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L'Air de la Mer
Personnages
- LE NARRATEUR
L'AIR DE LA MER
J'dis à Hortense, un' veill' de fête :
- La bourgeois', j' t'emmèn' voir la mer.
D'puis longtemps ça m' trott' dans la tête :
En train d' plaisir, c'est pas si cher !
Avec l' goss' j'allons, dimanche.
Prendr' gar' du Nord.
Un aller et r'tour sur la planche
Pour Le_Tréport.
Avant l'aube, j'réveille Hortense,
Je charg' de provisions l' moutard.
Nous arrivons une heur' d'avance
À la gare d' peur d'être en r'tard...
On se bouscule, on s'précipite
Pour prendre les coins.
- Arthur, Hortens', marchez plus vite !
Jouez des poings !
Je r'luque une plac' près d'la portière
Oùsqu'y traînait un pardessus :
Un' bonne aubain' pour not' derrière !
Avec Hortense j' m'assieds d'ssus.
Un bourgeois survient, qui m'engueule :
- Gard' ton tapis !
Que j'crie en tirant mon brûl'-gueule...
Et j'rends l'fourbis.
Mais croyez-vous qu'il a l'audace
D'vouloir me fair' descendr' sur l'quai,
M'disant qu'il a r'tenu la place :
- Plus qu'moi, bourgeois, t'as pas casqué !
C'train-là, c'est c'lui du prolétaire.
De quoi qu'tu t' plains ?
Pas d' privilège, ici ! Faut faire
Comm' les copains !
Le train siffle. Nous v'là en route !
Arthur a peur qu' ça dur' longtemps :
- Patience ! on va casser un' croûte,
Pour fair' passer plus vit' le temps.
J' dégote l'panier à Hortense,
J' tir' l' saucisson :
- Tiens ! Arthur, voilà ta pitance !
Pass' la boisson !
- Douc'ment, gamin, mang' pas tant, peste !
T'as donc l'estomac comme un four ?
Laisse du veau : faut qu'il en reste
Pour ce soir, dans l'train de retour.
Pour boulotter, pas d' danger qu' j'aille
M' fair' monter l'coup,
Comm' dans les gargot' de Versailles
Et de Saint-Cloud !
Le train filait pas pour de rire !
C't'égal ! Quatre heur' dans l' chemin d' fer,
C'est long, quand on a rien à s'dire...
La mer ! Quand verra-t-on la mer ?...
J'entends soudain crier derrière :
Des mâts, un port !
Tout l' mond' met l'nez à la portière.
C'est Le_Tréport !
Là-bas, la mer, la mer paisible !
J'peux pas cont'nir mon émotion.
- Que d'eau ! Que d'eau ! C'est-y possible !
Que j'm' écri' comm' Napoléon.
L'épat'ment d'Hortense est sans bornes.
Arthur rest'là...
L'vent souffle à fair' sauter les cornes
À qui qu'en a !
Y a qu'une chos', moi qui m'agace,
C'est d'voir des Saint' Vierg's aux carr'fours.
Des bons Dieux tout neufs sur chaqu' place :
L' clêricaliss' vit donc toujours ?
J'croyais que d'puis la République
11 était mort :
Ferry, pour un grand politique,
Tu n'es pas fort :
J'entr'aperçois sur la colline
Quelque chos' comme un mat d' vaisseau.
Gosseline : Jeune enfant, petit garçon ou petite fille. [CNRTL]
J'interroge une gosseline : - Est-ce qu'ell' mont' si haut qu'ça, l'eau ? - Non, m'sicu, qu'ell' dit, c'est l' sémaphore ?.. Je suis outré !Se frappant la poitrine.
C'est ma faute : parole du la prière catholique Confiteor
C'est ma faut', c'est ma très grand' faute !.... Ça sent l'curé !...Tant pis s'y a du sex' sur la plage !
Puisque j'ai pris mon cal'çon d' bain
Faut qu' j'aille à la mer et que j'nage !
- Viens ! Déshabillons-nous, bambin !
- Papa, qu'il dit, je m' baign' nature.
J'ai pas d' cal'con.
- Vlà mon mouchoir. Cach' ta figure,
Mon p'tit garçon !
La vague arrive. J' m'y renverse
Et je pataug' comme un canard,
Ou bien si doucement l'eau m',berce.
Plumard : Pop. Lit. Synon. pop. et arg. pageot, pieu, plume, pucier. [CNRTL]
Que je m' croirais dans mon plumard. Arthur non plus n'se sent pas d'aise ; - Regard' mon fils : Les homm's là-haut, sur la falaise, Comme ils sont p'tits !Ça m'enthousiasm' moi, les voyages !
Et c'est déjà l'heure d' r'venir !
Hortens' ramass' des coquillages
Pour rapporter comm' souvenir...
Tous les trois, nous gagnons la gare :
Pour s'mettre en train,
J' paie un verre, j'fume un cigare.
En rout' le train !
120 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica