décembre 1662 sur le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • PHILIPPE, Roi de Macédoine
  • PERSÉE, fils de Philippe
  • DÉMÉTRIUS, fils de Philippe
  • ANTIGONE, fille de Néoptolémus
  • ÉRIXÈNE, Princesse de Thrace
  • PHÉNICE, Confidente d'Érixène
  • DIDAS, Favori de Philippe
  • ANTIGONUS, Confident de Philippe
  • ONOMASTE, Confident de Persée

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Persée, Didas, Onomaste.

SCÈNE II. Persée, Onomaste.

SCÈNE III. Persée, Érixène, Phénice.

SCÈNE IV. Érixène, Phénice.

SCÈNE V. Érixène, Démétrius, Phénice.

ÉRIXÈNE

Il le faut.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Philippe, Antigonus.

SCÈNE II. Philippe, Antigonus, Onomaste.

SCÈNE III. Philippe, Persée, Démétrius, Antigonus, Onomaste.

PHILIPPE

Prenez place tous deux, je vous ferai justice. Voici le jour fatal où le ciel contre nous Semble avoir réservé son plus âpre courroux. La plainte ouverte enfin succédant au murmure À la pleine révolte enhardit la nature, J'en vois les droits partout honteusement trahis, Il m'en faut être Juge, et c'est entre mes fils. père trop malheureux qui, quoi que je me cache, D'un crime dans mon sang ne saurais fuir la tache ! Un frère accuse l'autre, et le crime est douteux, Mais l'effet m'en doit être également honteux. Qu'il soit faux, qu'il soit vrai, la haine qui les guide En fait pour moi toujours un lâche parricide. Ou l'un d'eux aujourd'hui cherche à l'exécuter, Ou l'autre le commet en l'osant inventer, Et ma gloire ne peut qu'elle ne soit ternie, Ou par son attentat, ou par sa calomnie. Voilà ce que j'ai craint de ces dissensions Dont l'aigreur soutenait toutes vos actions ; Mais comme il en est peu que le temps n'adoucisse, J'ai cru qu'au sang enfin vous rendriez justice, Et qu'après les avis que je vous ai donnés, Vous n'oublieriez jamais ce que vous êtes nés. Combien de fois, hélas ! Vous ai-je fait comprendre Quels biens de la concorde on a sujet d'attendre ? C'est par là que deux Rois avecque tant d'éclat De Sparte si longtemps ont gouverné l'État, Que d'un zèle pareil la conduite admirable À ses plus fiers Voisins l'a rendu redoutable, Et que ce même État n'a pu se maintenir Dès que l'ambition a su les désunir. Combien ai-je tâché de prévenir vos haines Par l'exemple fameux et d'Attale et d'Euménès, Que la concorde seule, où tous deux je les vois, A faits aussi puissants qu'Antiochus, ou moi ! Honteux du nom de Rois qu'à peine ils voulaient prendre, Ils ont droit aujourd'hui d'oser tout entreprendre ; Et s'il faut mêler Rome aux autres Nations, Voyez les Quintius, voyez les Scipions. Dans l'éclat immortel qui suivra leur mémoire De leur noble union voyez briller la gloire ; Au lieu que des forfaits la plus pressante horreur Toujours de la discorde a suivi la fureur. Ni le crime des uns, ni la vertu des autres Sur les grands sentiments n'ont pu régler les vôtres. D'une coupable ardeur l'indigne emportement Vous fait de votre rage aimer l'aveuglement. Vous voulez que je vive, et souffrez que je règne Tant que vous n'ayez plus d'obstacle qu'elle craigne, Et que par l'attentat l'un de l'autre défait Puisse en m'ôtant le jour jouir de son forfait. Il n'est droit si sacré que votre orgueil révère, Vous haïssez les noms et de père, et de frère, Et du sang à l'envi brisant les plus doux noeuds, Le trône est le Dieu seul qui mérite vos voeux. Sus donc, immolez-lui de si chères victimes, Et me faites trembler par l'horreur de vos crimes. Attendant que le fer en règle les effets Faites en ma présence un combat de forfaits. Dites tout ce que peut, pour trahir la Nature, Ou résoudre la rage, ou forger l'imposture, J'écoute ; et je crains bien pour reproche éternel De n'avoir à juger que du moins criminel.

PERSÉE

Seigneur, j'ai dû sans doute abandonner ma tête À l'éclat imprévu d'une affreuse tempête, Puisque les attentats dont encor je frémis Ne sauraient être crus s'ils n'ont été commis. Ce n'est pas sans raison qu'un Peuple téméraire Ne veut pour votre fils connaître que mon frère. Si chez vous comme lui j'en obtenais le rang, Vous trembleriez d'ouïr qu'on veut verser mon sang, Et ne voudriez pas qu'un reproche semblable Confondit l'Innocent avecque le Coupable. Ayant à craindre tout, si sans rien découvrir Vous voulez que je meure, et bien, il faut mourir, J'y consens, et je croirai mon sort digne d'envie Si ma mort avancée assure votre vie, Et si l'indigne ardeur de ses transports jaloux Peut s'étendre en mon sang sans aller jusqu'à vous ; Mais si dans ce péril la plainte m'est permise, Voyez-le contre moi s'armer avec surprise, Et l'éclat de sa haine osant tout aujourd'hui, Souffrez pour l'arrêter que je m'adresse à lui. Qu'espérez-vous, mon frère, et sur quelles maximes Courez-vous en aveugle au plus affreux des crimes ? Dans l'orgueil de compter tant de Rois pour aïeux, L'avidité du trône entraîne tous vos voeux, Comme eux il faut régner, et cette noble envie Pour remplir tout leur sort veut se voir assouvie ; Mais si ce que je suis tient le vôtre borné Prenez-vous-en aux Dieux qui m'ont fait votre aîné. L'usage ici reçu, le jugement d'un père Pour régner après lui veulent qu'on me préfère, Et votre bras armé pour répandre mon sang Vous peut seul donner droit de monter à son rang. Le Ciel dont l'équité sur nos desseins préside N'a pu souffrir encor un si noir parricide. Hier dans ce faux combat que j'osai hasarder Pour éviter ma perte il m'apprit à céder. C'est lui qui s'opposant à l'espoir qui vous reste Me fit fuir un festin qui m'eût été funeste, Et le crime partout noircissant votre foi, J'aurais dû cette nuit vous recevoir chez moi ? Seigneur, sans mes refus nés d'une juste crainte, Vous pleureriez ma mort où vous oyez ma plainte, Et ce qu'entre deux fils vous avez à juger, Ne vous aurait laissé que ma perte à venger. Détestez maintenant l'ardeur insatiable Où la soif de régner plonge une âme coupable, Mais en la détestant daignez vous souvenir Que vous avez à plaindre aussi bien qu'à punir. Que celui dont la rage aspire à perdre un frère Sente à jamais des Dieux l'implacable colère, Mais qu'au moins l'opprimé, pour s'en mettre à couvert, Dans l'appui de son Roi trouve un asile ouvert. Contre la trahison c'est le seul que j'espère, Je n'ai pour m'en sauver que les Dieux et mon père, S'il me faut fuir ici de secrets attentats, Je n'ai point de Romains qui me tendent les bras. Leur haine de ma mort se fait un heur suprême Parce que je soutiens l'honneur du Diadème, Et ne leur laisse voir aucuns moyens offerts De mettre, moi vivant, la Macédoine aux fers. La plainte cependant, le murmure, l'outrage, Sont le prix d'affranchir vos Sujets d'esclavage. Vous l'avez vu, Seigneur, dans ces lâches Soldats Qui hier même à vos yeux cherchèrent mon trépas. Que dirai-je des Grands dont la molle faiblesse À flatter les Romains à l'envi s'intéresse, Et qui sur un espoir et vil et hasardeux N'adorent que celui qui peut tout auprès d'eux ? Ce n'est pas à moi seul qu'il voit qu'on le préfère, Il l'emporte en secret sur son Roi, sur son père. C'est lui qui dans l'orage où vous étiez compris Des foudres du Sénat sauva vos cheveux gris. Si vos Peuples sans guerre ont la douceur de vivre, Des armes des Romains c'est lui qui les délivre, Et tandis qu'en vous seul je fonde mon appui, Vos Peuples, les Romains tout enfin est pour lui. À quoi présumez-vous que Quintius aspire Par tout ce qu'il se plaît sans cesse à vous écrire, Quand pour entretenir l'amitié du Sénat Il vous fait envoyer les Premiers de l'État ? Démétrius a part à cette Politique, Ses conseils sont sa règle en tout ce qu'il pratique, Et dans ces Envoyés qu'ils ont l'art de gagner, Ils cherchent du secours pour le faire régner. Ceux qu'un pur intérêt, ceux qu'un vrai zèle y mène N'en reviennent jamais qu'avec l'âme Romaine, Le seul Démétrius est maître de leur foi, Et déjà, vous régnant, ils l'appellent leur Roi. Si l'indignation m'arrache quelque plainte, De l'ardeur de régner j'ai soudain l'âme atteinte, Chacun veut que ce crime ait pour moi des appas, Et vous-même, Seigneur, ne m'en exemptez pas. Mais à quoi cette ardeur et basse et criminelle, Puisqu'au trône après vous ma naissance m'appelle ? Vouloir pour y monter confondre tous les droits, Renverser la Nature, anéantir les Lois, Se faire une vertu d'un frère qu'on opprime ; C'est là, Seigneur, c'est là ce qui s'appelle crime, Et j'atteste les Dieux, si j'en prends quelque effroi, Que je le crains pour vous beaucoup plus que pour moi. Négligez ce péril où ma vie est réduite, Détournez-en les yeux, mais voyez-en la suite, Et songez, qu'où du sang on a brisé les noeuds, Qui fait un parricide en peut commettre deux.

v. 543 : le texte original comporte "réprendre", nous choisissons de transcrire "répandre" plutôt que "reprendre".

DÉMÉTRIUS

Si je parais surpris, Seigneur, j'ai pour excuse Et le genre du crime, et celui qui m'accuse. Pour m'ôter tous moyens de vaincre mon malheur, Il veut auprès de vous corrompre ma douleur, Et de ses feints soupirs l'injurieuse amorce Tâche en la prévenant d'en détruire la force. Sur vous d'un faux péril il fait tomber l'effroi, Pour faire agir par vous sa rage contre moi. Quoi que fort du secours de ma seule innocence, Pour moi du Monde entier il arme la puissance. Et d'asiles partout il aime à se priver, Pour empêcher qu'en vous je n'en puisse trouver. Dieux, qu'il prend pour témoins des motifs de sa crainte, Aidez ceux qu'il abuse à pénétrer leur feinte, Et puisqu'à m'en purger je me trouve réduit, Éclairez ce grand crime où j'ai choisi la nuit. Il l'expose à vos yeux l'âme encor toute émue, Comme s'il ne formait qu'une plainte imprévue, Et que ces noirs complots dont il souille ma foi Ne fussent pas des traits préparés contre moi. Prince, si dès longtemps formant brigues sur brigues, Je fais contre l'État de criminelles ligues, Il fallait m'accuser de cette trahison Avant qu'elle employât le fer et le poison. Déjà pour m'en punir j'étais assez coupable Sans que de cette nuit on y joignît la fable, Mais pour mieux voir quel fruit j'en pourrais espérer, Vous voulez tout confondre, il faut tout séparer. Le grand titre d'aîné, le jugement d'un père, Le droit des Nations, tout veut qu'on vous préfère, Et pour en démentir l'aveugle choix du Sort, Ma lâche ambition a juré votre mort. Pourquoi donc m'imputer la coupable espérance Dont l'appui des Romains flatte mon arrogance ? Si jusqu'à faire un Roi vous portez leur crédit, Qu'est-il besoin de crime où leur secours suffit ? Est-ce afin que le trône ait plus de quoi me plaire, Si j'en vois les degrés teints du sang de mon frère ? Est-ce afin qu'auprès d'eux ce noir crime commis M'ôte ce peu d'estime où la vertu m'a mis ? Quintius qu'on me voit prendre partout pour guide, M'aura-t-il conseillé cet affreux parricide, Lui qui chérit son frère, et laisse à nos neveux De l'union parfaite un exemple fameux ? Pour m'élever au trône où mon orgueil aspire, Vous voulez qu'à l'envi tout le monde conspire, Et comme sans appui, pour unique recours, Vous me faites du crime emprunter le secours. Voyons-le tel qu'il est, où qu'on le fait paraître, Ce crime qu'entre nous un père doit connaître. On divise l'Armée, et d'une égale ardeur Nous disputant le prix qu'on destine au Vainqueur. Tous deux Chefs de parti nous cherchons la victoire, Et quand sur vous enfin j'en emporte la gloire, Ma haine, dites-vous, si l'on ne m'eût cédé, Par un combat sanglant en aurait décidé. Quelle plainte, grands Dieux, et qu'elle a de faiblesse ! Vous fûtes le témoin de ce combat d'adresse, Seigneur, et vous savez ce qu'on me vit tenter, Qui marque la fureur qu'il ose m'imputer ; Mais la sienne, qu'anime une haine implacable, Ne veut rien épargner pour me rendre coupable. Dans la fête qu'ensuite on me voit ordonner Je l'invite au festin, c'est pour l'empoisonner. Sans nommer les témoins d'une trame si noire, J'en suis trop convaincu parce qu'il la veut croire. Le fer enfin succède, on me fait tout oser. Prince, m'accuser trop, ce n'est pas m'accuser. Pour rendre contre moi vos plaintes légitimes, Un seul jour me pouvait amasser moins de crimes Je vais chez vous de nuit, et l'on doit soupçonner Que j'y vais seulement pour vous assassiner ? Puisque de ce forfait vous avez des indices, J'étais accompagné, je livre mes Complices, Qu'ils viennent, et par eux faites connaître à tous L'ordre d'un attentat qu'ils apprendront de vous. Mais que sert contre moi d'inventer cette fable ? De tant de crimes faux passons au véritable. Que ne me dites-vous, puisqu'il faut l'exprimer, Pourquoi, Démétrius, t'es-tu fait estimer ? Pourquoi de ta vertu la Macédoine éprise Me voit-elle à regret une Couronne acquise, Et quand de ma conduite on la voit s'indigner, Pourquoi lui parais-tu plus digne de régner ? Quelques déguisements qui cachent sa pensée, C'est là, Seigneur, c'est là ce qui blesse Persée, Et l'on s'empresserait bien moins à me trahir, Si par mes lâchetés je me faisais haïr ; Mais comme avec le sang la vertu m'intéresse À lui céder un trône acquis au droit d'Aînesse, Ce même sang m'apprend à me montrer jaloux De mériter l'honneur d'être sorti de vous. Quant aux Romains, Seigneur, dont il veut prendre ombrage, M'a-t-on vu demander à leur servir d'Otage. Et si vers le Sénat vous m'avez député, Ai-je de cet emploi brigué la dignité ? Dans l'un et l'autre temps ma foi toujours sincère N'a choisi pour objet que la gloire d'un père, Et par vos ordres seuls ayant pris droit d'agir, Ni pour vous ni pour moi je n'ai point à rougir. Tant qu'avec eux la paix nous défendra les armes Leur alliance offerte aura pour nous des charmes, Mais si vous en rompez le noeud mal affermi Ils trouveront en moi leur plus fier Ennemi. De leur protection il n'est rien que j'attende ; Qu'ils ne me nuisent point, c'est ce que je demande, Et qu'un frère trop prompt à soupçonner ma foi Ne prenne point chez eux des armes contre moi. Si vous me condamniez, quelle que fût l'offense, Ce serait à lui seul à prendre ma défense, Et c'est lui que je vois sur de faux attentats Vouloir vous arracher l'arrêt de mon trépas. Appelé sans savoir que j'eusse à me défendre, Je n'ai pour y songer que le temps de l'entendre, Tandis qu'à me noircir, et qu'à me déchirer Sa haine industrieuse a su se préparer. Hélas ! Dans ce malheur où serait mon refuge, Si tout autre que vous devait être mon Juge ? Contre un frère cruel qui veut trancher mes jours, C'est un fils qui d'un père implore le secours. Dans l'excès où sa rage a pu déjà paraître, Que n'en craindrai-je point quand il sera mon Maître, Et que sert qu'aujourd'hui l'on m'ose secourir, Si par lui tôt ou tard j'ai toujours à périr ?

SCÈNE IV. Philippe, Persée, Démétrius, Didas, Antigonus, Onomaste.

SCÈNE V. Démétrius, Didas.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Érixène, Phénice.

SCÈNE II. Philippe, Érixène, Phénice, Suite du Roi.

SCÈNE III. Philippe, Érixène, Didas, Phénice, Suite.

SCÈNE IV. Philippe, Érixène, Didas, Onomaste, Phénice, Suite.

SCÈNE V. Érixène, Phénice.

SCÈNE VI. Érixène, Démétrius, Phénice.

DÉMÉTRIUS

Quoi, Didas...

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Érixène, Démétrius, Phénice.

SCÈNE II. Érixène, Persée, Démétrius, Phénice.

SCÈNE III. Persée, Démétrius.

SCÈNE IV. Philippe, Persée, Démétrius, Didas.

SCÈNE V. Philippe, Démétrius, Didas.

SCÈNE VI. Philippe, Didas.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Philippe, Antigonus.

ANTIGONUS

Seigneur.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Érixène, Phénice.

SCÈNE II. Érixène, Antigonus.

SCÈNE III. Persée, Érixène.

SCÈNE IV. Philippe, Persée, Érixène, Suite.

SCÈNE V. Philippe, Persée, Érixène, Phénice, Suite.

ÉRIXÈNE

Il est mort ?

PHILIPPE, à Persée

Ah, Perfide !

SCÈNE VI. Philippe, Érixène, Phénice, Suite.

PHÉNICE

Oui, Seigneur, et du Sort les plus dures menaces N'ont fait suivre jamais de pareilles disgrâces. J'étais dans le jardin quand une prompte horreur Par un objet affreux s'empare de mon coeur. Du Prince tout sanglant le spectacle funeste Me fait craindre un forfait que mon âme déteste. Je m'écrie, et tremblant à le voir aux abois, À peine ai-je parlé qu'il reconnaît ma voix. Il soupire, et faisant effort sur sa faiblesse, "J'exécute, a-t-il dit, l'ordre de ma Princesse, Et la mets en pouvoir de donner une foi Qui n'aurait pu sans crime être à d'autres qu'à moi. C'est le moins que je dusse au beau feu qui m'anime Que rendre par ma mort son hymen légitime. Je l'aimais chèrement ; mais malgré tant d'amour, Qui n'en est plus aimé n'est plus digne du jour. Du moins en la quittant j'ai la douceur de croire Que si l'Envie encore ose attaquer ma gloire, Elle repoussera ces bruits injurieux Qui n'ont fait voir en moi qu'un Prince ambitieux. Averti du poison qu'un père me prépare, J'évitais par la fuite un ordre si barbare, Et si pour les grandeurs mon coeur eût soupiré, J'avais chez les Romains un asile assuré ; Mais j'aurais de mon feu cru trahir la tendresse Et j'eusse refusé ma vie à ma Princesse. Comme pour elle seule on m'a vu la chérir, Quand elle veut ma mort il m'est doux de mourir, Assure-t-en, Phénice, et que jamais une âme..." Son coeur pousse à ces mots un soupir tout de flamme ; Ses regards sur les miens s'arrêtent tristement, Il nomme la Princesse, et meurt en la nommant.

SCÈNE VII. Philippe, Antigonus, Suite.

2 080 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0