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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou Suite de la Scène Lyrique de Pigmalion

Galathée

Michel de Cubières-Palmézeaux· créée en 1777· 601 vers· 3 personnages

Représentée au Palais-Royal le 19 Janvier, par les Comédiens de S.A.S Monseigneur le Comte de Beaujolais, pour l'ouverture de leur Théâtre.

Personnages

  • PIGMALION
  • GALATHEE
  • PARMENON, esclave
AVERTISSEMENT

Cette Pièce a été représentée à Versailles par les Comédiens de la Cour, le 21 Septembre 1777 ; et à Fontainebleau, devant la Famille Royale, le 8 Novembre de la même année. Elle l'a été au Palais Royal ; et en différents temps, dans les principales villes de Province. J'ai voulu y prouver que la femme était fidèle et vertueuse en sortant des mains de la Nature, et que la Société seule pouvait la corrompre. La Lettre suivante était à la tête de la première édition de cette bagatelle, la seule des Pièces de ce Volume, qui ait eu les honneurs de la représentation.

LETTRE Au sage SOULROUKIS et à la belle ZÉARBÉ

Belle Zéarbé, vous êtes ce que j'aime, Sage Soulroukis, vous êtes ce que j'admire. Recevez donc l'hommage que je vous fais de cette production de ma jeunesse. Soulroukis, vous êtes célèbre. Zéarbé, vous êtes jolie, Le génie et la beauté sont les plus doux présents de la Nature ; l'un ne s'acquiert pas plus que l'autre. Vous voilà égaux à mes yeux. Ne vous étonnez pas de me voir ainsi confondre vos droits et vos empires. Chacun de vous est sûrement très fier de son partage, Je ne veux pas entretenir votre orgueil en vous louant. Vous êtes les objets de ma première Dédicace, il sera bien glorieux pour moi de ne l'avoir point souillée par des éloges, lorsqu'il était si difficile de m'en dispenser.

P.S. Sage Soulroukis, il me reste encore deux mots à vous dire. C'est à vous que je dois l'idée de ma pièce ; sans votre Scène lyrique de Pigmalion, je n'aurais point fait Galathée. Cette dernière est en quelque forte votre enfant, ainsi vous devez avoir pour elle une espèce de tendresse paternelle, Les Critiques de Tyr, qui ont la manie des parallèles, compareront peut-être la cadette à l'aîné. Je vous prie de leur dire vous-même que non seulement par l'âge, mais encore par le mérite, le frère remporte sur la soeur, et qu'on leur trouve à peine un air de famille. Ils vous croiront, par l'usage où vous êtes depuis longtemps, de leur annoncer des vérités. Ces Messieurs ne manqueront pas de me faire encore quelques mauvaises chicanes : ils demanderont, par exemple s'il est bien vrai qu'Alcamène le Sculpteur, vécut du temps de Pìgmalion le Sculpteur. Quoique ces Messieurs soient très savants, vous l'êtes je crois, un peu plus qu'eux. Ainsi, il vous fera facile de leur répondre que, comme on ignore le temps auquel vivait Pigmalion le Sculpteur, puisque c'est un personnage de la Fable, il m'a été libre d'en faire le contemporain d'Alcamène, qui est un personnage de l'Histoire. S'ils veulent insister, vous pourrez leur prouver que Pigmalion le Sculpteur n'a jamais existé, en leur rappelant l'origine de cette Fable, que je vais moi-même vous rappeler. Vous savez que Pigmalion, Roi de Tyr, aimait très peu les femmes. Les poètes ont feint que les Dieux, pour le punir d'une indifférence aussi criminelle, l'avaient rendu amoureux d'une statue. Si Messieurs les Critiques ne se contentaient pas de ces raisons, qui cependant me semblent assez bonnes, et que le nom d'Alcamène leur fit toujours ombrage ; vous pourriez les prier de le changer en celui d'Orcomène ou tel autre aussi harmonieux, et les assurer que cela m'est absolument égal. Cela serait, je crois, aussi indifférent au public : Ainsi, grâces a vous, j'aurais contenté à-peu-près tout le monde, ce qui est vraiment mon unique désir. Vous m'auriez de plus épargné la peine de faire une préface, chose si inutile, lorsqu'on n'a rien à dire d'intéressant au public. Adieu, sage Soulroukis, je vais lire quelques pages de votre sublime Héloïse ce qui est très bon ; ensuite j'irai souper chez la telle Zéarbé, ce qui vaut encore mieux.

SCÈNE PREMIÈRE. Galathée, Pigmalion tenant une lettre à la main.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Pigmalion, Parmenon.

PIGMALION

Parmenon !

PARMENON

Me voilà.

PARMENON

Volontiers. Je ne suis pas Hercule, Et la voilà par terre cependant.

Tous deux poussent la Statue et la renversent dans la coulisse. Pigmalion monte sur le piédestal à sa place, et prend la même attitude. Parmenon continue.

Puis-je me retirer en grave confident ?

SCÈNE IV. Les Précédents, Galathée.

Pigmalion est sur le piédestal.

SCÈNE V. GALATHÉE, PIGMALION sur UpUátJld.

GALATHÉE, regardant la fausse statue

La voilà donc cette insensible pierre, Qu'en faisant certaine prière, En homme je puis transformer ! Je veux... Non, étouffons un désir téméraire, Autant qu'à mon amour, à ma gloire contraire. Nul, hors Pigmalion, n'a droit de me charmer : À lui seul je veux plaire. Au lieu de l'animer, Détruisons-la, cette statue : Que ma main à la déformer, À la défigurer hardiment s'évertue ! Oui, mon devoir l'exige : allons, ferme ! Mon bras ! Frappons, sans que rien me retienne Ce beau chef-d'oeuvre d'Alcamène ! Ébréchons ces contours si fins, si délicats !...

Elle s'approche de la fausse statue, le maillet à une main. et le ciseau de l'autre, et se dispose à la frapper.

Quoi ! De Pigmalion je vais briser l'image ! Cette image sacrée, objet de mon hommage, Dont l'aspect seul adoucit mon tourment Dont l'aspect seul me dédommage De l'absence de mon amant ! Ah ! Plutôt que de la détruire, Je voudrais la multiplier. Il me vient une idée, et le Ciel me l'inspire : Que je dois l'en remercier ! Un Prêtre de Minerve, un vieillard vénérable. Que les secrets de son art redoutable Ont rendu le rival de la Divinité, M'a fait présent, pour prix de l'hospitalité, D'un cristal merveilleux, magique, inconcevable, Où chaque objet est si bien répété, Que par un charme inexprimable , On confond le mensonge avec la vérité, On prend l'illusion pour la réalité. Je vais quérir soudain ce cristal admirable : Il ne me rendra point mon cher Pigmalion ; Mais il me doublera son image adorable, Et mon coeur a besoin de cette illusion, Pour adoucir le chagrin qui l'accable.

SCÈNE VI.

SCÈNE VI.. Galathée, un miroir à la main, Pigmalion, sur le piédestal.

GALATHÉE, au miroir

D'une manière avantageuse, D'abord tâchons de te placer, Tiendras-tu là ? Voyons. Oui : la place est heureuse ; Mais ne vas pas au moins tomber et te casser.

Elle suspend le miroir à une branche d'arbre, de manière que Pigmalion puisse se voir dedans, sans cesser d'être vu du spectateur.

Le prestige opère d'avance. Voilà Pigmalion ! Oui : voilà mon Amant ! Je suis à ses côtés ! Ciel ! Quel tableau charmant ! C'est celui de l'amour, celui de l'innocence. Mais, que vois-je ? Ô prodige ! Ô miracle imprévu !

Pigmalion sourit.

La statue !... On dirait... Que faut-il que j'en pense ? On dirait... Ô Ciel ! Qu'ai-je vu !... Que vois-je encor ! S'un aimable sourire Sa bouche est embellie : un léger mouvement A paru dans ses yeux où nait le sentiment. La Statue à coup sûr respire.

Elle se tourne avec précipitation vers la fausse statue, et la regarde attentivement.

Non, J'étais le jouet d'un charme séducteur : La Statue est toujours dans la même posture ; Le calme est sur ses traits, le trouble dans mon coeur,

Au miroir.

Le voilà, je crois, l'enchanteur D'où provient toute l'imposture ! Puisqu'il trompe ainsi mon désir, Qu'il fasse ailleurs briller son prestige infidèle ! Je n'en veux plus : une peine réelle M'afflige moins qu'un faux plaisir.

Elle jette le miroir, et se promène quelques temps d'un air agité.

Me voilà condamnée à vivre avec un marbre, Et cela durera peut-être un ou deux ans. L'heureux destin ! Le joli passe-temps ! Autant vaudrait-il être un arbre. Ah ! Loin de m'exposer à ce cruel tourment, Animons la statue : est-ce un crime si grand ? Je ne prétends donner la vie À ce nouveau Pigmalion, Que pour faire avec lui la conversation, Qu'afin de vivre en compagnie. Mais ce Pigmalion, si ressemblant au mien ; N'étant plus une pierre, aura des sens, une âme, Les Dieux le formeront, sans qu'il lui manque rien : Ils en feront un homme, et je fuis une femme. S'il avait quelque envie en effet de m'aimer, Comme cela me ferait rire ! Combien je me plairais à causer son martyre ! L'aspect des malheureux ne saurait me charmer ; Mais pour le coup, la raison, la justice, Autoriseraient ma rigueur. Au vrai Pigmalion, seul maître de mon coeur, Je dois offrir le faux en sacrifice, Je dois immoler tout à ma fidélité ; Rien ne m'arrête plus, puisse la Déité, Que je vais implorer sous cet heureux auspice, Prêter à mes accents une oreille propice !

Elle chante les vers suivants.

PIGMALION, contrefaisant l'Écho, mais si doucement, que Galathée ne peut l'entendre

Fort.

PIGMALION, contrefaisant l'écho d'une voix plus forte

Erreur.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Galathée, Pigmalion, feignant de dormir sur un banc de gazon.

PIGMALION

Eh bien ! Il faut vous satisfaire : Je vais...

Il fait quelques pas vers le piédestal.

PIGMALION

Non, arrêtez.

SCÈNE X. Les Précédents, Parmenon.

PIGMALION, lui laissant faire quelques pas

Arrête, Galathée !

PIGMALION

Sûr ces gazons nos mains l'ont abattue. ,

Il la montre renversée dans la coulisse.

601 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0