Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers

Pyrrhus

Prosper Jolyot de Crébillon· créée en 1726· 5 actes· 1 760 vers· 10 personnages

Réprésentée pour la première fois le 29 avril 1726 au Théâtre de la Rue des Fossés Saint-Germain..

Personnages

  • PYRRHUS, roi d'Épire, élevé sous le nom d'Hélénus fils de Glaucias
  • GLAUCIAS, roi d'Illyrie
  • NÉOPTOLÈME, usurpateur de l'Épire, prince du sang de Pyrrhus
  • ILLYRUS, fils de Glaucias
  • ÉRICIE, fille de Néoptolème
  • ANDROCLIDE, officier des armées de Glaucias ; et sujet de Pyrrhus
  • CYNÉAS, confident de Pyrrhus
  • ISMÈNE, confidente d'Éricie
  • GARDES
  • SUITE
MONSIEUR,

À MONSIEUR PÂRIS, Conseiller du roi en ses conseils d'État privés, ancien garde du trésor royal.

Le sort que le public a daigné faire à PYRRHUS, tout brillant qu'il a été, n'est point encore aussi touchant pour moi que le plaisir de vous offrir un ouvrage applaudi, et de pouvoir, par ce présent ; vous donner une marque plus éclatante des sentiments que j'ai pour vous ; sentiments auxquels vous laissez si peu de carrière, à certains égards, qu'il faut, malgré soi, se conformer à votre façon de penser, trop modeste et trop délicate pour s'accommoder du style ordinaire d'une épître dédicatoire. Vous avez voulu, MONSIEUR, que celle-ci fût seulement un témoignage authentique de l'amitié qui nous lie. ! Heureux si, par des preuves plus solides de la mienne, je pouvais un jour vous convaincre qu'on ne peut être avec une estime plus respectueuse et une vénération plus parfaite,

MONSIEUR, votre très humble et très obéissant serviteur,

JOLYOT DE CRÉBILLON.

ACTE I

SCÈNE I.

GLAUCIAS, seul

Vous, à qui j'offre ici tant de voeux inutiles, Dieux vengeurs des forfaits, protecteurs des asiles, Que le soin de vous plaire et de vous imiter Contre un roi généreux semble encore irriter ; Si les pleurs cruel que j'oppose à vos décrets terribles, Si ma juste douleur vous éprouve inflexibles, Du moins ne laissez pas succomber ma vertu Sous les divers transports dont je suis combattu, Glaucias ne peut-il, sans cesser d'être père, Soutenir de son rang l'auguste caractère ? Ô mon fils ! Cher espoir ! Malheureux Illyrus ! Faut-il livrer ta tête, ou celle de Pyrrhus ? Voici le jour fatal qui veut que je décide Entre l'ami parjure et le père homicide. Il ne m'est plus permis d'accorder dans mon coeur ; Les droits de la nature avec ceux de l'honneur : L'une attend tout de moi, ma foi doit tout à l'autre. J'ai rempli mon devoir : dieux, remplissez le vôtre. Vous fûtes les garants des serments que je fis ; Sauvez-moi du parjure, ou me rendez mon fils. Barbare Cassander, traître Néoptolème, Est-ce à vous que je dois livrer la vertu même ? Frappez, dieux tout-puissants : c'est assez protéger Deux tyrans dont la foudre aurait dû me venger Laisserez-vous Pyrrhus, votre plus digne ouvrage, En proie aux noirs projets de leur jalouse rage ? Est-ce un crime pour lui que d'avoir mérité De jouir comme vous de l'immortalité ? Et n'est-ce point assez qu'une main parricide Ait terminé les jours de l'illustre AEacide ? Abandonnerez-vous son fils infortuné Au malheur qui poursuit le sang dont il est né ? Non, il ne mourra point ; le mien en vain l'ordonne. Je dois tout à Pyrrhus, ma gloire, ma couronne, Et la vie ; et, pour dire encor plus pour un roi, Je lui dois d'un ami le secours et la foi : Il ne l'éprouvera légère ni perfide.

SCÈNE II. Glaucias, Androclide.

GLAUCIAS

Le coup est cependant tout prêt à l'accabler. Tu sais, lorsqu'Hélénus eut reconquis l'Épire Qui fut de ses aïeux le légitime empire, Que je te confiai le soin de conserver Ces États qu'en secret j'avais fait soulever, Et dont enfin je fis sortir Néoptolème. Hélénus, n'écoutant que son ardeur extrême, Poursuivit l'inhumain qui fuyait devant lui. Cassander le reçut, et devint son appui ; Cassander, de tout temps ennemi d'AEacide, Arma pour soutenir son ami parricide. Mais ils crurent en vain arrêter le vainqueur : Hélénus remplit tout de carnage et d'horreur, Les atteignit enfin vers les murs d'Ambracie ; Lieu fatal ! Jour funeste au repos de ma vie ! Hélénus, plein d'ardeur et l'oeil étincelant, N'avait jamais paru ni plus fier ni plus grand. Mais, s'il fit voir alors Achille formidable, Il ne nous fit pas voir Achille invulnérable : Il fut blessé. Mon fils, jaloux de sa valeur, Crut pouvoir par lui seul réparer ce malheur, Et poursuivre sans crainte une sûre victoire, Dont Hélénus devait s'attribuer la gloire ; Mais ce fut pour servir de triomphe au vainqueur : Il fut défait et pris. Juge de ma douleur, Quand je vis Illyrus tomber en la puissance De ceux qu'au désespoir réduisait ma vengeance. À peine je rendis un reste de combat. Hélénus languissait, et manquait au soldat, Qui, l'ayant vu couvert de sang et de poussière, Et croyant qu'il touchait à son heure dernière, Malgré mes vains efforts plia de toutes parts ; Et je me crus enfin, après mille hasards, Trop heureux de pouvoir regagner l'Illyrie, Moi qui me préparais a conquérir l'Asie.

SCÈNE III. Glaucias, Hélénus, Cynéas.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Hélénuss, Éricie, Ismène.

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Illyrus, Hélénus, Gardes.

SCÈNE VIII. Illyrus, Gardes.

ACTE II

SCÈNE I. Néoptolème, Éricie.

ÉRICIE

Seigneur, sur ses projets qu'un grand roi lui confie Daignera-t-il entendre un moment Éricie ? Je n'examine point quel sera mon époux : Son choix, vous le savez, ne dépend que de vous : Ainsi j'obéirai. Ce qui me reste à dire, C'est votre gloire ici qui seule me l'inspire. D'un coeur rempli pour vous d'amour et de respect, Quel sentiment, Seigneur, pourrait être suspect ? Souffrez que, m'élevant jusqu'à Néoptotème, J'aille sans l'offenser le chercher dans lui-même. C'est l'univers entier qui parle par ma voix, J'ose l'interpréter pour la première fois. Vous vous êtes vengé : le meurtre d'AEacide, Pour tout autre qu'un roi, serait un parricide ; Mais, si vous répandez le reste infortuné De ce sang que les dieux vous ont abandonné, Les intérêts d'État, le trône et ses maximes, La politique enfin, voile de tant de crimes, Ne seront désormais que de faibles garants Pour vous sauver des noms qu'on prodigue aux tyrans : Quand même à vos désirs son fils pourrait souscrire, Glaucias voudra-t-il qu'il règne sur l'Épire ; Que du sang de Pyrrhus il achète ma main, D'un sang que deux grands rois redemandent en vain ; Lui qui, pour conserver une tête si chère, Semble avoir étouffé les sentiments d'un père ? Si vous vous attachez le grand coeur d'Hélénus, Que peut vous importer le trépas de Pyrrhus ? Laissez vivre, Seigneur, un prince dont la vie D'aucun malheur pour vous ne peut être suivie. AEacide, ennemi des princes de son sang, Vous força malgré vous de lui percer le flanc. Si sa mort fut pour vous un crime involontaire, Que son inimitié vous rendit nécessaire, Le salut de son fils, qui peut seul l'expier, Plus nécessaire encor, doit vous justifier. Et vous vous attachez à la seule victime Qui pouvait expier ou consommer le crime !

NÉOPTOLÈME

Tant que Pyrrhus vivra, mes sujets ennemis, À ce funeste nom, se croiront tout permis ; Et le fier Hélénus, fût-il plus grand encore, Ne me sauverait point d'un peuple qui m'abhorre. Les dieux, en me livrant le superbe Illyrus, Ont prononcé l'arrêt du malheureux Pyrrhus : Il m'a trop fait trembler, il est temps qu'il périsse. Glaucias m'en refuse en vain le sacrifice : Je ne peux qu'à ce prix arrêter ses projets, Et fixer entre nous une constante paix. Son coeur en gémira ; mais votre hymen, ma fille, Unissant pour jamais l'une et l'autre famille, Calmera la douleur d'un roi trop généreux Qui peut par cet hymen rendre Hélénus heureux. Que Glaucias y soit favorable ou contraire, Du trépas de Pyrrhus rien ne peut me distraire. Que l'univers alors éclate contre moi : Un crime nécessaire est pour nous une loi. Voulez-vous qu'écoutant un discours téméraire J'asservisse le sceptre aux erreurs du vulgaire ? Heureux qu'à notre égard son imbécillité Nous assure du moins de sa docilité ! À tout ce qui nous plaît c'est à lui de souscrire ; Dès que sans le troubler il nous laisse l'empire, Laissons-lui des discours dont il est si jaloux. Ce qui fait ses vertus serait vice pour nous. Le peuple, en ce qui flatte ou choque sa manie, Trouve de la justice ou de la tyrannie. Nous ne nous réglons point au gré de ses erreurs. Les dieux ont leur justice, et le trône a ses moeurs. Mais Glaucias paraît. Ma fille, allez m'attendre. Quel dessein le conduit ? Et que vient-il m'apprendre ?

SCÈNE II. Glaucias, Néoptolème.

GLAUCIAS

Seigneur, vous triomphez : Androclide est défait. Je ne sais si sa honte est pour vous un secret ; Mais sous vos lois l'Épire est désormais réduite : Cassander l'a soumise, ou plutôt l'a détruite. Je ne vous cache point les pertes que je fais, Et je vous viens moi-même annoncer vos succès. Le destin vous élève, et le ciel m'humilie : J'ai commandé longtemps, aujourd'hui je supplie. Voyons l'usage enfin qu'en nos succès divers Vous ferez du triomphé, et moi de mes revers. L'infortuné Pyrrhus n'est plus pour vous à craindre ; Sans être trop humain, je crois qu'on peut le plaindre : La pitié sur ce point, dans un coeur irrité, N'a pas même besoin de générosité. J'ai protégé sans fruit ce prince déplorable : Tout s'arme contre lui, tout vous est favorable ; Mais vous connaissez trop ma constance et ma foi, Pour croire que le sort soit au-dessus de moi. Je ne vous parle point d'une vaste puissance Qui vous fit si longtemps éprouver ma vengeance : À peine votre coeur se serait satisfait, Que vous savez assez quel en serait l'effet. Régnez donc, puisqu'ainsi le destin en ordonne : Sans remords et sans droit gardez une couronne Qu'un autre nommerait le prix de vos forfaits, Que je vais cependant consacrer par la paix. Je rends à Cassander la Macédoine entière : Tout ce que j'ai conquis sera votre frontière : Je n'armerai jamais en faveur de Pyrrhus, Et je consens enfin, à l'hymen d'Illyrus. Je fais plus : je promets, Seigneur, que votre vie Jamais de mon aveu ne sera poursuivie ; Qu'à Pyrrhus je tairai son nom et ses aïeux : J'en jure par ce fer, j'en jure par les dieux. J'ai tout dit : répondez.

NÉOPTOLÈME

Où donc est l'avantage D'une paix dont Pyrrhus ne serait point le gage ? Il est vrai que mon sort, Seigneur, a bien changé ; Mais, pour vous craindre moins, en suis-je plus vengé ? L'Épire en sera-t-elle à mes lois plus soumise, Mes jours plus à couvert d'une lâche entreprise ? Si Pyrrhus se connaît, pourra-t-il oublier Que son père fut roi, qu'il eut un meurtrier, Qu'il vit, et qu'entre nous un coup irréparable Doit opposer saris cesse un vengeur au coupable ? Malgré les noeuds du sang dont nous sortions tous deux, Il fallut m'immoler un roi trop soupçonneux ; Je ne m'en cache point : si c'est un parricide, On ne doit l'imputer qu'aux rigueurs d'AEacide. Son trône, après sa mort, était le seul abri Que je pusse choisir à mon honneur flétri : Je ne vis qu'un bandeau qui pût sauver ma tête. La force en fit le droit, un meurtre la conquête, Il est vrai : mais combien de trônes sont remplis Par les usurpateurs qui s'y sont établis ! Votre aïeul en fut un ; j'en nommerais mille autres Oui n'eurent pour régner d'autres droits que les nôtres. Quoi qu'il en soit, Seigneur, je demande Pyrrhus, Et ne peux qu'à ce prix relâcher Illyrus. De vos soins vertueux outrez moins la chimère, Et ressouvenez-vous que vous êtes son père ; Que s'il périt, c'est vous qui le voulez ainsi ; Que c'est vous plus que moi qui l'immolez ici ; Enfin, que c'est vous seul qui m'imposez un crime Que la nécessité va rendre légitime. Vous m'entendez, Seigneur : adieu. Point de traités, Si du sang de Pyrrhus vous ne les cimentez.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Hélénus, Néoptolème.

SCÈNE V.

ACTE III

SCÈNE I. Éricie, Ismène.

SCÈNE II. Hélénus, Éricie, Ismène.

ÉRICIE

Cruel ! C'est donc ainsi que votre amour s'exprime ! Voilà ce feu si beau qui pour moi vous anime, Et l'hommage d'un coeur qui ne se donne à moi Que pour remplir le mien de douleur et d'effroi ! On m'aime, et cependant il faut que je fléchisse ! On m'adore, et c'est moi qui dois le sacrifice ! Il faut de mon devoir que j'étouffe la voix, Et que de mon amant je subisse les lois ! De l'amour suppliant l'orgueil a pris la place ; Et je vois à ses soins succéder la menace, Les refus, les mépris, la fierté, la terreur ; Vos transports les plus doux ne sont que de fureur. Impétueux amant, dont l'ardeur téméraire Ne déclare ses feux qu'en déclarant la guerre. Inspira-t-on jamais l'amour par la frayeur ? C'est ainsi qu'Hélénus se rend maître d'un coeur ! Il ordonne en tyran, il faut le satisfaire ! Barbare ! Ma fierté vous devrait le contraire ; Je devrais n'écouter que mon juste courroux : Mais je veux me venger plus noblement de vous. Je veux qu'en gémissant Hélénus me regrette, Et qu'il sente du moins la perte qu'il a faite. Il ne tenait qu'à vous de faire mon bonheur : L'amour à cet espoir ouvrait déjà mon coeur ; Heureuse de pouvoir offrir un diadème , Sans rechercher en vous d'autre bien que vous-même. Je ne me vengerai de vos refus honteux Qu'en vous faisant rougir de mes soins généreux. Puisque vous le voulez, je vais trouver mon père, Tenter, pour le fléchir, les pleurs et la prière ; Je vais pour vous, ingrat, tomber à ses genoux, Et faire ce qu'en vain j'attends ici de vous.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Hélénus, Illirus, Gardes.

SCÈNE V. Glaucias, Illyrus, Hélénus, Gardes.

SCÈNE VI. Glaucias, Hélénus.

HÉLÉNUS

Achevez....

ACTE IV

SCÈNE I. Pyrrhus, Androclide, Cynéas.

ANDROCLIDE

Seigneur...

SCÈNE II. Pyrrhus, Cynéas.

SCÈNE III.

PYRRHUS, seul

Désirs impérieux que je ne puis dompter, Et qu'en vain mon devoir s'attache à surmonter ; Redoutables moments d'une trop chère vue, Que vous allez coûter à mon âme éperdue ! Pyrrhus, à quels transports oses-tu te livrer ? Est-ce l'amour ici qui doit t'en inspirer ? Néoptolème vit, et le sang d'AEacide S'enflamme pour le sang d'un lâche parricide ! Mais pour lui mon amour eût en vain combattu, Si de plus hauts desseins n'occupaient ma vertu. Infortuné Pyrrhus, il est temps qu'elle éclate. Non, de quelque valeur que l'univers te flatte, Quels que soient tes exploits et tes honneurs passés, Illyrus en un jour les a tous effacés ; Et telle est aujourd'hui ta triste destinée, Qu'il faut que par toi seul elle soit terminée. C'est vainement qu'au ciel tu comptes des aïeux, Si ta propre vertu ne t'y place avec eux. Le sang d'Achille est beau ; mais l'honneur d'en descendra Ne vaut pas désormais celui de le répandre. Un rival généreux qui s'immolait pour toi T'en a tracé l'exemple et prononcé la loi. Ah ! Que tant de grandeur me touche et m'humilie ! Père et fils vertueux, que je vous porte envie ! Comment vous surpasser ? Dieux, voilà des mortels Dignes de partager avec vous les autels ; Non ces barbares nés pour l'effroi de la terre, Ces idoles de sang, fiers rivaux du tonnerre, Qui font de leur valeur un horrible métier, Et dont je n'ai que trop suivi l'affreux sentier. Cherchons au-dessus d'eux une gloire nouvelle, Plus digne des transports que j'eus toujours pour elle. Heureux si mon devoir pouvait les redoubler À l'aspect d'un objet qui peut seul les troubler !

SCÈNE IV. Pyrrhus, Éricie.

SCÈNE V. Glaucias, Éricie.

GLAUCIAS

Princesse, un ennemi qui ne l'est qu'à regret, Et qui touche peut-être à son heure dernière, Osera-t-il ici vous faire une prière ? S'il fut longtemps l'objet de votre inimitié, Il ne doit plus, hélas ! L'être que de pitié. Les dieux viennent sur moi d'épuiser leur colère. Je n'ai rien oublié pour fléchir votre père ; Mais le cruel qu'il est me redemande un bien Que ma pitié protège, et qui n'est pas le mien. Il veut Pyrrhus ; il veut que je lui sacrifie Le malheureux dépôt que le ciel me confie ; Il veut, à mon honneur portant le coup mortel, Couvrir mes cheveux blancs d'un affront éternel, Et plonger dans l'horreur le reste de ma vie. Plaignez mon triste sort, généreuse Éricie : Vous êtes désormais mon unique recours ; À des infortunés prêtez votre secours. Je sais, dans les faveurs dont le ciel vous partage, Que la beauté n'est pas votre seul avantage, Et que les dieux, sur vous épuisant leurs bienfaits, Ont de mille vertus enrichi vos attraits. Mon coeur, près de vous voir unie a ma famille, Vous prodiguait déjà le tendre nom de fille : Mais, puisque le destin me ravit la douceur D'un bien qui m'eût comblé de joie et de bonheur, Je veux traiter pour vous un plus noble hyménée, De vous et de Pyrrhus unir la destinée. Je sais que je ne puis former ces tristes noeuds Sans outrager les lois, la nature et les dieux ; Mais la paix ne veut pas un moindre sacrifice. Rendez à cet hymen votre père propice. S'il soupçonne ma foi, qu'il emmène Illyrus, Et confie à mes soins Éricie et Pyrrhus : Vous vous serez tous trois un mutuel otage. Néoptolème aura l'Épire pour partage : Et je l'en laisserai paisible possesseur, Pourvu que votre époux en soit le successeur.

ÉRICIE

Ah ! Seigneur, plût aux dieux, et pour l'un et pour l'autre, Que tous les coeurs ici fussent tels que le vôtre. Et sussent, comme vous, régler sur l'équité La vengeance des rois et leur avidité ! Qui ne serait touché de l'état déplorable Où vous réduit le soin du sort d'un misérable ? Les dieux, tout grands qu'ils sont, en ont-ils autant fait Qu'un père tel que vous est digne de regret ! Jugez, à ma douleur, si le coeur d'Éricie A pu garder pour vous une haine endurcie. Seigneur, tant de vertu trouve peu d'ennemis. Hélas ! Pour conserver Pyrrhus et votre fils, Vous n'aviez pas besoin d'employer la prière. Que n'ai-je point déjà tenté près de mon père ? Rien ne peut désarmer sa haine et sa rigueur. Je ne vous dirai point quelle en est ma douleur ; Mais Pyrrhus aujourd'hui m'a coûté plus de larmes Que le soin de ses jours ne vous causa d'alarmes. Plût au ciel que celui de nous unir tous deux Put rendre à vos souhaits ce prince malheureux, Et que de notre hymen les funestes auspices Ne fussent point suivis des plus noirs sacrifices ! Adieu. Puisse le ciel, attendri par mes pleurs, Les faire avec succès parler dans tous les coeurs ! Vous ne connaissez pas le plus inexorable : Mais si je n'obtiens point un aveu favorable, Seigneur, au même instant fuyez avec Pyrrhus, Et me laissez le soin du destin d'Illyrus. Emparez-vous surtout d'un guerrier invincible Dont rien ne peut dompter le courage inflexible... Que dis-je ? Où mon amour se va-t-il égarer ?

ACTE V

SCÈNE I. Éricie, Ismène.

SCÈNE II. Néoptalème, Éricie, Ismène.

NÉOPTOLÈME

Laissez-nous.

SCÈNE III. Pyrrhus, Néoptolème, Gardes.

NÉOPTOLÈME

La mort.

SCÈNE IV. Pyrrhus, Néoptolème, Illyrus.

SCÈNE V. Glaucias, Pyrrhus, Néoptolème, Illyrus, Éricie, Androclide, Gardes.

1 760 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica