Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Céphale et Procris

Dancourt· créée en 1711· 4 actes· 2 690 vers· 2 personnages

Représentée pour la première fois le 27 Octobre 1711 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • MOMUS
  • THALIE, muse de la Comédie

PROLOGUE.

Le théâtre représente un Palais magnifique, où conduisent de longues allées d'arbres et de jardins.

Thalie, Momus.

THALIE

Je n'ai point eu, Momus, une espérance vaine, La loi du Souverain, l'équité de Thémis, Par un ordre absolu, m'ont mis En droit de soutenir les honneurs de la scène ; J'ai triomphé d'un monde d'ennemis, Et malgré d'injustes cabales, Avec les Muses triviales, On ne reverra plus Thalie en compromis.

Momus : Dieu de la raillerie. Les poètes disent qu'il était fils de la Nuit et du Sommeil, et que toute son occupation était d'examiner les actions des Dieux et des hommes, pour les tourner en raillerie et s'en moquer. [T]

Thémis : Nom propre d'une Déesse de l'Antiquité païenne. Elle était fille du Ciel et de la Terre. Thémis passait pour l'inventrice et la Déesse des Oracles et de la Divination. C'était elle qui enseignait aux hommes à demander, à souhaiter ce qui était juste et licite. [T]

Trivial : ordinaire, commun, vulgaire. [FC]

Thalie : Parmi les Muses, elle présidait à la Comédie, et ce qui regarde les plantes et les arbres. [T]

MOMUS

En sa faveur je suis mal prévenu. Sur la Scène à nos yeux quand un Poète étale Et l'amour dont l'Aurore a brûlé pour Céphale, Et mes faiblesses de Procris, Forcé de débiter une étrange morale, Il s'embarrasse en un fâcheux dédale ; Et s'il s'en tire bien, je serai fort surpris.

Aurore : Jeune déesse que les poètes feignent avoir été femme de Titon et amante de Céphale. [R]

Céphale : Fils de Déjonée, Roi de Phocide, épousa Procris, soeur d'Orithie, Roi d'Athènes. Céphale était bisaïeul d'Ulysse. Euripide dit que l'Aurore enleva aux Cieux Céphale après la mort de Procris. [T]

Procris : Amante de Céphale, qui la tua involontairement.

THALIE

Plaisante imagination ! Si l'on s'effarouchait ainsi du caractère, Jamais ni Plaute ni Molière N'auraient traité l'Amphitryon.

Amphitryon : Ce mot, qui est le nom d'un Roi de Mycènes et de Thèbes, est devenu François d'une manière proverbiale, pour exprimer celui qui donne à manger, ou qui paye pour plusieurs une certaine dépense. C'est Molière qui, sans y penser, a été l'Auteur de ce mot : car depuis qu'il a fait dire à Sosie que le véritable Amphitryon est celui chez qui l'on dîne, on demande qui est-ce qui est l'Amphitryon ? [T]

MOMUS

Pas trop.

THALIE

Savez-vous que le sérieux, Momus, vous sied fort mal ? C'est le style comique, Sans contredit, qui vous convient le mieux ; Laissez donc là le pathétique, Et ne prenez point tant la querelle des Dieux. Ce n'est point moi qui rends leur conduite publique, On la connaît partout, en Terre, et dans les Cieux ; Hé qui d'entre eux à la cacher s'applique ? Ils semblent au contraire en faire vanité. À l'exemple des Dieux nous voyons les Déesses, Vouloir pour des vertus nous donner leurs faiblesses, À l'ombre de leur dignité. Jupiter a rempli le Ciel de ses maîtresses. La Mère des Amours, des Grâces et des Ris, D'entre les bras du Dieu de Thrace, Sans honte et sans scrupule passe Dans les bras du jeune Adonis, Dont Anchise bientôt vient occuper la place. Par le malheureux Actéon Diane dans le bain surprise, En fait grand bruit, d'abord rude punition ; Deux jours après d'un fol amour éprise, Elle passe des nuits avec Endymion. L'Aurore sans peur de scandale Quitte Titon son vieux mari, Dans ses beaux jours si tendrement chéri, Et tient ménage avec Céphale. De ces intrigues-là tout le monde est instruit, Chacun sait ce qu'il en doit croire, Et les défauts des Dieux ne font pas plus de bruit Sur la scène que dans l'histoire.

Thrace : Grande région de l'Europe ancienne, dont l'étendue a souvent varié. On lui donne généralement pour bornes au nord le Danube, à l'Est le Pont-Euxin et le Bosphore de Thrace, au Sud la Mer Égée et le Propontide, au Sud-ouest la Macédoine. [B]

Adonis : Nom propre d'un jeune homme d'une rare beauté, né de l'inceste de Cyniras, Roi de Chypre, et de Myrrha sa fille. Il fut tué par un sanglier ; et Vénus, qui l'avait tendrement aimé, le changea en une fleur, qui fut teinte de son sang. C'est l'anémone rouge.

Anchise : Père d'Énée, l'un des principaux chefs des troyens. [T]

Actéon : Nom propre d'un grand Chasseur, petit-fils de Cadmus, et fils d'Aristée et d'Autonoé. Étant à la chasse dans le territoire de Mégare, il surprit Diane dans le bain, et l'ayant contemplée pendant qu'elle était toute nue, il en devint épris, et selon Hygin, il la voulut même violer. La Déesse le métamorphosa en Cerf, et ses chiens l'ayant méconnu sous ce déguisement, le déchirèrent en morceaux, et le dévorèrent. [T]

Endymion : Fils d'Aethilius et de Chalice, selon Apollodore, régna dans l'Elide. [T]

Elide : Nom propre d'une ancienne contrée du Peloponèse. [T]

THALIE

On m'a voulu donner Ménandre, Aristophane, Et tous deux ont été mes favoris, dit-on : Mais l'esprit seul eut part à ces intrigues.

Ménandre : Célèbre poète comique grec, était Athénien, fils de Diopithe et d'Hégésistrate, et né au bourg ou dème de Céphisia. [M]

Aristophane : Célèbre poète comique, était fils de Philippe, et Athénien de naissance, suivant l'ancien auteur de sa vie, plus croyable à cet égard que Suidas, compilateur sans jugement. [M]

MOMUS

Ils se disent pourtant tous enfants d'Apollon.

Enfants d'Apollon : les poètes.

THALIE

Justement.

THALIE

Moi ?

ACTE I

SCÈNE I.

PHILACTE, seul

Quel air pur et tranquille on respire en ces lieux ! Que Céphale à son gré s'y livre à ses alarmes, Ce beau séjour pour moi n'en a pas moins de charmes, Séjour favorisé des Dieux, Que mon Maître pour toi n'a-t-il les mêmes yeux ! Dans les plus beaux jardins d'Athènes On ne voit point tant de diverses fleurs, Elles n'exhalent point de si douces odeurs, Et nos forêts n'ont point de chênes Qui fournissent au voyageur Tant d'ombre, ni tant de fraîcheur. Quelle main a percé ces longues avenues, Dont les arbres touchent les nues ! Que ces bois sont délicieux ! Mais ici franchement ce que j'aime le mieux, Ce sont les manières paisibles De certains animaux partout ailleurs terribles. Dans la dure nécessité De suivre Céphale à la chasse, J'avais toujours besoin ou de ruse, ou d'audace : Mais ici de tout soin je me trouve exempté, Un Sanglier, animal redouté, Dont l'aspect seul suffit pour le défendre, Comme un Lièvre à l'instant vient de se laisser prendre. De mille objets charmants l'esprit ici flatté, Ne craint dans les plaisirs que la facilité, Ordinaire poison des âmes, Par qui le vrai plaisir est fort souvent gâté. Ô l'aimable pays ! L'heureux séjour ! Les femmes Y sont d'un agrément, d'une docilité… Quand par grand malheur de le mienne Le hasard veut que je me ressouvienne, Quel plaisir je ressens de m'en voir écarté ! Mais j'aperçois une jeune beauté, Avec qui tout d'abord j'ai lié connaissance ; Assez content de mon premier début, Jusqu'au bout, s'il se peut, poussons sa complaisance.

SCÈNE II. Philacte, Callitée.

PHILACTE

Justement.

PHILACTE

Nous le sommes, ma foi, plus que vous ne pensez… Hé ! Qui ne le serait ? Au pied du Mont Hymette, De nombre de chasseurs Céphale accompagné, Se trouve au rendez-vous qu'il avait désigné : Le Cerf débuche, et gagne un bosquet sur la droite ; Nos chiens après : nous suivons, nous allons De rochers en rochers, de vallons en vallons : Puis, par une route connue, Nous coupons dans la plaine où nous chassons à vue. Le Cerf regagne les hauteurs ; Nos chiens presque tous hors d'haleine Perdent la voie et chassent avec peine : La force manque aux plus hardis chasseurs. L'air s'obscurcit, le ciel se couvre d'un nuage, Chacun cherche à se mettre à couvert de l'orage, Nous restons seuls mon maître et moi ; Lui plein d'audace, et moi transi d'effroi. Les chiens près de nous se rassemblent ; Je crois m'apercevoir qu'ils tremblent, Et cet incident-là ne me rassure pas : Je ne fus de ma vie en pareil embarras. Mais le Soleil écarte enfin la nue, Plus beau, plus vif il reparaît : Quels prodiges alors s'offrent à notre vue ! Nous ne connaissons plus ni route, ni forêt, Les rochers, les coteaux, tout a changé de place, Tout est perdu pour nous, les chasseurs et la chasse, Le Mont Hymette a disparu. Comment, par où retourner dans Athènes ? Nous suivons quelque temps des routes incertaines ; Puis après avoir bien couru, Plus fatigué d'inquiétude Que de la course la plus rude, Triste rêveurs, près d'un étang, S'offre à nos yeux une biche au poil blanc. Nous, malgré notre lassitude, De la suivre dans le moment, Elle de fuir, mais lentement, Comme en craignant qu'on la perdît de vue. Elle nous guide aux bords d'un superbe canal, Dont l'onde baigne une longue avenue. Là, sur un roc d'où sort un torrent de cristal, De Diane on voit la Statue ; Le roc lui sert de piédestal. Quoique faiblement poursuivie La biche fuit vers le rocher, Comme si pour sauver sa vie Il suffisait d'en approcher. La Statue aussitôt cesse d'être immobile, Elle semble baisser le bras Pour montrer qu'elle donne asile À l'animal tremblant dont nous suivons les pas. Cette biche, ô surprise extrême ! Devient marbre à l'instant sans changer sa couleur ; Et nos chiens, transformés de même, Gardent les taches de la leur. Moi, de cette étrange aventure Moins surpris que mortifié, Je me tâtais partout, et croyais je vous jure, Que j'avais déjà la peau dure, Et que j'allais bientôt être marbrifié. Je ne sais pas quelle figure Faisait mon maître alors de son côté ; Mais je crois bien en vérité Qu'en lui, tout comme en moi, souffrait dame nature. Je ne vous dirai pas comment le reste alla, Je ne vis point comment votre aimable maîtresse Avec sa suite arriva là : Je tombai, je pense, en faiblesse, Et me trouvai le soir dans ce Palais, Où nous avons sans doute une charmante hôtesse, Qui pour nous régaler ne prend point garde aux frais ; Où mille doux plaisirs se présentent sans cesse ; Où vous m'offrez le plus heureux destin, Séjour digne des Dieux, et trop beau pour les hommes ; Où nous nous plairions fort enfin, Si nous n'ignorions où nous sommes.

Mont Hymette : Montagne de l'Attique. Les poètes en ont fort parlé ; on y trouvait un excellent miel. [T]

Diane : Nom propre d'une Déesse des anciens païens. Les Grecs l'appellent Artémis. Diane était fille de Jupiter et de Latone, soeur jumelle d'Apollon, née avec lui, dans l'île de Délos, et élevée avec lui, comme le disent Hésiode dans sa Théogonie.

Marbrifié : devenir de marbre, comme la marbre : froid et dur.

CALLITÉE

Fort bien.

PHILACTE

Je ne me trompe guères, Elle revient au bout de quelque temps ; À son retour elle rentre en cachette Dans un appartement des bains, Elle s'y met à sa toilette ; Et si mes soupçons ne sont vains, Ses charmes les plus forts sont dans une cassette. Vous riez ? Hem.

Hem : Mot Latin devenu français, qui sert pour appeler quelqu'un, ou lui faire signe. [F] Hem, hem, se dit quelquefois pour faire comprendre, sans l'exprimer, une pensée, et surtout une pensée défavorable. [L]

PHILACTE

Une Divinité, dites-vous ? Malepeste.

Malepeste : Imprécation qu'on fait contre quelque chose, et quelquefois avec admiration. [F]

CALLITÉE

Justement.

PHILACTE

Diantre. Si par hasard il vous prenait pour moi Le même goût qu'elle a pris pour mon maître ?

Diantre : Terme populaire dont se servent ceux qui font scrupule de nommer le Diable. On dit aussi absolument diantre, par manière d'exclamation. [F]

PHILACTE

Oui, ma foi.

CALLITÉE

Céphale aime, dit-on, la fille d'Érecthée.

Érecthée : Nom propre d'homme qui fut déïfié. Il était Égyptien d'origine, et fut le sixième des Rois d'Athènes. Érecthée fut mis au nombre des Dieux, pour avoir immolé une de ses filles, en obéissant à l'Oracle, qui lui prédit que s'il le faisait, il vaincrait Eumolpus Roi des Thraces.

PHILACTE

Procris ? Fi, donc.

Fi : Particule qui sert à faire une exclamation pour témoigner le mépris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]

CALLITÉE

Quoi ?

PHILACTE

Mariés.

CALLITÉE

Sans doute.

SCÈNE III. Céphale, Callitée, Philacte.

PHILACTE

Oui, j'entends marmotter quelque chose à peu près, Fi, le vilain, il est amoureux de sa femme.

Marmotter : mot bas qui signifie parler entre les dents, remuer les lèvres sans se faire entendre. [F]

CÉPHALE

Soyez aussi, Procris, sûre de ma constance : Vénus, la mère de l'Amour, M'arrêterait en vain dans ce charmant séjour ; Pour vous ravir un coeur à vous par préférence, Je verrais tout l'Olympe à mes voeux opposé, Que je vous répondrais de ma persévérance.

Vénus : Fausse Divinité des païens, les poètes ont feint qu'elle est la mère des Grâces et des Amours. C'était la Déesse de la beauté et de la volupté. On remarquait dans le visage, et dans la posture de Vénus une beauté molle, et une langueur passionnée. [T]

SCÈNE IV. Céphale, Philacte.

CÉPHALE

Comment ?

CÉPHALE

Explique-toi.

CÉPHALE

Mais…

CÉPHALE

Hé bien ?

CÉPHALE

Non, non.

SCÈNE V. L'Aurore, Céphale, Callitée, Philacte.

CÉPHALE

Madame…

L'AURORE

Retirez-vous.

SCÈNE VI. L'Aurore, Callitée.

SCÈNE VII. L'Aurore, Callitée, Mercure.

MERCURE

Il est vrai, vous avez raison : Mais il faut malgré moi prendre cette figure, Toutes les fois que chez Pluton Je vais des morts conduire la voiture Jusques à la barque de Caron. Pour aujourd'hui m'en voilà quitte.

Pluton : nom romain du dieu grec Hadès, dieu des Enfers.

Caron : Divinité de l'enfer dont la charge était de faire passer aux morts dans une barque le fleuve du Styx. [L]

L'AURORE

Mais des défunts le discret conducteur, Au retour des bords du Cocyte, Eût pu changer d'habits pour me faire l'honneur De me venir rendre visite.

Cocyte : Ruisseau d'Epire aux eaux noires, considéré comme un des fleuves de l'Enfer.

L'AURORE

Moi ?

MERCURE

Vous.

L'AURORE

Callitée ?

L'AURORE

Hé, mais…

MERCURE

Non, non, j'en sais la conséquence : Mais Minerve a là-haut fait entendre aujourd'hui Que vous le reteniez en ces lieux malgré lui. Quelques Déesses surannées Traitent cela d'enlèvement, Et contre vous sont très fort déchaînées, De vous voir à leur barbe ainsi prendre un amant. Jupiter prend le fait très sérieusement, Et de sa part je viens vous dire Que sans retardement À ses ordres il faut souscrire.

Minerve : Nom propre d'une Déesse de l'Antiquité païenne. On la nommait aussi Pallas, et en Grèce Athéné. Minerve était fille de Jupiter ; elle était sortie de son cerveau. Hésiode dit pourtant que Métis, première femme de Jupiter, l'avait conçue, mais Jupiter enferma Métis dans son sein lorsqu'elle était sur le point de mettre Minerve au monde, qui sortit ensuite de son cerveau. Minerve était la Déesse des beaux arts. [T]

Suranné : Qui est d'une année précédente. Un committimus ne vaut rien, quand il est suranné. On le dit aussi de ce qui est vieux, ou passé. [F]

L'AURORE

Si sur les temps passés Cybèle Voulait être de bonne foi, Elle réfléchirait sur elle, Et n'aigrirait point tant Jupiter contre moi : Il lui sied bien de jouer un tel rôle, Elle qu'on vit jadis autour du mont Ida, Pour son Atys courir comme une folle.

Cybèle : Nom propre d'une Déesse Phrygienne. Cybele. On l'appellait encore la Grande Mère, Magna Mater, la Mère des Dieux. [T]

Mont Ida : Petite chaîne de montagne en Asie mineure. De l'Ida sortait le Scamandre, le Rhésus et le Granique. Troie était située au pied du mont Ida. [B]

L'AURORE

Pour Pallas c'est une guerrière, À qui sans doute il sied d'être fière, Et de blâmer les erreurs de l'amour ; Elle y serait sujette elle-même à son tour, Si quelque aimable amant s'efforçait de lui plaire. Mais comme en terre et dans les Cieux On néglige assez de le faire, Qu'entre les mortels et les Dieux, Vulcain seul a brûlé pour elle. Je ne vois pas que sa fierté Doive tirer beaucoup de vanité, Pour un tel soupirant d'avoir été cruelle.

Pallas : (Minerve) Déesse de la sagesse, des arts et de la guerre, était fille de Jupiter : selon la Fable elle sortit toute armée de du cerveau de ce Dieu. [B]

Vulcain : le nom romains du dieu grec Héphaïstos, dieu du feu, de la forge et des volcans. Il épousa Vénus qui lui fut infidèle, et s'abandonna au Dieu Mars. [T]

CALLITÉE

Sans contredit.

L'AURORE

Que je sache.

DIVERTISSEMENT. Plusieurs Faunes et Nymphes avancent sur le Théâtre, et chantent les couplets qui suivent.

UNE NYMPHE chante

Au Dieu qui fait aimer tout fait ici la cour, Le Zéphyr et Flore, Amis de l'Aurore, S'y caressent nuit et jour ; Et les fleurs qu'en ce beau séjour À chaque instant on voit éclore, Sont les doux fruits de leur amour.

Zéphyr : Le zéphyr souffle ; le Zéphire voltige et folâtre. Le zéphyr échauffe ou rafraîchit l'air, selon la saison ; le Zéphire caresse Flore, et fait éclore les fleurs.

ACTE II

SCÈNE I. Céphale, Philacte.

PHILACTE

Hé bien soit. Pensez-vous que Neptune et Pallas De Procris prendront la querelle, Et qu'ils ne se prêteront pas Aux faiblesses d'une Immortelle ? Comme entre gens de qualité, On aime entre les Dieux à se rendre service ; Le faible a pour lui la justice, Mais dans sa plainte il n'est guère écouté.

Neptune : Terme du polythéisme latin. Divinité présidant à la mer, et l'un des douze grands dieux. [L]

Gens de qualité : Noblesse distinguée. Un ancien gentilhomme d'une maison illustrée se nomme un homme de qualité. [L]

SCÈNE II. Céphale, Philacte, Callitée.

CÉPHALE

Procris !

PHILACTE

C'est la jalousie Qui sur vos pas l'a fait ainsi courir : Quand une femme en est saisie, L'époux en a diablement à souffrir, Mais tout coup vaille, il faut faire tête à l'orage ; Plus on est mal…

Tout coup vaille : Au trictrac, coup et dés, veut dire que la primauté appartiendra à celui qui amènera le dé le plus fort. Tout coup vaille, arrive ce qu'il pourra. [L]

PHILACTE

Moi ?

CALLITÉE

Oui, Dione.

PHILACTE

Ah, Dieux !

CALLITÉE

Ciel !

SCÈNE III. Céphale, l'Aurore, Philacte, Callitée.

CÉPHALE

Madame ?

PHILACTE

Fort bien.

CÉPHALE

Par moi !

SCÈNE IV. Céphale, Philacte.

SCÈNE V. Céphale, Philacte, Callitée.

CALLITÉE

Qu'est-ce ?

CALLITÉE

Hé bien ?

SCÈNE VI. Céphale, Philacte.

PHILACTE

Fort joli !

PHILACTE

Parbleu, sur ce pied-là je ne suis point changé.

Sur ce pied là : Sur le pied où sont les choses, et, absolument, sur ce pied, sur ce pied-là, c'est-à-dire les choses étant ainsi, avec ces conditions... [L]

SCÈNE VII. Procris, Dione.

SCÈNE VIII. Procris, Céphale, Dione, Philacte.

PHILACTE, à Céphale

Courage, tout va bien, Seigneur.

PROCRIS

Seigneur.

CÉPHALE

Madame.

PROCRIS

Seigneur.

SCÈNE IX. Procris, Dione, Philacte.

SCÈNE X. Procris, Dione.

PROCRIS

Non, Dione.

PROCRIS

Encor ?

SCÈNE XI.

SCÈNE XII. Dione, Philacte.

PHILACTE

Comment ?

DIONE

Fi donc.

PHILACTE

D'accord.

PHILACTE, à part

Encore est-ce.

PHILACTE

Ici.

SCÈNE XIII.

DIVERTISSEMENT. Troupes de Faunes et de Nymphes.

MARCHE.

UNE NYMPHE chante

Les plaisirs, les ris et les jeux Habitent dans ces retraites, Vénus y demeure avec eux, Le Dieu des amours les a faites Pour ceux qu'il veut rendre heureux. Dans ces beaux lieux l'aimable Philomèle, De ses maux perd le souvenir, Et le deuil de la Tourterelle La plus fidèle Ne tarde pas à finir.

Philomèle : Nom propre d'une fille de Pandion Roi d'Athènes. Philomela. Elle était soeur de Progné femme de Terée, fils de Mars et Roi de Thrace : ce Prince conçut une violente passion pour Philoméle sa belle-soeur, et la satisfit ; mais afin que Philoméle ne pût déclarer la violence qu'il lui avait faite, il lui fit couper la langue, et envoya cette malheureuse Princesse à la Cour du Roi Lincée ; Loetuze femme de ce Prince trouva moyen de faire conduire Philoméle à Progné. Elles résolurent ensemble de venger le double attentat de Terée. [T]

ACTE III

SCÈNE I. L'Aurore, Callitée.

SCÈNE II. L'Aurore, Mercure, Callitée.

L'AURORE

Quoi ?

L'AURORE

Hé bien !

CALLITÉE

Quel zèle !

CALLITÉE

Fort bien.

L'AURORE

D'accord.

SCÈNE III. L'Aurore, Callitée, Philacte.

CALLITÉE

Philiacte.

L'AURORE

Comment ?

PHILACTE

Sans doute.

PHILACTE

Je me tairai.

PHILACTE

Fort bien.

SCÈNE IV. Philacte, Callitée.

PHILACTE

Quoi donc, si pour me faire pièce On va révéler le secret ?

Faire pièce : Tromperie, moquerie, petit complot, comparé à une pièce de théâtre ; car c'est ainsi que s'explique l'emploi du mot en ce sens. Faire pièce à quelqu'un, lui faire une malice, en user mal avec lui. [L]

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Callitée, Mercure en vieille.

CALLITÉE

Oui, justement.

SCÈNE VII. Mercure, Dione.

SCÈNE VIII. Mercure, Procris, Dione.

MERCURE

Oui, l'on sait toutes ses fredaines, Il est à présent dans Athènes Dans un joli prédicament.

Prédicament : Terme de Logique. C'est une des Catégories, une division qui se fait de la nature des substances, ou des qualités des êtres. Les Philosophes ne sont pas d'accord sur le nombre des Prédicaments. On dit proverbialement, qu'une personne est en un bon, ou mauvais prédicament, selon qu'elle s'est mise en bonne, ou en mauvaise réputation. [F]

DIONE

Et la contrainte ainsi ne sert de guère.

De guère : De peu. Attesté par le Dict. Littré.

MERCURE

Non.

SCÈNE IX. Dione, Philacte.

PHILACTE

Philacte ?

PHILACTE

Chansons.

DIONE

Non.

PHILACTE

Bagatelle.

PHILACTE, à part

J'en tiens. Pour ne se pas contraindre, La masque est sans sujet la première à se plaindre, Et voilà le prétexte pris.

Masque : Terme familier d'injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice. [L]

DIONE

Je souffrirai qu'avec impunité Ce vilain, ce magot m'outrage ?

Magot : Gros singe sans queue du genre des macaques. Fig. et familièrement. Un magot, un homme fort laid. [L]

PHILACTE

Bon, voilà mon fait arrêté ; Hom, chienne.

Hom : Qui exprime le doute, la défiance. [L]

SCÈNE X. Céphale, Procris, Philacte, Dione.

PROCRIS

Seigneur ?

SCÈNE XI. L'Amour, L'Aurore, Céphale, Philacte.

DIVERTISSEMENT. Plusieurs Faunes et Nymphes.

MARCHE.

2 690 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica