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Tragédie en vers

Xercès

Prosper Jolyot de Crébillon· créée en 1714, imprimée en 1749· 5 actes· 1 850 vers· 12 personnages

Réprésenté pour le première fois le 7 février 1714 au Théâtre français par la troupe de la Comédie française.

Personnages

  • XERCÈS, roi de Perse
  • DARIUS, fils aîné de Xercès
  • ARTAXERCE, frère de Darius, nommé à l'empire
  • AMESTRIS, princesse du sang royal de Perse
  • ARTABAN, capitaine des gardes, et ministre de Xercès
  • BARSINE, fille d'Artaban
  • TYSAPHERNE, confident d'Artaban
  • PHÉNICE, confidente d'Amestris
  • CLÉONE, confidente de Barsine
  • ARSACE, officier de l'armée de Darius
  • MÉRODATE, confident de Darius
  • Suite du roi

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Artaban, Tysaphène.

ARTABAN

N'importe ; craignons tout d'un perfide séjour, On n'observe que trop mes pareils à la cour. Xercès vient de nommer Artaxerce à l'empire, C'est moi qui l'ai forcé, malgré lui, de l'élire. J'ai fait craindre à ce roi, facile à s'alarmer, Cent périls pour un fils qui l'a trop su charmer ; Et jaloux d'un héros qu'idolâtre la Perse, J'ai fait, par mes conseils, couronner Artaxerce ; Pour mieux y réussir, j'ai pris soin d'éloigner Celui que tant de droits destinaient à régner. Tandis que Darius, chez des peuples barbares, Nous force d'admirer les exploits les plus rares, Je ne peins à Xercès ce fils si vertueux, Qu'avide de régner, cruel, impétueux ; Du bruit de sa valeur, du prix de ses services, D'un père qui le craint je nourris les caprices ; Enfin, tous mes projets étaient évanouis, Si jamais sa prudence eût couronné ce fils. Moins Artaxerce est cru digne du diadème, Plus j'ai cru le devoir placer au rang suprême. Avec tant de secret ce projet s'est conduit, Qu'aucun en cette cour n'en est encore instruit, Et je ne prétends pas qu'elle en soit éclaircie, Que lorsque ma fureur en instruira l'Asie. Tu vois ce qu'aujourd'hui je confie à ta foi, Garde bien un secret si dangereux pour toi. Va trouver cependant, ramène à Babylone Ce prince à qui mes soins ont ravi la couronne ; Offre-lui de ma part trésors, armes, soldats ; De ma fille, surtout, vante-lui les appas ; Dis-lui qu'avec plaisir mon respect lui destine Et le bras d'Artaban, et la main de Barsine.

ARTABAN

Laisse ces vains devoirs à des âmes vulgaires, Laisse à de vils humains ces serments mercenaires : Malheur à qui l'ardeur de se faire obéir, En nous les arrachant, nous force à les trahir ! Quoi ! toujours enchaîné par une loi suprême, Un coeur ne pourra donc disposer de lui-même, Et du joug des serments, esclaves malheureux, Notre honneur dépendra d'un vain respect pour eux ? Pour moi, que touche peu cet honneur chimérique, J'appelle à ma raison d'un joug si tyrannique ; Me venger et régner, voilà mes souverains, Tout le reste pour moi n'a que des titres vains ; Le soin de m'élever est le seul qui me guide, Sans que rien, sur ce point, m'arrête ou m'intimide. Il n'est lois ni serments qui puissent retenir Un coeur débarrassé du soin de l'avenir. À peine eus-je connu le prix d'une couronne, Que mes yeux éblouis dévorèrent le trône ; Et mon coeur, dépouillant toute autre passion, Fit son premier serment à son ambition ; De froids remords voudraient en vain y mettre obstacle, Je ne consulte plus que ce superbe oracle, Un coeur comme le mien est au-dessus des lois : La crainte fit les dieux, l'audace a fait les rois. Le moment est venu qu'il faut que son courage Affranchisse Artaban d'un indigne esclavage ; Ce Darius si grand, qui cause ta frayeur, Deviendra le premier l'objet de ma fureur. Je prétends que dans peu, la Perse qui l'adore, Autant qu'il lui fut cher, le déteste et l'abhorre. Mais Xercès vient à nous ; attends, pour me quitter, Que je sache quels soins le peuvent agiter.

SCÈNE II. Xercès, Artaban, Tysaphène.

SCÈNE III. Xerxès, Artaban, TysaPherne, Mérodate.

SCÈNE IV. Xerxès, Artaban.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Xerxès, Artaxerce.

SCÈNE VII. Xercès, Amestris.

SCÈNE VIII.

AMESTRIS, seule

Juste ciel ! quel est donc ce terrible secret ? Quel orage nouveau contre moi se prépare ? Quelle horreur tout_à_coup de mon âme s'empare ? Je me sens accabler de trouble et de douleurs, Et malgré ma fierté je sens couler mes pleurs. Quoi ! ce héros, l'objet d'une flamme si belle, Ce Darius si cher serait un infidèle ? Malheureuse Amestris, voilà donc ce retour Pour qui de tant de voeux j'importunais l'amour ? Quoi ! tandis que pour lui ma folle ardeur éclate, Une autre à ses attraits soumet son âme ingrate ? Lui que j'ai toujours cru si grand, si généreux, Que l'amour me peignait au-dessus de mes voeux, Que j'égalais aux dieux dans mon âme insensée, Trahit donc tant d'amour ? Ah, mortelle pensée ! Mais, que dis-je ? Où mon coeur va-t-il s'abandonner ? Et sur la foi de qui l'osé-je soupçonner ? Sur la foi d'un cruel qui cherche à me surprendre, Qu'à des détours plus bas on vit cent fois descendre. Darius me trahir ! Je ne le puis penser : Le croire un seul moment ce serait l'offenser. Non, le ciel ne fit pas un coeur si magnanime Pour le laisser souiller de parjure et de crime. Cependant Mérodate a paru dans ces lieux, Sans nul empressement de s'offrir à mes yeux. Tout parle du héros où mon coeur s'intéresse, Mais rien ne m'entretient ici de sa tendresse. D'où peut naître l'effroi dont je me sens saisir ? Ah ! d'un mortel soupçon courons nous éclaircir ; Mourir pour Darius, si ma gloire l'ordonne, Ou punir sans regret l'ingrat s'il m'abandonne ; Et quelque affreux tourment qu'il en coûte à mon coeur, Mesurer ma vengeance au poids de ma douleur.

ACTE II

SCÈNE I. Barsine, Arsace, Cléone.

SCÈNE II. Barsine, Cléone.

SCÈNE III. Xercès, Bersine, Tysapherne, Cléone.

SCÈNE IV. Xerxès, Darius, Barsine, Tysapherne, Cléone.

SCÈNE V. Darisu, Bersine, Cléone.

SCÈNE VI. Darius, Amestris, Phénice.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Darius, Artaxerce.

SCÈNE IX. Darius, Artaxerce, Artaban, Tysapherne.

SCÈNE X. Artaban, Tysapherne.

ACTE III

SCÈNE I. Amestris, Phénice.

SCÈNE II. Artaxerce, Amestrix, Phénice.

SCÈNE III. Amestris, Phénice.

SCÈNE IV. Darius, Amestris, Phénice.

SCÈNE V. Xerxès, Darius, Amestris, Artaban, Tysapherne, Phénice.

XERCÈS

Aux autels.

SCÈNE VI. Xerxès, Darius, Artaban, Tysapherne.

DARIUS

Seigneur, qu'attendiez-vous d'une amante irritée, De ses premiers transports encor tout agitée ? Vous étiez-vous flatté de désunir deux coeurs Qu'à s'aimer encor plus invitent leurs malheurs ? Du moins pour m'accabler avec quelque justice, Nommez-moi des forfaits dignes de mon supplice. Si je suis criminel, et que n'immolez-vous Ce fils infortuné qui se livre à vos coups ? Oui, Seigneur, car enfin il n'est plus temps de feindre, Mon coeur au désespoir ne peut plus se contraindre ; Avant que de m'ôter l'objet de mon amour, Il faudra me priver de la clarté du jour ; Tant que d'un seul soupir j'aurai part à la vie, Amestris à mes voeux ne peut être ravie ; Je la disputerai de ce reste de sang Que mes derniers exploits ont laissé dans mon flanc, À moins que votre bras, plus cruel que la guerre, De ce malheureux sang n'arrose ici la terre ; De ce sang toujours prêt à couler pour son roi, Tant de fois hasardé pour lui prouver ma foi. Eh, qui de vos sujets, plus soumis, plus fidèle, Jamais par plus de soins sut signaler son zèle ? Eh, qu'a donc fait, Seigneur, ce rival si chéri, Loin du bruit de la guerre et des tentes nourri, Peut-être sans vertus que l'honneur de vous plaire, Pour être de mes droits l'heureux dépositaire ? Pour faire à vos soldats approuver votre choix, Qu'il nomme les États conquis par ses exploits, Qu'il montre sur son sein ces nobles cicatrices, Titres que pour régner m'ont acquis mes services. Droit du sang, zèle, exploits, Seigneur, j'ai tout pour moi, Et cependant c'est lui que vous faites mon roi !

SCÈNE VII. Darius, Artaban, Tysapherne.

ARTABAN

Seigneur, écoutez-moi le coeur moins prévenu, Je vois bien que le mien ne vous est pas connu. De vos cruels soupçons l'injuste défiance, Vos mépris pour Barsine et pour mon alliance, Un roi que je pourrais nommer votre tyran, N'ont point changé pour vous le respect d'Artaban. Touché de vos vertus plus que de vos outrages, Mon coeur à vos mépris répond par des hommages ; Heureux, si dans l'ardeur de me venger de vous, Ce coeur d'un vain honneur eût été moins jaloux ! C'est moi qui, par mes soins, ai porté votre père À parer de vos droits un fils qu'il vous préfère. Mais hélas ! Qu'ai-je fait, en y forçant son choix, Que priver l'univers du plus grand de ses rois ? Je sens que contre vous un dessein si perfide Est moins un attentat qu'un affreux parricide, Que ne saurait jamais réparer ma douleur, Qu'en signalant pour vous une juste fureur. Ce discours, je le vois, a de quoi vous surprendre, Et ce n'est pas de moi que vous deviez l'attendre ; Mais votre père en vain me comble de bienfaits, Lorsqu'il s'agit, Seigneur, d'expier mes forfaits. Dans la nécessité de me donner un maître, J'en veux du moins prendre un qui soit digne de l'être, Qui de nos ennemis sache percer le flanc, Et qui sache juger du prix de notre sang ; Non de ces faibles rois, dont la grandeur captive S'entoure de flatteurs dans une cour oisive, Mais un roi vertueux, connu par ses hauts faits, Tel enfin que le ciel vous offre à nos souhaits ; Artaban désormais n'en reconnaît point d'autre, Il ne tiendra qu'à vous d'être bientôt le nôtre. Je vous offre, Seigneur, mes trésors et mon bras ; Faisons sur votre choix prononcer les soldats, Vous verrez quel secours vous en pouvez attendre.

ACTE IV

SCÈNE I. Artaban, Tysapherne.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Darius, Artaban.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Darius, Amestris.

AMESTRIS

Si je m'en étais crue, Vous ne jouiriez pas de ma funeste vue. Quel affreux confident vous êtes-vous choisi ? Avec un tel secours, que cherchez-vous ici ? À quoi destinez-vous des mains si criminelles ? De tant d'amis, pour vous autrefois si fidèles, Ne vous reste-t-il plus que le seul Artaban, Ce ministre odieux des fureurs d'un tyran, De tous vos ennemis le plus cruel peut-être, Caché sous des écueils familiers à ce traître ? Contre de vains détours, ce grand coeur affermi, Qui sait avec tant d'art surprendre un ennemi, Avec tant de valeur, si plein de prévoyance, À des amis de cour se livre sans prudence ? Je frémis chaque instant, chaque pas que je fais ; Jusqu'au silence affreux qui règne en ce palais, Tout me remplit d'effroi ; mille tristes présages Semblent m'offrir la mort sous d'horribles images ; Vous ne la voyez pas, Seigneur, votre grand coeur S'est fait un soin cruel d'en mépriser l'horreur ; Mais moi, de vos mépris instruite par les larmes Qu'arrachent de mon coeur mes secrètes alarmes, Je crois déjà vous voir, le couteau dans le flanc, Expirer à mes pieds, noyé dans votre sang. Fuyez, épargnez-moi le terrible spectacle De vous voir dans mes bras égorger sans obstacle ; Fuyez ; ne souillez point d'un plus long attentat Ces lieux où vous devez n'entrer qu'avec éclat. Je vous dirai bien plus : quoique je la respecte, Votre vertu commence à m'être ici suspecte. Allez m'attendre ailleurs ; laissez à mon amour Le soin de vous rejoindre, et de fuir de la cour ; Surtout, n'exposez plus une si chère vie.

SCÈNE VI. Darius, Artaxerce, Amestris.

SCÈNE VII. Artaxerce, DArius, Amestris, Artaban.

ARTABAN

Traître, on n'est pas toujours tout ce que l'on paraît. Mais d'un crime si noir il est plus d'un complice, Le cruel n'a pas seul mérité le supplice. Seigneur, apprenez tout : c'est moi qui cette nuit L'ai, dans ces lieux sacrés, en secret introduit ; Comme il ne demandait qu'à revoir la princesse, Touché de ses malheurs, j'ai cru qu'à sa tendresse Je pouvais accorder ce généreux secours ; Mais tandis qu'à servir ses funestes amours, Loin de ces tristes lieux m'occupait le perfide, Sa main les a souillés du plus noir parricide. De mes soins pour l'ingrat j'allais voir le succès, Quand passant près des lieux retraite de Xercès, Dont une lueur faible éclairait les ténèbres, Votre nom, prononcé parmi des cris funèbres, M'a rempli tout_à_coup, et d'horreur, et d'effroi. J'entre ; jugez, Seigneur, quel spectacle pour moi, Quand ce prince, autrefois si grand, si redoutable, Des pères malheureux exemple déplorable, S'est offert à mes yeux sur son lit étendu, Tout baigné dans son sang lâchement répandu ; Qui de ce même sang, mais d'une main tremblante Nous traçait de sa mort une histoire sanglante, Puisant dans les ruisseaux qui coulaient de son flanc, Le sang accusateur des crimes de son sang ? Monument effroyable à la race future ! Caractères affreux dont frémit la nature ! Ce prince, à mon aspect, rappelant ses esprits, S'est fait voir dans l'état où ce traître l'a mis. Tu frémis, m'a-t-il dit, à cet objet funeste ; Tu frémiras bien plus quand tu sauras le reste, Quelle barbare main a commis tant d'horreurs. Cher Artaban, approche, et lis par qui je meurs : Le fils cruel que j'ai dépouillé de l'empire, Dans le sein paternel... À ces mots il expire ! Traître, d'aucun remords si ton coeur n'est pressé, Viens voir ces traits de sang où ton crime est tracé.

SCÈNE VIII. Darius, Amestris.

ACTE V

SCÈNE I.

ARTABAN

Le soleil va bientôt chasser d'ici la nuit, Et de mon crime heureux éclairer tout le fruit. Darius est perdu, sa tête infortunée Sous le couteau mortel va tomber condamnée ; De ma fureur sur lui rejetant les horreurs, De la soif de son sang j'ai rempli tous les coeurs. De leur amour pour lui je ne crains plus l'obstacle ; Sa tête, à ses sujets triste et nouveau spectacle, Va me servir enfin, dans ce jour éclatant, De degré pour monter au trône qui m'attend. Il ne me reste plus qu'à frapper Artaxerce ; Il est si peu fameux, si peu cher à la Perse, Que parmi les frayeurs d'un peuple épouvanté, À peine ce forfait me sera-t-il compté. À travers tant de joie un seul souci me reste, C'est de mes attentats le complice funeste ; Le lâche Tysapherne indigne d'être admis À l'honneur du forfait que ma main a commis ; Je l'ai vu, dans le temps que mon coeur magnanime S'immolait sans frémir une illustre victime, Pâlir d'effroi, m'offrir d'une tremblante main Le secours égaré d'un vulgaire assassin ; On eût dit, à le voir dans ce moment terrible, Où le sang et les cris me rendaient inflexible, Considérer l'autel, la victime et le lieu, Que sa main sacrilège allait frapper un dieu. Dès qu'à de tels forfaits l'ambition nous livre, Tout complice un moment n'y doit jamais survivre ; C'est vouloir qu'un secret soit bientôt révélé : Ou complice, ou témoin, tout doit être immolé. Tandis qu'ici la nuit répand encor ses ombres, Précipitons le mien dans les royaumes sombres ; Il faut que de ce fer teint d'un si noble sang, Pour prix de sa pitié, je lui perce le flanc. Allons... Mais quel objet à mes yeux se présente !

SCÈNE II. Artaban, Barsine.

SCÈNE III. Artaxerce, Artaban.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Artaxerce, Armestris.

SCÈNE VI. Artaxerce, Darius, Armestris.

DARIUS

Ah ! Madame, cessez de prendre ma défense, Laissez aux dieux le soin d'appuyer l'innocence ; C'est rendre, en ce moment, mon rival trop heureux, Que de vous abaisser à des soins si honteux. Solliciter pour moi, c'est m'avouer coupable : Laissez, sans le flétrir, périr un misérable ; Quand vous triompheriez de son inimitié, Ma vertu ne veut rien devoir à sa pitié. Puisqu'on m'a prononcé ma sentence mortelle, Parle : d'où vient qu'ici ta cruauté m'appelle ? Que prétends-tu de moi dans ces moments affreux ? Est-ce pour insulter au sort d'un malheureux ? Va, cruel, sois content ; le ciel impitoyable Ne peut rien ajouter au destin qui m'accable. Jouis d'un sceptre acquis au mépris de mes droits ; Soumets, si tu le peux, Amestris à tes lois ; Pour combler de ton coeur toute la barbarie, Achève de m'ôter et l'honneur, et la vie ; Mais laisse-moi mourir, sans m'offrir des objets Qui ne font qu'irriter mes maux et mes regrets. Je ne veux point, ingrat, dans ton âme cruelle, Te rappeler pour toi mon amitié fidèle ; Rien ne me servirait de t'en entretenir, Puisqu'il t'en reste à peine un triste souvenir. Rappelle seulement mes premières années, Glorieuses pour moi, quoique peu fortunées ; Cet amour scrupuleux et des dieux et des lois, Cet austère devoir signalé tant de fois ; Ces transports de vertu, cette ardeur pour la gloire, Dont nul autre penchant n'a flétri la mémoire ; Ce respect pour mon roi, que rien n'a pu m'ôter. C'est avec ces témoins qu'il me faut confronter, Non avec Artaban souillé de trop de crimes Pour donner de sa foi des garants légitimes, Qui, pour t'en imposer, ne produit contre moi Qu'un poignard désormais peu digne de ta foi. Amestris, m'a-t-il dit, doute encor de mon zèle ; Ce fer peut me servir de garant auprès d'elle, Un moment à mes soins daignez le confier. Mais c'est trop m'abaisser à me justifier. Tout est prêt, m'a-t-on dit. Adieu, barbare frère, Plus injuste pour moi que ne le fut mon père ; Les dieux te puniront un jour de mes malheurs. Tu détournes les yeux ? Je vois couler tes pleurs ? Hélas ! et que me sert que ton coeur s'attendrisse, Tandis que ta fureur me condamne au supplice ? Quel opprobre, grands dieux ! Et quelle indignité ! Au supplice ! Qui, moi ! L'avais-je mérité ? De tant de noms fameux, en ce moment funeste, Le nom de parricide est le seul qui me reste ! Je me sens à ce nom agité de fureur. Ah ! Cruel, s'il se peut, épargne m'en l'horreur.

SCÈNE VII. Darius, Artaxerce, Amestris, Barsine, Tysapherne, Gardes.

1 850 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica