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Tragédie en vers

Sémiramis

Prosper Jolyot de Crébillon· créée en 1717· 5 actes· 1 692 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois le 10 avril 1717 au Théâtre français par la troupe de la Comédie française.

Personnages

  • SÉMIRAMIS
  • BÉLUS, frère de Sémiramis
  • MADATE
  • MERMÉCIDE
  • TÉNÉSIS, fille de Bélus
  • AGÉNOR
  • MIRAME, confident de Ninias
  • PHÉNICE, confidente de Sémiramis
  • ARBAS, capitaine des Gardes
  • NINIAS, fils de Sémiramis, élevé sous le nom d'Agénor
  • GARDES

ACTE I

SCÈNE I.

SCÈNE II. Bélus, Madate.

MADATE

Sans doute il a tout révélé. Seigneur, il vous souvient que de notre entreprise Vous aviez nommé chef le traître Mégabise : Cet infidèle et moi nous nous étions promis De faire sous nos coups tomber Sémiramis. Déjà, le bras levé, sa mort était certaine : Nous nous étions tous deux placés près de la reine, Tout prêts, en l'immolant, à vous proclamer roi. Mégabise un instant s'est approché de moi : "Gardons-nous d'achever, m'a-t-il dit, cher Madate. Il faut qu'en lieux plus sûrs notre courage éclate. Tu sais que nous verrons bientôt Sémiramis Voler avec fureur parmi ses ennemis : Laissons-la s'y porter sans nous éloigner d'elle. Observons cependant cette reine cruelle". Je ne sais quel soupçon tout_à_coup m'a saisi. Je l'observais, Seigneur, et Mégabise aussi. Le combat cependant de toutes parts s'engage, Et n'offre à nos regards qu'une effroyable image. Mégabise, ai-je dit, il est temps de frapper : La victime à nos coups ne saurait échapper ; On ne se connaît plus ; le désordre est extrême... "Je réserve, a-t-il dit, cet honneur pour moi-même." Et le lâche a tant fait, que par mille détours Il a de nos malheurs éternisé le cours. Seigneur, j'ai vu périr tous ceux que votre haine Avec tant de prudence armait contre la reine. Au retour du combat, jugez de ma douleur Quand j'ai vu, l'oeil terrible et rempli de fureur, Votre soeur en secret parler à Mégabise. À ce cruel aspect, peignez-vous ma surprise. Le perfide, à son tour surpris, déconcerté, De la reine à l'instant vers moi s'est écarté. Je l'attire aussitôt dans la forêt prochaine ; Et là, sans consulter qu'une rage soudaine, Furieux, j'ai percé le sein où trop de foi Vous avait fait verser vos secrets malgré moi : J'ai mieux aimé porter trop loin ma prévoyance, Que de risquer vos jours par trop de confiance.

BÉLUS

Depuis dix ans entiers qu'une fuite imprudente Le dérobe à mes voeux et trompe mon attente, Je commence en effet à douter, à mon tour, S'il vit, et si je dois compter sur son retour. Les malheurs de son père ont trop rempli l'Asie, Pour retracer ici l'histoire de sa vie. L'univers, jusqu'à lui, n'avait point vu ses rois Couronner une femme et s'imposer ses lois. Tu sais comme ce prince, autrefois si terrible, Devenu faible amant, de monarque invincible, Perdu d'un fol amour pour mon indigne soeur, Osa, de son vivant, s'en faire un successeur. Rien ne put me contraindre à celer ma pensée Sur ce coupable excès d'une flamme insensée. Mais je voulus en vain déchirer le bandeau : L'amour avait juré ce prodige nouveau. Tu sais quel prix suivit le don du diadème, Et l'essai que ma soeur fit du pouvoir suprême. Ninus fut égorgé, sans secours, sans amis, Au pied du même trône où Ninus fut assis ; Et pour comble d'horreurs, je vis la cour souscrire Aux noirs commencements de ce nouvel empire. Pour moi, je renfermai mon courroux dans mon coeur, Où les dieux l'ont laissé vivre de ma douleur. Mais redoutant toujours, après son parricide, De nouveaux attentats d'une reine perfide, Je lui ravis son fils, ce dépôt précieux Que me cache à son tour la colère des dieux. Je m'étais aperçu que sa cruelle mère Craignait de voir en lui croître un vengeur sévère. J'engageai Mermécide à sauver de la cour Ce gage malheureux d'un trop funeste amour. Tu dois avoir connu ce fameux Mermécide, Sa farouche vertu, son courage intrépide. Il fit passer longtemps Ninias pour son fils ; Mais ce secret parvint jusqu'à Sémiramis.

BÉLUS

J'employai tant de soins à calmer sa fureur, Que je ne fus jamais moins suspect à son coeur ; Mais craignant le courroux dont elle était saisie, Mermécide courut jusqu'au fond de l'Asie Cacher dans les déserts ce pupille sacré, Qu'à ses fidèles mains la mienne avait livré. Cependant, pour tromper une mère cruelle, De la mort de son fils je semai la nouvelle : On la crut ; et bientôt j'eus la douceur de voir Mes projets réussir au gré de mon espoir. Ninias qui croissait, héros dès son enfance, Réchauffait chaque jour le soin de ma vengeance. Tu sais, pour occuper mon odieuse soeur, Tout ce que j'ai tenté dans ma juste fureur ; Par combien de détours, armé contre sa vie, J'ai de fois en dix ans soulevé l'Assyrie. Je fis plus : tu connais ma fille Ténésis, Délices de Bélus et de Sémiramis Qui, l'entraînant partout où l'entraînent ses armes L'élève malgré moi dans le sein des alarmes, Et que rien jusqu'ici n'en a pu séparer, Mes dégoûts sur ce point n'osant se déclarer D'elle et de Ninias, par un saint hyménée, Je formai le dessein d'unir la destinée, Pour rendre encor mon coeur, par un lien si doux, Plus avide du sang qu'exige mon courroux. Près de Sinope enfin je conduisis ma fille, Ce reste précieux d'une illustre famille ; Là, dans un bois aux dieux consacré dès longtemps, J'unis par de saints noeuds ces augustes enfants. L'un et l'autre touchaient à peine au premier lustre, Quand je serrai les noeuds de cet hymen illustre : Avec tant de mystère on les unit tous deux, Que tout, jusqu'à leur nom, fut un secret pour eux. Depuis vingt ans mes yeux n'ont point revu le prince : On le cherche sans fruit de province en province. Depuis dix ans en vain Mermécide a couru Après ce fils si cher tout_à_coup disparu. Mais qui vient nous troubler ? Quelle indiscrète audace !

SCÈNE III. Bélus, Mermécide, Madate.

MERMÉCIDE

Plaise au ciel que ce jour qui commence à nous luire N'éclaire point du moins le sort le plus affreux Qui puisse menacer un coeur si généreux ! Seigneur, n'attendez plus d'une recherche vaine Un prince dont la vie est assez incertaine. Depuis dix ans entiers je parcours ces climats : J'ai fait deux fois le tour de ces vastes états. J'eusse dû mieux veiller, depuis cette journée Où par vous Ténésis à Sinope amenée À la face des dieux, dans un bois consacré, Au roi de l'univers vit son hymen juré. Je crus que sa beauté, qui devançait son âge, Fléchirait vers l'amour ce jeune et fier courage : Mais je ne vis en lui qu'une bouillante ardeur ; Déjà sa destinée entraînait ce grand coeur. Je fis pendant dix ans des efforts inutiles Pour remplir Ninias de désirs plus tranquilles : Son coeur ne respirait que l'horreur des combats, Il rougissait souvent de me voir sans États. Déjà, peu satisfait de n'avoir qu'un tel père, Il semblait de son sort pénétrer le mystère. Enfin il disparut, et je le cherche en vain. Mais, Seigneur, de Bélus quel sera le destin : Hier, sans me fixer une route certaine, En attendant la nuit dans la forêt prochaine, Je vis un corps sanglant étendu sous mes pas, Qu'un reste de chaleur dérobait au trépas. J'en approche aussitôt : jugez de ma surprise Lorsque dans ce mourant je trouvai Mégabise. Il méconnut longtemps ma secourable main. Mais ses regards sur moi s'arrêtant à la fin : "Que vois-je ? me dit-il : est-ce vous, Mermécide, Qui, le coeur indigné des fureurs d'un perfide, Venez pour conserver le reste de ce sang Que le cruel Madate a tiré de mon flanc ? C'est ainsi que Bélus traite un ami fidèle". À ces mots, peu content du succès de mon zèle, Peut-être que la main qui prolongeait ses jours, Plus prudente, bientôt en eût tranché le cours, Si de quelques soldats la troupe survenue Ne m'eût forcé de fuir leur importune vue. Si Mégabise vit, nous sommes découverts.

SCÈNE IV. Sémiramis, Bélus, Ténésis, Madate, Gardes.

BÉLUS

De moi ?

SCÈNE V. Sémiramis, Ténésis.

TÉNÉSIS

Agénor !

SCÈNE VI.

TÉNÉSIS

Est-ce à moi, juste ciel ! Que ce discours s'adresse ? Qu'oses-tu m'avouer, téméraire princesse ? Que je plains ton amour, faible Sémiramis, Si son espoir dépend des soins de Ténésis ! Pour t'en remettre à moi du succès de ta flamme, Je vois bien que tu n'as consulté que ton âme : Tu m'aurais mieux caché ses secrets odieux, Si l'amour d'un bandeau n'avait couvert tes yeux. Et toi, cruel amour qui me poursuis sans cesse, Est-ce pour éprouver une triste princesse Qui t'ose disputer l'empire de son coeur, Que tu m'as confié les soins d'une autre ardeur ? Tu ne peux mieux combler ta vengeance fatale, Qu'en me faisant servir les feux de ma rivale ; Et, pour comble de maux, quelle rivale encor ! Quel triomphe pour toi, redoutable Agénor ! J'ai dédaigné tes soins ; ma fierté trop farouche Vingt fois étouffé tes soupirs dans ta bouche : Et l'amour jusque-là vient de m'humilier, Que peut-être à mon tour il faudra supplier. Entre une reine et moi, sur quoi puis-je prétendre Que ton coeur un moment balance pour se rendre ? S'il se laisse éblouir par les offres du sien, Que de mépris suivront la défaite du mien ! Hé ! Que m'importe, hélas ! Qu'Agénor me méprise ? Est-ce assez pour l'aimer qu'une autre m'autorise ? Un coeur né sans vertu, sans honneur et sans foi, Peut-il être en effet un exemple pour moi ? Que dis-je ? Quoi ! Déjà ma prompte jalousie Joint l'outrage aux transports dont mon âme est saisie ! Ténésis, pour te faire un généreux effort, Songe que tu n'es plus maîtresse de ton sort. Ah ! Bélus, plût aux dieux qu'en mon triste hyménée Mon coeur eût de ma main subi la destinée ! Vains regrets ! C'est assez, égarements jaloux, Mon austère vertu n'est point faite pour vous. Parlons, n'exposons pas la tête de mon père Aux noirs ressentiments d'une reine en colère. Que de malheurs suivraient son amour outragé ! Puisqu'à servir ses feux mon coeur est engagé, Instruisons Agénor de cet amour funeste ; À mes faibles attraits laissons le soin du reste. Vains désirs, taisez-vous pour la dernière fois : C'est à d'autres que vous qu'il faut prêter ma voix.

ACTE II

SCÈNE I. Agénor, Mirame.

AGÉNOR

Je ne le sais que trop, et c'est le seul effroi Qui de tant de dangers soit venu jusqu'à moi ; D'autant plus alarmé, que, déjà las de feindre, Mon coeur n'est point nourri dans l'art de se contraindre. Mirame, tu connais jusqu'où va mon malheur, Et tu peux condamner l'excès de ma douleur ! Dieux cruels, fallait-il prendre tant de vengeance De l'oubli d'un serment juré dans mon enfance ? Mais qu'ai-je à redouter ? Et qu'importe à mes feux Que la reine en courroux se déclare contre eux ? Ce n'est pas sous ses lois que le ciel m'a vu naître ; Et l'amour jusqu'ici n'a point connu de maître. J'avouerai cependant que l'éclat de ces lieux A plus ému mon coeur qu'il n'a frappé mes yeux. Je ne sais, mais l'aspect des murs de Babylone M'a rempli tout_à_coup d'un trouble qui m'étonne : Quoi que m'inspire enfin leur redoutable aspect, Ces lieux n'ont rien qui doive exciter mon respect : À la reine, en un mot, nul devoir ne m'engage ; Ses bienfaits, quels qu'ils soient, sont dûs à mon courage. C'est assez que ce jour m'ait vu déclarer roi, Pour ne vouloir ici dépendre que de moi. Souffre que j'en excepte une princesse aimable, Qui soumit d'un coup-d'oeil un courage indomptable Qui peut-être aurait moins fait pour Sémiramis Si le sort à mes yeux n'eût offert Ténésis. Mais je la vois ; vers nous c'est elle qui s'avance. Laisse-moi seul ici jouir de sa présence. Prends garde cependant que la reine en ces lieux Ne trouble un entretien qui m'est si précieux.

SCÈNE II. Agénor, Ténésis.

SCÈNE III. Agénor, Bélus.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Sémiramis, Agénor.

ACTE III

SCÈNE I. Bélus, Madate.

SCÈNE II. Bélus, Mermécide.

SCÈNE III

SCÈNE IV. Agénor, Bélus.

BÉLUS

Je vais donc avec vous employer un langage Dont jamais ma fierté ne me permit l'usage. Je vois sur votre front une auguste candeur, Don du ciel que n'a point démenti votre coeur, Qui semble m'inviter à vous ouvrir sans crainte Celui d'un prince né sans détour et sans feinte. Mais, avant qu'à vos yeux de mes desseins secrets Je développe ici les sacrés intérêts, Il m'importe, Seigneur, de regagner l'estime D'un coeur que je ne puis croire que magnanime. Vous avez cru sans doute, instruit de mes desseins, Que l'ambition seule avait armé mes mains. En effet, à me voir appliqué sans relâche Aux malheureux complots où mon courroux m'attache, Qui ne croirait, Seigneur, du moins sans m'offenser, À de honteux soupçons pouvoir se dispenser ? Mais ce n'est pas sur moi, qu'aucun désir n'enflamme, C'est sur les dieux qu'il faut en rejeter le blâme. La fureur de régner ne m'a point corrompu : Je régnerais, Seigneur, si je l'avais voulu. Si ma soeur elle-même avait régné sans crime ; Si sur moi son pouvoir eût été légitime, Ou si, pour la punir d'un parricide affreux, Les dieux avaient été plus prompts, plus rigoureux, Vous ne me verriez point attaquer sa puissance, Ou sur ces dieux trop lents usurper la vengeance : Mais ils m'ont de leurs soins dénié la faveur, Comme si c'était moi qu'eût offensé ma soeur, Ou que je dusse seul embrasser leur querelle. Je ne suis que pour eux, ils ne sont que pour elle. Mais vous, qu'à mes desseins j'éprouve si fatal, Lorsque vous devriez en être le rival, Avec une vertu que l'univers révère, Qui devrait d'elle-même épouser ma colère, Je ne vois qu'un héros protecteur des forfaits, Qui se laisse entraîner au torrent des bienfaits. Car ne vous flattez point qu'avec quelque innocence Vous puissiez de ma soeur embrasser la défense. Eh ! Comment se peut-il qu'épris de Ténésis Vous ayez pu, Seigneur, servir Sémiramis ? Quel était donc l'espoir du feu qui vous anime ? Vous saviez mes projets ; ignorez-vous son crime ?

BÉLUS

Dites plutôt, Seigneur, d'un hymen odieux. Oui, je veux vous ravir ce honteux diadème, Vous ôter à la reine, et vous rendre à vous-même, Retenir la vertu qui fuit de votre sein, De ma fille et de moi vous rendre digne enfin. Je vois où malgré vous le dépit vous entraîne : Mais je veux qu'en héros la raison vous ramène, Dussé-je en suppliant embrasser vos genoux. Je ne vous nierai pas que j'ai besoin de vous : C'est en dire beaucoup pour une âme assez fière, Que l'on ne vit jamais descendre à la prière ; Et, si je m'en rapporte au bruit de vos vertus, C'est en dire encor plus pour vous que pour Bélus. Croyez que le désir de sauver une vie Qui malgré tous vos soins pourrait m'être ravie N'est pas ce qui m'a fait vous appeler ici : Ne me soupçonnez point d'un si lâche souci. Faible raison pour moi : mon coeur en a bien d'autres, Que je veux essayer de rendre aussi les vôtres. Dussiez-vous révéler mes secrets à ma soeur, Je vais vous découvrir jusqu'au fond de mon coeur. Quelque soin qui pour elle ici vous intéresse, Je n'exige de vous ni serment ni promesse. Quel péril trouverais-je encore à m'expliquer ? Je n'ai plus rien à perdre, et j'ai tout à risquer. De mon indigne soeur la mort est assurée : Malgré les dieux et vous mon courroux l'a jurée. Oui, Seigneur, et ce jour terminera les siens, Deviendra le plus grand ou le dernier des miens. Les conjurés sont prêts : leur troupe audacieuse Portait jusque sur vous une main furieuse, Si je n'eusse arrêté leurs complots inhumains. Quoique vous seul ici traversiez mes desseins, La vertu sur mon coeur fut toujours trop puissante, Pour pouvoir immoler une tête innocente. Mais je ne puis souffrir qu'avec tant de valeur Vous vous déshonoriez à protéger ma soeur. Si je vous haïssais, votre mort est certaine ; Je n'ai qu'à vous livrer à l'hymen de la reine : Mais je veux vous ravir à ce honteux lien, Et pour y parvenir je n'épargnerai rien. Abandonnez la soeur, je vous réponds du frère. Dites-moi, Ténésis vous est-elle encor chère ?

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Bélus, Ténésis.

SCÈNE VII.

TÉNÉSIS

Ô sort ! Si notre sang te doit quelques victimes, La reine à ton courroux n'offre que trop de crimes ! Hélas ! C'en est donc fait, et je touche au moment Où je verrai périr mon père ou mon amant L'un par l'autre ! Et tous deux, soit l'amant, soit le père, Ils n'armeront contre eux qu'une main qui m'est chère, Et ne me laisseront pour essuyer mes pleurs, Que celle qui viendra de combler mes malheurs ! Mais en est-ce un pour moi que la mort d'un perfide Qui préfère à ma main une main parricide ? Dès qu'un lâche intérêt le jette en d'autres bras, Que m'importe son sort ? ... ce qu'il m'importe ? Hélas ! Malheureuse ! Malgré ta tendresse trahie, Dis qu'il t'importe encor plus que ta propre vie, Et que l'ingrat lui seul occupe plus ton coeur, Qu'un père infortuné n'excite ta douleur. Non, non ; malgré Bélus il faut que je le voie : De leur hymen du moins je veux troubler la joie, M'offrir à leurs regards l'oeil ardent de courroux, Les immoler tous deux à mes transports jaloux. Hélas ! Que ma douleur tromperait mon attente ! L'ingrat ne me verrait qu'affligée et mourante, Loin de les immoler, me traîner à l'autel, Et moi-même en mon sein porter le coup mortel ; De leur hymen offrir pour première victime Un coeur qui sans amour aurait été sans crime. Ah ! Lâche, si tu veux t'immoler en ce jour, Que ce soit à ta gloire, et non à ton amour. N'importe, il faut le voir : un repentir peut-être À mes pieds malgré lui ramènera le traître. Pour mon père du moins implorons son secours ; Lui seul peut m'assurer de si précieux jours. Heureuse que ce soin puisse aux yeux d'un parjure Voiler ceux que l'amour dérobe à la nature !

ACTE IV

SCÈNE I.

SCÈNE II. Agénor, Ténésis.

TÉNÉSIS

Achevez.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Agénor, Mirame.

SCÈNE V. Agénor, Mermécide, Mirame.

AGÉNOR, à Mirame

Sortez.

SCÈNE VI. Agénor, Mermécide.

AGÉNOR

C'est de Bélus, sans doute ; et son coeur généreux Daigne encor... mais lisons.

Mermécide tire un poignard, et le lève pour frapper Agénor.

SCÈNE VII. Sémiramis, Agénor, Mermécide.

AGÉNOR

Ma mère !

SCÈNE VIII. Sémiramis, Phénice.

ACTE V

SCÈNE I.

SÉMIRAMIS, seule

Que deviens-je ? Où fuirai-je ? Amante déplorable, Épouse sans vertu, mère encor plus coupable, Où t'iras-tu cacher ? Quel gouffre assez affreux Est digne d'enfermer ton amour malheureux ? Tu n'en fis pas assez, reine de sang avide : Il fallait joindre encor l'inceste au parricide ! Tes voeux n'auraient été qu'à demi satisfaits. Grands dieux, devais-je craindre, après tant de forfaits, Après que mon époux m'a servi de victime, Que vous pussiez encor me réserver un crime ? Terre, ouvre-moi ton sein, et redonne aux enfers Ce monstre dont ils ont effrayé l'univers ; Dérobe à la clarté l'abominable flamme Dont les feux du Ténare ont embrasé mon âme. Dieux, qui m'abandonnez à ces honteux transports, N'en attendez, cruels, ni douleur ni remords. Je ne tiens mon amour que de votre colère ; Mais pour vous en punir mon coeur veut s'y complaire. Je veux du moins aimer comme ces mêmes dieux, Chez qui seuls j'ai trouvé l'exemple de mes feux. Cesse de t'en flatter, malheureuse mortelle ! Où crois-tu de tes feux trouver l'affreux modèle ? Et quel indigne espoir vient t'agiter encor ? Crois-tu dans Ninias retrouver Agénor ? Contente-toi d'avoir sacrifié le père, Et reprends pour le fils des entrailles de mère. Dangereux Ninias, ne t'avais-je formé Si grand, si généreux, si digne d'être aimé, Que pour me voir moi-même adorer mon ouvrage, Et trahir la nature, à qui j'en dois l'hommage ? Mais de quel bruit affreux...

SCÈNE II. Sémiramis, Arbas, Phénice.

SCÈNE III. Sémiramis, Phénice.

SCÈNE IV. Sémiramis, Ninias, Phénice.

SCÈNE V. Sémiramis, Ninias, Bélus, Mermécide, Madate, Mirame, Phénice, gardes.

SCÈNE VI. Sémiramis, Ninias, Bélus, Ténésis, Mermécide, Madate, Mirame, Phénice, Gardes.

1 692 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica