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un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Ou la Mort de Cicéron

Le Triumvirat

Prosper Jolyot de Crébillon· créée en 1754· 5 actes· 1 706 vers· 7 personnages

Réprésenté pour le première fois le 23 décembre 1754 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • OCTAVE CÉSAR, triumvir
  • LÉPIDE, triumvir
  • CICÉRON, consul
  • TULLIE, fille de Cicéron
  • SEXTUS, fils de Pompée, et déguisé sous le nom de Clodomir, chef des Gaulois
  • MÉCÈNE, favori d'Octave
  • PHILIPPE, affranchi du grand Pompée
Madame,

ÉPITRE à madame Mme Bignon, Maîtresse des Requêtes.

Vous dédier le Triumvirat, c'est offrir un enfant à sa mère ; heureux, si vous vous en fussiez moins rapportée à moi pour son éducation, plus heureux encore si vous eussiez [n.p.] pu le douer d'une portion de ce génie si sage et si éclairé qui fut votre partage, mais qu'une modestie portée jusqu'à l'excès vous force trop souvent de condamner à un silence injurieux pour vos amis : y en a-t-il qui se lassent de vous entendre ? Quand on sait si bien penser et si bien parler, je crois, Madame, qu'il est honteux de se taire ; je souhaite que ce reproche fasse plus d'effet sur vous que n'en ont fait sur moi vos judicieux avis ; mais on n'est pas poète impunément : malgré un grand nombre de fautes que j'aurais pu éviter si je n'eusse consulté que vous, je me flatte que vous daignerez accepter sans répugnance l'hommage que je vous rends, avec serment d'être plus docile dans le nouvel ouvrage que vous me forcez d'entreprendre. Vouloir bien devenir à votre âge le précepteur d'un homme de quatre-vingt et un ans est un trait digne de vous.

Je suis avec le plus profond respect, MADAME, Votre très humble et très obéissant serviteur.

Jolyot de Crébillon.

PRÉFACE

Il y a peu d'exemples qu'un homme de quatre-vingt et un ans, âge qui semble inviter à l'indulgence, se voit vu aussi cruellement traité par la cabale que je le fus à la première apparition de cet ouvrage : il est rare en même temps que le public se soit jamais déclaré si vivement et si promptement contre des manoeuvres odieuses qui l'avaient indigné, puisqu'à la seconde représentation de cette tragédie il me prodigua plus d'applaudissements que je n'en reçus de ma vie à aucune de mes pièces : on eût dit qu'il se faisait un point d'honneur de protéger un vieux nourrisson qu'il a paru adopter dès ses premières productions. Malgré les bontés dont il m'a honoré, la cabale n'en a pas moins répandu d'absurdités contre cet ouvrage, jusqu'à dire que c'était un réchauffé de Cromwel ; si j'aimais la vengeance, rien ne pourrait plus contribuer à la satisfaire qu'une méchanceté si stupide : je laisse à penser quel rapport il peut y avoir entre le Triumvirat et Cromwel. Si j'avais un peu plus d'amour-propre, ce déchaînement me [n.p.] ferait croire que je puis encore exciter l'envie ; mais je n'en aurai jamais d'autre que celle de mériter les suffrages du public, et de lui donner des marques de ma reconnaissance ; je ne puis mieux le lui prouver, qu'en continuant d'augmenter la mauvaise humeur de mes ennemis par de nouveaux ouvrages.

Coquilles ou variantes

II, 3, v. 651 : Devenez de la paix et le lien et le gage, [au lieu de ( ?) : Devenez de la paix le lien et le gage (Tr.2, Tr.3, Tr.4, Tr.5, Tr.6, Tr.7, Tr.8, Tr.9)]

II, 4, v. 718 : Divisés sous leurs chefs autour de ces remparts, [au lieu de ( ?) : Dispersés (Tr.2, Tr.3, Tr.4, Tr.5, Tr.6, Tr.7, Tr.8, Tr.9)]

V, 2, v. 1451 : Avoit besoin de toi pour calmer ma douleur ! [au lieu de ( ?) : sa (Tr.6)]

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

TULLIE, seule

Où vais-je, infortunée, et quel espoir me luit ? Que de cris, que de pleurs, et quelle affreuse nuit ! Effroyable séjour des horreurs de la guerre, Lieux inondés du sang des maîtres de la terre, Lieux, dont le seul aspect fit trembler tant de rois, Palais, où Cicéron triompha tant de fois, Désormais trop heureux de cacher ce grand homme, Sauvez le seul Romain qui soit encor dans Rome !

Apercevant le tableau des proscrits.

Que vois-je, à la lueur de ce cruel flambeau ? Ah, que de noms sacrés proscrits sur ce tableau ! Rome, il ne manque plus, pour combler ta misère, Que d'y tracer le nom de mon malheureux père, Qu'on peut sans t'offenser nommer aussi le tien ; Hélas ! après les dieux il est ton seul soutien.

À la statue de César.

Toi, qui fis en naissant honneur à la nature, Sans avoir des vertus que l'heureuse imposture, Trop aimable tyran, illustre ambitieux, Qui triompha du sort, de Caton et des dieux, Brutus, s'il est ton fils, a plus fait pour ta gloire Que ce tigre adopté pour flétrir ta mémoire. César, vois à quel titre il prétend t'égaler, Mais c'est en proscrivant qu'il sait se signaler, Sacrifie à nos pleurs ce successeur profane, Si ton coeur l'a choisi ta gloire le condamne ; Ce n'est pas sous son nom qu'un glorieux burin Enchaînera jamais et la Seine et le Rhin ; Sous un joug anobli par l'éclat de tes armes Nous respirions du moins sans honte et sans alarmes, Loin de rougir des fers qu'illustrait ta valeur, On se croyait paré des lauriers du vainqueur ; Mais sous le joug honteux et d'Antoine et d'Octave, Rome arbitre des rois va gémir en esclave. Quel spectacle nouveau vient me remplir d'effroi ?

À la statue de Pompée.

Ah ! Pompée, est-ce là ce qui reste de toi ? Misérables débris de la grandeur humaine, Douloureux monument de vengeance et de haine ! Plus on dispersera vos restes immortels Et plus vous trouverez et d'encens et d'autels ; Et toi digne héritier d'un nom que Rome adore, Héros qu'en ses malheurs chaque jour elle implore, Pour nous venger d'Octave, accours, vaillant Sextus, À ce nouveau César, sois un nouveau Brutus. Octave est si cruel qu'il rendrait légitime Ce qui même à ses yeux pourrait paraître un crime... Mais dans l'obscurité qu'est-ce que j'entrevois ? Hélas, que je le plains ! c'est le chef des Gaulois ; Tandis que pour mon père il expose sa vie, Mon père pour jamais va lui ravir Tullie.

Caton d'Utique : Né en -93. Lors de la conjuration de Catilina , il appuya les mesures de rigueur proposées par Cicéron. Tout en se défiant de Pompée, il s'opposa de tout son pouvoir à l'ambition de César. Il était attaché à la doctrine du stoïcisme, qui s'accordait aussi bien l'austérité de son caractère.[B]

Pompée [-106 - -48] : général et homme politique romain, marié, entre autres, à Julia fille de Jules César. synonyme d'homme victorieux et brave.

SCÈNE II. Tullie, Clodomir.

CLODOMIR

Ce que les malheureux cherchent tous, à mourir ; Madame, c'en est fait, la colère céleste Va bientôt des Romains détruire ce qui reste ; Le jour n'éclaire plus que des objets affreux, Et l'air ne retentit que de cris douloureux, Les autels ne sont plus qu'un refuge effroyable Que souille impunément le glaive impitoyable, Un tribun massacré par ses propres soldats Ne sert que de signal pour d'autres attentats ; Un fils, presque à mes yeux, vient de livrer son père ; J'ai vu ce même fils égorgé par sa mère : On ne voit que des corps mutilés et sanglants, Des esclaves traîner leurs maîtres expirants, Le carnage assouvi réchauffe le carnage ; J'ai vu des furieux dont la haine et la rage Se disputaient des coeurs encor tout palpitants, On dirait à les voir l'un l'autre s'excitant Déployer à l'envi leur fureur meurtrière, Que c'est le dernier jour de la nature entière, Et pour comble de maux dans ces cruels instants Rien ne m'annonce ici les secours que j'attends : D'infortunés proscrits, une troupe choisie Va bientôt par mes soins se trouver dans Ostie, J'ai sauvé Messala, Metellus et Pison, Mais ce n'est rien pour moi si je n'ai Cicéron ; C'est à ce tendre soin que mon amour s'applique Pour sauver à la fois vous et la République. Fuyez, belle Tullie, et daignez un moment Vous attendrir aux pleurs d'un malheureux amant ; C'est pour vous, digne objet qui causez mes alarmes Que le plus fier des coeurs a pu verser des larmes.

Ostie : Port de Rome.

TULLIE

Votre sang ? Ah ! croyez qu'il n'est point de puissance Que je n'ose braver ici pour sa défense ; Eh, quel sang fut jamais si précieux pour nous ? Est-il quelque Romain qui le soit plus que vous ? Clodomir, il est temps de vous ouvrir mon âme : J'ai vu sans m'offenser éclater votre flamme, J'ai souffert sans courroux qu'un amour malheureux, Malgré ma dignité, m'entretînt de ses feux ; Et cédant sans effort au penchant invincible Qui triomphait d'un coeur si longtemps insensible, Mon devoir contre vous n'a jamais combattu. L'amour pour vos pareils devient une vertu, Et la vôtre d'accord avec mon innocence Ne m'a point fait rougir de ma reconnaissance. Je ne vous cache point que mes voeux les plus doux Se bornaient à l'espoir de vous voir mon époux, Mais vous n'ignorez pas que la fierté romaine Jamais dans ses hymens n'admet ni roi ni reine, Qu'étranger, et surtout sorti du sang des rois Notre union ne peut dépendre de mon choix ; Parmi tant de malheurs que nous avons à craindre, De celui-ci mon coeur n'aurait osé se plaindre ; Si ce coeur pénétré de vos soins généreux N'avait cru vous devoir de si tendres aveux. C'en est fait, Clodomir, la fortune inhumaine Vient de briser les noeuds d'une innocente chaîne ; Plaignez-moi, plaignez-vous, mais respectez mon coeur, Ses regrets, son devoir, sa gloire et sa candeur. Un rival... À ces mots, ne craignez rien d'Octave, Un tyran à mes yeux ne vaut pas un esclave ; Un rival plus heureux va causer nos malheurs Et ne n'oserai plus vous donner que des pleurs. Pour la dernière fois, écoutez leur langage, Votre amour n'en doit pas exiger davantage. Le fils du grand Pompée, hélas ! que n'est-ce vous, Que j'eusse avec plaisir accepté mon époux ! C'est vous en dire assez, et j'en dis trop peut-être ; Adieu. Bientôt Sextus en ces lieux va paraître, Consultez mon devoir... Ah ! fuyez, Clodomir, Quelqu'un vient, et je crois que c'est un triumvir : Mon père vous attend.

SCÈNE III. >Lépide, Tullie.

SCÈNE IV. Lépide, Cicéron.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Octave, Mécène.

SCÈNE II. Octave, Cicéron.

OCTAVE

Le besoin de l'État, mon épée, et moi-même. Et de quel droit enfin osez-vous aujourd'hui Interroger César, et César votre appui ? Revenez d'une erreur qui vous serait fatale : Un homme tel que moi, ne veut rien qui l'égale ; Dès que César n'est plus et qu'il revit en moi, Qui d'entre les Romains, doit me donner la loi ? Croyez-vous rétablir par votre politique D'un peuple et d'un Sénat l'union chimérique ? Ce n'était qu'un vain nom dès le temps de Sylla, Qui s'est évanoui depuis Catilina. Si de nos Scipions les jours pouvaient renaître, Ce n'est que sous moi seul qu'on les verrait paraître ; Mais vous voyez assez qu'il n'est aucun espoir De remettre les lois dans leur premier pouvoir ; Le glaive qui vous fit gagner tant de victoires, Et qui de nos exploits embellit tant d'histoires, Le glaive qui vous fit triompher tant de fois, Vous subjugue à son tour et triomphe des lois ; Dès qu'il faut obéir, le parti le plus sage Est de savoir se faire un heureux esclavage ; La liberté n'est plus qu'un bien d'opinion, Le nom de République, une autre illusion, Dont il faut rejeter l'orgueilleuse chimère, Source de trop de maux pour vous être encor chère. Qu'espérez-vous enfin quand tout est renversé, Quand le Sénat n'est plus qu'un troupeau dispersé ? Où sont vos légions pour soutenir la gloire De ce corps, dont sans vous on perdrait la mémoire ? En vain vous prétendez affranchir les Romains Du joug qu'ils imposaient au reste des humains ; L'univers nous demande une forme nouvelle, Et Rome un empereur qui commande avec elle ; Trop heureux les Romains, si pour ce haut emploi, Ils n'avaient désormais à redouter que moi ; Mon collègue insolent vous fait assez connaître Que d'un emploi si noble il se rendrait le maître, Si vous pouviez souffrir qu'il osât s'en saisir ; Mais vous me choisirez, si vous savez choisir. Le cruel triumvir demande votre tête, Son crédit l'obtiendra, si le mien ne l'arrête ; Un intérêt si cher doit nous concilier, Pour mieux détruire Antoine il nous faut allier : Vos vertus, vos malheurs, mon amour pour Tullie, Mon honneur, tout m'engage à vous sauver la vie. Vous fûtes autrefois mon premier protecteur, Votre bouche longtemps s'ouvrit en ma faveur, Je vous dois mes grandeurs, une amitié sincère : Aimez-moi, Cicéron, et devenez mon père.

SCÈNE III. Tullie, Octave.

SCÈNE IV. Clodomir, Tullie.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Cicéron, Tullie, Sextus.

SEXTUS

Eh, comment pouvez-vous désormais l'éviter ? Ce n'est pas vous d'ailleurs qui l'allez susciter. Il n'est point aujourd'hui de climat sur la terre, Qui puisse être à l'abri des fureurs de la guerre ; Traversez l'univers de l'un à l'autre bout, Vous trouverez la guerre et des Romains partout. Enfants infortunés d'une ville déserte, Qui ne peut plus sentir vos soins ni votre perte, Pourquoi vous obstiner à mourir dans ses murs ? Donnons-lui des secours plus brillants et plus sûrs. Croyez-vous qu'il sera pour vous plus honorable, D'être aux yeux de César traîné comme un coupable, Pour servir de risée au soldat furieux, Qui fera peu de cas d'un nom si glorieux ? Rome n'est plus qu'un spectre, une ombre en Italie, Dont le corps tout entier est passé dans l'Asie ; C'est là que notre honneur nous appelle aujourd'hui ; Rendons-nous à sa voix et marchons avec lui. Ce n'est pas le climat qui lui donna la vie, C'est le coeur du Romain qui forme sa patrie. Qui doit s'intéresser à Rome plus que moi ?

Il montre la statue de Pompée renversée.

Voyez ces monuments de douleur et d'effroi, Ces marbres mutilés dont le morne silence, N'en demande pas moins de sang pour leur vengeance ; Il ne leur reste plus que le nom précieux, D'un héros que l'on vit marcher égal aux dieux. Votre sort est écrit sous ce nom redoutable, À tout mortel fameux exemple formidable, Et pour le prévenir, vous n'avez qu'à vouloir : La honte suit toujours un lâche désespoir. Il vaut mieux se flatter d'un espoir téméraire, Que de céder au sort, dès qu'il nous est contraire. Il faut du moins mourir les armes à la main, Le seul genre de mort digne d'un vrai Romain ; Mais, mourir pour mourir, n'est qu'une folle ivresse, Triste enfant de l'orgueil que nourrit la paresse ; Ranimez-vous, mon père, et soyez plus jaloux, De la haute vertu, que j'admirais en vous.

SCÈNE II. Octave, Sextus, Tullie.

SCÈNE III. Sextus, Tullie.

SCÈNE IV. Sextus, Tullie, Philippe.

SEXTUS

Lève-toi.

SEXTUS

Lève-toi.

PHILIPPE

Se peut-il que mon illustre élève, Contre un infortuné s'indigne et se soulève ? A-t-il pu soupçonner un coeur tel que le mien, De vouloir enfoncer un poignard dans le sien ?

Il montre la statue de Pompée.

Hélas ! depuis la mort de ce maître adorable, Je n'ai fait que gémir de son sort déplorable. Octave, prévenu que j'avais mérité Qu'un maître pût compter sur ma fidélité, Me prévint, et bientôt m'accorda son estime ; On sait que ce tyran s'est fait une maxime, D'attacher à son sort les hommes généreux, Qui par quelques vertus se sont rendus fameux ; C'est ainsi que j'ai su gagner sa confiance ; Mais dans l'art de tromper imitant sa science, Philippe n'a jamais trempé dans ses forfaits, Et Rome n'a de moi reçu que des bienfaits ; Mais c'est par d'autres soins qu'un esclave fidèle, Doit vous justifier son amour et son zèle. Octave ne croit plus que vous soyez Gaulois ; Votre noble fierté, les accents de la voix, Vos soins pour les proscrits, échappés vers Ostie, Et l'ardeur que pour vous fait éclater Tullie, Alarment à tel point ce coeur né soupçonneux, Qu'il voudrait vous pouvoir sacrifier tous deux ; Et sans bien pénétrer quelle est votre origine, Il veut que cette nuit ma main vous assassine, Sans croire cependant que vous soyez Sextus ; Mais il vous croit du moins un ami de Brutus. Il vient de me quitter pour passer chez Fulvie : Je crains qu'à Cicéron il n'en coûte la vie. Les moments vous sont chers, et c'est fait de vos jours, Si de ceux du tyran je n'abrège le cours. Pour sauver l'un de vous, il faut immoler l'autre : Choisissez du trépas de César ou du vôtre. Rien n'est sacré pour moi, dès qu'il s'agit de vous.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

CICÉRON, seul

Orgueilleux monuments d'une grandeur passée, Qui par celles des dieux n'était point effacée, Et vous, marbres sacrés de nos premiers aïeux, Qui faisiez l'ornement de ces superbes lieux, En vain de vos travaux célébrant la mémoire, Rome a cru de vos noms éterniser la gloire : Bientôt vous ne serez qu'un horrible débris, Et de nouveaux objets de larmes et de cris ; Déjà les rejetons de vos tiges fameuses, D'Antoine et de César victimes malheureuses, N'offrent plus à nos yeux qu'un mélange confus De morts et de mourants dans la fange étendus.

Il jette les yeux sur le tableau des proscriptions et il y voit son nom.

Mais parmi tant d'horreurs, quelle gloire imprévue Vient ranimer mon coeur et briller à ma vue ? Mon nom ne sera plus étouffé dans l'oubli, Et dans ses dignités le voilà rétabli. Enfin je suis proscrit ; que mon âme est ravie ! Je renais au moment qu'on m'arrache la vie. Héros infortunés, souffrez que ce tableau, Me serve, ainsi qu'à vous, de trône et de tombeau ; Je mourrai dans ton sein, ô ma chère patrie, Et que ne peut mon sang épuiser la furie Des cruels triumvirs qui s'abreuvent du tien ? Qu'avec plaisir pour toi j'aurais donné le mien ! Au milieu des tourments, je serais mort tranquille, Je vivais pour toi seule, et je meurs inutile. Quelqu'un vient, c'en est fait : voici l'heureux instant Qui va livrer ma tête au glaive qui l'attend. Mais je l'espère en vain, c'est le sage Mécène, Qu'une pitié cruelle en tremblant me ramène, Et qui me croit peut-être accablé de douleur, À l'aspect du seul bien qui peut toucher mon coeur.

SCÈNE II. Cicéron, Mécène.

SCÈNE III. Octave, Cicéron.

SCÈNE IV. Cicéron, Sextus, Tullie.

SCÈNE V. Cicéron, Sextus, Tullie, Philippe.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Octave, Mécène.

SCÈNE III. Octave, Tullie, Mécène.

1 706 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0