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Opéra en vers· Tragédie

Camille, Reine des Volsques

Antoine Danchet, André Campra· créée en 1717· 6 actes· 847 vers· 6 personnages

Répesentée pour la première fois par L'Académie Royale de Musique le Mardi neuf Novembre 1717.

Personnages

  • LA NYMPHE DE LA SEINE, Melle Antier
  • FLORE, Melle Poussin
  • ZÉPHIRE, M. Murayre
  • LE DIEU MARS, M. Le Mire
  • SUITE DE FLORE ET DE ZEPHIRE
  • LES PEUPLES DE LA SEINE
AVERTISSEMENT

Le Portrait de Camille est un des plus beaux Ornements de l'Enéide, Virgile toujours admirable par les Images vives qu'il met sous les yeux et qui seules, au sentiment des plus grands maîtres, constituent la véritable Poésie, commence des le septième Livre a ébaucher le caractère de cette fameuse Reine des Volsques : il la met au nombre des guerriers qu'il conduit au secours de Turnus ; la présente à la tête d'une brillante troupe de cavalerie ; un manteau de pourpre éclate sur ses épaules, ses cheveux sont attachés par une agrafe d'or, un carquois a la Licienne quelle préfère aux vains ornements de la mollesse, une javeline de myrthe dont elle arme sa main, tout fait connaître qu'elle s'est élevée au dessus de son sexe et que, loin de s'appliquer aux faibles exercices de Minerve, elles s'est endurcie aux pénibles travaux de la mort. La Jeunesse sort de la ville et se répand dans la campagne pour courir au devant d'une Princesse qui joint les grâces les plus touchantes à la plus noble perte : les Dames sur les terrasses de leurs maisons s'assemblent en foule pour la voir et l'air retentit d'applaudissements. C'est ainsi que Virgile annonce son héroïne ; mais dans le onzième livre, il emploie toutes les couleurs et tous les traits de son art pour achever son tableau : avant que de montrer Camille au milieu des effrayantes occasions de la guerre, il raconte avec quels soins elle y tut préparée dès le temps de son enfance et, comme le sujet de cette tragédie est fondé sur les premiers événements de la vie de Camille, j'ai cru devoir traduire une partie du récit que Diane en fait à une de ces nymphes.

Virgile Enéide, Livre II.

Metabus Roi des Volsques chassé de son trône fut contraint d'abandonner l'ancienne ville de Priverne, il fuyait une armée ennemie et emportait avec lui sa fille encore enfant, qu'il appela Camille en changeant une partie du nom de Camille sa femme. Ce roi fugitif tenait dans son sein l'infortunée compagne de son exil et, pour la dérober à la fureur de ceux qui le poursuivaient, il cherchait un asile dans les forêts sombres et solitaires. Devenu farouche par ses malheurs, il n'habita plus de maisons et prit en horreur le séjour des villes, il se retira sur des montagnes désertes parmi des bergers ; il y nourrissait sa fille par le secours d'une jument sauvage, dont il faisait couler le lait sur les lèvres de la jeune Camille. À peine pouvait-elle se soutenir, que son père lui mit un javelot a la main, un arc et un„ carquois sur les épaules : l'or ne servait point à la parure de ses cheveux, elle avait pour toute mante une peau de Tigre : dès lors elle exerçait son bras à lancer des traits proportionnes à ses forces.

Voila ce qui m a fourni l'actiòn de ma tragédie et le caractère de Camille : l'auteur de l'Eneïde s'est borné à tracer les périls de son enfance et les occupations de ses premières années ; il la montre ensuite sur le trône de son père, sans découvrir les degrés qui l'y avaient élevée. Un si long détail ne convenait point à son sujet et aurait rendu son épisode défectueux ; j'ai saisi ce moment pour établir la fable de mon poème. J'ai cru qu'une Amazone obligée, pour venger la mort de son père, d'immoler celui de son amant, était un objet capable d'attacher le spectateur ; les devoirs de Camille a l'égard de Metabus, sa reconnaissance pour Almon qui lui a sauvé la vie ; sa haine pour un tyran qu'elle déteste, et ses sentiments pour un Prince qui mérite de l'estime, font naître des combats qui plaisent ordinairement sur la scène.

En conservant l'unité de l'action j'ai tâché d'y joindre la variété des spectacles et des fêtes que demande le théâtre de l'Opéra ; mais après tous mes efforts, j'attends la décision du public pour savoir si dans ma tragédie j'ai bien ou mal rempli un sujet dont le fond a paru si intéressant dans le poème épique.

PROLOGUE

Le Théâtre, représente dans le fond le Château des Thuileries, sur les côés les Arbres de la grande Allée ; les Peuples y font assis et la Nymphe de la Seine y paraît entourée de Naïades.

SCÈNE PREMIÈRE. La Nymphe de la Seine, Choeurs des Peuples de la France, et Troupe de Naïades.

SCENE II. Flore, Zephire, La Nymphe de la Seine, Choeurs de Peuples, Suite de Flore, Suite de Zephire ;

FLORE et ZEPHIRE ensemble

Suivez Zephire et Flore, Volez, régnez, tendres Amours, Ce ne SOnt point les Fleurs que nous faisons éclore, C'est vous qui formez les beaux jours.

Le Suite de Flore s'unit à la Suite de Zephire pour former ensemble le Divertissement.

LA NYMPHE DE LA SEINE, FLORE ET ZEPHIRE

Quels bruits font retentir les airs ! Mars voudrait-il troubler nos paisibles concerts ?

Pendant que la Nymphe de la Seine, Flore et Zephire chantent le Trio, le Dieu Mars descend environné de drapeaux, de lauriers et de palmes.

SCÈNE III. Mars, La Nymphe la Seine, Choeurs de Peuples, Les acteurs de la scène précédente.

ACTE PREMIER

Le Théâtre représente une Campagne agréable, et dans l'éloignement des collines ou sont percées diverses routes qui conduisent à des hameaux.

SCÈNE PREMIÈRE. Camille, Acilie, Egerine.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Almon, Camille.

SCÈNE IV. Corite, Camille.

CORITE

Ah ! Quel transport charmant ! Quel doux espoir m'enchante !

On entend une symphonie champêtre, les bergers descendent des coteaux, et viennent dans la plaine.

CAMILLE

J'en ai trop dit, je crains le pouvoir de l'Amour, Jamais ce Dieu sans vous, n'aurait eu cette gloire.

Camille va se placer sur un des côté du théâtre pour regarder la fête qui lui est destinée. Corite demeure auprès d'elle.

SCÈNE V.

Les Bergers viennent célébrer la victoire de Camille, et lui rendre leurs hommages par des danses et des chants.

ACTE SECOND

Théâtre représente une caverne environnée d'arbres et au milieu un tombeau rustique.

SCÈNE PREMIÈRE. Almon, Rutile.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Camille, Almon.

SCÈNE IV. Camille, Almon, Rutile, Conjurés

CAMILLE

Avant que de quitter cette sombre retraite, Sur ce tombeau sacré laissons couler nos pleurs.

Tous les Conjurés viennent autour du tombeau rendre les honneurs funèbres et à la manière des anciens, jeter des fleurs sur l'urne qui conserve les cendres du Roi.

CAMILLE

Guerriers, pour venger notre outrage, Vous êtes prêts à tout tenter ; Approchez , que chacun s'engage Par les affreux serments que je vais vous dicter.

Tous les conjurés s'assemblent autour du Tombeau de Metabus, et tenant l'épée nue d'une main, et s'appuyant de l'autre sur le tombeau, ils répètent le serment de Camille.

ACTE TROISIEME

Le théâtre représente une Place publique de la Ville d'Antium ornée d'arcs de triomphe pour recevoir Camille.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Aufide, Corite.

SCÈNE III. Choeurs de Peuples, Aufide, Corite, Camille.

On entend les choeurs des peuples qui conduisent en triomphe Camille.

CORITE

Le peuple amène ici Camille triomphante, L'Amour va l'offrir à mes yeux !

Une Porte triomphale s'ouvre, et l'on voit paraître Camille dans un char traîné par des esclaves, et tous les peuples qui dansent autour d'elle et qui jouent de divers instruments.

AUFIDE, CORITE

Chantez, publiez sa victoire, Tout cède à sa valeur, tout cède à ses appas, Les Amours unis à la gloire Volent sans cesse sur ses pas.

Les Peuples d'Antium répètent ces quatre vers et célèbrent le triomphe de Camille par des Danses.

SCÈNE IV. Aufide, Corite, Camille, Almon, Gardes, Choeurs de peuples.

CORITE, montrant Almon

Vous le voyez, Seigneur[.]

CAMILLE

Ô Ciel !

AUFIDE

Songe à bien soutenir cette fière constance, Qu'on le charge de fers....

Les Gardes d'Aufide arrêtent Almom et le désarment.

CORITE et CAMILLE

Que faites-vous, hélas !

ACTE QUATRIÈME

Le Théâtre représente le Temple de la Fortune, si célèbre dans la Ville d'Antium.

SCÈNE PREMIÈRE.

SCÈNE II. Camille, Rutile.

SCÈNE III. Aufide, Almon, Camille, Rutile, Des Licteurs armés de haches et faisceaux. Choeurs de sacrificateurs et de prêtresses de la Fortune.

CAMILLE

Arrêtez...

SCÈNE IV. Aufide, Camille.

CAMILLE

Ce Palais[.]

AUFIDE, à sa suite

Allez, que l'on s'assure d'elle, Cherchons à prévenir leur fureur criminelle, Fortune, seconde mes voeux ; Ministres de son Temple, animez votre zèle, Implorez son pouvoir, formez de nouveaux Jeux.

Les Prêtres et les Prêtresses de la Fortune viennent lui rendre leurs hommages, et célébrer son pouvoir.

SCÈNE V.

LA PRÊTRESSE ET LES PETITS CHOEURS

Alternativement.

Le Matelot tremblant au milieu de l'orage Implore ton secours ; Le Soldat entraîné dans l'horreur du carnage Te laisse le soin de ses jours. La Victoire, ou la mort, les plaisirs, ou les peines, Dépendent de tes lois ; Les Sceptres, quand tu veux, se transforment en chaînes, Tu saisies Captifs et les Rois.

La Prêtresse et les grands choeurs répètent les quatre premiers vers ; les peuples qui adorent la Fortune et les prêtresses célèbrent une fête par leurs danses et par leurs chants.

SCÈNE VI. Aufide, Corite.

CORITE

Amour, à mes efforts viens joindre ta puissance, Et l'amant le plus tendre aide à combler les voeux.

Corite sort avec tous les Peuples et les Choeurs qui étaient dans le Temple.

SCÈNE VII.

ACTE CINQUIEME

Le Théâtre représente le Palais du Roi des Volsques.

SCÈNE PREMIÈRE. Camille, Corite.

CAMILLE

Il le faut.

SCÈNE II. Almon, Camille.

CAMILLE

Hélas !

SCÈNE III.

Les Peuples s'assemblent dans le Palais pour célébrer la Fête de l'Hymen.

SCÈNE IV. Aufide, le Chef de la Garde, Choeur de peuples.

LE CHEF DE LA GARDE

Seigneur !...

CHOEURS DE PEUPLES

Quel succès devons-nous attendre ! Déjà les combattants paraissent à nos yeux, Nous vous implorons, justes Dieux ! C'est le sang de nos Rois que vous devez défendre.

Les combattants des deux partis traversent le théâtre en se disputant l'avantage, tandis que le choeur des peuples forme des voeux pour le véritable sang de leurs Rois.

SCÈNE DERNIÈRE. Corite, Camille, Almon

CORITE

Ah ! Qu'osez-vous prétendre ?.

Il prend le Javelot de la main de Camille et se tue.

Donnez, voilà le sang que ma main doit répandre.

CAMILLE

Ô Ciel ! Je te perds pour toujours ! Ah ! De ce même fer empruntons le secours.

Elle veut prendre le javelot dont Corite s'est frappé, Almon qui arrive sur le Théâtre la retient.

CHOEURS DES PEUPLES

Venez nous rendre heureux, venez régner sur nous.

• Almon, Rutile et tous les Volsques entourent Camille et l'emmènent.

847 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica