Comédie en prose· Comédie en un Acte
Les Curieux de Compiègne
Représentée pour la première fois le 4 Octobre 1698 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.
Personnages
- LE CHEVALIER de Fourbignac, Officier
- CLITANDRE, Officier
- FRONTIN, valet de Clitandre
- MADAME PINIUN, hôtesse des trois Rois
- GUILLAUME, cousin de Madame Pinuin
- MADAME ROBIN, bourgeoise de Paris
- MADAME VALETIN
- ANGÉLIQUE, fille de Madame Valentin
- MONSIEUR MOUFLART, marchand de galons d'or
- MONSIEUR VALENTIN, marchand de drap
- UN PETIT GREFFIER
- Plusieurs Soldats, Officiers, Vivandiers, etc
SCÈNE I.
LE CHEVALIER, seul
Oh ! Cadédis, je n'y comprends rien : comment ? Parce que j'ai perdu mon argent ; je deviens triste au milieu des plaisirs et des agréments d'un camp paisible ? Hé, où est donc ton esprit, Chevalier de Fourbignac ? Qu'est-il devenu, mon enfant ? Crains-tu de demeurer court, toi, dont la cervelle est le magasin des expédients ? Ah ! Te voilà ; bonjour l'ami Frontin ; comment se porte ton excellence ?
Cadédis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. On dit aussi cadédiou. Etymologie : Cap, tête, de Dis, de Dieu. [L]
SCÈNE II. Frontin, Le Chevalier.
FRONTIN
Fort au service de la vôtre, Monsieur le Chevalier. Mais vous, comment vous en va ?
LE CHEVALIER
Tu vois, mon enfant, le mieux du monde ; toujours gai, gaillard, accablé d'honneurs, et comblé de dettes ; sans amour, Dieu merci ; sans argent, de par tous les diables.
FRONTIN
C'est tout comme chez nous, Monsieur ; et à l'amour près, dont mon maître a bonne provision, vos destinées sont assez pareilles.
LE CHEVALIER
Oh, cadédis ! Je le défie d'être aussi gueux que je le suis : je te parle confidemment ; je fais figure en apparence, toujours bonne table, beaucoup de vin, les hautbois du Régiment : force Bergères de Paris, quelques Provinciales, maintes Villageoises dansent les soirs devant ma tente ; je me donne ainsi le bal à peu de frais. Je n'ai pas quatre pistoles, et je me divertis toujours, tout coup vaille.
Tout coup vaille : loc. adv. qui signifie, à de certains jeux, qu'en attendant la décision de ce qui est en contestation, on ne laissera pas de jouer. Fig. À tout hasard. [L]
FRONTIN
Vous êtes heureux d'avoir bon crédit.
LE CHEVALIER
Sandis, je le prends à telle fin que de raison, et je ne suis embarrassé que d'une certaine grosse hôtesse, chez qui j'ai mis loger, à mes dépens, des incommodes de Paris, moitié Bourgeois, moitié Bourgeoises, qui sont très indiscrètement venus me rendre ici visite.
Sandis : interj. Espèce de jurement gascon. Etym. Sang, et dis pour Dieu.
FRONTIN
Hé, de quoi diantre vous avisez-vous de défrayer cette caravane ? Ce sont bien là les allures d'un homme de votre pays ?
Diantre : Terme populaire dont se servent ceux qui font scrupule de nommer le Diable. [F]
LE CHEVALIER
Paix, tais-toi, je leur garde bonne : ce sont de bonnes connaissances subalternes, de Robe, Marchands, Usuriers pour la plupart : je suis un peu sur leurs parties, je m'y veux mettre pour davantage ; et je leur paie consciencieusement par avance l'intérêt de leur argent, parce que le principal est mal assuré.
Paix : interjection dont on se sert pour faire faire silence. [L]
Garder : Réserver. Je garde cet argent pour me libérer de mes dettes. On lui gardera quelque chose pour son dîner. Fig. et familièrement. La garder à quelqu'un, la lui garder bonne, conserver du ressentiment contre quelqu'un. [L]
FRONTIN
Cela est de bonne foi pour un Chevalier de Gascogne, et je croyais qu'il n'y avait que mon maître capable d'une si grande délicatesse de conscience.
LE CHEVALIER
Comment ?
FRONTIN
Nous sommes dans la même crise que vous, Monsieur. Monsieur Nicolas Valentin, honnête Marchand, qui fournit le Régiment, Madame Judith Valentin sa femme, Mademoiselle Angélique Valentin leur fille, avec d'autres Bourgeois et Bourgeoises des environs de la rue du Roulle, se sont avisés de venir voir le Camp : Monsieur mon maître, qui est fort libéral, quoiqu'il n'ait pas le double, les a généreusement régalés presque tous les jours. On a fait de grands repas, nous en avons fait les honneurs : mais je serais d'avis d'en laisser payer la dépense à nos Bourgeois ; qu'en dites-vous ?
Double : Petite monnaie de cuivre valant deux deniers. [F]
LE CHEVALIER
J'opinerais de même pour les miens, si je n'envisageais les suites.
FRONTIN
Ce qui nous embarrasse le plus, nous autres, c'est que mon maître est amoureux de Mademoiselle Valentin la fille ; cela nous pique d'honneur, voyez-vous ; et il faut ou crever, ou faire bien les choses.
Piquer d'honner : Faire une impression morale comparée à une piqûre. Piquer d'honneur, exciter une personne à quelque chose, en lui représentant qu'elle a du coeur et de l'honneur. [L]
LE CHEVALIER
Tu as raison. Le voici, ton maître.
SCÈNE III. Clitandre, Le Chevalier, Frontin.
CLITANDRE
Ah ! Mon pauvre Frontin, je suis au désespoir. Bonjour, Chevalier, comment te portes-tu ?
LE CHEVALIER
Aussi mal que toi. Qui te désespère ?
CLITANDRE
Je suis dans la plus cruelle situation où je me sois trouvé de ma vie.
LE CHEVALIER
Hé bien, donne la main, je t'en offre autant, je ne suis pas mieux.
CLITANDRE
Sais-tu la cause de mes chagrins ?
LE CHEVALIER
Si je la sais ? Je la ressens comme toi-même, je suis dans le cas, te dis-je.
CLITANDRE
Toi, Chevalier, tu serais amoureux ?
LE CHEVALIER
Amoureux, moi ? Je ne connais l'amour que chez autrui ; ce n'est point par le coeur que nous nous ressemblons, mon ami, c'est par la bourse.
CLITANDRE
Ah ! C'est encore un surcroît à mon malheur ; je n'ai pas un sou, mon pauvre Chevalier.
LE CHEVALIER
Amoureux et gueux ! Ces deux qualités qui séparément ne sont pas fort bonnes ; c'est bien le diable quand le hasard les met ensemble.
CLITANDRE
Mon pauvre Frontin, que ferons-nous ? Parle.
FRONTIN
Ma foi, je ne sais, Monsieur : ce qui me paraît de plus facile, c'est que vous consoliez Monsieur le Chevalier, que Monsieur le Chevalier vous console, et que je vous exhorte tous deux à prendre patience ; car je ne vois pas que nous soyons en état de nous rendre réciproquement d'autre service.
LE CHEVALIER
Cadédis, pourquoi non ? Associons nos infortunes et nos savoir-faire : allons, un coup de désespoir, Frontin.
CLITANDRE
Il n'y a rien que je ne sois capable d'entreprendre pour me tirer de cette affaire.
LE CHEVALIER
Moi, j'escaladerais le firmament pour en sortir avec honneur.
FRONTIN
Mais, si vous vous trouvez tant de résolution, il y aurait un moyen…
CLITANDRE
Quel est-il ? Parle.
FRONTIN
Il est un peu scabreux, à la vérité ; mais pour franchir un mauvais pas…
LE CHEVALIER
Explique-toi seulement, dépêche.
FRONTIN
Ne pourrions-nous point aller en parti sur le grand chemin de Paris ? Il y aurait là de bons coups à faire.
Aller en parti : Parti ; Troupe de gens de guerre qu'on détache pour battre la campagne. Aller en parti ; Courir la campagne avec une commission particulière, pour chercher l'occasion d'incommoder l'ennemi. [L]
CLITANDRE
Tu perds l'esprit, Frontin.
FRONTIN
Point du tout, Monsieur, aux environs d'un Camp, il n'y a point de mal d'aller en parti ; la curiosité a rendu la Bourgeoisie de Paris très voyageuse ; quel inconvénient trouveriez-vous de faire payer aux premiers venus les frais que nous sont venus faire ici leurs camarades ?
LE CHEVALIER
L'expédient me plairait assez, si je n'appréhendais les conséquences.
FRONTIN
Mais écoutez, cela peut avoir des suites, vous avez raison, voyez.
CLITANDRE
Si tu n'imagines pas autre chose, je ne vois pas…
LE CHEVALIER
Oh, cadédis ! Je tiens une idée qui vaut, je crois, son pesant d'or.
FRONTIN
Je ne suis point jaloux de l'invention ; parlez.
CLITANDRE
Dis-nous ce que c'est.
LE CHEVALIER
Tu ne veux pas te brouiller ouvertement avec ta compagnie Bourgeoise, j'ai quelque sorte de ménagement pour la mienne ; tout cela est dans les règles, il faut de la bonne foi, de la politesse et du savoir-vivre. Mais…
FRONTIN
Où ce mais-là nous mènera-t-il ? Voyons.
LE CHEVALIER
Abandonnons-nous réciproquement nos curieux, vous ferez ce que vous pourrez des miens ; et des vôtres, moi, j'en tirerai raison, sur ma parole.
CLITANDRE
Que dis-tu de cette imagination, Frontin ?
FRONTIN
Cela m'ouvre l'esprit, Monsieur : notre Monsieur Valentin, à son négoce près, est un Bourgeois aussi bourgeois et aussi neuf…
LE CHEVALIER
Les miens sont à peu près de même, habiles gens dans leur commerce, mais d'autre part très imbéciles.
FRONTIN
Voilà de bons sujets, il faudrait un peu raisonner là-dessus.
LE CHEVALIER
Allez raisonner de ce côté, je vous rejoins dans le moment même.
CLITANDRE
Qui t'empêche de venir avec nous ?
LE CHEVALIER
Une grosse Hôtesse de ces quartiers, que je vois venir. Comme je lui dois, je la ménage ; et je voudrais bien, en cas de besoin, qu'elle fût femme d'accommodement.
FRONTIN
Comment ? Et c'est Madame Pinuin, la maîtresse des trois Rois.
CLITANDRE
Madame Pinuin ?
LE CHEVALIER
Justement. Vous la connaissez ?
FRONTIN
Si nous la connaissons ? Elle a été femme de charge d'une fille d'Opéra, chez qui nous soupions quelquefois ; c'est une fort bonne pâte de femme ; et dans le dessein que nous avons, nous pourrions bien avoir besoin d'elle.
LE CHEVALIER
Oui, je vais la mettre dans ma manche, laissez faire, et retirez-vous, je ne vous ferai pas attendre.
SCÈNE IV. Le Chevalier, Madame Pinuin.
LE CHEVALIER
Hé bien, qu'est-ce, la belle hôtesse ? Sitôt que je vous aperçois, j'écarte les importuns, comme vous voyez ; et je connais à votre physionomie que je ne vous fais pas de chagrin. Sympathiserions-nous ensemble quelque tant soit peu, par aventure ?
MADAME PINUIN
Pourquoi non, Monsieur le Chevalier ? J'aime les gens de bonne humeur ; et de tous les Gascons que j'ai jamais vus, vous me paraissez le plus drôle et le plus divertissant, je vous assure.
LE CHEVALIER
Aussi suis-je : quel goût de femme ! Devenez veuve, Madame Pinuin, je fais votre fortune, devenez veuve, encore une fois, et je vous épouse.
MADAME PINUIN
Que je devienne veuve ! Il y a trous ans que je le suis, Monsieur.
LE CHEVALIER
Comment, vous l'êtes ? Quoi, ce gros vivant qui ordonne tout dans la maison, qui tranche, qui taille, qui rogne.
MADAME PINUIN
Ce n'est que mon compère, Monsieur le Chevalier.
LE CHEVALIER
Votre compère ? Hé bien, devenez veuve du compère, et nous ferons nos conditions.
MADAME PINUIN
Il n'y a point de conditions à faire entre vous et moi. J'ai d'autres vues pour vous, Monsieur le Chevalier, je veux faire votre fortune à vous qui m'offrez de faire la mienne.
LE CHEVALIER
Ma fortune, à moi ? Cadédis, je vous mets à même, parlez.
MADAME PINUIN
Avez-vous le coeur libre, Monsieur le Chevalier ?
LE CHEVALIER
Si j'ai le coeur libre ? J'entends ; j'ai fait quelque passion dans le pays : eh ! Cadédis, pauvre Chevalier, ne seras-tu jamais corrigé de trop d'ascendant sur les Dames ?
MADAME PINUIN
Cela viendra, ne vous affligez point, et dites-moi naturellement si vous pouvez disposer de vous.
LE CHEVALIER
En faveur de qui, ma chère enfant ? Si c'est une vieille, néant, je suis loué ; si c'est une jeune, nous passerons bail quand il lui plaira.
MADAME PINUIN
Ce n'est point un bail dont il est question, c'est un bon contrat de mariage.
LE CHEVALIER
Bail ou Contrat, je ne dispute point des termes, sachons seulement qui ce peut être.
MADAME PINUIN
C'est Madame Robin.
LE CHEVALIER
Qui ? Cette gaillarde bourgeoise qui a toujours un pied en l'air ?
Pied en l'air : Familièrement. Avoir toujours un pied en l'air, changer sans cesse de place. [L]
MADAME PINUIN
Elle-même, justement.
LE CHEVALIER
Hé ! C'est la maîtresse de Monsieur Mouflard, un de ces Messieurs que j'ai logés chez vous ; c'est avec lui qu'elle est venue de Paris, ils sont fiancés depuis quatre jours.
MADAME PINUIN
Elle se défiancera si vous voulez, l'air du Camp lui a donné une noble aversion pour son fiancé, et un goût pour tout ce qui s'appelle homme d'épée.
Défiancer : Rompre des fiançailles. [L]
LE CHEVALIER
Oh cadédis, le goût est trop général.
MADAME PINUIN
Vous en profiterez seul, et de trente mille écus d'argent comptant que je vous offre de sa part, aux conditions de l'épouser.
LE CHEVALIER
Trente mille écus, Madame Pinuin ! Je ne me sens point de répugnance dans cette affaire. Agis donc, achève, termine, je me repose sur tes soins et sur mon mérite : elle m'aime sans trop me connaître ; quand elle me connaîtra, qui pourrait-elle me préférer ?
MADAME PINUIN, à part
Il n'a pas mauvaise opinion de sa petite personne.
LE CHEVALIER
Écoute, au moins, vois où tu m'embarques, je compte là-dessus ; si l'affaire manque, il faudra me faire crédit, je t'en avertis. Sans adieu, mon aimable hôtesse.
MADAME PINUIN
Jusqu'au revoir, Monsieur le Chevalier.
SCÈNE V.
MADAME PINUIN
L'affaire ne manquera pas, à ce que je prévois : la Dame est éprise du Gascon, le Gascon est fort épris de trente mille écus. Oh ! Par ma foi, Monsieur Mouflard, vous vous repentirez à Compiègne de m'avoir refusé crédit à Paris, quand je n'étais que femme de chambre.
SCÈNE VI. Guillaume, Madame Pinuin.
GUILLAUME
Sarviteur à la couseine Pinuin, comment se porte-t-alle ? Est-ce qu'alle est devenue folle ? Il m'est avis qu'alle parle toute seule.
MADAME PINUIN
Je réfléchissais sur certaines petites affaires.
GUILLAUME
Parguenne, vous les faites bian, vos petites affaires, et vous êtes une futée commère pour une Compiègnoise.
Parguenne : par corruption de Pardienne. Serment burlesque. [T]
MADAME PINUIN
Hélas, Monsieur Guillaume, vous n'êtes pas trop nigaud pour un Picard, et vous entendez assez bien vos petits intérêts, aussi bien que moi.
GUILLAUME
Dame, acoutez, quand je sommes une fois déniaisés, nous autres Picards, je ne nous changerions pas contre certains badauds qui n'avont rien vu ; tatigué, la plaisante engeance.
Tatigué : ou tétigué. Altération de tête-dieu dans la bouche des paysans des anciennes comédies. [L]
MADAME PINUIN
Vous n'avez pas mal fait votre compte avec eux, et le voisinage du Camp ne vous a point apporté de dommage.
GUILLAUME
Oh, pour stila non ; je me suis avisé de tenir cabaret dans notre farme, c'est un bon métier, couseine, n'an gagne ce qu'on veut ; j'avons morgué eu du monde jusques dans nos étables, et si ils y couchiont tretous sur de la litière à vingt sous par tête tant qu'ils en vouliont : oh morgué, j'ai bien vendu mes denrées.
Stila : transcription phonétique d'un parler campagnard signifiant "celui-là".
MADAME PINUIN
Hé, n'est-il pas juste que ces Curieux de Paris paient un peu cher le plaisir de voir un Camp ?
GUILLAUME
Parguenne, ils seriaint encore trop heureux quand il leur en coûterait encore dix fois davantage ; ils avont vu une armée une fois, comme alle campe, comme alle file, comme alle marche, comme alle décampe, comme alle… que sais-je moi ? Tatigué, quand ils seront retournés chez eux, comme ils débagouleront tout ça dans leur voisinage !
Débagouler : Terme bas. Vomir. Fig. Débagouler un torrent d'injures. [L]
MADAME PINUIN
Ceux qui ne l'auront pas vue seront fâchés d'en avoir manqué l'occasion, je gage.
GUILLAUME
Ça se pourra fort bian : pour les hommes encore passe, n'an leur pardonne ; mais ces Bourgeoises, que venont-elles faire ici ?
MADAME PINUIN
La curiosité est plus pardonnable aux femmes qu'aux hommes, et…
GUILLAUME
Hé fi, morgué, c'est se moquer, la curiosité est parmise à de certaines femmes : mais à des Marchandes, à des Cabaretières, à des Procureuses : est-ce que c'est leur besogne de quitter leur ménage et de s'en venir à l'armée ?
Fi : Particule qui sert à faire une exclamation pour témoigner le mépris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]
MADAME PINUIN
Il y a quelque chose à dire à cela, vous avez raison.
GUILLAUME
Il y a morgué de ces masques-là qui avons fait garder la maison aux Procureux pendant qu'alles s'en venont ici courir la prétantaine avec des maîtres Clercs.
Masque : Terme familier d'injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice. [L]
Prétrentaine : Terme familier usité seulement dans cette locution : courir la pretantaine, courir çà et là, sans nécessité. [L]
MADAME PINUIN
Cela n'est pas bien.
Passer par les baguettes : Punition dont on châtie les soldats qui ont fait des fautes qui ne méritent pas le dernier supplice. On met la Compagnie en deux haies ; le patient tient un faisceau de baguettes, et il en présente une à chaque soldat : après quoi il passe entre les deux haies, les épaules nûes, et va d'un bout à l'autre, pendant que chaque soldat lui en applique un coup sur les épaules, et fait ainsi autant de tours qu'il est ordonné. [T]
GUILLAUME
Je voudrais, parguenne, pour la rareté du fait, qu'on en fît tant seulement passer queuque demi douzaine par les baguettes, ça leur apprendrait à demeurer chez elles.
MADAME PINUIN
C'est dommage que le cousin n'ait pas grande autorité, il s'en servirait bien judicieusement.
GUILLAUME
Tatiguenne oui, je n'aime point les sottes gens, et je ne sis jamais plus ravi que quand on les barne.
MADAME PINUIN
Cela est de bon sens.
GUILLAUME
Tenez couseine, j'étais ces jours-ci dans la joie de mon coeur.
MADAME PINUIN
Et à propos de quoi ?
GUILLAUME
Deux nigauds qui logiont chez nous, un avocat et un Apothicaire.
MADAME PINUIN
Hé bien ?
Saint-Georges : Grand Saint dans toute l'Église d'Orient. Les Grecs l'appellent , Grand Martyr. Sur quelques médailles ou monnoies de Jean et de Manuel Comnéne on voit une figure de S. George armée, qui tient d'une main une épée, ou un javelot, et de l'autre un bouclier, et pour inscription sur une monnoie de Manuel un O dans lequel il y a un[e] petit[e] "perluette". Ordinairement on le représente à cheval, parce qu'on croit qu'il a souvent ainsi apparu dans les combats. [T]
GUILLAUME
Ils aviont, morgué, de biaux justaucorps tout chamarrés d'or, et ils étions montés comme des Saints-Georges ; ils fesions les olibrius dans les commencements : mais ils avont le caquet bien rabattu, à l'heure qu'il est.
Caquet : Abondance de paroles inutiles qui n'ont point de solidité. Les femmes parlent beaucoup, mais elles n'ont que du caquet, ne parlent que de bagatelles. Cet avocat plaide solidement, mais sa partie adverse n'a que du caquet. On dit proverbialement et figurément, Rabattre le caquet de quelqu'un, pour dire, Rabattre son orgueil, lui fermer la bouche, le menacer, ou le convaincre. [F]
MADAME PINUIN
Comment donc ?
Olibrius : Ce nom est devenu parmi nous un terme burlesque, qui signifie, entendu, glorieux. [T]
GUILLAUME
Des aigrefins de ce Camp les avont fait jouer, et ils leur avont tout gagné l'argent, les justaucorps et les montures ; les badauds s'en retourneront en veste à Paris par des chemins de traverses, et si ils ne feront pas grand'chère sur la route. Morgué, que c'est bian fait !
MADAME PINUIN
Mais ces gens-là dont vous vous moquez, vous apportent de l'argent, cousin.
GUILLAUME
Bian entendu, voirement, je profite de leurs sottises, mais je m'en gobarge. Ainsi va le monde, ça est-il défendu ?
Goberger : terme bas et populaire qui signifie, se réjouir, se moquer. [F]
MADAME PINUIN
Non, vraiment.
GUILLAUME
Il y a encore cheux nous des originaux, à qui j'ai opignon qu'on jouera queuque pièce.
Pièce : Fig. Tromperie, moquerie, petit complot, comparé à une pièce de théâtre ; car c'est ainsi que s'explique l'emploi du mot en ce sens. [L]
MADAME PINUIN
Et qui sont-ils, ces originaux-là ?
GUILLAUME
Je ne sais, morgué, pas bian : mais ils sont de la connaissance d'un certain Officier que je vians chercher ici, et ce certain Officier a un certain valet. Hé, pargué, le vela, tenez couseine : ce n'est morgué pas un sot que ce drôle-là.
MADAME PINUIN
Non, vraiment, c'est un garçon de ma connaissance, et vous me ferez plaisir de me laisser avec lui.
GUILLAUME
Oui : mais quand vous en aurez fait, vous me le livrerais ; j'ai aussi queuque affaire avec ly, moi, couseine.
SCÈNE VII. Frontin, Madame Pinuin, Guillaume.
FRONTIN
Ah, ah ! C'est vous, Monsieur Guillaume ?
GUILLAUME
Votre maître m'a dit que je vous trouvisse ici, qu'il avait queuque chose à me dire ; et comme ces parsonnes qu'il a logées cheux nous s'en allont demain, je crois qu'ils ne demandont point à compter : je voudrais bian savoir, ou d'eux, ou de ly, qui me baillera de l'argent ; car je suis homme d'accommodement, il ne m'importe pas qui m'en baille, pourvu que j'en aie.
FRONTIN
Vous en aurez, je réglerai cela, moi. Quand boirons-nous ensemble ?
GUILLAUME
Pargué, tout à l'heure, le plutôt vaut le mieux : finissez avec la couseine, je m'en vais cheux elle faire tirer du meilleur ; si vous tardez trop, je boirai tout seul en vous attendant, et vous me trouverais peut-être ivre. Sans adieu, Monsieur Frontin ; votre valet, couseine.
SCÈNE VIII. Frontin, Madame Pinuin.
FRONTIN
Quoi ! C'est votre cousin que ce Monsieur Guillaume, Madame Pinuin ?
MADAME PINUIN
Fort à votre service, Monsieur Frontin.
FRONTIN
Ce Gentilhomme-là ne fait point de déshonneur à la famille, au moins ; et je crois qu'avec un peu de vos lumières, il pourrait faire quelque chose dans le monde.
MADAME PINUIN
S'il avait pris quelques-unes de vos leçons seulement.
FRONTIN
J'ai envie de lui en donner pour voir, et de lui faire faire dès aujourd'hui son apprentissage. Mais toi, en faveur de l'ancienne connaissance, serais-tu d'humeur à rendre un bon office à mon Maître ?
MADAME PINUIN
De tout mon coeur. De quoi s'agit-il ?
FRONTIN
Je vais te l'expliquer, il est amoureux, premièrement.
MADAME PINUIN
Amoureux ? Mais écoute donc, Frontin.
FRONTIN
Oh ! Il n'est pas question ici d'un mariage d'Opéra, nous avons des vues raisonnables.
MADAME PINUIN
Sur ce pied-là, tu n'as qu'à parler : quel est l'objet de son amour ?
FRONTIN
Une petite personne, qui, avec son père et sa mère, est logée chez le cousin Guillaume.
MADAME PINUIN
Et quelles gens sont-ce que le père et la mère ?
FRONTIN
Le père est Monsieur Valentin, un honnête homme, Marchand de nos amis ; et la mère… la mère… est femme du père.
MADAME PINUIN
Je comprends cela : mais si ton maître est dans le dessein d'épouser leur fille, il leur fait honneur : quelles difficultés y a-t-il à vaincre ? Je n'y en vois pas pour moi.
FRONTIN
Tu n'y en vois pas ? Je vais t'y en faire trouver, moi, donne-toi patience. Cet honnête Marchand est un Bourgeois fort riche, et mon maître est un Gentilhomme fort gueux.
MADAME PINUIN
Cela rend l'affaire épineuse, tu as raison.
FRONTIN
Autre difficulté : le bonhomme sait le mauvais état de nos affaires ; il a aidé lui-même à les déranger, en nous vendant très cher à crédit de mauvaises marchandises, qu'il nous faisait revendre comptant à très bon marché, et en nous prêtons quelquefois cent pistoles dans le besoin, dont il tirait des billets de mille écus.
Correspondance entre les monnaies : 1 écu = 3 francs. 1 écu = 3 livres tournois. 1 livre tournois = 20 sols. 1 sol (sou)= 4 liards ou 12 deniers. 1 liard = 3 deniers. 1 pistole = 10 francs ou 10 livres tournois. 1 blanc = 5 deniers. 1 petit sesterce romain = 18 deniers tournois. 1 grand sesterce romain = 1.000 petis sesterces, (25 écus environ). 1 louis d'or = 11 livres.
MADAME PINUIN
Mais, vraiment, c'est un usurier que ce Marchand-là.
FRONTIN
Un usurier ? Oh, parlez mieux, c'est bien un fripon, Madame Pinuin.
MADAME PINUIN
Et ton maître veut épouser la fille d'un fripon ?
FRONTIN
Le père est un fripon, mais la fille est un bon parti : ces sortes de mariage ne sont pas sans exemple.
MADAME PINUIN
Mais, que puis-je là-dedans, moi ? Quel est l'emploi que tu me destines ?
FRONTIN
Celui d'apprendre à la petite fille que mon maître est amoureux d'elle.
MADAME PINUIN
Comment, elle n'en est pas informée.
FRONTIN
Non, mon enfant, on ne s'est encore fait que des mines de part et d'autre ; et outre que nous ne savons pas bien si elle entend les nôtres, nous ne comprenons pas trop ce que les siennes signifient.
MADAME PINUIN
Quoi, vous n'avez pu ménager un moment de conversation ? Trouver le moyen de rendre un billet ?
FRONTIN
Non, la mère est un diable, qui ne la quitte pas : c'est une de ces Bourgeoises de la vieille roche, une pie-grièche, un dragon surveillant, qu'il n'y a pas moyen d'endormir, et que tu auras peine à tromper toi-même, quelque talent et quelque expérience que tu aies.
Pie-grièche : Genre pie-grièche, ordre des passereaux, famille des turdidés, espèce la plus commune la pie-grièche grise, lanius excubitor, L. On est toujours étonné de voir l'intrépidité avec laquelle une petite pie-grièche combat toutes les pies, les corneilles, les cresserelles, tous oiseaux beaucoup plus grands et plus forts qu'elle. Fig. Se dit d'une femme méchante, acariâtre. [L]
MADAME PINUIN
Il faudra donc que cela soit bien difficile ?
SCÈNE IX. Frontin, Madame Robin, Madame Pinuin.
MADAME ROBIN
Ah, la charmante chose la magnifique chose, qu'une armée ! Le délicieux séjour que celui d'un Camp !
FRONTIN
Quelle est cette femme ? La connais-tu ? Dis.
MADAME PINUIN
Paix, tais-toi ; c'est une riche Bourgeoise, que je veux faire épouser au Chevalier de Fourbignac.
FRONTIN
Ah ! Je sais ce que c'est, il vient de nous le dire.
MADAME ROBIN
On ne doit plus se soucier de mourir quand on a vu cela. Pour moi je ne me sens pas, je suis ravie, je me meurs de plaisir, je me meurs de plaisir, je me meurs de plaisir.
MADAME PINUIN
Comment donc, qu'avez-vous, Madame ? Est-ce que le Camp vous donne des vapeurs ?
MADAME ROBIN
Ah ! Ma chère Madame Pinuin, il fait dans mon coeur et dans mon esprit des révolutions à quoi je ne m'étais pas attendue : je suis dans des ravissements ! Quel charmant spectacle ! Madame Pinuin, quel charmant spectacle !
FRONTIN
On ne voit point de cela à Paris, Madame.
MADAME ROBIN
Oh, vraiment non, il y a bien de la différence. Nous vîmes avant-hier passer tous les équipages de l'armée ; il n'y a point d'Ambassadeur qui en ait un si beau.
MADAME ROBIN
Cela est vrai, au moins. Que de chevaux ! Que de chariots ! Que de mulets !
MADAME PINUIN
Non, assurément, ni si nombreux, Madame.
MADAME ROBIN
Cela est vrai, au moins. Que de chevaux ! Que de chariots ! Que de mulets !
FRONTIN
Que de harnois ! Que de grelots ! Que de sonnettes ! Madame !
MADAME ROBIN
Oui, quel agréable tintamarre ! La satisfaisante chose ! Quel ordre ! Quelle magnificence ! Cela plaît, cela charme, cela ravit ; que cela est beau, que cela est grand, que cela est excellent, que cela est superbe !
MADAME PINUIN
Vous n'avez pas de regret à votre voyage, Madame ?
MADAME ROBIN
Non, je t'assure ; y a-t-il rien de plus gracieux que tout ce que j'ai vu ? Ce mélange de bataillons confus, ces escadrons épars, ces Officiers, ces Valets, ces Vivandiers, ces gens de condition.
FRONTIN
Il y a là de la marchandise à choisir ; c'est une belle Foire, n'est-ce pas, Madame ?
MADAME ROBIN
Je ne m'étonne pas s'il y vient tant de monde.
MADAME PINUIN
Et moi, je ne suis pas surprise qu'après avoir vu tant de belles choses, la Bourgeoisie soit si peu de votre goût.
MADAME ROBIN
Ah ! Je t'ai fait confidence de ma faiblesse, la Bourgeoisie me pue horriblement à l'heure qu'il est, et je m'aimerais mieux simple Cavalière, que la plus honorable Bourgeoise de Paris.
FRONTIN
Les voyages font bien les gens, Madame Pinuin.
MADAME ROBIN
N'as-tu point vu ce petit badin de Chevalier ?
MADAME PINUIN
Si je l'ai vu ?
MADAME ROBIN
Paix, parle bas.
MADAME PINUIN
Ne craignez rien, on peut tout dire devant cet honnête garçon-là.
FRONTIN
Oui, Madame, je suis des amis de Monsieur le Chevalier, confident ordinaire de toutes les Bourgeoises suivant l'armée.
MADAME ROBIN
Tu n'as pas mal d'occupation.
À Madame Pinuin.
Hé bien, mon enfant ?
MADAME PINUIN
Hé bien, Madame, vous devez être la personne du monde la plus contente : Monsieur le Chevalier m'a prévenue sur tout ce que je m'étais proposé de lui dire de votre part ; il est amoureux de vous à la folie.
MADAME ROBIN
Le petit fripon !
FRONTIN
Elle vous a dit vrai, Madame, il me l'a dit aussi, à moi : c'est bien la passion la plus pétulante.
MADAME ROBIN
Je n'en fais jamais d'autre, et je me suis toujours bien doutée qu'il m'en voulait. Depuis huit jours que nous sommes ici, il n'a jamais manqué l'occasion de me dire les plus jolies choses ? Oh ! Nous avons beaucoup de sympathie ; il est bouffon, si bouffon dans la conversation ; moi, je suis si folle, si folle dans mes manières.
MADAME PINUIN
Si ce mariage-là se fait, Madame, vous deviendrez le charme de la garnison.
MADAME ROBIN
De la garnison ? De la garnison ? Quoi, Monsieur le Chevalier me mènera en garnison ?
MADAME PINUIN
Oui, vraiment, et sur la frontière même ; et comme il est un des plus anciens Officiers du Régiment, le moins que vous puissiez espérer, c'est de vous trouver au premier jour la commandante d'un Bataillon.
MADAME ROBIN
La commandante d'un Bataillon ? Je commanderais un Bataillon, moi, sur la frontière ? Mais, ma chère Madame Pinuin.
MADAME PINUIN
Cela vaut bien mieux que de ne commander qu'à des garçons de boutique.
MADAME ROBIN
Il n'y a pas de comparaison, vraiment. Ah ! Je ne sais pas ce que je ne donnerais point pour être défaite de ce vilain Monsieur Mouflard.
FRONTIN
Nous nous en déferons, Madame, ne vous mettez pas en peine : j'en ai bien expédié d'autres.
MADAME ROBIN
Mais je ne voudrais pas qu'on le tuât ;
FRONTIN
Non, non, Madame.
MADAME ROBIN
Il est bon d'avoir un peu de conduite dans la vie.
FRONTIN
Nous n'en manquerons pas plus que vous, Madame, laissez-nous faire.
MADAME ROBIN
Faites donc, mes enfants, faites : mais réussissez. Je vais retrouver ma tante et ma soeur, pour leur faire part de ma bonne fortune, et tâcher, en me promenant, de rencontrer ce petit étourdi de Chevalier. Ma chère Madame Pinuin ?
MADAME PINUIN
Madame ?
MADAME ROBIN
Je serai Commandante d'un Bataillon en garnison, moi, sur la frontière. Que je vais faire des miennes ! Que je vais faire des miennes ! Que je vais faire des miennes !
SCÈNE X. Frontin, Madame Pinuin.
FRONTIN
Voilà une belle folle, au moins, et je ne sais si c'est rendre un bon office au Chevalier.
MADAME PINUIN
Et mort de ma vie ! C'est l'argent qu'il épouse, ce n'est pas la folle, ne te mets pas en peine.
Mort de ma vie : Mort de ma vie, autre serment qui sert à affirmer avec une sorte d'impatience. [L]
SCÈNE XI. Le Chevalier, Frontin, Madame Pinuin.
LE CHEVALIER
Hé cadédis, l'ami Frontin, tu t'endors, je pense, ou tout au moins tu t'oublies auprès des charmes de ma chère hôtesse. À quoi diantre songes-tu donc ?
FRONTIN
À vos affaires, Monsieur.
MADAME PINUIN
Nous n'avons parlé d'autre chose ; et si vous étiez venu de ce côté, vous auriez trouvé Madame Robin toute charmée de l'espérance qu'elle a de vous posséder.
LE CHEVALIER
La pauvre femme ! Je l'adore. Les trente mille écus sont comptants, au moins ?
MADAME PINUIN
Et sans cela, serait-elle adorable ? Allez-vous-en la joindre, Monsieur, et prenez soin de l'entretenir dans les agréables idées que nous lui avons données de son bonheur.
LE CHEVALIER
Laissez-moi faire, je veux la ravir en extase. Mais écoute, Frontin, le Mouflard et le Valentin n'ont plus guères à rester ici… Il faut se hâter.
FRONTIN
Hé allez, Monsieur, quand ils partiraient demain, nous leur donnerons ce soir un petit bal d'armée pour leur faire nos adieux : songez seulement à vous rendre au plutôt dans la tente de mon maître.
LE CHEVALIER
Tu peux compter que j'y suis déjà, j'y cours, j'y vole, et j'y mène la Dame Robin, dont je me nantis par avance.
SCÈNE XII. Madame Pinuin, Frontin.
MADAME PINUIN
Tu n'as maintenant qu'à me faire connaître la femme et la fille de Monsieur Valentin, je trouverai bientôt les moyens d'apprendre à la petite personne ce qu'il faut qu'elle sache, et de pénétrer ce qu'elle a dans l'âme.
FRONTIN
Nous ne te demandons pas autre chose. Hé parbleu, je crois que les voilà, le hasard nous les amène ici le plus à propos du monde, cela est d'un heureux présage pour notre entreprise.
Parbleu : Sorte de jurement. Altération de par Dieu. [L]
MADAME PINUIN
Où te trouverai-je ?
FRONTIN
Dans notre tente : tu sais bien où campe le Régiment.
MADAME PINUIN
Bon, n'y déjeunâmes-nous pas l'autre jour ensemble ? Les voilà qui approchent ; laisse-moi, tu auras bientôt de mes nouvelles.
SCÈNE XIII. Madame Valentin, Madame Pinuin, Angélique.
MADAME VALENTIN
Ah ! Que je suis lasse de tout ceci ! Quel charivari ! Quelle peste de cohue ! Votre père est un plaisant animal, vraiment, de nous avoir fait faire un si sot voyage.
MADAME PINUIN
Madame, je suis votre très humble servante.
MADAME VALENTIN
Je suis la vôtre, Madame.
ANGÉLIQUE, à part
Frontin était avec cette Dame-là, et elle me fait des signes, cela veut dire quelque chose : ne serait-elle point des amies de son maître ?
MADAME VALENTIN
Hem, plaît-il ? Quoi ?
ANGÉLIQUE
Rien, ma mère.
MADAME VALENTIN
Hé bien, qu'est-il devenu, ce visage-là ? Son animal de frère, votre imbécile de tante, son grand benet de fils, qui ne nous donne pas seulement la main, où tout cela s'est-il fourré ; il faudra les attendre, cela est bien agréable. Ah, que je suis lasse de tout ce train-ci, que j'en suis lasse ! Hem !
Madame Valentin surprend Madame Pinuin qui fait des signes à Angélique.
MADAME PINUIN
Vous êtes Madame Valentin, Madame, apparemment ?
MADAME VALENTIN
Oui, je suis Madame Valentin.
À Angélique.
Baissez les yeux, petite fille.
MADAME PINUIN
Et Madame Valentin de très mauvaise humeur, si je ne me trompe ?
MADAME VALENTIN
Oh pour cela oui, je vous en réponds.
MADAME PINUIN
Hélas, ma chère Madame que je vous trouve changée ?
MADAME VALENTIN
Changée, Madame ? Voilà un fort sot compliment, et je ne suis point en âge de paraître changée.
MADAME PINUIN
Ah vraiment, c'est en bien que vous l'êtes, Madame, et vous embellissez à vue d'oeil.
MADAME VALENTIN
Comment, j'embellis ? Tredame, Madame, un visage taillé comme le mien n'a pas grand besoin d'embellir.
Tredame : abréviation du juron "Notre Dame".
MADAME PINUIN
Ne vous fâchez donc point, Madame, ce n'est pas mon dessein.
MADAME VALENTIN
J'étais à quinze ans toute aussi aimable que je le suis, Madame ; et si vous m'aviez vue au Jasmin fleuri, dans la boutique de feu mon papa ? C'était moi qu'on appelait la belle Parfumeuse, afin que vous le sachiez.
MADAME PINUIN
Hé, vraiment oui, je le sais bien ; c'est de ce temps-là que j'ai l'honneur de vous connaître, Madame.
MADAME VALENTIN, à Angélique
Hé bien donc ? Tenez-vous droite, bouvière.
Bourvier(ère) : Celui, celle qui garde, conduit les boeufs. Fig. et familièrement. C'est un bouvier, se dit d'un homme grossier. [L]
MADAME PINUIN
Vous avez là une aimable enfant, Madame, qui paraît bien sage et bien élevée.
MADAME VALENTIN
Elle ? C'est une sournoise que son père me gâte.
MADAME PINUIN
Vous songez bientôt à la marier, sans doute ?
MADAME VALENTIN
À la marier, Madame, à la marier ? Cela ne presse pas.
ANGÉLIQUE
Oh, vraiment non ! Madame, je n'ai encore que seize ans, et ma mère n'a été mariée qu'à trente-neuf.
MADAME VALENTIN
Hé bien, tenez ! Cette impertinente, avec ses seize ans, et les trente-neuf ! On va s'imaginer que j'en ai soixante : je ne vous mènerai jamais avec moi, votre père aura beau dire et beau faire.
MADAME PINUIN
Je ne vous conseillerais pourtant pas, Madame, de la laisser seule en ce pays-ci, surtout ; l'air d'une armée est si dangereux, et pour des jeunes personnes de Paris encore ! Dès qu'il s'en égare quelqu'une dans ce Camp pour trois ou quatre jours seulement, il faut savoir toutes les sottises qu'on en dit.
MADAME VALENTIN
Je le crois bien, vraiment : mais pour moi, je veille la mienne de près, et je ne crains pas que le voyage du Camp fasse aucun tort à sa réputation, ni à la mienne.
MADAME PINUIN
Oh, je sais dans quelle retenue et dans quelle contrainte vous l'élevez, Madame ; et cela est fort louable, je vous assure.
ANGÉLIQUE
Et fort chagrinant pour moi, Madame, qu'on n'ait pas assez bonne opinion de ma conduite…
MADAME VALENTIN
Je la crois fort bonne : mais le soin que j'en prends ne la rendra pas plus mauvaise.
MADAME PINUIN
Non, assurément, on ne saurait prendre trop de précautions pour empêcher de jeunes personnes de répondre aux témoignages d'estime et de tendresse que de jeunes gens peuvent leur donner.
MADAME VALENTIN
Je suis toujours en garde là-contre.
MADAME PINUIN
Et vous faites fort bien ; le siècle est si perverti, et les hommes d'aujourd'hui sont si rusés et si adroits…
MADAME VALENTIN
Je défie qui que ce soit de m'attraper.
ANGÉLIQUE
Il faudrait être bien fin, à moins que de se faire entendre avec des mines…
MADAME VALENTIN
Vous entendez les mines, Mademoiselle ma fille ?
ANGÉLIQUE
C'est vous qui m'avez montré à les entendre, ma mère.
MADAME VALENTIN
Je vous ai montré cela, moi ?
ANGÉLIQUE
Oui, vraiment, ne faites-vous pas presque toujours la grimace à mon père ?
MADAME VALENTIN
Hé bien ?
ANGÉLIQUE
Hé bien, ma mère, cela veut dire que vous êtes fâchée, n'est-ce pas ? Et par conséquent un visage gracieux doit signifier que l'on est contente.
MADAME PINUIN
Il n'y a rien de plus naturel.
MADAME VALENTIN
Elle ne manque point d'esprit, au moins.
MADAME PINUIN
Si jamais elle est sensible à l'amour, elle en aura bien plus encore.
ANGÉLIQUE
Je n'en aurai jamais davantage, Madame, je vous assure.
MADAME PINUIN
Quoi ? Si vous aviez un Amant incertain de sa destinée, que quelque personne s'intéressât à s'en éclaircir, vous trouveriez moyen de lui faire savoir…
ANGÉLIQUE
Oui, Madame, je l'instruirais de mes sentiments, et en présence de ma mère même.
MADAME VALENTIN
En ma présence ?
MADAME PINUIN
Je le voudrais pour la rareté du fait, cela serait trop plaisant.
MADAME VALENTIN
Je ne lui conseillerais pas de s'y hasarder.
ANGÉLIQUE
Quoi, vous trouveriez mauvais, ma mère, que j'avouasse naturellement que je ne suis pas insensible à une passion respectueuse ?
MADAME VALENTIN
Personne n'a de passion pour vous, Mademoiselle, voilà des discours inutiles.
ANGÉLIQUE
Si quelqu'un en avait, ma mère, des desseins honnêtes et des vues raisonnables lui feraient aisément trouver le chemin de mon coeur.
À Madame Pinuin.
Mais sans l'aveu de ma famille, Madame, il ne devrait jamais rien prétendre.
MADAME PINUIN
Que cela est soumis ! Que cela est respectueux ! Vous devez être bien contente de cette belle enfant-là, Madame.
MADAME VALENTIN
Voilà ce que fait la bonne éducation, cela ne fera jamais que ce que je voudrai.
MADAME PINUIN
Je suis si charmée, que je voudrais faire durer la conversation jusqu'à demain. Quoi, sans l'aveu de vos parents, on n'aurait donc rien à espérer, Mademoiselle ?
ANGÉLIQUE
Non, Madame, je vous assure.
MADAME PINUIN
Vous n'êtes pas charmée d'entendre cela, Madame ?
À Angélique.
Et si vous aviez des parents bizarres qui s'opposaient à votre bonheur, qui voulussent forcer votre inclination ?
ANGÉLIQUE
Je n'ai rien à craindre de ce côté-là, Madame.
MADAME PINUIN
Il n'y a pas d'apparence, vous avez raison : mais il arrive des choses si peu prévues quelquefois.
À Madame Valentin.
Supposons que cela fût, (avec tout son esprit, je vais l'embarrasser, je gage) quelqu'un qui vous aimerait tendrement, et qui entreprendrait tout pour vous posséder, vous défendriez-vous de pardonner à ce quelqu'un là…
ANGÉLIQUE
Hé, Madame, l'amour ne doit-il pas pardonner tout ce que l'amour fait entreprendre ?
MADAME PINUIN
La pauvre enfant ! Voilà une jolie maxime, n'est-ce pas, Madame ?
MADAME VALENTIN
Non, vraiment, elle n'est point jolie, et je la trouve fort impertinente, au contraire.
MADAME PINUIN
Impertinente, Madame ! Un pauvre amant serait ravi de savoir qu'on pense cela.
ANGÉLIQUE
Ah ! Je voudrais de tout mon coeur que vous en connaissiez quelqu'un, Madame ; je vous permettrais tout de ce pas de lui aller dire.
MADAME PINUIN
Oh ! Je n'y manquerais pas, je vous en réponds : votre très humble servante, Madame Valentin. Adieu, Mademoiselle.
SCÈNE XIV. Madame Valentin, Angélique.
MADAME VALENTIN
Voilà une drôlesse qui a la langue bien pendue, à ce qu'il me semble ; et vous êtes aussi furieusement jaseuse : elle fera bien de n'y pas revenir.
ANGÉLIQUE
Elle me paraît si bonne personne et de si bon conseil ; je crois, pour moi, ma mère, qu'il y aurait beaucoup à profiter avec elle.
MADAME VALENTIN
Je le crois, il y aurait à profiter : mais je ne veux pas que vous fassiez de ces profits-là.
SCÈNE XV. Monsieur Mouflard, Madame Valentin, Angélique.
MONSIEUR MOUFLARD
Ah ! Je n'en puis plus, j'en mourrai de chagrin. Mais voyez ces brutaux, ces canailles-là…
ANGÉLIQUE
Hé, ma mère, voilà Monsieur Mouflard, notre voisin ! Il est déguisé en Gentilhomme, aussi bien que mon père : nous ne sommes pas seuls qui ayons fait le voyage du camp, comme vous voyez.
MADAME VALENTIN
Je le crois bien, vraiment : s'il n'y avait que votre père d'extravagant dans tout lez quartier, ce serait un beau miracle.
MONSIEUR MOUFLARD
Ah ! Si l'on m'y attrape.
MADAME VALENTIN
Bonjour, Monsieur Mouflard.
MONSIEUR MOUFLARD
Votre valet, Madame Valentin.
ANGÉLIQUE
Vous paraissez bien houspillé : vous est-il arrivé quelque chose de fâcheux, Monsieur Mouflard ?
Houspiller : Tirailler et secouer quelqu'un pour le maltraiter, pour le tourmenter. Fig. Maltraiter quelqu'un de paroles, le réprimander avec aigreur, avec malice. [L]
MONSIEUR MOUFLARD
Ah ! Mademoiselle Angélique, me voilà bien revenu de l'estime et de la considération que j'avais pour l'armée.
MADAME VALENTIN
Comment donc ?
MONSIEUR MOUFLARD
Toute la revue s'est aujourd'hui déchaînée pour me faire pièce.
ANGÉLIQUE
Vous venez de voir la revue ?
MONSIEUR MOUFLARD
Je viens de voir le diable : je n'ai rien vu. J'étais avec trois Messieurs que vous connaissez, mon beau-frère le Miroitier, mon cousin le Bonnetier, et mon neveu le Notaire, tous bien vêtus, avec de grandes épées, et des plumes rouges même.
ANGÉLIQUE
Avaient-ils aussi bonne mine que vous, Monsieur Mouflard ?
MONSIEUR MOUFLARD
Pas tout à fait, mais il ne s'en fallait guères ; et avec tout cela, je crois que tout le monde s'était donné le mot pour nous reconnaître.
ANGÉLIQUE
Est-il possible ?
MONSIEUR MOUFLARD
Il faut bien que cela soit ; car de quelque côté que nous allassions, j'entendais toujours : Tirez, Bourgeois : fi les vilains, à la Boutique. Cela n'est point plaisant à essuyer, au moins.
MADAME VALENTIN
Non, vraiment, cela est fort ridicule.
MONSIEUR MOUFLARD
Et les maudites hallebardes : ah ! Les vilaines armes, Madame Valentin, les vilaines armes !
ANGÉLIQUE
Vous en paraissez bien mécontent ; seriez-vous blessé ?
MONSIEUR MOUFLARD
Non pas dangereusement : mais ces brutaux de Sergents ne croient que vous faire signe de vous ranger, et ils vous assomment.
MADAME VALENTIN
Allez, mon pauvre Monsieur Mouflard, vous en voilà quitte à bon marché.
MONSIEUR MOUFLARD
Ah ! Ce qui me chagrine le plus, c'est le cousin et le beau-frère, que j'ai persécutés pour faire le voyage, et qu'on a mis en chemise : leurs femmes ne me le pardonneront jamais.
ANGÉLIQUE
On les a mis en chemise ?
MONSIEUR MOUFLARD
Oui, nous nous sauvions de Régiment en Régiment, pour éviter le tumulte et le scandale ; il est désagréable de se faire des affaires avec une armée, voyez-vous ?
MADAME VALENTIN
Il faut céder à la force ; vous avez raison.
MONSIEUR MOUFLARD
En chemin faisant, nous sommes malheureusement tombés dans un diable de Bataillon, dont les Officiers étaient à peu près vêtus comme ces deux Messieurs.
ANGÉLIQUE
Cela vous devait faire respecter.
MONSIEUR MOUFLARD
Cela a fait tout le contraire : quatre grands pendards de Soldats leur ont fait une querelle d'Allemand, sur ce qu'ils ont contrefait les habits uniformes du Régiment ; ils les ont dépouillés en un clin d'oeil, et on les a mis au Drapeau pour vingt-quatre heures.
Pendard : Par exagération, celui, celle qui est digne de pendaison, qui ne vaut rien du tout. [F]
Querelle d'Allemand : On dit proverbialement, Faire une querelle d'Allemand à quelqu'un ; pour dire, l'attaquer sans sujet et de gaieté de coeur, pour rien, ou pour une bagatelle. [T]
MADAME VALENTIN
Mais cela ne se fait point, il faut s'aller plaindre, il y a bonne justice.
MONSIEUR MOUFLARD
Il faut s'aller plaindre ? Se plaindra qui voudra : pour moi, je pars demain, et de grand matin même. Jusqu'au revoir, Mesdames.
ANGÉLIQUE
Nous nous retrouverons à Paris, Monsieur Mouflard ?
MONSIEUR MOUFLARD
Oui, mais nous ne nous retrouverons jamais au Camp, sur ma parole. Ah ! La vilaine chose ! Qu'une revue, la vilaine chose ! Je n'en verrai de ma vie, pas même à la Plaine de Grenelle.
SCÈNE XVI. Madame Valentin, Angélique.
MADAME VALENTIN
Ah ! Que votre père mériterait bien qu'il lui en arrivât autant. Voyez un peu ce vieux fou, planter là sa femme et sa fille, pour aller voir des tambours, et des trompettes, des chevaux, des mousquets, des hommes et des piques : car ce n'est que cela dans le fonds : ne voilà-t-il pas une belle curiosité ?
ANGÉLIQUE
Voilà mon père.
SCÈNE XVII. Monsieur Valentin, Madame Valentin, Angélique, Frontin.
MONSIEUR VALENTIN
Mon cher Monsieur Frontin, que je vous ai d'obligation.
FRONTIN
Oh ! Point du tout, Monsieur, je vous assure.
MONSIEUR VALENTIN
Ah ! C'est toi, ma petite femme, ma mie, je te croyais avec mon neveu. Pourquoi nous as-tu quittés ? Tu as bien perdu, va.
MADAME VALENTIN
Ç'amon, vraiment, tirez, Bourgeois, à la boutique : cela est bien plaisant, de s'aller faire dire au nez de ces sottises-là ?
Çamon : adv. exclamatif. Oui vraiment, oui ma foi. [L]
MONSIEUR VALENTIN
Ah, ah ! Cela est vrai, on a crié cela, et tout auprès de moi : mais ce n'était pas à moi que cela s'adressait, au moins.
MADAME VALENTIN
Non, car cela ne vous convient pas, aussi bien qu'aux autres ?
FRONTIN
Oh ! Il y a Bourgeois et Bourgeois, Madame ; et Monsieur Valentin est un homme aussi respecté parmi les troupes…
MONSIEUR VALENTIN
J'ai rencontré Monsieur Frontin, le plus heureusement du monde ; et sous ses auspices, j'ai vu assez commodément tout ce qui se pouvait voir.
FRONTIN
Vous vous moquez, Monsieur, je suis seulement fâché de vous avoir voulu faire passer imprudemment par cet endroit que gardaient ces deux sentinelles.
MONSIEUR VALENTIN
C'était notre plus court.
FRONTIN
Cela est vrai, mais en prenant le plus long, cela vous aurait épargné les bourrades que ces brutaux-là vous ont données.
Bourrade : Se dit aussi d'une attaque, d'un coup qu'on porte à quelqu'un, soit en le frappant en effet, ou plutôt en le raillant, en disputant, ou en écrivant contre lui. [F]
MADAME VALENTIN
Des bourrades, Monsieur Valentin ?
MONSIEUR VALENTIN
Oh ! J'ai fort bien soutenu cela, je ne me suis point déferré, je les aurais forcés si j'avais voulu.
Déferrer : Se déferrer, v. réfl. Perdre son fer. Fig. Se déconcerter. [L]
FRONTIN
Vous avez bien fait de ne le pas vouloir.
MADAME VALENTIN
Le beau plaisir de faire vingt lieues pour se faire battre par des sentinelles !
MONSIEUR VALENTIN
Je vous dis que je m'en suis fort bien tiré, encore une fois.
FRONTIN
Oui, oui, Madame ; et tout cela se serait fort bien passé, Monsieur, sans ce brutal d'Aide-Major ; qui vous a fort vilainement appliqué une vingtaine de coups de canne en passant-là.
Aide-major : C'est un officier qui aide le Major et qui fait la charge de Major quand le Major n'y est pas. [R]
MADAME VALENTIN
Une vingtaine de coups de canne ?
ANGÉLIQUE
Comment, mon père ?
MONSIEUR VALENTIN
C'est une méprise, il l'a fait par mégarde, cet Aide-Major-là est un de mes amis, et qui me doit de l'argent même ; il ne me voyait que par le dos quand il frappait, dès que j'ai retourné le visage, et qu'il m'a reconnu, il s'est mis à rire comme un fou ; il n'était point du tout fâché contre moi.
FRONTIN
Monsieur votre mari a l'esprit bien fait, Madame Valentin, vous devez être bienheureuse avec cet honnête homme-là.
MONSIEUR VALENTIN
Savez-vous bien ce qui me chagrine le plus de tout cela, Monsieur Frontin ?
FRONTIN
Hé quoi, Monsieur ?
MONSIEUR VALENTIN
C'est le coup de pied que ce cheval m'a donné dans l'estomac.
FRONTIN
Écoutez, ce cheval-là pourrait bien l'avoir fait exprès, lui ; car il vous a vu au visage.
MONSIEUR VALENTIN
Enfin, tout compté, tout rabattu, je suis fort content de mon petit voyage ; et après tout ce que j'ai vu, je commanderais une armée en cas de besoin, il n'y a rien de plus facile.
Tout rabattu : Retranché sur un prix, sur une valeur. Tout compté, tout rabattu, tout ayant été bien calculé et compensé. [L]
SCÈNE XVIII. Monsieur Valentin, Madame Valentin, Guillaume, Frontin, Angélique.
GUILLAUME
Ah ! Palsangué, Monsieur Frontin, je nous allons bian rire.
Palsangué : Jurement de paysan, dans l'ancienne comédie. Corruption de par le sang Dieu. [L]
FRONTIN
Comment donc, qu'est-il arrivé, Monsieur Guillaume ?
GUILLAUME
Parguenne, il y a une douzaine d'Officiers à qui l'on a baillé ordre de faire la recharche de tous les Curieux qui se trouveront ici, et qui n'y avont que faire.
FRONTIN
La recherche des Curieux qui n'ont que faire ici ? Et pourquoi cela, Monsieur Guillaume ?
GUILLAUME
Margué, n'an les mettra tretous sur le cheval de bois, n'an dit que ce sont des espions.
MADAME VALENTIN
Monsieur Valentin ?
ANGÉLIQUE
Sur le cheval de bois, mon père ?
MONSIEUR VALENTIN
Fi donc, vous êtes folle, cela ne me regarde point, je ne suis point un espion.
GUILLAUME
Tatigué, vous en avez pourtant bian la meine. Dame, accoutez, songez à votre conscience, autant de grimpé, il n'y a pas là de façons.
MONSIEUR VALENTIN
Mais voyez cet animal, avec son grimpé.
FRONTIN
Il ne sait ce qu'il dit, Monsieur, il n'y a jamais eu de cheval de bois dans un Camp.
GUILLAUME
On en a fait faire tout exprès.
MONSIEUR VALENTIN
Tout exprès, Monsieur Frontin !
FRONTIN
On fera entendre raison à ces Officiers-là, Monsieur, ne vous mettez pas en peine.
GUILLAUME
On palsanguenne, oui raison ; ils n'écoutont raison que le lendemain, et ils fesont toujours monter à cheval la veille. Oh, ces gens-là abrégeont bian la procédure.
MADAME VALENTIN
Il faut partir, Monsieur Valentin, regagnons Paris. Je serais au désespoir, si par quelque malentendu, il vous arrivait un accident à Compiègne.
MONSIEUR VALENTIN
Vous me feriez enrager, Madame Valentin. On me connaît une fois, quand je dirai qui je suis…
FRONTIN
Au pis aller, Monsieur, si on vous faisait ce chagrin-là, il ne durerait pas du moins ; mon maître a des amis, et vous ne seriez pas là plus de trois ou quatre heures.
SCÈNE XIX. Madame Valentin, Monsieur Valentin, Le Chevalier, Frontin, Guillaume, Fuzillard, quatre soldats avec des pertuisanes.
Pertuisane : Arme d'hast, qui est une espèce de hallebarde qui a un fer plus long, plus large et plus tranchant que les autres. [F]
LE CHEVALIER
Doucement, camarades point de tumulte, ni de méprise, et qu'on fasse les choses dans l'ordre.
GUILLAUME
Ah ! Tatigué, vela un de ces persécuteurs de Curieux, je gage, vous n'avez morgué qu'à vous bian tenir.
Morgué : Sorte de juron de paysan. [L]
MONSIEUR VALENTIN
Ne vous éloignez pas, ma femme ; tenez-vous auprès de moi, ma fille ; ne nous quittez pas, Monsieur Frontin.
FRONTIN
Non, non, Monsieur, laissez-moi faire :
À part.
Voilà un Bourgeois bien en sûreté !
LE CHEVALIER
Ah, cadédis, la plaisante occupation ! Sera-ce bientôt fait ? Que je suis las de ces corvées. Hé, Boisansoif, Fuzillard, la Taillade ?
FUZILLARD
Monsieur ?
LE CHEVALIER
Combien avons-nous de ces Messieurs les Curieux à cheval ?
FUZILLARD
Dix-neuf, je pense ; et un que voilà que nous y aurons bientôt mis, ce sera la vingtaine.
MONSIEUR VALENTIN
Monsieur Frontin, ce n'est point une raillerie, vraiment.
FRONTIN
Paix, je connais cet Officier-là, laissez-moi faire ; Monsieur, je vous donne le bonjour.
LE CHEVALIER
Ton valet, Frontin. Qui sont ces gens ? Connais-tu ce visage ?
MADAME VALENTIN
Comment visage ?
MONSIEUR VALENTIN
Taisez-vous, ma femme, ne vous faites point d'affaires.
Affaire : Ce qui peut occuper nos soins, nos pas, nos pensées, nous obliger à travailler, aller et venir. Se dit aussi des querelles, des combats, des différends, des brouilleries d'amitié. [T]
LE CHEVALIER
Il a mauvaise physionomie.
FRONTIN
C'est pourtant un fort honnête homme, un des intimes amis de mon maître
LE CHEVALIER
Quand il serait l'intime du Diable. Allons, enfants, que l'on commence par s'en assurer.
MONSIEUR VALENTIN
Hé, Monsieur, faites-moi la grâce de m'écouter.
LE CHEVALIER
Il fait rébellion, je pense ? Qu'on me lui fende l'estomac de trente coups de pertuisanes.
MONSIEUR VALENTIN
Hé, Monsieur, ayez pitié de moi, je suis un honnête Bourgeois, qui fournit je ne sais combien de Régiments.
LE CHEVALIER
Un Bourgeois dans cet équipage ? Déguisé dans un camp ? Pris en flagrant délit, le procès est tout fait.
MONSIEUR VALENTIN
Mais, Monsieur…
LE CHEVALIER
Ne voyez-vous pas bien vous-même que vous êtes trop bien vêtu pour rester à pied ? Allons, enfants, que l'on fasse venir en cérémonie une monture pour ce galant homme.
MADAME VALENTIN
C'est mon mari, Monsieur l'Officier.
ANGÉLIQUE
C'est mon père, Monsieur.
LE CHEVALIER
Votre mari ? Votre père ? Les aimables personnes ! À votre considération, Mesdames, on ne lui mettra que vingt livres pesant de boulet à chaque jambe.
MONSIEUR VALENTIN
Miséricorde ! Hé mon pauvre Monsieur Frontin, où est votre maître ? C'est lui qui m'a fait venir ici, cela crie vengeance.
FRONTIN
Cela est bien chagrinant, je vous l'avoue ; tâchez de ne point monter à cheval sitôt, je m'en vais le chercher.
MONSIEUR VALENTIN
Ah le maudit voyage ! Qu'on se va moquer de moi, le maudit voyage !
SCÈNE XX. Monsieur Valentin, Madame Valentin, Angélique, Guillaume, Le Chevalier.
Marche de Soldats, de Vivandiers, de Bourgeois, de Bourgeoises, et de Paysannes, qui apportent en cérémonie un cheval de bois.
Cheval de bois : Cheval de bois, figure de bois sur laquelle on apprend à voltiger. Anciennement, pièce de bois qui, taillée en arête et mise sur des tréteaux, servait à une punition de soldat. [L]
MONSIEUR VALENTIN
Ouais, tout ceci est trop bien concerté pour être naturel, c'est un tour qu'on me joue, assurément.
MADAME VALENTIN
Hom ! Que c'est bien employé.
Hom : Qui exprime le doute, la défiance. [L]
MONSIEUR VALENTIN
Vous tairez-vous ?
LE CHEVALIER
Allons, mon cher Monsieur, sans façon, donnez la main, que je vous serve d'Écuyer, venez.
MONSIEUR VALENTIN
Monsieur, ceci n'est qu'une plaisanterie que vous voulez me faire, je le vois bien ; mais tout en riant vous allez me déshonorer, et le ridicule m'en demeurera.
LE CHEVALIER
Comment, une plaisanterie ? Oui riez, et bien fort, je vous le conseille ; nous perdons ici le temps. Holà, hé Fuzillard ?
SCÈNE XXI. Monsieur Mouflard, Clitandre.
MONSIEUR MOUFLARD
Je ne fais point de résistance, Monsieur ; mais que je sache du moins pourquoi l'on m'arrête ?
CLITANDRE
On vous le dira, marchez, Monsieur, marchez.
SCÈNE XXII. Frontin, Monsieur Valentin, Monsieur Mouflard, Le Chevalier, Guillaume, Clitandre, Madame Valentin, Angélique.
FRONTIN
Ah, Monsieur ! Il y a une heure que je vous cherche, où diable êtes-vous donc ? Voilà le pauvre Monsieur Valentin que l'on prend pour un espion.
MONSIEUR VALENTIN
Oui, Monsieur, vous savez ce qui en est, tenez, ils me veulent faire grimper là-dessus.
MONSIEUR MOUFLARD
Et moi, Monsieur le Chevalier, on me mène en prison sans que je sache pourquoi.
LE CHEVALIER
On vous arrête aussi, Monsieur Mouflard ? Ah cadédis, la cruelle affaire !
GUILLAUME
Ils le mettront morgué en croupe darrière vous, ne vous chagreignez point.
CLITANDRE
Écoute, Chevalier, voilà ton ami, voilà le mien, j'ai les mêmes ordres que toi, l'un me répondra de l'autre.
FRONTIN
Si vous montez celui-ci, nous monterons celui-là par représailles.
GUILLAUME
Hé, jarnigué, laissez-les à pied tous deux, pis qu'ils s'y trouvont bian, ils aimeront peut-être mieux porter la tarre à cette fortification que n'an va faire.
Jarnigué : Jarnidieu,, sorte de jurement. Corruption de je renie Dieu. [L]
MONSIEUR MOUFLARD
Porter la terre ! Hé, Monsieur le Chevalier, ayez pitié de moi.
MONSIEUR VALENTIN
Me laisserez-vous recevoir cet affront-là, Monsieur Clitandre ?
CLITANDRE
Un peu d'humanité, mon pauvre Chevalier.
LE CHEVALIER
Mais un peu de réflexion, toi. Cela ne peut manquer d'être su, l'ordre est exprès ; si nous y manquons, demain nous voilà cassés, je t'en avertis : hé donc, qui nous dédommagera de cet inconvénient ?
MONSIEUR MOUFLARD
Ah ! S'il ne tenait qu'à de l'argent, j'ai quatre-vingt-dix louis dans ma bourse.
MONSIEUR VALENTIN
Et j'en ai cent trente, moi, Monsieur.
CLITANDRE
Vous vous moquez de nous, je pense, avec votre argent.
LE CHEVALIER
Ce n'est point l'intérêt qui nous gouverne, à moins qu'on ne nous fasse un établissement solide…
MONSIEUR MOUFLARD
Un établissement solide !
MONSIEUR VALENTIN
Tout mon bien n'y suffirait pas.
LE CHEVALIER
Oh que si fait, voilà votre fille ; que mon ami l'épouse.
Si fait : Sorte d'adverbe qui veut dire pardonnez-moi oui et qui a cours dans le bas style. [R]
MONSIEUR VALENTIN
Qu'il épouse ma fille !
LE CHEVALIER
Vous hésitez ? Hé donc, rien n'est trop avancé, voyez.
MONSIEUR VALENTIN
Madame Valentin ?
MADAME VALENTIN
Que ma fille épouse un homme de guerre ? J'aime mieux que vous soyez pendu, Monsieur Valentin.
GUILLAUME
La bonne femme que vela !
ANGÉLIQUE
Et moi, ma mère, je suis d'un bien meilleur naturel ; pour tirer mon père d'un mauvais pas ; il n'y a rien que je ne sois capable de faire.
MONSIEUR VALENTIN
Ma chère enfant !
LE CHEVALIER
La pauvre petite personne ! Elle en épouserait vingt, en cas de besoin, pour faire plaisir à son père.
MADAME VALENTIN
Je me moque de cela, moi, et je ne consentirai point…
LE CHEVALIER
Oh si vous faites la rétive, je vous mets à dada, vous, maman Valentin.
MADAME VALENTIN
Hom !
CLITANDRE
Y consentirez-vous sans répugnance ? Et puis-je me flatter…
LE CHEVALIER
Répugnance ou non, te voilà pourvu ; mais moi je reste, et Monsieur Mouflard n'a point de fille.
GUILLAUME
Hé bian, palsanguienne, épousez sa femme ; il y a une Madame ici qui ne l'est pas encore ; mais que n'an dit qui allait bientôt l'être, faut-il tant de façons ? Qu'alle devienne la vôtre.
LE CHEVALIER
Madame Robin ? L'avis n'est pas mauvais, je m'en accommode.
MONSIEUR MOUFLARD
Mais il ne dépend pas de moi, Monsieur…
LE CHEVALIER
Il ne dépend pas de vous ? À cheval, Monsieur Mouflard, à cheval ; allons, enfants, le boute-selle.
Les Hautbois sonnent le boute-selle.
Boute-selle : Terme de Guerre, qui est le signal qu'on donne aux Cavaliers pour monter à cheval. On dit aussi, la levée du boute-selle, qui est le second signal. [F]
MONSIEUR MOUFLARD
Hé, voilà Madame Robin, Monsieur, qu'elle y consente ; je voudrai tout ce qu'elle voudra, moi, je vous le promets.
SCÈNE XXIII. Le Chevalier, Madame Pinuin, Guillaume, Madame Robin, Monsieur Mouflard, etc.
LE CHEVALIER
Hé bien, voilà parler raison. Approchez, aimable personne. Que la voilà gracieusement déguisée !
MADAME PINUIN
C'est pour faire honneur à un certain petit Bal dont on nous a parlé.
GUILLAUME
Oh tâtiguenne, il est bien question de Bal, couseine, vela Monsieur Mouflard que n'an va mettre sur le cheval de bois, à moins que Madame n'épouse Monsieur le Chevalier.
MADAME ROBIN
On ferait un tel affront à Monsieur Mouflard, lui que j'aime plus que ma vie ?
MONSIEUR MOUFLARD
Hé bien, Monsieur, je ne lui fais pas dire, comme vous voyez.
LE CHEVALIER
Sa destinée dépend de vous. Allons, tôt, décidez, charmante.
MONSIEUR MOUFLARD
Je ne balance point ; et pour faire plaisir à Monsieur Mouflard, je me détermine à tout ce que vous voudrez. Voilà ma main, Monsieur le Chevalier.
LE CHEVALIER
Comment, Madame ?
LE CHEVALIER
Le boute-selle, Monsieur Mouflard.
MONSIEUR MOUFLARD
Mais nous sommes liés, Madame et moi, par des engagements.
LE CHEVALIER
Oh, cadédis, fussiez-vous liés du noeud gordien, je le coupe, c'est mon affaire ; et nous ne nous quitterons pas que toutes nos conventions ne soient bien signées de part et d'autre, je les garde à vue.
Noeud gordien : noeud qui attachait le joug du char de Gordius, roi de Phrygie, consacré par Midas son fils dans le temple de Jupiter à Gordium ; l'oracle avait promis l'empire de l'Asie à celui qui déferait ce noeud ; Alexandre, n'en pouvant venir à bout, le trancha avec son épée. Fig. Noeud gordien, difficulté qu'on ne peut résoudre. [L]
MONSIEUR MOUFLARD
Pour moi, je veux m'en retourner à Paris, je me déplais trop ici.
GUILLAUME
Oh palsangué, vous y resterais, vous êtes un incivil, Monsieur Mouflard, ces Messieurs vous auriont fait l'honneur de vous voir à cheval, il faut bian que vous leur fassiez sti de les voir marier.
LE CHEVALIER
C'est excellemment bien parler. Que les plaisirs succèdent à la crainte ; nous avons ici des hautbois, bonne compagnie. Allons, Frontin, ce petit bal d'armée, que nous avons tantôt projeté ; et nous irons ensuite souper tous ensemble chez le cousin Guillaume, où il aura soin de faire trouver un Notaire.
GUILLAUME
Oh parguenne oui, je vous en réponds. Si tous les Curieux qui n'avont que faire au Camp y sont régalés comme ceux-ci, les Officiers ne seront morgué pas ruinés de ces visites-là, sur ma parole.
DIVERTISSEMENT DES CURIEUX DE COMPIÈGNE.
MONSIEUR TOUVENEL
Le bruit éclatant des trompettes, Et le son bruyant des tambours, Dans ces aimables retraites, Ne menacent point nos jours. Venez, Bourgeois, venez Grisettes, Venez Guerriers, venez Coquettes, Tout invite aux plaisirs, aux festins, aux amours.Entrée de quatre Officiers.
Grisette : vêtement d'étoffe grise de peu de valeur. [L]
Coquette : Ce mot se prend en mauvaise part. Celle qui s'ajuste pour donner dans la vue des galants. Celle qui aime qu'on lui dise des douceurs, qui se plaît aux fleurettes que l'on lui conte, et qui n'a pas d'attachement qui lui fasse peine. [R]
MADAME ROBIN
Que j'aime un Camp près de Paris, Là le plaisir vous accompagne, Et l'on y trouve des maris Choisis, polis, De tous pays. Pour moi je prétends, si je vis, Tous les mois faire une campagne.LE CHEVALIER
Heureuse Madame Robin, Il n'était fait que pour Bellone Ce coeur si fier que je vous donne ; Rendez grâce à votre destin. De cette gaillarde aventure, Que direz-vous, race future ? L'Amour a mis dans le milieu d'un Camp, Le coeur d'un Gascon à l'encan.Entrée de Madame Robin et d'un Officier.
Air.
Beautés, qui dans le champ de Mars, Cherchez à faire des conquêtes, Au milieu de ses fêtes Vous courez bien des hasards. Prenez le parti du mystère ; Et si vous voulez toujours plaire, Ce n'est point au son du tambour, Que vous devez faire l'amour.Entrée de deux Officiers et d'une Paysanne.
BRANLE.
Bellone : Déesse de la Guerre, soeur ou compagne de Mars. [T]
MONSIEUR TOUVENEL
Que de Bourgeois viennent à l'aventure, Voir dans le Camp la guerre en mignature, Qui Si ce n'était en peinture, Se tiendraient bien loin d'ici. Qui Si ce n'était en peinture, Se tiendraient bien loin d'ici.GUILLAUME
Je fons ici, d'une façon courtoise, De très grand coeur accueil à la Bourgeoise ; Mais D'une manière grivoise, Je régalons le Bourgeois. Mais D'une manière grivoise, Je régalons le Bourgeois.MADEMOISELLE GESMARRES
Monsieur Mouftard, vraiment c'est grand dommage, Qu'un peu trop tard la guerre vous engage ; Car Si vous aviez du courage, On vous prendrait pour César.LE CHEVALIER
On a parlé de Camp et de Revues, Bourgeoises sont aussitôt accourues. Pour Travailler à des recrues, Qui pourront servir un jour.FRONTIN
D'exploits guerriers on voit ici l'image ; Et si d'assaut on prenait quelque ouvrage, Les Bourgeoises du Voisinage, Verraient l'action de près.71 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0