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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Pour la Comédie des Amants Magnifiques

Nouveau Prologue, et Nouveaux Divertissements

Dancourt· créée en 1704· 2 actes· 475 vers· 6 personnages

Représentée pour la première fois le 23 Juin 1704.

Personnages

  • LA FORTUNE
  • NEPTUNE
  • L'AMOUR
  • PLUSIEURS HABITANTS, et Habitantes de la Vallée de Tempé
  • TRITONS
  • NÉRÉIDES, etc

PROLOGUE.

SCÈNE I.

LA FORTUNE, seule

Dans ce Vallon délicieux Que de ses dons simples, mais précieux, La nature paraît avoir, par préférence, Orné même aux dépens de tous les autres lieux, Joignons tout ce que l'art et la magnificence, Ont de plus grand, de plus ingénieux. Deux Princes, deux rivaux, pleins d'une ardeur extrême, Unissent tous leurs soins pour dompter la fierté D'un jeune objet qui, contre Vénus même, Peut disputer de la beauté. Dans ces aimables lieux sa mère l'a conduite. Les Princes à ses yeux font briller tour à tour Tout ce qui peut relever leur mérite, Et faire éclater leur amour. Ils m'ont prise pour leur Déesse, Tous deux également m'ont adressé leurs voeux ; C'est au doux succès de leurs feux, Que la Fortune s'intéresse. Mais quoi que je fasse pour eux, Un seul peut obtenir la main de la Princesse, Et de qui que ce soit des deux Que l'on couronne la tendresse, D'autres bienfaits avec largesse Consoleront le malheureux. Nymphes, Sylvains, et vous, ô Troupe fortunée ! Pour qui le Soleil dans son cours N'a jamais fait que de beaux jours, Tranquilles habitants des rives du Pénée, J'ai besoin de votre secours. Ajoutez aux douceurs charmantes Qu'on goûte en cet heureux séjour, De tendres jeux, et des fêtes galantes, Qui puissent inspirer l'amour. Par votre exemple invitez la Princesse À ne pas résister à des charmes si doux ; Et si son coeur se rend à la tendresse, Si par vos soins elle prend un époux, Je joindrai dans ces lieux le don de la richesse À ce que la nature a déjà fait pour vous. Mais quoi ? Nul ici ne s'empresse De répondre à ce que je veux ? Ne suis-je donc plus la Déesse Par qui les mortels sont heureux ? Pour avoir méprisé tant de voeux qu'on m'adresse, Essuierai-je à mon tour le reproche honteux D'avoir eu l'indigne faiblesse De former d'inutiles voeux ? Neptune, puissant Dieu des ondes, Toi dont le vaste Empire est soumis à mes lois, Sors pour quelques moments de tes grottes profondes, Et sois attentif à ma voix ; Punis ces peuples pleins d'audace, Qui méprisent de m'obéir : Que tes flots écumeux viennent les engloutir, Que de ces beaux vallons les mers prennent la place, Et qu'on ne puisse avoir l'orgueil de s'applaudir, D'avoir impunément mérité ma disgrâce.

Neptune sort de la mer.

Fortune : Terme du polythéisme gréco-romain. Divinité qui présidait aux hasards de la vie. Le temple de la Fortune. Les anciens représentaient la Fortune sous forme d'une femme, tantôt assise et tantôt debout, ayant un gouvernail, avec une roue à côté d'elle, pour marquer son inconstance, et tenant dans sa main une corne d'abondance. [L]

Nymphe : Dans le polythéisme gréco-latin, divinité des fleuves, des bois, des montagnes. [L]

Sylvain : Dieu des forêts, dans le polythéisme romain. [L]

Pénée : Nom propre d'une grande rivière de la Grèce. Peneus. Elle a sa source dans les montagnes de Mezzovo, qui séparent l'Épire de la Thessalie, coule dans cette dernière province, y baigne Janna, Trica, Tricala et Larissa, et va se décharger dans le golfe de Salonichi, entre les montagnes de Lacha et Cossowo. [T]

Neptune : Terme du polythéisme latin. Divinité présidant à la mer, et l'un des douze grands dieux. [L]

SCÈNE II. Neptune, La Fortune.

NEPTUNE

Ceux qui n'ont rien à craindre, et rien à souhaiter. Les Habitants de ces belles retraites, Qui, par des décrets éternels, Ressentent des douceurs parfaites Dont jouissent les Immortels. Qui, sans soins, sans désirs, dans l'heureuse innocence, Ne font fumer l'encens sur nos Autels, Que par amour et par reconnaissance. Presque au-dessus des demi-Dieux, Il ne faut pas qu'aucun de nous prétende Les gouverner d'un air impérieux, Et c'est en les payant enfin qu'on leur commande. Venez, accourez à la voix De Neptune qui vous appelle : C'est sans vouloir vous imposer de lois, Que la Fortune attend de votre zèle, Qu'aujourd'hui vous fassiez pour elle, Ce que pour d'autres Dieux vous fîtes tant de fois. Joignez-vous aux Nymphes des bois. Les Tritons et les Néréides Vont quitter, comme moi, leurs demeures humides, Pour former avec vous des concerts et des jeux, Nobles amusements d'une aimable jeunesse, Qui puissent attirer les regards curieux De l'incomparable Princesse, Que deux Princes rivaux régalent en ces lieux. Au pied de ce coteau qui nous cache la plaine, Cette jeune Cour se promène. On entend une symphonie par échos. Le bruit de vos concerts commence à retentir, Hâtons-nous, commençons la fête. Du spectacle qu'on leur apprête, Les échos vont les avertir ?

Triton : Terme de mythologie. Dieu de la mer, que la Fable fait fils de Neptune et d'Amphitrite, qui a figure humaine et dont le corps se termine en poisson. [L]

Néréïde : Divinités fabuleuses des païens, qu'ils croyaient habiter dans la mer. On voit leurs noms et leurs généalogies dans Hésiode en sa Théogonie. Les Néréïdes étaient cinquante. Elles étaient filles de Nérée et de Doride. [T]

SCÈNE III. Neptune, La Fortune, plusieurs Habitants et Habitantes de la Vallée de Tempé, Tritons, etc.

Entrée.

Air.

SCÈNE IV. Neptune, La Fortune, l'Amour, etc.

Entrée.

INTERMÈDES.

Ier INTERMÈDE.

Cléonice présente à la Princesse Ériphyle, des Musiciennes et des Danseurs, qui veulent entrer à son service, et qui lui donnent le Divertissement qui suit.

Éripgyle : Soeur d'Adraste, Roi d'Argos. Monsieur de Voltaire a donné en 1732. une Tragédie qui a pour sujet la mort d'Eriphyle. [T]

IIème INTERMÈDE.

UN FAUNE

Vous mentez Nymphe, vous mentez ; Et quelque soin que l'Amour prenne, Ses plaisirs sont ici moins chantés, Que Bacchus et le bon Silène. Il n'est qu'un temps Où les Amants Goûtent un sort digne d'envie. On aime pour quelques moments, On peut boire toute sa vie.

Bacchus : Nom d'un Dieu des Païens. Bacchus était fils de Jupiter et de Proserpine, selon une hymne attribuée à Orphée : mais selon Homère, dans l'hymne qu'il a faite à l'honneur de Bacchus, selon Hésiode, Theogon. v. 941. selon une autre hymne attribuée à Orphée, et selon le sentiment général des poètes, il était fils de Jupiter et de Sémélé. [T]

Silène : Demi-dieu, fils de Pan et d'une nymphe, père nourricier et compagnon de Bacchus. [L]

III INTERMÈDE.

LA DRYADE

Mais en tous lieux L'Amour égale Hommes et Dieux ; Et sans rougir, l'Aurore aima Céphale.

Aurore : Lumière qui paraît avant que le soleil soit sur l'horizon. Il n'y a rien de plus agréable à voir que le lever de l'aurore, ce sont les nuées éclairées des rayons du soleil. Les Poètes en font une Divinité, dont Céphale était amoureux. [F]

Céphale : Fils de Déjonée, Roi de Phocide, épousa Procris, soeur d'Orithie, Roi d'Athènes. Céphale était bisaïeul d'Ulysse. Euripide dit que l'Aurore enleva aux Cieux Céphale après la mort de Procris. [T]

PAN

Un fier honneur En vain condamne Le choix d'un coeur. Eudimion fut l'Amant de Diane.

Entrée.

Diane : Nom propre d'une Déesse des anciens païens. Les Grecs l'appellent Artemis. Diane était fille de Jupiter et de Latone, soeur jumelle d'Apollon, née avec lui, dans l'île de Délos, et élevée avec lui, comme le disent Hésiode dans sa Théogonie, v. 14. et 918, et Homère dans l'Hymne qu'il a fait à sa louange, et tous les poètes. [T]

IV INTERMÈDE.

Cet Intermède est un Concert Italien que l'on fait entendre à la Princesse, qui est fort occupée de ses rêveries.

TIMOCLES

Peut-être, Madame ; qu'on ne goûtera pas longtemps la joie du mépris que l'on fait de nous.

ARISTIONE

Je pardonne toutes ces menaces aux chagrins d'un amour qui se croit offensé, et nous n'en goûterons pas avec moins de tranquillité les délices du charmant séjour où nous sommes.

CLITIDAS

Oh, pour cela non, Madame, et l'on ne s'en réjouira que mieux. J'ai remarqué tout aujourd'hui que les fêtes dont ces Princes ont pris soin de vous régaler, n'ont pas trop diverti la Princesse ; son esprit était occupé...

ÉRIPHYLE

Clitidas...

CLITIDAS

Je ne dis rien du coeur, Madame, je ne parle que de l'esprit ; et à présent que par un incident tout à fait heureux, il est, grâces au Ciel devenu plus libre, s'il vous plaisait, Madame, vous pourriez prendre le régal d'un petit Divertissement champêtre que j'ai ordonné moi-même à tout hasard, pour vous dédommager du sérieux et de l'ennui des autres. C'est une fille du pays, qui est un peu ma parente, qui vient d'épouser un jeune Matelot d'auprès de Larisse.

Larisse : Nom propre d'une grande ville et Archiépiscopale. Elle est dans la Thessalie, sur le Pénée, environ à dix lieues de son embouchure dans le golfe de Salonichi. [T]

ÉRIPHYLE

Ce sera, je crois, quelque chose de fort beau que ce Divertissement champêtre.

ARISTIONE

Voyons, ma fille. De simples choses amusent quelquefois agréablement ; et le zèle qu'il a de vous plaire, mérite de n'être pas refusé.

CLITIDAS

Ah, qu'on est heureux de servir des Princesses qui reçoivent avec tant de bonté les soins qu'on prend de leur être agréable ! Je vais faire venir tout mon monde, et...

La Fortune sur un nuage. J'ai favorisé vos rivaux : Mais de leur intérêt enfin je me sépare, Sostrate ; et sans être bizarre, Je puis prendre parti pour un jeune héros, Pour qui l'Amour lui-même se déclare. Après avoir causé vos maux, Il faut bien que je les répare : Jouissez du sort le plus doux, La Fortune et l'Hymen, et l'Amour sont pour vous.

Sostrate : Jeune homme de la ville de Palée en Achaïe, que l'on dit avoir été l'ami d'Hercule. Après sa mort le Héros qui vivait encore, lui fit élever un tombeau, et se coupa les cheveux sur sa sépulture. [T]

V INTERMÈDE. Plusieurs personnes de la noce.

Entrée.

LE MARIÉ

Puisque l'Amour nous a préposés pour modèle Du bonheur que l'Hymen vous doit faire éprouver, Voyez-nous faire, et vous allez trouver Une façon sûre et nouvelle De vivre longtemps mariés, Sans pouvoir en être ennuyés Il n'est point cependant de plaisir dans la vie, Qui tôt ou tard ne fatigue ou n'ennuie ; Mais le moyen de ne s'en pas lasser, C'est de les savoir bien placer, Et d'avoir soin qu'on les diversifie. Les prendre tour à tour, rire, chanter, danser, Toujours en bonne compagnie, Et ne se point embarrasser Si sa femme est de la partie. Époux entre eux doivent laisser Et chacune et chacun vivre à sa fantaisie. Le temps est si doux à passer : La bonne chère vient quand la danse est finie ; On boit longtemps, puis on défie Les chagrins de l'Hymen de venir traverser Une félicité de la sorte établie. On dort sans se faire bercer... Pour moi je n'y sais point d'autre cérémonie. Le lendemain c'est à recommencer.

Entrée.

Air.

Sans jalousie Nous vivons tous ; Nous tenons pour fous Les Époux Atteints de cette frénésie. En rendez-vous Avec les belles, Sans exiger des faveurs d'elles, On a les plaisirs les plus doux. Et parmi nous Les femmes ne sont fidèles Qu'aux maris chagrins et jaloux.

Entrée.

Air.

Ne craignez point, jeunes fillettes, Que trop d'amants suivent vos pas ; Leurs feux, leurs soins, leurs chansonnettes, Donnent du lustre ç vos appas. Le mal n'est pas D'être coquettes ; C'est la manière dont vous l'êtes Qui fait souvent trop de fracas. Branle pour finir. À ma mère il faut un gendre, Et chacun lui fait la cour : Elle pourrait s'y méprendre, J'en ai su prendre Un fait au tour. Dépêchons, Hâtons-nous de nous rendre : Qu'il est doux de céder à l'Amour ! L'Hymen est un esclavage Où l'on aime à s'engager. De bon coeur fillette sage Du mariage Court le danger. On craint peu les chagrins du ménage, Et l'on trouve à s'en dédommager. Quand à l'hymen on s'engage Dans la fleur de son printemps, On a souvent l'avantage D'un doux veuvage Dans ses beaux ans. On ne sent les chagrins du ménage Qu'au moment qu'ils durent trop longtemps.

Branle : Est une espèce de danse de plusieurs personnes, qui se tiennent par la main, et qui se mènent tour-à-tour. [FC]

Fait au tour : Qui est parfaitement bien fait. [FC]

475 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0