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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Théodat

Thomas Corneille· créée en 1672, imprimée en 1673· 5 actes· 1 788 vers· 8 personnages

Représentée pour la première fois le 18 novembre 1672 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • AMALASONTE, Reine des Goths
  • THÉODAT, Prince Goth, favori d'Amalasonte
  • ILDEGONDE, Princesse du sang d'Amalasonte
  • HONORIC, Prince Goth, amant d'Ildegonde
  • ATAULPHE, Capitaine des gardes d'Amalasonte
  • GEPILDE, confidente d'Amalasonte
  • VALMIRE, confidente d'Ildegonde
  • EUTHAR, confident de Théodat
AU LECTEUR

Théodat fut associé à l'Empire des Goths par Amalasonte, et traita cette malheureuse Princesse avec tant d'indignité, qu'un peu après qu'elle l'eut élevé au trône, il eut la bassesse de l'exiler. Quelques-uns ajoutent qu'il donna ordre qu'on l'emprisonnât dans une île où il l'avait reléguée. Ce caractère d'ingratitude m'a paru avoir quelque chose de trop odieux pour pouvoir être souffert au théâtre. Ainsi j'ai tâché de conserver ce qui regarde la disgrâce d'Amalasonte, sans en rendre Théodat coupable, et je me suis conformé pour le genre de sa mort, à ce qu'en écrit Blondus. Il nous apprend dans le troisième Livre de la première Décade, que Théodat consentit que les enfants de quelques seigneurs Goths, à qui cette reine avait fait couper la tête, vengeassent le sang de leurs pères en la faisant périr elle-même dans le lieu de son exil. Je ne sais si en la peignant vindicative dans tout cet ouvrage, j'ai affaibli les grandes qualités que les historiens lui donnent, mais il semble assez naturel qu'une reine à qui une illustre naissance a dû donner beaucoup de fierté, ne se puisse voir méprisée d'un sujet qui abuse de la connaissance qu'elle lui a donnée de son amour, sans s'en faire outrage d'autant plus sensible, qu'après l'avoir fait arrêter inutilement, elle connaît qu'elle ne saurait plus espérer d'autorité qu'autant qu'il lui en voudra souffrir. Ce sont des crimes que les maximes d'État ne permettent point de pardonner, et peut-être Amalasonte eut-elle été condamnable, si ne se voyant plus reine que de nom, elle eut fait scrupule de chercher sa sûreté par la perte de celui qui était la seule cause de son infortune.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Théodat, Euthar.

SCÈNE II. Amalasonte, Théodat, Gepilde.

SCÈNE III. Amalasonte, Gepilde.

AMALASONTE

Ah, le respect n'est point un tyran si sévère, Ou si l'on en reçoit quelque ordre de se taire, On l'observe d'un air si chagrin, si contraint, Qu'en montrant ce qu'on soufre on fait voir ce qu'on craint. La raison par l'amour est bientôt affaiblie, Auprès de ce qu'on aime, on s'égare, on s'oublie, Au défaut de la bouche une tendre langueur Fait lire dans les yeux le désordre du coeur, Et l'on ne peut penser, quand un beau feu l'anime, Qu'un soupir indiscret passe pour un grand crime. Mais jamais jusque-là Théodat n'est venu ; Point d'oubli, point de trouble, il s'est toujours connu, J'avais beau l'enhardir sur le feu qui me touche, Tout se taisait en lui, le coeur, les yeux, la bouche, Comme si mes bontés eussent peu mérité Qu'il daignât se permettre une témérité Et tâcher, en perçant le secret de mon âme, De m'épargner l'affront de prévenir sa flamme. Même en la prévenant, quelle honte pour moi, Et jusqu'où j'ai trahi l'orgueil que je me dois ! N'as-tu pas remarqué qu'il n'a voulu m'entendre, Que quand je l'ai contraint à ne s'en plus défendre, Que s'il eût pu le faire, il aurait crû plus tard ? Ah, pour les vrais amants il ne faut qu'un regard. À voir quand il s'échappe attachés sans relâche, Ils arrachent du coeur ce que ce coeur leur cache, Et pour y pénétrer, prennent avidement Les plus faibles clartés du moindre égarement. Mais enfin, c'en est fait, je ne m'en puis dédire, J'ai parlé, l'Ingrat sait que pour lui je soupire Vois par là quels malheurs j'aurai su m'attirer, Si je vois qu'à ma honte il m'ait fait déclarer. Je l'aime, et plus l'amour que j'ai trop osé croire M'a fait en sa faveur relâcher de ma gloire, Plus de moi contre lui, s'il me la faut venger, Cette gloire offensée aura lieu d'exiger. Où l'outrage demande une juste colère, La rigueur à punir est toujours nécessaire. J'en ai donné l'exemple, et l'honneur de mon rang, D'abord que j'ai régné, m'a coûté quelque sang. Theudis s'en plaint encor, Trasimond en murmure, Et Théodat sait trop que sensible à l'injure...

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Ildegonde, Valmire.

ILDEGONDE

Étonne-t-en, Valmire. Quoiqu'ait ce changement d'incroyable pour toi, Tu n'en seras jamais si surprise que moi. Je suis née en un rang où l'orgueil qui m'anime Peut-être en le réglant eût été légitime ; Mais à ses seuls conseils voulant avoir égard, Je l'ai porté trop loin, et le connais trop tard. Aux dépens de mon coeur c'est lui qui me fit croire Que je me devais toute au souci de la gloire, Et que de tous les maux qui pouvaient m'alarmer, Rien n'était plus à fuir que la honte d'aimer. Il me la dépeignait avec toute l'adresse Qui peut y faire voir une indigne faiblesse, Un mol amusement dont les lâches appas N'étaient flatteurs et doux que pour les Esprits bas ; Et dans ces mouvements qui possédaient mon âme, Théodat vint s'offrir, je dédaignai sa flamme. Non que je visse en lui rien qui pût mériter L'injurieux dédain qui le fit rejeter ; Je suivais seulement la fierté naturelle Qui me montrant la gloire, immolait tout pour elle ; Et tout autre venant se livrer à mes fers, Eut reçu même prix des voeux qu'il m'eut offerts. Théodat se lassa de cette humeur altière, Il cessa de me voir, je n'en fus pas moins fière ; D'aucun chagrin par là n'ayant l'esprit frappé, Je crûs voir sans regret qu'il m'était échappé : Mais quand je m'aperçus qu'ayant brisé ma chaîne, Ce Fugitif portait tous ses voeux à la Reine, J'eus beau, pour étouffer le dépit que j'en eus, Consulter cet orgueil qui ne me parlait plus, Mon coeur ne pût d'abord renoncer au murmure, C'est là qu'était le mal, je sentis la blessure ; Et soit que d'un amant à me quitter trop prompt L'inconstance eut pour moi l'image d'un affront, Soit qu'en mon coeur l'amour n'ayant osé paraître, Voulût pour se venger agir alors en maître, Ce coeur, pour Théodat que la Reine m'ôtait, Devint dès ce moment tout autre qu'il n'était ; Et si pour n'en donner aucune connaissance, D'un paisible dehors j'affectai l'apparence, De cent troubles secrets le dedans combattu Me fit payer bien cher cette fausse vertu.

SCÈNE II. Ildegonde, Honoric, Valmire.

SCÈNE III. Ildegonde, Valmire.

SCÈNE IV. Théodat, Ildegonde, Valmire.

ILDEGONDE

Qu'à moi ?

SCÈNE V. Théodat, Euthar.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Amalasonte, Honoric, Gepilde.

SCÈNE II. Amalasonte, Théodat, Honoric, Gepilde.

SCÈNE III. Amalasonte, Ildegonde, Théodat, Honoric, Gepilde.

SCÈNE IV. Amalasonte, Théodat, Honoric, Gepilde.

SCÈNE V. Amalasonte, Théodat, Geilde.

SCÈNE VI. Amalasonte, Gepilde.

ATAULPHE

Madame.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Amalasonte, Gepilde.

SCÈNE II. Amalasonte, Ataulphe, Gepilde.

AMALASONTE

Hé bien, des factieux a-t-on calmé l'audace ?

Factieux : Séditieux, remuant, celui qui forme des cabales , et des factions, ou qui adhère à leur parti. [F]

SCÈNE III. Amalasonte, Gepilde.

SCÈNE IV. Amalasonte, Honoric, Gepilde.

SCÈNE V. Amalasonte, Gepilde.

SCÈNE VI. Amalasonte, Théodat, Gepilde.

SCÈNE VII. Amalasonte, Ildegonde, Théodat, Gepilde, Valmire.

SCÈNE VIII. Ildegonde, Théodat, Valmire.

SCÈNE IX. Ildegonde, Théodat, Euthar, Valmire.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Ildegonde, Valmire.

SCÈNE II. Amalasonte, Ildegonde, Valmire, Gepilde.

ILDEGONDE

Ah Valmire !

AMALASONTE

Enfin, grâces au Ciel, rien ne manque à ma joie ; À pleines mains sur moi sa faveur se déploie. Dans mon coeur agité je ne sais quels combats De la mort d'un amant corrompaient les appas. Je tremblais d'une gloire à mon amour fatale ; Mais quand je puis jouir des pleurs de ma rivale, Ses ennuis à mes yeux si vivement offerts, Consolent cet amour de tout ce que je pers. Qui l'eût crû qu'Ildegonde, elle qui fut si fière ; Allant pour Théodat jusques à la prière, Avec tant de bassesse eut mendié sa foi Pour me voler un coeur qui se donnait à moi ? C'est donc ce qui le fit à soi-même infidèle ; L'ingrat sitôt changé, ne changea que pour elle, Et leur intelligence à braver mon amour, De ses feux mal éteints produisit le retour. Ah si j'avais connu... Mais qu'eut pu ma vengeance, Qui de mes voeux trahis réparât mieux l'offense ? De deux amants ensemble ordonner le trépas, Quelque cruel qu'il soit, c'est ne les punir pas. Lors que l'un perd le jour sous le fer qui l'en prive, Pour en sentir l'atteinte, il faut que l'autre vive : Oui, perfide rivale, après l'indigne éclat De l'outrageant amour qui m'ôte Théodat, Si pour voir ma vengeance heureusement remplie, J'eus besoin de sa mort, j'ai besoin de ta vie. J'eus besoin qu'à toute heure, examinant sa foi, Tu songes, s'il est mort, qu'il n'est mort que par toi ; Que ton bras a versé le sang que tu regrettes. J'élevais son destin à des grandeurs parfaites, Ton amour malgré moi s'est rendu son bourreau, Je le mettais au trône, il le met au tombeau. Peins-toi bien cette image, et toute déchirée Par l'affreuse douleur de t'en voir séparée, Toujours preste à mourir sous l'horreur du remords, Chaque jour, s'il se peut, endure mille morts.

SCÈNE III. Amalasonte, Ildegonde, Théodat, Gepilde, Valmire.

THÉODAT, à Amalasonte

Pour me justifier, j'ai besoin de ma gloire, Elle est mon seul recours, mais l'en voudrez vous croire, Madame ? tout m'accuse, et pour noircir ma foi, Du plus honteux forfait l'indice est contre moi. Hier sachant qu'Honoric par un nouveau tumulte De quelques factieux souffrait ici l'insulte, Confus de ce désordre, afin de l'empêcher, De leurs mains aussitôt je courus l'arracher. À ma voix, à mes cris ne déférant qu'à peine, Ils juraient que son sang satisferait leur haine ; Et Theudis à regret différant son trépas, Exécutait des yeux ce que n'osait son bras. Il croit que ses conseils ont fait périr son père, Et tant d'aveuglement se mêle à sa colère, Que s'étant déclaré, rien n'est plus assez fort Pour lui faire oublier cette honteuse mort. Je crûs pour Honoric devoir craindre l'orage ; Et touché des périls que pour lui j'envisage, L'approche de la nuit redoublant mon effroi, Pour l'en mettre à couvert, je l'enlève chez moi. Un des Miens seulement instruit de sa retraite, Seconde le secours que ma pitié lui prête ; Mais ce lieu qui devait faire sa sûreté, N'a pu le garantir de l'infidélité. Comme en ce lieu funeste il occupait ma place, Je ne sais si par lui le Destin me menace, Mais enfin (je m'en sens le coeur tout interdit) Le jour me l'a fait voir poignardé dans mon lit. C'est là qu'il a péri ; j'avais seul connaissance De l'asile où ses jours cherchaient leur assurance ; La vertu par l'amour se peut laisser trahir, Il était mon rival, je le devais haïr ; Et si vous ne tenez l'apparence croyable, Le crime est avéré, vous voyez le coupable. Cependant je me pers à force d'y penser, Madame ; et quelque sang qu'on ait voulu verser. J'ignore quelle main offerte à les répandre...

SCÈNE IV. Théodat, Ildegonde, Valmire.

SCÈNE V. Théodat, Ildegonde, Euthar, Valmire.

1 788 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0