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Tragédie en vers

La Mort d'Agrippine

Savinien de Cyrano de Bergerac· créée en 1654· 5 actes· 1 656 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois en 1654.

Personnages

  • TIBÈRE, empereur de Rome
  • SÉJANUS, favori de Tibère
  • NERVA, sénateur, confident de l'Empereur
  • TÉRENTIUS, confident de Séjanus
  • AGRIPPINE, veuve de Germanicus
  • CORNÉLIE, sa confidente
  • LIVILLA, soeur de Germanicus et bru de l'Empereur
  • FURNIE, sa confidente
  • TROUPE DE GARDES
LE LIBRAIRE AU LECTEUR

Mon Cher lecteur, après vous avoir donné l'impression d'une si bel ouvrage, j'ai cru vous devoir un volume de Lettres du même auteur, pour satisfaire entièrement votre curiosité. Il y en a qui contiennent des descriptions : il y en a de satiriques : il y a en a de burlesques : il y en a d'amoureuses, et toutes sont dans leur genre si excellentes et si propres à leur sujets, que l'auteur paraît aussi merveilleux en prose qu'en vers. C'est un jugement que vous en ferez, non pas avec moi,mais avec tous les hommes d'esprit qui connaissent la beauté du sien. Je fais rouler la presse avec autant de diligence qu'il m'est possible pour vous en donner le contentement, et à moi celui de vous faire avouer que je vous ai dit la vérité.

Dédicace

À MONSEIGNEUR LE DUC D'ARPAJON.

MONSEIGNEUR, quoi qu'Agrippine soit sortie du sang de ces Princes qui naissaient seulement pour commander aux hommes, et qui ne mouraient que pour être appelés au rang des Dieux, ses disgrâces l'ont rendue encore plus célèbre que la gloire de son berceau. Il semble qu'elle n'ait eu le grand Auguste pour aïeul qu'afin de sentir avec plus d'affront le regret de se voir dérober l'Empire, son légitime patrimoine : César ne l'avait honorée de l'alliance de Tibère, que pour l'attacher de plus près à son tyran, et ne lui avait donné pour mari le plus grand héros de son siècle, que pour en faire la plus affligée et la plus inconsolable de toutes les veuves ; de sorte qu'ayant toujours vécu dans la douleur et la persécution, il est certain qu'elle préférerait le repos du tombeau à cette seconde vie que je lui donne si, voulant l'exposer au jour, je lui cherchais un moindre protecteur que celui qui, dans la conservation de Malte, l'a été de toute l'Europe. Quelque maligne que soit la planète qui domine au sort de mon héroïne, je ne crois pas qu'elle puisse lui susciter des ennemis qu'impuissants, quand elle aura le secours de Votre Grandeur : Vous, MONSEIGNEUR, que l'Univers regarde comme le Chef d'un Corps qui n'est composé que de parties nobles, qui avez fait trembler jusques dans Constantinople le Tyran d'une moitié de la Terre, et qui avez empêché que son Croissant, dont il se vantait d'enfermer le reste du Globe, ne partageât la souveraineté de la Mer avec celui de la Lune : mais tant de glorieux succès ne sont point des miracles pour une personne dont la profonde sagesse éblouit les plus grands génies, et en faveur de qui Dieu semble avoir dit par la bouche de ses Prophètes*, que le sage aurait droit de commander aux astres. Agrippine, MONSEIGNEUR, qui pendant le cours de sa vie les a sans relâche expérimentés contraires, effarouchée encore aujourd'hui delà cruauté des Empereurs qui ont poursuivi son ombre jusques chez les morts : Entre les bras de qui se pouvait-elle jeter avec plus de confiance, qu'entre ceux d'un redoutable Capitaine, dont le seul bruit des armes a garanti et rassuré Venise, cette puissante République, où la liberté Romaine s'est conservée jusqu'en nos jours. Recevez-là donc, s'il vous plaît, MONSEIGNEUR, favorablement ; accordez un asile à cette Princesse, qu'elle n'a pu trouver dans un Empire qui lui appartenait. Je sais que faisant profession d'une inviolable fidélité pour notre Monarque, vous la blâmerez peut-être d'avoir conspiré contre son Souverain, quoi qu'elle n'ait poursuivi la mort de Tibère que pour venger celle de Germanicus, et n'ait été infidèle Sujette, que pour être fidèle à son époux : mais en faveur de sa vertu, elle espère cette grâce de votre bonté, dont elle ne sera pas ingrate ; car elle m'a promis que sa reconnaissance publiera par tout les merveilleux éloges de votre vertu, qui donne plus d'éclat à votre sang** qu'elle n'en a reçu de lui, encore que la source en soit Royale : Ceux de votre prudence dans les négociations les plus importantes de l'État, que l'on nous propose comme un portrait achevé de la Sagesse ; Ceux de votre valeur dans les combats dont elle règle les événements, au préjudice du pouvoir absolu que la Fortune s'en est réservé ; et ceux enfin, MONSEIGNEUR, de votre courage qui n'a jamais vu de péril qu'au dessous de lui. Ces considérations me font espérer que la généreuse Agrippine ayant été présente à toutes les victoires de son héros, elle n'ignore pas en quels termes elle doit parler des vôtres, et je suis même certain qu'elle leur rendra justice, sans qu'on l'accuse de flatterie ; car si vous êtes d'un mérite à ne pouvoir être flatté, elle est aussi d'un rang à ne pouvoir flatter. Mais, MONSEIGNEUR, que pourrait-elle dire qui ne soit connu de toute la Terre ; vous l'avez vue presqu'entière en victorieux***, et par un prodige inouï votre visage même n'y est guère moins connu que son nom. Souffrez donc que je vous offre cette Princesse, sans vous rien promettre d'elle que cet aveu public qu'elle vient vous faire, qu'enfin elle a trouvé un Héros plus grand que Germanicus.

Au reste, elle cessera de déplorer ses malheurs, si par le tableau de sa pitoyable aventure, elle vous donne au moins quelque estime de sa constance, et moi je me croirai trop bien récompensé du présent que je lui fais de cette seconde vie si, n'étant plus que mémoire, elle vous fait souvenir que je suis, MONSEIGNEUR, votre très humble, très obéissant et très passionné serviteur,

DE CYRANO BERGERAC

* Vir sapiens dominabitur Astris.

** Les rois d'Aragon et les Comtes de Toulouse, dont quelques uns ont régné en Jérusalem.

*** Monseigneur L. D. Arpajon a commandé en France, en ALsave, Flandres, Lorraine, Italie, Rousillon, Malte, Venise, Pologne, etc.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Agrippine, Cornélie.

AGRIPPINE

Apprends donc comme ce jeune Alcide Fut des Géants du Rhin le superbe homicide, Et comme à ses côtés faisant marcher la Mort, Il échauffa de sang les rivières du Nord. Mais pour voir les dangers où dans cette conquête La grandeur de son âme abandonna sa tête, Pour voir ce que son nom en emprunta d'éclat, Écoute le récit de son dernier combat. Déjà notre Aigle en l'air balançait le tonnerre Dont il devait brûler la moitié de la terre, Quand on vint rapporter au grand Germanicus Qu'on voyait l'Allemand, sous de vastes écus, Marcher par un chemin couvert de nuits sans nombre « L'éclat de notre acier en dissipera l'ombre ! » (Dit-il), et pour la charge il lève le signal Sa voix donne la vie à des corps de métal ; Le Romain par torrents se répand dans la plaine, Le Colosse du Nord se soutient à grand'peine, Son énorme grandeur ne lui sert seulement Qu'à montrer à la Parque un plus grand logement ; Et tandis qu'on heurtait ces murailles humaines, Pour épargner le sang des légions Romaines, Mon Héros, ennuyé du combat qui traînait, Se cachait presqu'entier dans les coups qu'il donnait ; Là des bras emportés, là des têtes brisées ; Des troupes en tombant sous d'autres écrasées, Font frémir la campagne au choc des combattants Comme si l'Univers tremblait pour ses enfants. De leurs traits assemblés l'effroyable descente Forme entre eux et la nue une voûte volante, Sous qui ces fiers Titans, honteux d'un sort pareil, Semblent vouloir cacher leur défaite au Soleil. Germanicus y fit ce qu'un Dieu pouvait faire, Et Mars en le suivant crut être téméraire. Ayant fait du Germain la sanglante moisson, Il prit sur leurs Autels leurs Dieux même à rançon, Afin qu'on sût un jour par des exploits si braves, Qu'un Romain dans le Ciel peut avoir des esclaves. Ô ! Quel plaisir de voir sur des monceaux de corps, Qui marquaient du combat les tragiques efforts, Dans un livre d'airain la superbe Victoire Graver Germanicus aux fastes de la Gloire !

Alcide : autre nom d'Hercule.

AGRIPPINE

Du Couchant à l'Aurore ayant porté la guerre, Notre héros parut aux deux bouts de la Terre, En un clin d'oeil si prompt, qu'on peut dire aujourd'hui Qu'il devança le jour qui courait devant lui ; On crut que pour défendre en tous lieux notre Empire, Ce Jupiter sauveur se voulait reproduire, Et passant comme un trait tant de divers climats, Que d'un degré du Pôle il ne faisait qu'un pas. Dans ces Pays brûlés où l'arène volante Sous la marche des siens était étincelante, De cadavres pourris il infecta les airs. Il engraissa de sang leurs stériles déserts, Afin que la moisson pouvant naître en ces plaines Fournit de nourriture aux légions Romaines ; Que par cet aliment notre peuple orgueilleux Suçât avec leur sang quelque amitié pour eux, Et qu'un jour le succès d'un combat si tragique Pût réconcilier l'Europe avec l'Afrique ; Enfin tout l'Univers il se serait soumis, Mais il eut le malheur de manquer d'ennemis ! Mon cher Germanicus était donc sur la terre Le souverain Arbitre et de paix et de guerre, Et se trouvait si haut par dessus les humains, Que son pied se posait sur le front des Romains, Alors qu'en Orient terminant sa carrière, Dans la source du jour il perdit la lumière, Et pour un lit superbe à son dernier sommeil, Il s'alla reposer au berceau du Soleil. Voilà comme il vécut, et je te veux encore Peindre dans son couchant cet Astre que j'adore, Afin que le malheur de mon illustre époux Par ces tristes tableaux réveille mon courroux, Et que par les horreurs de la fin de sa vie, Je m'excite à haïr ceux qui l'ont poursuivie.

SCÈNE II. Séjanus, Agrippine, Cornélie.

SCÈNE III. Agrippine, Cornélie.

AGRIPPINE

Moi, de mes ennemis je deviendrais la mère ! Moi qui les dois punir du crime de leur père ! Rouge encor de mon sang, il viendrait l'assassin, En qualité d'époux me présenter la main ! Donc mes fils en mes flancs ne pourraient trouver place, Sans augmenter le nom du Bourreau de ma race ! Donc avec eux naîtrait, malgré tout mon amour, L'exécrable devoir de les priver du jour ! Donc ces infortunés, sans le pouvoir connaître, Seraient mes ennemis avant même que d'être ! Deviendraient criminels entre les mains du sort, Et pour avoir vécu mériteraient la mort ! Du plus vil des Romains je me ferais un maître ! Et veuve d'un Héros j'épouserais un Traître ! Ha ! Ne m'accuse point de tant de lâcheté, Et pénètre un peu mieux dans mon coeur irrité. Vois jusqu'où doit aller le courroux d'Agrippine, Qui l'oblige à flatter l'auteur de sa ruine ; Et combien il est grand, puis que pour l'occuper Étant ce que je suis, je m'abaisse à tromper : Oui, j'abhorre ce monstre ; après l'avoir ravie, Pour le tuer encor je lui rendrais la vie ; Et je voudrais qu'il pût, sans tout à fait périr, Et sans cesse renaître, et sans cesse mourir. Mais, hélas ! Je ne puis me venger de Tibère, Que par la seule main de mon lâche adversaire : Car Séjanus vainqueur lui percera le flanc. Ou Séjanus vaincu payera de son sang. Si Tibère y demeure, alors je suis vengée ; Si contre Séjanus la Fortune est rangée, Je verrai satisfaite entrer au monument De mon époux meurtri le premier instrument. Mais Livilla paraît... J'évite sa présence, Elle hait ma rencontre, et la sienne m'offense.

SCÈNE IV. Livilla, Séjanus, Térentius.

SCÈNE V. Séjanus, Térentius.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Tibère, Nerva.

TIBÈRE

En quoi ?

NERVA

César...

SCÈNE II. Tibère, Agrippine, Séjanus, Nerva, Térentius.

SCÈNE III. Séjanus, Agrippine, Térentius.

AGRIPPINE

Alors que dans ton sein mon portrait fut tracé, Le portrait de Tibère en fût-il effacé ? Ou désaccoutumé du visage d'un traître, L'as-tu vu sans le voir et sans le reconnaître ? Je t'excuse pourtant ! Non, tu ne l'as point vu, Il était trop masqué pour être reconnu ! Un homme franc, ouvert, sans haine, sans colère, Incapable de peur, ce n'est point là Tibère ; Dans tout ce qu'il paraît, Tibère n'est point là : Mais Tibère est caché derrière tout cela ; De monter à son trône il ne m'a poursuivie Qu'à dessein d'épier s'il me faisait envie ; Et pour peu qu'à son offre il m'eût vu balancer, Conclure aveuglement que je l'en veux chasser : Mais quand il agirait d'une amitié sincère, Quand le ressentiment des bienfaits de mon père, Ou quand son repentir eut mon choix appelé À la possession du bien qu'il m'a volé, Sache que je préfère à l'or d'une Couronne Le plaisir furieux que la vengeance donne ; Point de sceptre aux dépens d'un si noble courroux, Et du voeu qui me lie à venger mon époux. Mais bien loin qu'acceptant la suprême Puissance Je perde le motif d'une juste vengeance : Je veux qu'il la retienne, afin de maintenir Agrippine et sa race au droit de le punir ; Si je l'eusse accepté, ma vengeance assouvie N'aurait pu sans reproche attenter sur sa vie, Et je veux que le rang qui me retient à tort Me conserve toujours un motif pour sa mort. D'ailleurs, c'est à mon fils qu'il remettait l'Empire, Est-ce au nom de sujet où ton grand coeur aspire ? Penses-y mûrement ; quel_que_soit ton dessein, Tu ne m'épouseras que le sceptre à la main. Mais adieu. Va sonder où tend tout ce mystère, Et confirme toujours mon refus à Tibère.

SCÈNE IV. Séjanus, Térentius

SCÈNE V. Séjanus, Térentius, Livilla.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Agrippine, Cornélie.

AGRIPPINE

Je l'adore.

AGRIPPINE

Attends encor un peu, mon déplorable époux Tu le verras bientôt expirant sous mes coups, Et ravi par le sort aux mains de la Nature, Son sang à gros bouillons croître chaque blessure ! Son esprit par le fer, dans son siège épuisé, Pour sentir tout son mal en tous lieux divisé, Entre cent mille éclairs de l'acier qui flamboie, Gémissant de douleur, me voir pâmer de joie, Et n'entendre, percé de cent glaives aiguës, Que l'effroyable nom du grand Germanicus !... Qu'il est doux au milieu des traits qu'on nous décoche De croire être offensé quand la vengeance approche ! Il semble que la joie au milieu de mes sens Reproduise mon coeur partout où je la sens ; Pour former du tyran l'image plus horrible, Chaque endroit de mon corps devient intelligible, Afin que toute entière en cet accès fatal, Je renferme, je sente et comprenne son mal ; Usurpant les devoirs de son mauvais génie, Je l'attache aux douleurs d'une lente agonie ; Je compte ses sanglots, et j'assemble en mon sein Les pires accidents de son cruel destin ; Je le vois qui pâlit ; je vois son âme errante Couler dessus les flots d'une écume sanglante ; L'estomac enfoncé de cent coups de poignard, N'avoir pas un ami qui lui jette un regard, S'il pense de sa main boucher une blessure, Son âme s'échapper par une autre ouverture ; Enfin, ne pouvant pas m'exprimer à moitié, Je le conçois réduit à me faire pitié. Vois quels transports au sein d'une femme offensée Cause le souvenir d'une injure passée ! Si la Fortune instruite, à me désobliger M'ôtait tous les moyens de me pouvoir venger, Plutôt que me résoudre à vaincre ma colère, Je m'irais poignarder dans les bras de Tibère, Afin que soupçonné de ce tragique effort, Il attirât sur lui la peine de ma mort ; Au moins dans les Enfers j'emporterais la gloire De laisser, quoi que femme, un grand nom dans l'Histoire ; Mais le discours sied mal à qui cherche du sang.

CORNÉLIE

Vous !

SCÈNE II. Tibère, Agrippine, Cornélie, Troupe de gardes.

TIBÈRE, la surprenant

Poursuivez...

SCÈNE III. Tibère, Agrippine, Séjanus.

SÉJANUS, bas à Agrippine en se jetant aux pieds de l'Empereur

Nous périrons, Madame, et sans implorer grâce ! Oui, Seigneur, il est vrai, j'ai conjuré !

TIBÈRE

Comment ?

SCÈNE IV. Séjanus, Agrippine, Cornélie.

SCÈNE V. Agrippine, Cornélie, Livilla.

SCÈNE VI.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Tibère Séjanus.

SCÈNE II. Tibère, Séjanus, Agrippine, Cornélie.

TIBÈRE

En découvrant ainsi ta noire intention, Et travaillant toi-même à ta conviction, Tu t'épargnes la géhenne.

Géhenne : lieu de douleurs extrêmes où se retrouvent les pêcheurs après leur mort. Peur être assimiler aux Enfers.

SCÈNE III. Agrippine, Séjanus, Cornélie.

SÉJANUS

Ô Ciel !

SÉJANUS

Ce rusé politique Le cache aux yeux de Rome et de la République ; Son amitié travaille à le faire oublier : De l'asile qu'il donne il se fait le geôlier, Et vous désunissant à faux titre de père, Ôte la Mère au fils, et le fils à la mère. Ah ! Madame, il est temps de faire agir la main Dont le coup doit un maître à l'Empire Romain Allez descendre au Camp, mutinez les gendarmes, Faites-les souvenir d'avoir porté les armes, D'avoir en cent climats porté nos pavillons Et fauché par la mort tant d'affreux bataillons, Sans qu'il reste à pas un pour vingt ans de services, Que des cheveux blanchis, de larges cicatrices, Des cadavres entés dessus des membres morts, Et des troncs survivant la moitié de leurs corps. Pour les piquer d'honneur, vous direz de leurs pères, Que vous les avez vus parmi nos adversaires, Pêle-mêle entassés, et sanglants qu'ils étaient, S'enterrer sous le poids des corps qu'ils abattaient, Percer des escadrons les murailles ferrées, Faire avec un bras seul plus que deux Briarées, Et qu'au lit de la mort ces vaincus triomphants Vous ont recommandé leurs malheureux enfants ; Que c'est bien la raison que vous serviez de mère À ceux dont votre époux était jadis le père, Que tout son patrimoine il leur avait laissé, Mais que le testament par César fut cassé. Allez, cela fini, de rang en rang paraître, Flatter chaque soldat, feindre de le connaître, Et jetant à la foule une somme d'argent, Protestez qu'au Palais d'un oeil si diligent, On veille vos discours, vos pensers, votre vie, Qu'un don plus généreux attirerait l'envie ; Mais qu'en un grand dessein, s'ils vous veulent aider, Et vous mettre en état de pouvoir commander, Vous leur restituerez ce fameux héritage Que leur père mourant leur laissait en partage.

Briarée : personnage de la mythologie grecque, Géant, frère des Titans et des Cyclopes, qui a cinquante têtes et cent bras.

SCÈNE IV. Séjanus, Livilla.

SCÈNE V.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Tibère, Livilla, Furnie.

SCÈNE II. Nerva, Tibère, Livilla.

SCÈNE III. Tibère, Livilla.

SCÈNE IV. Livilla, Furnie.

SCÈNE V. Livilla, Séjanus, Nerva.

SCÈNE VI. Agrippine, Séjanus, Nerva.

SCÈNE VII. Tibère Agrippine.

AGRIPPINE

Ô ! Le digne rapport d'Hercule avec un Monstre !

Hercule : demi-dieu de la mythologie et second prénom de l'auteur.

SCÈNE VIII.

SCÈNE DERNIÈRE. Tibère, Nerva.

TIBÈRE

C'est assez.

1 656 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica