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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Saynète en vers et en prose

A Huitaine

Georges Courteline· imprimée en 1894· 25 vers· 4 personnages

Personnages

  • L'AVOCAT
  • LE JUGE
  • LE PRÉSIDENT
  • LE PRÉVENU

À HUITAINE !

L'AVOCAT

Messieurs, l'homme que j'ai le plaisir compliqué de regret et le regret compliqué de plaisir de défendre aujourd'hui devant vous...

UN JUGE, bas au Président

Dis donc, tu sais qu'il est six heures et que nous dînons ce soir chez les Proutrépéto ?

LE PRÉSIDENT

Ah Bigre !

Haut.

Pardon, maître, mais l'heure avance. Impossible de vous entendre aujourd'hui. Le tribunal renvoie à huitaine pour la plaidoirie et le jugement.

LE PRÉSIDENT

Tâchez de vous exprimer d'une manière plus convenable.

L'AVOCAT

Je demande l'indulgence en faveur de mon client. Voilà si semaines qu'il est détenu pour un délit dont il n'est pas l'auteur...

LE PRÉSIDENT

Je n'en disconvient pas.

L'AVOCAT

... et sa légitime impatience... - Au surplus, je suis aux ordres du tribunal. Tout au plus objecterai-je qu'il me sera de toute impossibilité de prendre la parole devant lui, d'aujourd'hui en huit. Je pars lundi pour Carcassonne où je plaide l'affaire Baloche.

LE PRÉSIDENT

Fort bien, maître. À quinzaine ?

L'AVOCAT

C'est entendu, Monsieur_le_Président. À quizaine !

LE PRÉSIDENT

L'audience est...

LE SUBSTITUT

Pardon ! Je ferai observer à monsieur le président que dans quinze jours ce sera la semaine de Pentecôte, pendant laquelle les tribunaux ne siègent pas.

LE PRÉSIDENT

C'est vrai.

L'AVOCAT

Diable !

LE PRÉSIDENT

Sapristi ! Comment faire ?... Ah ma foi, tant pis ! - À trois semaines !

LE PRÉSIDENT

Encore une fois, veuillez vous exprimer avec moins de laisser-aller. - Donc, voilà qui est bien convenu ? À trois semaines.

UN JUGE

À trois... - Au fait, non !

LE PRÉSIDENT

Pourquoi ?

UN JUGE

J'ai sollicité et obtenu du Garde_des_Sceaux un congé de deux mois pour raison de santé, à partier du 1er_mai. Or, la loi frappe de nullité tout jugement rendu par un tribunal compose d'autres magistrats que ceux qui ont assisté aux débats.

LE PRÉSIDENT

Vous avez raison. - Nous attendrons donc, messieurs, le retour de notre honorable collègue pour statuer sur le cas présent.

LE SUBSTITUT

Ce qui nous renvoie en juillet.

LE PRÉSIDENT

Oui. Et encore, quand je dis oui, je me trompe : juilletn c'ets lépoque des vacances.

LE SUBSTITUT

Renvoyons après vacations.

LE PRÉSIDENT

N'est-ce pas ? - Après vacations !

Il se lève.

L'audience est levée. Gardes, remmenez le prévenu.

LE PRÉVENU, auquel les gardes remettent le cabriolet

On ne finira donc jamais Avec les lenteurs judiciaires.

25 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica