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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Apologie en vers· Comédie, en un Acte et en vers

La Fête Séculaire de Corneille

Michel de Cubières-Palmézeaux· imprimée en 1785· 458 vers· 15 personnages

Personnages

  • MELPOMÈNE, Madme Vefstris
  • THALIE, Melle Contat
  • LE TEMPS, M. Brizard
  • ALCIPE, Personnages du Menteur. M. Molé
  • PHILISTE, M. Fleury
  • ARISTE, M. Vanhove
  • CLITON, Valet du Menteur, M. Préville
  • UN GREC, M. Saint-Prix
  • UN ROMAIN, M. Saint-Phal
  • RODRIGUE, M. de la Rive
  • Un quadrille de Grecs
  • Un de Romains
  • Un de Castillans
  • Un de François
  • Suivants de Melpomène et de Thalie
AVERTISSEMENT

Parmi les modes qui nous viennent d'Angleterre, celle de célébrer annuellement les grands Génies qui illustrent les Nations, ne nous est pas encore arrivée. Mais il est possible qu'elle arrive enfin. Tout le monde sait qu'à Londres le Musicien Haendel a sa Fête annuelle ; ainsi il n'y aurait rien de bien étrange, si le père de la scène tragique jouissait un jour à Paris du même honneur.

Cette petite pièce concourut avec quelques autres, l'année dernière, pour la Centenaire de Corneille : De ces pièces, l'une a été jouée au Théâtre Français, et deux autres, après avoir été jouées en Province, ont été imprimées.

On a donc cru devoir livrer celle-ci à l'impression. Plus les jeunes gens verront que Corneille est célébré, plus ils l'étudieront, pour voir au moins s'il mérite tant d'éloges, et l'art dramatique ne peut rien perdre à une pareille étude.

Comme ce petit Ouvrage était destiné au Théâtre Français, on s'est permis d'y mettre les noms des Acteurs. C'étaient eux qui devaient lui concilier, par leurs talents, le suffrage public ; et s'il a quelque succès, quoique privé d'un tel avantage, sa publicité sera suffisamment justifiée.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Philiste et Alcipe.

ALCIPE

Parce qu'ils sont reconnaissants, Les Comédiens vont-ils d'un auteur du vieux temps Nous faire encor l'apothéose ? Ils ne savent donc pas que c'est pour les vivants, Que l'encens doit surtout brûler à forte dose ?

Apothéose : Cérémonie païenne que faisaient les idolâtres pour mettre leurs empereurs au rang des Dieux ; après quoi il leur dressaient des temples et des autels. [F]

PHILISTE

C'est juste.

PHILISTE

Bien vu...

ALCIPE

D'accord, tu parles de bon sens ; Au Théâtre, à coup sûr, nous les verrons paraître :

En tirant sa montre.

Allons ; dépêchons ; il est temps.

Ils sortent ensemble.

Le théâtre change, et représente un vestibule.

SCÈNE III. Thalie et Ariste.

Thalie entre et épie dans la salle : elle est appuyée sur la main d'Ariste.

THALIE, à Ariste

Quoi ! Tout ce monde là pour ma soeur Melpomène ? Elle est donc folle ? Elle se plaint toujours, Qu'elle voit s'éclipser sa gloire et ses beaux jours.

Melpomène : Nom d'une des neuf Muses, à laquelle on attribue l'invention du chant, de l'harmonie musicale et de la tragédie.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Alcipe, Thalie.

ALCIPE

Thalie.

SCÈNE V. Thalie et Melpomène.

MELPOMÈNE

Enfin je me vois libre, et je puis sans contrainte, Vous peindre les transports dont mon âme est atteinte ; Prêtez, ma chère soeur, l'oreille à mes discours, Et sachez que je vois le plus beau de mes jours.

Elles s'asseyent.

Si mon nom, autrefois honoré dans la Grèce, Fit fumer un encens qui flatta ma tendresse, Je ne vous dirai point par quel affreux revers, Depuis ces jours brillants, j'errai dans l'univers, Nourrissant ma douleur, et ma triste pensée, Du cruel souvenir de ma gloire éclipsée ; Mes autels renversés, mes temples abattus, Redisaient en tous lieux, Melpomène n'est plus ! Mes pas irrésolus, et ma marche incertaine, Me conduisent enfin sur les bords de la Seine ; Mais son peuple égaré connaissait-il alors, Des passions du coeur les terribles ressorts ? Le Théâtre à ses yeux, dans des scènes barbares, N'offrait qu'un long tissu d'événements bizarres. Aux étranges combats des héros et des dieux, Succédaient brusquement des discours langoureux ; Leurs périls, leurs malheurs, leurs tendresses, leurs flammes, Ne parlaient point aux coeurs, n'agitaient point les âmes ; Et dans ces jeux, toujours l'ennui du merveilleux, Refroidissait la scène en fatiguant les yeux. J'invoquais (sans espoir) quelque dieu tutélaire, Qui pût dans ce chaos, débrouiller la lumière : Ce dieu, ce fut Corneille : il parut ; à sa voix Je repris tout-à-coup mon empire et mes droits. Cent ans sont écoulés depuis que sur la scène, Par ce nom glorieux je règne en souveraine. Le Cid me l'annonça ; je le vis, et soudain Je mis, sans balancer, mon sceptre dans sa main : Ce choix n'a point trompé ma superbe espérance, Sa gloire chaque jour cimentant ma puissance. Mille ennemis jaloux, confus, humiliés, Virent bientôt la France et l'Europe à mes pieds. Quand il eut médité sur la source profonde, Des malheurs, des vertus et des crimes du monde, Alors on entendit son éloquente voix, Porter la vérité dans l'oreille des Rois, Et ce siècle fameux, si fertile en merveilles, Dut son plus grand éclat à l'aîné des Corneilles. Ah ! Si ce sentiment paraissait une erreur, C'est une vérité dans le fond de mon coeur. Mais faut-il, en des lieux illustrés par sa gloire, De ses nombreux travaux rappeler la mémoire ? Ma voix redira-t-elle à tous les coeurs émus, De quel attrait puissant il orna les vertus De ces nobles héros que la grandeur Romaine, Permit à ses pinceaux de montrer sur la scène, Pour l'ornement du monde et l'exemple des Rois ? De combien de devoirs il fait chérir les lois. Son art veut-il former un Prince doux et juste ? Il présente à son coeur la clémence d'Auguste. Ici la même main qui si bien crayonna L'âme du grand Pompée et celle de Cinna. Prenant d'autres pinceaux, trace dans Rodogune, De la soif de régner, la sanglante infortune : Là le coeur agité par de nobles douleurs, De Chimène admira les combats et les pleurs ; Et dans ces grands tableaux que sans cesse il varie, Tantôt tendre, il rend cher l'amour de la patrie, Et tantôt plus terrible, en des traits effrayants, Il peint l'horreur du crime, ou l'effroi des tyrans. Enfin ce fils chéri, qui terrassa l'envie, Ne dut rien à son siècle, et tout à son génie. Aujourd'hui que du temps la sévère équité, Le ceindra d'un laurier tant de fois mérité, Partagez les transports d'un peuple qui s'apprête Au pompeux appareil de cette grande fête.

MELPOMÈNE

Non.

SCÈNE VI. Thalie, Cliton, Melpomène.

SCÈNE VII. Un Grec, Un Romain, Un Castillan, Melpomène.

SCÈNE VIII. Thalie, sa suite et les précédents.

MELPOMÈNE

Ah ! Mon coeur me le dit, déjà je les entends.

Annonce d'une marche par l'Orchestre.

Ces sons harmonieux m'annoncent leur présence.

Aux Envoyés.

Rangez-vous près de moi : que la fête commence.

Melpomène sur l'aile droite du Théâtre. Thalie sur l'aile gauche avec sa suite.

SCÈNE IX. Le Temps, Melpomène, Thalie.

Le Temps, une couronne à la main, arrive sur une marche, précédé et suivi de quatre quadrilles, un de Grecs, un de Romains, un de Castillans et un de Français : à la fin de la marche, il se trouve sur le devant de la scène au milieu des deux Muses.

LE TEMPS

Temple de l'immortalité, Paraissez, brillez à ma vue.

Le fond s'ouvre ; on voit dans l'endroit le plus élevé du Parnasse la statue de Sophocle ; plus bas, au même rang, celles de Corneille, de Racine, de Voltaire et quelques autres. Alors trois cris de joie se font entendre distinctement. Hurra. Bravo. Vivat.

LE TEMPS

Qu'elle brille en ces lieux, qu'elle nous environne Cette gloire, l'honneur des sujets et du trône, Par l'exemple fameux que je vais en donner.

À quatre sujets principaux de la Tragédie.

Vous cependant allez environner Avec respect cette noble statue : Approchez-la de moi ; peuples à votre vue Saturne va la couronner.

Sur un pas de quatre, on va chercher la statue qu'on place sur le devant, entre les deux Muses et le Temps. Les ailes du Théâtre bien découvertes.

LE TEMPS, avant de placer la couronne

Ô vous ! Dont l'âme ambitionne L'immortalité des succès, Rappelez-vous cette couronne, Et sachez qu'un laurier ne se fane jamais, Lorsque c'est ma main qui le donne.

Melpomène, Thalie et leur suite rendent hommage à Corneille. Pas de Ballet.

LE TEMPS

Ramenez ce grand homme au sommet du Parnasse, À côté de Sophocle où je marque sa place.

Autre pas de Ballet. On place la statue à côté de celle de Sophocle.

458 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0