Comédie en prose
La Gazette
Représentée pour la première fois le 24 Avril 1693 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.
Personnages
- GUILLEMIN, Libraire
- ANGÉLIQUE, sa fille
- MADAME PERNELLE, soeur de M. Guillemin
- FILLON, amie d'Angélique
- CLITANDRE, amant d'Angélique
- CRISPIN, son valet
- CRASSIN
- ROBICHON
- LE CHEVALIER
- LE SERGENT
- LA MARQUISE
- LA COMTESSE
- CHONCHON
SCÈNE I. Clitandre, un Sergent.
LE SERGENT
C'est temps perdu, Monsieur, J'ai cherché dans tous les Fours de Paris, et je n'ai pu trouver ce qu'il vous faut. Les hommes sont chers par le temps qu'il fait, et comme vous les demandez surtout.
Fours : Anciennement, nom, à Paris, de lieux servant à enfermer les gens sans aveu qui battaient le pavé et qui, une fois enfermés, étaient enrôlés de force : ces fours, de l'invention de M. d'Argenson, étaient en très grand nombre. [L]
CLITANDRE
Comment donc faire, Monsieur de la Rose ?
LE SERGENT
Morbleu, j'enrage. Il y a quinze jours que je devrais avoir mené la recrue au Régiment, et nous n'avons pas encore la moitié de nos gens.
Recrue : Levée de gens de guerre pour augmenter une Compagnie, ou remplacer les soldats qui ont déserté, ou qui sont morts. [F]
CLITANDRE
Il faut en trouver à quelque prix que ce soit.f
LE SERGENT
On m'a fait voir deux petits malingres d'assez bonne mine à la vérité : mais on veut les vendre huit pistoles pièce.
CLITANDRE
Huit pistoles !
LE SERGENT
Oui, Monsieur : mais il n'y a rien à perdre, ce sont des enfants de famille, dont on retirera plus que son argent.
CLITANDRE
Nous en serions bien plus avancés. Le beau commerce ! Je ne veux point de cela.
LE SERGENT
Oh, par ma foi, Monsieur, vous êtes trop scrupuleux pour un Officier d'Infanterie, il n'y a pas moyen de s'y sauver. À quoi vous en tenez-vous donc, et comment vous plaît-il que nous finissions ?
CLITANDRE
Oh, finis comme tu l'entendras.
LE SERGENT
Je me donne au diable, il me prend envie de faire un four de votre appartement, autant de gens qu'il y viendra, je vous les enrôle.
CLITANDRE
Fort bien.
LE SERGENT
Vous avez un tas de créanciers, surtout, que j'aurais bien envie de mener à notre bataillon. Je ferais plaisir à bien d'honnêtes gens.
CLITANDRE
Assurément.
LE SERGENT
Nous sommes déjà convenus, votre Crispin et moi, qu'il m'adresserait quelqu'un de ses amis : et quand quelque drôle un peu bien tourné viendra me demander de sa part, je saurai bien ce que cela voudra dire.
CLITANDRE
J'abandonne tout à votre conduite.
LE SERGENT
Il aurait bien mieux valu faire vos affaires de bonne heure, que vous amuser pendant tout l'hiver à troubler, comme vous avez fait, la paix de deux ou trois ménages.
CLITANDRE
Il faut bien se délasser à Paris des fatigues de la campagne.
LE SERGENT
D'honnêtes Bourgeois ont bien affaire que ce soit chez eux que vous veniez vous délasser.
CLITANDRE
Ils sont bien en droit de se plaindre, vraiment ! On défend l'été leurs frontières, peuvent-ils trop payer l'hiver toutes les peines que se donnent les gens de qualités ?
LE SERGENT
Je ne sais, Monsieur : mais depuis quelques jours vous venez bien souvent au Palais. Vous y traitez quelque affaire sérieuse, puisque vous ne m'en dites mot ?
CLITANDRE
Voici Crispin, laisse-nous, et va m'attendre au logis : va vite.
LE SERGENT
Vous me chassez, vous êtes amoureux tout de bon ; s'il n'y avait que du libertinage, vous m'en auriez fait confidence.
SCÈNE II. Clitandre, Crispin.
CLITANDRE
Hé bien, Crispin ?
CRISPIN
Son père est avec elle, Monsieur, il n'y a rien à faire.
CLITANDRE
Le fâcheux contretemps ! J'étais bien résolu de lui parler cette fois-ci, je t'assure.
CRISPIN
Cela est admirable ! Quand elle est seule, la timidité vous prend : quand le père y est, vous vous croyez de la résolution.
CLITANDRE
Il faut pourtant me déclarer. Jamais passion ne fut égale à la mienne ; et s'il est vrai qu'on la marie, je ne sais ce que je deviendrai.
CRISPIN
Par ma foi, Monsieur, je ne vous comprends point. Vous êtes un fort joli homme de qualité, fort jeune et fort connu de quantité de coquettes, que vous n'aimez que... comme il faut aimer des coquettes. Dans toutes vos intrigues de l'hiver, vous n'avez employé que Monsieur de la Rose, votre Sergent, et vous m'employez à présent, moi. Vous devenez sérieusement amoureux d'une grisette : la petite fille d'un Libraire triomphe de votre insensibilité, vous négligez pour elle toutes vos affaires, vous oubliez votre devoir : il vous manque quatre ou cinq soldats, que Monsieur de la Rose et moi, nous trouverions pourtant moyen de faire. Il y a quinze jours que nous devrions être au Régiment, et vous ne songez point à tout cela.
Coquette : Ce mot se prend en mauvaise part. Celle qui s'ajuste pour donner dans la vue des galants Celle qui aime qu'on lui dise des douceurs, qui se plaît aux fleurettes que l'on lui conte, et qui n'a pas d'attachement qui lui fasse peine. [R]
Grisette : Femme ou fille jeune vêtue de gris. On le dit par mépris de toutes celles qui sont de basse condition, de quelque étoffe qu'elles soient vêtues. [F]
CLITANDRE
Je suis amoureux de bonne foi, je te l'avoue, et mon amour m'occupe préférablement à toute autre chose.
CRISPIN
Hé, pourquoi donc ne pas parler ? Que craignez-vous ? Les petites filles du Palais entendent le français, Monsieur, je vous en réponds.
CLITANDRE
Je ne sais ce qui me retient.
CRISPIN
Hé, que diable, un Capitaine doit-il être aussi bourgeoisement amoureux que vous l'êtes ?
CLITANDRE
Je t'assure, Crispin, que quand son père sera sorti, je n'hésiterai point à lui faire un sincère aveu de la tendresse que j'ai pour elle.
CRISPIN
Nous verrons : mais en attendant pour ne point demeurer inutile, allez-vous-en prendre chez votre usurier cinq cents écus qu'on vous fait passer pour mille ; peut-être que demain il ne voudrait plus vous donner que cent pistoles.
Ecu : 1 écu = 3 francs. 1 écu = 3 livres tournois. 1 livre tournois = 20 sols. 1 sol (sou)= 4 liards ou 12 deniers. 1 liard = 3 deniers. 1 pistole = 10 francs ou 10 livres tournois. 1 blanc = 5 deniers. 1 petit sesterce romain = 18 deniers tournois. 1 grand sesterce romain = 1.000 petits sesterces, (25 écus environ). 1 louis d'or = 11 livres.
CLITANDRE
Demeure donc ici, toi, et prends bien garde...
CRISPIN
J'aurai l'oeil au guet, et prendrai soin de vous avertir, adieu.
SCÈNE III.
CRISPIN, seul
Par ma foi les jeunes gens vraiment amoureux, sont aussi sots qu'ils sont indolents quand ils n'aiment que par manière de conversation. Mais voici notre jeune maîtresse, et son vieux bonhomme de père.
SCÈNE IV. Monsieur Guillemin, Angélique, Crispin.
GUILLEMIN
Angélique ?
ANGÉLIQUE
Mon père ?
GUILLEMIN
Ce n'est que par moi qu'on met les nouvelles de Paris dans la gazette d'Hollande ; qui diantre peut avoir fait mettre dans celle-ci que je vous marie ?
Gazette de Hollande : ou Gazette d'Amsterdam, journal que les réfugiés protestants imprimaient en Hollande contre Louis XIV. Parution de 1694 à 1796.
Diantre : Mot qu'on emploie par euphémisme pour diable. Il s'emploie comme une sorte d'exclamation ou de jurement. [L]
ANGÉLIQUE
Je ne sais.
GUILLEMIN
Ce n'est nullement mon dessein, au moins, et si je savais...
ANGÉLIQUE
On veut vous avertir peut-être que vous feriez bien de me marier.
GUILLEMIN
Qu'est-ce à dire ? On veut m'avertir. Je sais bien ce que j'ai à faire, et je n'ai point d'avis à prendre.
ANGÉLIQUE
Je ne me mêle pas de vous en donner, mais vous voyez ce qu'on en pense.
GUILLEMIN
On pensera ce qu'on voudra, mais je veux que vous pensiez comme moi, vous.
ANGÉLIQUE
Hom.
GUILLEMIN
Je vais sortir, il n'y a aucun de mes garçons à la boutique, prenez-y bien garde, et ne vous amusez pas, je vous prie, à babiller avec un tas de godelureaux qui rôdent toujours autour d'ici.
Godelureau : Jeune fanfaron, glorieux, pimpant et coquet qui se pique de galanterie, de bonne fortune auprès des femmes, qui est toujours bien propre et bien mis sans avoir d'autres perfections. [F]
Hom : Qui exprime le doute, la défiance. [L]
ANGÉLIQUE
Je me soucie bien d'eux, vraiment.
GUILLEMIN
Écrivez bien les noms de ceux qui viendront me demander ; tenez surtout un mémoire fidèle des nouvelles qu'on m'apportera, entendez-vous ?
ANGÉLIQUE
Oui, mon père.
GUILLEMIN
Je ne tarderai pas à revenir.
CRISPIN
Bon, le voilà parti ; courons après mon maître, l'occasion ne saurait être meilleure pour son dessein.
SCÈNE V. Angélique, Fillon.
ANGÉLIQUE, voyant Crispin s'en aller
N'est-ce pas là le valet de chambre de Clitandre ? Je voudrais bien que son maître eût déjà lu la gazette d'aujourd'hui.
À Fillon.
Hé bonjour, ma chère bonne, que je te sais bon gré de venir causer avec moi.
FILLON
Ma mère est sortie. Je me suis lassée d'ourler des coiffes, et de montrer des rubans : je suis accourue pour te féliciter de ton mariage.
ANGÉLIQUE
De mon mariage ! Je te suis obligée, vraiment.
FILLON
Ah ! Que tu es heureuse, mon enfant, tu vas te marier !
ANGÉLIQUE
C'est une plaisanterie qu'on a voulu faire.
FILLON
C'est donc ton père qui l'a faite ? Car il est, je crois, le seul à Paris, qui ait correspondance avec le Gazetier d'Hollande ; et je viens de voir cette nouvelle dans la gazette.
ANGÉLIQUE
Quelqu'un aura entrepris sur ses droits, apparemment.
FILLON
Tu ris, je pense.
ANGÉLIQUE
Je n'en suis point trop fâchée, cela mettra quelques personnes en mouvement.
FILLON
Ah ; je commence à démêler la chose.
ANGÉLIQUE
Et que démêles-tu ?
FILLON
Que la nouvelle est de ta façon.
ANGÉLIQUE
Fort bien.
FILLON
Que c'est toi-même qui l'as envoyée au Gazetier.
ANGÉLIQUE
Cela pourrait être.
FILLON
Et que par là tu veux obliger quelqu'un de tes amants à se déclarer.
ANGÉLIQUE
Tu me crois donc de l'esprit, à ce compte ?
FILLON
Je te crois de l'amour, cela ne suffit-il pas pour rendre ingénieuse ? L'esprit ne m'est jamais venu que par là.
ANGÉLIQUE
Oh bien, pour moi, je te l'avoue, j'ai plus de curiosité que d'amour.
FILLON
La curiosité d'être mariée ; n'est-ce pas ? La même curiosité me tient, mon enfant.
ANGÉLIQUE
Que tu es extravagante !
FILLON
Explique-moi donc...
ANGÉLIQUE
Paix, voici ma tante.
SCÈNE VI. Madame Pernelle, Angélique, Fillon.
MADAME PERNELLE
Qu'est-ce que c'est donc que tout ceci, ma nièce ? J'apprends de belles nouvelles vraiment.
ANGÉLIQUE
Quoi, ma tante ?
MADAME PERNELLE
Votre père a-t-il perdu l'esprit, dites-moi, de vous faire mettre dans la Gazette ?
ANGÉLIQUE
Ma tante...
MADAME PERNELLE
Le bel endroit pour faire parler de soi ! Mort de ma vie, que cela part d'une cervelle bien sensée !
Mort de ma vie : autre serment qui sert à affirmer avec une sorte d'impatience. [L]
ANGÉLIQUE
Ce n'est pas lui, ma tante, qui...
MADAME PERNELLE
Le vieux fou ! Mais ce n'est rien encore que cette gazette : je voudrais bien savoir de quel droit il prétend vous marier sans m'en avoir parlé ?
ANGÉLIQUE
C'est une chose en l'air que ce mariage, et je n'en ai pas ouï parler moi-même.
MADAME PERNELLE
Une chose en l'air ! Ah, le ladre ! Oh je devine ce que c'est, moi, ma nièce. Votre père est un vilain, un avare, qui, de peur de se défaire de son bien, ne veut point se défaire de sa fille.
FILLON
Ah ! Que vous le connaissez bien, Madame.
MADAME PERNELLE
Si je le connais ! Pour écarter les prétendants, il veut faire courir le bruit que vous êtes mariée.
ANGÉLIQUE
Que vous avez d'esprit, ma tante, de deviner cela !
MADAME PERNELLE
Mais pour contrecarrer sa gazette, je ferai afficher que vous êtes à marier, moi.
FILLON
La bonne tante que voilà !
MADAME PERNELLE
Vraiment, il n'a pas affaire à une sotte. Il n'y a plus que lui et moi de la famille, je n'ai point d'enfants, il n'a que vous, et il ne vous marierait pas ! Mort de ma vie, avant que de mourir, je veux voir des rejetons de notre tige, moi, ma nièce.
FILLON
Oh, vous en verrez, Madame, laissez faire.
MADAME PERNELLE
Votre grand-père était tout aussi ridicule que votre père, il voulait que je mourusse fille. Mais zeste, je me mariai toute seule en mon petit particulier, et je m'en suis fort bien trouvée, au moins.
Zeste : Familièrement. Se dit d'une chose de peu de valeur. [L]
ANGÉLIQUE
Je le crois bien, ma tante.
MADAME PERNELLE
Voilà comme on attrape les pères, mes enfants, voilà comme on les attrape. Je ne vous donne pas de conseils, le Ciel m'en préserve : mais les exemples d'une tante ne sont quelquefois pas mauvais à suivre.
FILLON
Assurément, il n'y arien à risquer, puisque vous vous en êtres bien trouvée.
MADAME PERNELLE
Hé bien donc, parle-moi confidemment, là. N'y a-t-il point quelque jeune homme dans le monde que tu affectionnes plus qu'un autre ?
ANGÉLIQUE
Non, ma tante, je vous en assure.
MADAME PERNELLE
Comment, non ? Mais tant pis, ma nièce, il faut pourtant bien prendre un parti, mon enfant.
FILLON
Cela viendra, Madame, ne vous mettez pas en peine.
MADAME PERNELLE
Veux-tu que je mêle de tes petites affaires, dis ? Je ne serai pas longtemps à trouver ce qu'il te faut, et un Contrat sera bientôt bâti.
FILLON
Cela n'est pas de refus, voyez.
MADAME PERNELLE
Qu'en dis-tu, parle ?
ANGÉLIQUE
Hé ! Mais...
MADAME PERNELLE
Quoi, mais !
ANGÉLIQUE
J'irai vous voir tantôt, ma tante.
MADAME PERNELLE
Viens, mon enfant, tu me feras plaisir ; j'entre de tout mon coeur dans toutes les petites bagatelles de la jeunesse, il me semble que cela me rajeunit.
FILLON
Le bon naturel !
MADAME PERNELLE
Adieu, je vais faire un tour au banc de mon Procureur, et je repasserai peut-être par ici ; car je veux laver la tête à Monsieur mon frère.
SCÈNE VII. Angélique, Fillon.
FILLON
La bonne pâte de tante que voilà. Si j'avais seulement une arrière-cousine de la même humeur, je ne bougerais de chez elle, sut ma parole.
ANGÉLIQUE
Ma tante m'a toujours tendrement aimée.
FILLON
Hé ! Que ne profites-tu de cette amitié, pour faire consentir ton père à te donner un mari ?
ANGÉLIQUE
Ah ! Ma chère Fillon, que je suis malheureuse !
FILLON
Comment, est-ce le choix d'un amant qui t'embarrasse ? Et parmi le grand nombre de tes soupirants, as-tu peine à te déterminer en faveur de quelqu'un ? Montre-moi ta liste, voyons.
ANGÉLIQUE
Ah ! Que tu es extravagante avec tes plaisanteries ?
FILLON
Quoi, tu ne tiens pas registre de tes conquêtes ! Vraiment je suis bien plus coquette que toi : mais il m'importe, je connais à peu près tous ceux qui t'en veulent ; et pour moi, si j'étais à ta place, j'aurais plus de penchant pour le petit Avocat, que pour un autre.
ANGÉLIQUE
Qu'il a de complaisance et de respect pour moi, ma chère ! Avec quelle discrétion il me rend des soins ! Que je remarque de retenue dans toutes ses assiduités ! Je ne sais point encore comme on prend de l'amour pour un homme : mais il me semble que celui-ci a tout ce qu'il faut pour en faire naître.
FILLON
Assurément, il n'y a nulle comparaison à faire de lui avec ce petit étourdi de Chevalier, qui...
ANGÉLIQUE
Ah ! Les empressements de celui-là me font encore plus de plaisir, que les tendres égards de l'autre. Il n'est occupé que de moi, c'est sa passion qui le rend étourdi comme il est. Il jure qu'il m'aime à l'adoration ; et la violence de son amour mérite assez qu'on y réponde.
FILLON
Ah ! J'entends, voilà le fortuné. Il faut s'en tenir au petit Académiste : car pour cet apprentif Partisan, je ne crois pas...
Académiste : Celui qui, dans une académie, se forme à certains exercices. [L]
Apprentif : Celui qui est novice dans les arts et les sciences. [F]
ANGÉLIQUE
Ah, si tu savais qu'il a de l'esprit ! C'est un grand charme pour moi que l'esprit. Dans tout ce qu'il dit, dans tout ce qu'il fait, on remarque un air de délicatesse que personne n'a comme lui.
Partisan : est aussi un Financier, un homme qui fait des traités, des partis avec le Roi, qui prend ses revenus à ferme, le recouvrement des impôts, qui en donne aussi les avis et les mémoires. [F]
FILLON
Mais, si tu aimes ainsi la discrétion de l'un, la violente passion de l'autre, et la délicatesse d'esprit du troisième, comment faire ? Tu ne peux pas les épouser tous trois ensemble. L'un après l'autre encore, quand on a du bonheur, il n'y a rien qui ne se puisse faite.
ANGÉLIQUE
Quelque sensible que je sois à leurs bonnes qualités, il n'y en a pas un des trois que j'aime véritablement.
FILLON
Quoi, y en aurait-il un quatrième au-dessus de ceux-là ?
ANGÉLIQUE
Il n'a peut-être pas tant de mérite que les autres : mais il me semble que mon coeur s'intéresse pour lui davantage.
FILLON
Je le connais apparemment.
SCÈNE VIII. Angélique, Fillon, Clitandre, Crispin.
ANGÉLIQUE, apercevant Clitandre
Ma chère Fillon, le voici. Je ne me suis jamais sentie si troublée.
FILLON
La présence d'un joli homme remue terriblement les humeurs.
CRISPIN
Allons, courage, Monsieur, la voilà.
ANGÉLIQUE
Il ne viendra point nous aborder ?
FILLON
Je vais engager la conversation, laisse-moi faire. Que demandez-vous, Monsieur, des Livres nouveaux ? Voyez ici les affaires du temps ? L'amour à la mode ?
CLITANDRE
Que je sens d'émotion !
FILLON
Nous avons ce que vous cherchez, Monsieur, et l'on serait bien malheureux de ne pouvoir vous accommoder.
CLITANDRE
Il faudrait être étrangement difficile, et la seule conversation d'une si aimable personne...
ANGÉLIQUE
Voulez-vous voir, Monsieur, des réflexions nouvelles que l'on a faites sur les bonnes qualités des Dames ?
CLITANDRE
Je verrai tout ce qu'il vous plaira.
CRISPIN
Voilà un titre qui promet beaucoup.
FILLON
Pas trop, et je m'étonne, pour moi, qu'on en ait pu faire un volume.
CLITANDRE
Je ne suis pas de ce sentiment. Le mérite des Dames est un sujet qui me paraît inépuisable. Et l'Auteur de vos réflexions...
ANGÉLIQUE
C'est un jeune Abbé qui les a faites.
CLITANDRE
Un Abbé ! Vous me surprenez, est-ce à ces Messieurs-là de réfléchir sur les manières d'un sexe, qu'il ne devraient pas regarder seulement ?
FILLON
Qu'ils ne devraient pas regarder ! Ce sont ceux qui le connaissent le mieux, et qui s'attachent le plus à le connaître. Ils n'ont que cela à faire à la vérité. Comme ils n'épousent point, ils ne nous voient que du bon côté, et ne réfléchissent qu'à notre avantage.
CLITANDRE
Tout le monde réfléchit comme eux, et le mariage...
FILLON
Je ne sais ; mais, j'ai ouï dire que les maris et les Abbés ne réfléchissent pas de même, il y a bien de la différence.
ANGÉLIQUE
Je crois, pour moi...
FILLON
Tu m'en diras bientôt des nouvelles.
CLITANDRE, à Fillon
Il est donc vrai qu'on la marie ?
FILLON
C'est une nouvelle si publique, qu'il serait inutile de vouloir en faire un mystère.
CLITANDRE
C'est une nouvelle bien terrible pour moi, je vous l'avoue.
ANGÉLIQUE
Comment ! Expliquez-vous, Monsieur, quel intérêt...
CRISPIN
Il est extrêmement sensible à la moindre idée de mariage, et il prend les choses fort à coeur.
CLITANDRE
On vous marie, et je vous aime : jugez de l'état où je suis.
ANGÉLIQUE
Vous m'aimez, moi ?
CLITANDRE
Je vous adore, et je mourrai de désespoir.
CRISPIN
Ho, Monsieur ! Ne nous désespérons point avant les noces, et tâchons d'en être seulement. Il arrive quelquefois des choses qui font changer les résolutions désespérées.
FILLON
Il a raison, ne vous hâtez point tant de mourir, vous aurez toujours pour cela du temps de reste. La nouvelle qui vous alarme n'est encore que dans la Gazette, et la Gazette est souvent menteuse.
CLITANDRE
Et vous me confirmez vous-même...
FILLON
Hé ! Vraiment ; oui. Les filles n'ont-elles pas aussi le même Privilège que la Gazette ?
CLITANDRE
Serait-il possible que...
FILLON
Croyez-moi, si le coeur vous en dit tout de bon, pour le premier ordinaire, on tâchera de lui faire dire la vérité.
Ordinaire : Le courrier, qui part à certains jours précis, et le jour où part ce courrier. [FC]
CLITANDRE
Vous ne dites point ce que vous pensez là-dessus, belle Angélique ?
ANGÉLIQUE
Si vous ne me parlez que par simple galanterie, je vous répondrai bien moi-même. Si vous parlez sérieusement, il faut s'adresser à mon père.
FILLON
Es-tu folle ? C'est bien à un père à se mêler de cela. Quand on a une tante comme la tienne, c'est elle qu'il faut consulter par préférence ; et une femme se connaît toujours mieux en maris, que le plus habile homme du monde.
ANGÉLIQUE
Tu me donnes des conseils qui me font plaisir, et tu n'as pas de peine à me persuader.
CLITANDRE
Ah ! Que mon bonheur est extrême, de vous trouver dans les dispositions...
FILLON
Ho ! Faites trêve à tous ces transports, s'il vous plaît. Nous sommes ici trop en vue, passons là-dedans, vous aurez tout le loisir de vous entretenir ensemble. On en sera quitte pour marchander quelque Livre, et pour l'acheter plus cher qu'il ne vaudra.
CRISPIN
Voilà une petite personne qui parviendra, elle n'en fait mal à son âge.
ANGÉLIQUE
Mais, comment faire ? Je suis seule ; il vient ici du monde à tout moment, pour cette Gazette surtout ; s'ils ne trouvent personne ?
CLITANDRE
Crispin n'a qu'à demeurer, il nous rendra compte.
CRISPIN
Moi, Monsieur ? Vous savez que j'ai mess affaires.
CLITANDRE
Comment, maraud ?
Maraud : Terme injurieux qui se dit des gueux, des coquins qui n'ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés. [F]
CRISPIN
Hé bien, voilà qui est fait, vous n'avez qu'à dire : n'êtes-vous pas le maître ?
FILLON
Ne perdons point de temps, entrons.
SCÈNE IX.
CRISPIN, seul
La bonne chienne de commission qu'on me donne là ! J'ai de mon côté aussi une maîtresse qui m'attend ; car, dans le Printemps, chacun est amoureux. Ah, que les valets sont misérables ! Me voilà donc garçon Libraire malgré que j'en aie. Baste, les Marchands n'ont qu'à venir, je leur ferai bon marché : mais, je profiterai seul du débit, sur ma parole.
Baste : Elle indique qu'on se contente, qu'on ne se fâche pas. Elle marque le dédain ; il n'importe. [L]
Malgré que : signifiant quoique et usitée seulement avec le verbe avoir, de cette façon : malgré que j'en aie, malgré qu'il en ait, etc. en dépit de moi, en dépit de lui. [L]
SCÈNE X. Crassin, Crispin.
CRASSIN
À ce que je puis juger, Monsieur, vous êtes Monsieur Guillemin, apparemment ?
CRISPIN
Que lui voulez-vous, à Monsieur Guillemin ?
CRASSIN
Je lui apporte un trésor, Monsieur.
CRISPIN
Hé bien, je suis Monsieur Guillemin, sans contredit.
CRASSIN
On m'a adressé à vous, Monsieur, comme au plus habile homme qu'il y ait dans toute la République des Lettres.
CRISPIN
Je passe pour cela.
CRASSIN
Comme au meilleur connaisseur de tous les Auteurs anciens et modernes.
CRISPIN
On ne vous a pas trompé.
CRASSIN
Comme à un homme qui sait parfaitement le prix des ouvrages, et qui les achète toujours plus qu'un autre.
CRISPIN
Comment acheter ! Que voulez-vous dire ? Vous vous méprenez, assurément ; je suis le Monsieur Guillemin qui vend, je ne suis point celui qui achète.
CRASSIN
Ah, Monsieur ! Vous perdez une fortune, si vous refusez le manuscrit que je vous apporte. Le titre seul vaut deux cents pistoles, lisez.
CRISPIN
Qu'est-ce à dire, lisez ? Parbleu, lisez vous-même.
Parbleu : Sorte de jurement. Altération de par Dieu. [L]
CRASSIN
Sans colère, Monsieur.
CRISPIN
Sans colère ! Lisez, lisez, il croit parler à son valet.
Bas.
Voilà un drôle assez bien bâti, il nous faut des soldats.
Haut.
Je prendrai votre Livre.
CRASSIN
Il faut que vous en entendiez la lecture, et que...
CRISPIN
Non, Monsieur, quoique je m'y connaisse, j'ai un commis pour ces sortes de choses à qui je vais vous adresser. Dites-moi votre nom auparavant.
CRASSIN
Eustache Crassin, pour vous rendre service.
CRISPIN
Vos qualités ?
CRASSIN
Docteur en droit, Maître ès Arts, et Répétiteur général des humanités.
Répétiteur : Celui qui répète des élèves, qui donne des répétitions. [L]
CRISPIN
Hé bien, Monsieur Eustache Crassin, allez-vous-en ici près, rue du Coeur-Volant, à l'Hôtel de Normandie, et demandez Monsieur de la Rose ; je me donne au diable, s'il vous quitte que vous n'ayez fait affaire ensemble.
CRASSIN
Mais, pour convenir du prix, il faudrait...
CRISPIN
Il vous donnera de l'argent d'avance ? Ne perdez point de temps, allez vite. Oh, par ma foi, Monsieur le Docteur, vous aurez la bonté se porter le mousquet dans le Régiment de Champagne.
SCÈNE XI. La Comtesse, Crispin.
LA COMTESSE
La boutique de Monsieur Guillemin ? Enseignez-moi, Monsieur, le Bureau d'adresse de la Gazette, je vous prie.
CRISPIN
C'est ici, Madame.
LA COMTESSE
Mais, vous n'êtes pas Monsieur Guillemin, vous, Monsieur ? Car je le connais de vue.
CRISPIN
Vous le connaissez ?
LA COMTESSE
Oui vraiment.
CRISPIN
En ce cas-là, je ne suis pas lui, je ne suis que son Commis.
LA COMTESSE
Il n'importe, vous ferez mon affaire.
CRISPIN
De quoi s'agit-il ? Voyons.
LA COMTESSE
Je veux faire mettre dans la Gazette une chose qui n'est pas encore : mais qui sera bientôt, si j'en suis crue.
CRISPIN
Vous n'avez qu'à parler, Madame.
LA COMTESSE
Voici le fait, mon cher Monsieur ; pour faire enrager des parents mal intentionnés qui comptent trop sur ma succession, je me suis mariée depuis trois mois incognito.
CRISPIN
Vous voulez qu'on mette votre mariage dans la Gazette, peut-être ?
LA COMTESSE
Non, Monsieur, ce sont les suites du mariage qu'il y faut mettre.
CRISPIN
Comment les suites !
LA COMTESSE
Oui vraiment les suites : ma famille ne craint rien tant, que de me voir un petit héritier, et je fais tout mon possible pour leur donner ce chagrin-là.
CRISPIN
Ah, que vous êtes mièvre, Madame !
Mièvre : Terme populaire, qui se dit des enfants éveillés ou emportés, qui font toujours quelque niche ou quelque malice aux autres. [F]
LA COMTESSE
J'y réussirai, je vous en donne ma parole : mais je viens, comme je vous ai dit, vous prier d'avance par un heureux présage, de faire mettre dans votre gazette que c'est une chose faite, et que j'ai des indices de grossesse.
CRISPIN
Voilà une nouvelle fort importante, et qui tiendra bien son coin dans l'article de Paris, je vous en réponds. Votre nom, Madame, s'il vous plaît ?
LA COMTESSE
Ma famille est la Garoussière, Monsieur ; le nom de mon mari, le Vicomte de Mirebalais. Marquez bien tout cela, je vous prie.
CRISPIN
Vous savez, Madame...
LA COMTESSE
Oui, Monsieur, et voilà déjà deux pistoles pour cette prétendue grossesse.
CRISPIN
Deux pistoles ! Ce n'est guère, et voilà un enfant qu'on vous fait à bon marché : mettez-en quatre, nous ferons venir le petit Mirebalais au monde, ce sera toujours autant de fait.
LA COMTESSE
Cela ne se pourrait pas vraiment, il n'y a pas un mois que je suis mariée.
CRISPIN
Qu'est-ce que cela fait ? Oh, il arrive tous les jours des choses plus extraordinaires.
LA COMTESSE
Non, Monsieur, commençons par un bout, et nous finirons par l'autre. Adieu, Monsieur, si la nouvelle fait mourir de chagrin quelqu'un de mes parents, je ne serai point ingrate d'un si bon office.
SCÈNE XII.
CRISPIN, seul
Je ne suis plus si fâché de garder la boutique ; nous ferons notre recrue, et j'aurai de l'argent de reste. Qu'est-ce encore que ceci ? Voilà un espèce de Procureur d'assez bonne façon.
SCÈNE XIII. Crispin, Robichon.
ROBICHON
Monsieur Guillemin n'est pas ici Monsieur ?
CRISPIN
Non, Monsieur : mais je tiens sa place, et je suis comme lui à votre service, vous n'avez qu'à me dire votre affaire.
ROBICHON
Il me connaît, au moins, je m'appelle Monsieur Robichon.
CRISPIN, bas
Monsieur Robichon ! Hé parbleu, c'est justement le mari d'une des maîtresses que mon maître avait cet hiver.
Haut.
En vérité, Monsieur, je suis ravi d'avoir l'honneur de saluer un homme d'un aussi grand mérite. Nous ne nous étions jamais vus, et je ne vous connaissais que de réputation.
ROBICHON
Monsieur, je suis votre serviteur.
CRISPIN
Vous avez quelque chose à faire mettre dans la Gazette apparemment ?
ROBICHON
Oui, Monsieur, une affaire d'honneur. J'ai eu le bonheur de prouver la mauvaise conduite de ma femme, et le crédit de la faire enfermer. Je viens de la mettre dans un Couvent.
CRISPIN, bas
C'est justement notre homme. Nous vengerons Madame Robichon, sur ma parole.
ROBICHON
Comment, que dites-vous, Monsieur ?
CRISPIN
Je dis que vous vous êtes glorieusement tiré d'affaire.
ROBICHON
Voilà, Dieu merci, la quatrième femme contre qui je gagne un semblable procès, cela n'est pas malheureux, n'est-il pas vrai ?
CRISPIN
Assurément.
ROBICHON
Nous avons de l'honneur dans nitre famille ; et je suis bien aise que toute la terre sache de quel bois les Robichons se chauffent.
CRISPIN
La peste !
ROBICHON
Il m'est important qu'on soit informé que j'ai de bonnes raisons pour cloîtrer ma femme. Je ne prétends point passer pour un visionnaire, moi.
CRISPIN
C'est prendre la chose comme il faut ; et de quels termes nous servirons-nous, s'il vous plaît ?
ROBICHON
Il faudra mettre tout simplement que Maître Claude Robichon, Procureur, a fait enfermer Madame sa femme, pour des causes... bien et dûment vérifiées en pleine audience : qu'en dites-vous ? Cela justifiera ma conduite.
CRISPIN
Assurément : laissez-moi faire, je vais vous enseigner un homme dont je me sers ordinairement pour tourner galamment les choses ; on n'a qu'à lui dire son affaire, et l'on envoie l'article tout dressé au Gazetier, il ne vous en coûtera pas davantage.
ROBICHON
Voilà un louis d'or neuf.
CRISPIN
Non, Monsieur Robichon, je suis votre serviteur, et je ferais conscience de prendre votre argent.
Conscience : Témoignage ou jugement secret de l'âme, qui donne l'approbation aux actions bonnes et qui fait reproche des mauvaises. Faire conscience de, avoir conscience de, avoir scrupule de, ne pas vouloir. [L]
ROBICHON
Mais, Monsieur...
CRISPIN
Non, vous dis-je, je n'en prendrai point ; allez-vous-en de ce pas à l'Hôtel de Normandie.
ROBICHON
Rue du Coeur-Volant, n'est-ce pas ? Je vois cela d'ici.
Rue du Coeur-Volant : Voie du VIème arrondissement de Paris, nommée ainsi depuis 1615 et qui se nomme actuellement Rue Grégoire-de-Tours entre la rue de Buci et la rue Lobineau.
CRISPIN
De ma part Monsieur de la Rose, et dites-lui seulement que c'est Monsieur de la Crispinière qui vous envoie.
ROBICHON
Monsieur de la Crispinière ?
CRISPIN
Oui, Crispin de la Crispinière, tout comme vous voudrez ; il entendra bien ce que cela veut dire, et il vous expédiera sur-le-champ, je vous en réponds.
ROBICHON
Au moins, Monsieur, que je sois dans le premier ordinaire.
CRISPIN
Si vous n'y êtes pas, ce ne sera pas ma faute.
ROBICHON
Monsieur, je vous baise les mains de tout mon coeur.
CRISPIN
Votre valet, Monsieur Robichon.
SCÈNE XIV.
CRISPIN, seul
Oh, par ma foi vous viendrez en Flandre. Vous faites enfermer les gens pour des bagatelles : je me donne au diable si vous avez votre congé, qu'en nous donnant celui de votre femme.
SCÈNE XV. Le Chevalier, Crispin.
LE CHEVALIER, à part
Je m'alarme mal à propos. Ce mariage est sans apparence.
CRISPIN, à part
Ah, ah ! En voici un que je n'enrôlerai point, sur ma parole.
LE CHEVALIER, à part
Angélique m'en aurait parlé.
CRISPIN, à part
Il m'a tout l'air d'enrôler les autres.
LE CHEVALIER, à part
Qui est cet homme-là ? Il me semble que je l'ai vu souvent rôder autour d'ici.
CRISPIN, à part
Il m'examine diablement.
LE CHEVALIER, à part
Que fait-il seul dans la boutique de Monsieur Guillemin ?
CRISPIN, à part
Je le reconnais, c'est un des soupirants de la petite fille à qui en veut mon maître. Il ne faut pas qu'il aille troubler la conversation.
LE CHEVALIER, à part
Depuis que j'ai lu cette malheureuse gazette, je suis le plus bourru des hommes, et tout le monde m'est suspect d'avoir part au mariage qui me chagrine.
À Crispin.
Qui êtes-vous ? Demandez-vous ici quelque chose ?
CRISPIN
Non vraiment, c'est vous qui demandez, au contraire.
LE CHEVALIER
C'est moi, dites-vous, qui ?...
CRISPIN
Oui, Monsieur, ne demandez-vous pas qui je suis ?
LE CHEVALIER
Ah, ah ! Vous attendez quelqu'un, apparemment ?
CRISPIN
Oui, Monsieur.
LE CHEVALIER
Et qui encore ?
CRISPIN
Le premier venu. Je ne vous attendais pas, et vous voilà pourtant.
LE CHEVALIER
Vous connaissez Mademoiselle Angélique ?
CRISPIN, bas
Je ne m'étais pas trompé, c'est un de nos rivaux, ceci ne finira pas bien.
LE CHEVALIER
Plaît-il ?
CRISPIN
Si je la connais, je ne la connais guère.
LE CHEVALIER
Hé ! Que faites-vous donc seul ici ?
CRISPIN
Ce que j'y fais ? Hé parbleu, je réponds à vos questions.
LE CHEVALIER
Ouais, voici un maroufle qui me paraît bien raisonneur.
Maroufle : Terme injurieux qu'on donne aux gens gros de corps, et grossiers d'esprit. [F]
CRISPIN, bas
Voilà un jeune drôle bien interrogeant à ce qu'il me semble.
LE CHEVALIER
Savez-vous bien, mon cher, que vos réponses me déplaisent ?
CRISPIN
Voulez-vous bien, Monsieur, que je vous dise que vos questions me fatiguent.
LE CHEVALIER
Je veux absolument savoir qui vous êtes, et ce que vous faites ici.
CRISPIN
Monsieur, Monsieur, point de bruit enfin, car voyez-vous, cela suffit.
SCÈNE XVI. Fillon, Le Chevalier, Crispin.
FILLON
Que vois-je ! Notre petit brutal de Chevalier ?
LE CHEVALIER
Oh, si vous ne parlez...
FILLON
Hé ! Monsieur le Chevalier, que faites-vous, vous n'y pensez pas.
LE CHEVALIER
Ah, ma chère Fillon, j'enrage ! Qui est cet homme-là ? Dites-le moi, je vous prie. Soit par raison, ou par caprice, sa présence me fait une peine horrible.
CRISPIN
Par ma foi, la vôtre ne me plaît guère.
FILLON
C'est un des parents de Monsieur Guillemin, qui est ici depuis quelques jours pour ce mariage, apparemment.
LE CHEVALIER
Comment ? Il est donc vrai qu'Angélique se marie ?
FILLON
Paix, ne dites mot, son père le veut, mais cela n'est point encore fait. Elle est là avec un tas de cousins et de cousines qui sont d'ennuyeux personnages, et vous ne pouvez la voir à présent.
LE CHEVALIER
Il faut pourtant que je lui parle.
FILLON
Allez-vous-en chez sa tante, vous savez où elle demeure, dans une heure ou deux nous irons vous trouver ensemble.
LE CHEVALIER
Vous me le promettez ?
FILLON
Je vous en assure.
LE CHEVALIER
Dites-lui bien que si elle obéit à son père, elle me mettra au désespoir, et que je ne vaux rien à désespérer.
FILLON
Ne vous mettez point en peine, et me laissez faire.
LE CHEVALIER
Qu'elle y songe. Je vais vous attendre.
SCÈNE XVII. Crispin, Fillon.
CRISPIN
Par ma foi, vous avez bien fait de venir ; j'aurais tout avoué de peur d'être battu.
FILLON
Je serais bien fâchée que ce petit brutal eût trouvé là-dedans votre maître.
CRISPIN
Vous avez raison, deux brutaux ensemble ne se font guère de civilité. En viendra-t-il encore quelqu'un de ce caractère-là ?
FILLON
Non, non, nous en voilà débarrassés.
CRISPIN
Je laisserais tout là, le diable m'emporte.
FILLON
S'il vient quelque incommode, vous n'aurez qu'à m'appeler.
CRISPIN
Cela vaut fait. Qui est ce grand benêt-ci ?
Benêt : Niais, sot. [L]
SCÈNE XVIII. Chonchon, Crispin.
CHONCHON
Bonjour, Monsieur, comment vous portez-vous ?
CRISPIN, à part
Il ne sera pas si méchant que l'autre.
CHONCHON
Comme vous me regardez ! Vous ne me connaissez pas ?
CRISPIN
Non pas que je sache.
CHONCHON
Je ne vous connais pas non plus : mais je sais pourtant bien qui vous êtes.
CRISPIN
À la bonne heure.
CHONCHON
Voilà deux écus que je vous apporte pour mettre quelque chose dans la gazette. Vous êtes Monsieur Guillemin, n'est-ce pas ?
CRISPIN
Oui vraiment, je le suis, donnez.
CHONCHON
Pour vous expliquez la chose, c'est que mon père est un Huissier à Verge, qui s'appelle Nicolas le Goinfre ; et moi, qui ne suis qu'apprentif Procureur, je m'appelle Jacob le Goinfre, à votre service.
Huissier : Aux Présidiaux, on appelle Huissiers audienciers, ceux qui servent à l'audience : et les Sergents à verge ont aussi usurpé le nom d'Huissiers, quand ils font des ventes de meubles. [F]
CRISPIN
Vous êtes le fils de Monsieur le Goinfre, l'Huissier à Verge ?
CHONCHON
Oui, justement, il est mon père ; et de là je conclus que je suis son fils, comme vous dites.
CRISPIN
J'en suis bien aise. De quoi s'agit-il ? Dépêchons.
CHONCHON
De faire enrager mon père et ma mère, je vous ai choisi pour m'aider à cela.
CRISPIN
Oui, mais cela vaut plus de deux écus, au moins.
CHONCHON
Point du tout, il n'y a rien de plus facile. Il ne faut que mettre dans la gazette que mon oncle le paysan, qui est le frère de mon père, est arrivé ces jours-ci chez nous, et que ma mère, qui veut être jeune, est fâchée qu'il soit venu, parce qu'il sait par coeur son baptistaire.
Baptistaire : Qui constate le baptême. Registre baptistaire, registre où l'on inscrit les noms de ceux qu'on baptise. [L]
CRISPIN
Cela y sera.
CHONCHON
On m'a fait une friponnerie dont on se repentira.
CRISPIN
Une friponnerie ?
CHONCHON
Oh, dame oui, une friponnerie, mon père est un maître Sergent, je vous en avertis. J'ai un frère qu'on aime mieux que moi ; Je suis pourtant plus beau garçon que lui, je suis plus grand : mais ils disent que je n'ai pas d'intelligence. Qu'est-ce que cela fait ? Je n'ai que vingt-huit ans, cela me viendra, n'est-il pas vrai, Monsieur Guillemin ?
CRISPIN
Assurément. Votre frère est un garçon d'esprit apparemment ?
CHONCHON
Je vous en réponds, il fait des ouvrages...
CRISPIN
Comment, des ouvrages...
CHONCHON
Oui, pour se gausser des uns et des autres, il invente je ne sais combien de sottises qui font rire.
CRISPIN
Cela est fort agréable, vraiment.
CHONCHON
Oui, mais comme tout le monde n'aime pas à rire, il y a eu un petit mutin qui m'a donné des coups de bâtons, à moi, à cause de l'esprit de mon frère.
CRISPIN
Cela ne vaut pas le diable.
CHONCHON
Il a été bien attrapé ; car il a pris l'un pour l'autre, voyez-vous.
CRISPIN
Et vous avez pâti de la méprise ?
CHONCHON
Oui, vraiment, et je n'en ai pas eu le profit.
CRISPIN
Et comment le profit !
CHONCHON
C'est là le hic, Monsieur Guillemin. Comme mon père est du métier, il a poussé cette affaire. Oh dame ! On ne nous rosse pas comme çà, nous autres, qu'on n'ait la bonté de le bien payer.
CRISPIN
Hé bien ?
CHONCHON
Hé bien, en vertu des coups que j'ai reçus, moi, on a baillé de l'argent à mon frère, cela n'est pas juste, comme vous voyez.
CRISPIN
Non vraiment.
CHONCHON
Aussi j'appelle de cet accommodement-là : et malgré mon père et ma mère qui m'en veulent, je prétends bien intervenir.
CRISPIN
Vous avez raison.
CHONCHON
Par la morbleu, Monsieur Guillemin, si l'on ne me fait justice, je m'enrôlerai, et puis après nous verrons beau jeu. Je suis plus propre à la guerre qu'à toute autre chose, moi.
Morbleu : Sorte de jurement en usage même parmi les gens de bon ton. [L]
Jeu : Fig. Voir beau jeu, être témoin de quelque événement considérable, de quelque esclandre, de quelque algarade. [L]
CRISPIN
Assurément, et c'est le bon parti que la guerre. Où voudriez-vous servir ? Vous n'avez qu'à dire, dans l'Infanterie ? Dans la Cavalerie, ou dans les Dragons ?
CHONCHON
Oh non, Monsieur Guillemin, je veux servit dans les Capitaines.
CRISPIN
Dans les Capitaines, soit, je ferai votre affaire.
CHONCHON
Hé je vous prie. Si vous connaissez quelque Seigneur de la Cour, qui lève un Régiment de Capitaines, parlez-lui de moi, je suis son homme.
CRISPIN
Cela vaut fait, allez-vous-en seulement trouver de ma part Monsieur de la Rose.
CHONCHON
Monsieur de la Rose ? Voilà un nom qui me réjouit.
CRISPIN
C'est un fort galant homme, diable ; il demeure ici près, rue du Coeur-Volant, à l'Hôtel de Normandie ; il vous fera Capitaine en moins d'un moment, je vous en réponds.
CHONCHON
Je lui aurai bien de l'obligation ; et quand je le serai une fois, si mon frère ne me baille pas ma part de l'argent, je lui baillerai sa part des coups de bâton, moi. Oh, je suis un petit drôle qui n'entend point de raillerie. Serviteur, Monsieur Guillemin, je vais faire vos compliments à Monsieur de la Rose.
CRISPIN
Adieu, Monsieur Jacob le Goinfre.
SCÈNE XIX.
CRISPIN, seul
Nous ferons un assez bon Piquier de Monsieur le Capitaine. Avec tout cela, mon Maître n'est pas malheureux, il fait l'amour ; et moi, je fais sa Compagnie.
SCÈNE XX. La Marquise, Crispin.
LA MARQUISE
Mon cher Monsieur, je n'ai recours qu'à vous, donnez-moi la santé, le repos de la vie.
CRISPIN
Nous ne vendons point de cela, Madame.
LA MARQUISE
Comment, n'êtes-vous pas, Monsieur, le correspondant de la Gazette ?
CRISPIN
Oui, Madame, mais...
LA MARQUISE
Hé ! Mon bonheur, ma tranquillité, tout dépend de vous, mon cher Monsieur.
CRISPIN
Voilà une recrue qui accommoderait assez le Régiment. Voyons, Madame, de quoi s'agit-il ?
LA MARQUISE
D'un volage, d'un perfide, d'un scélérat que j'aime à la fureur, et qui depuis trous mois, ne m'a pas écrit ce qu'il est devenu, seulement.
CRISPIN
Ah, ah ! Et qu'est-ce que la Gazette peut pour votre service ?
LA MARQUISE
Je m'en vais vous le dire. Faites-y mettre, je vous en conjure, que la Marquise d'Ormesec donnera trente pistoles à qui pourra lui dire des nouvelles certaines du Chevalier de Dubartas son amant.
CRISPIN
Vous n'avez qu'à faire afficher, Madame, Amant perdu. Trente pistoles à gagner. Vous retrouverez votre homme sur ma parole.
LA MARQUISE
Non, Monsieur, il n'y a que le peuple qui lit les affiches, et mon Chevalier m'a été volé par quelque femme de con séquence.
CRISPIN
C'est donc un joli homme, apparemment ?
LA MARQUISE
C'est le plus beau brun qu'il y ait au monde.
CRISPIN
Et de quelle profession est-il, Madame ?
LA MARQUISE
Il est Gascon, c'est tout ce que j'en sais.
CRISPIN
La peste ! C'est un bon métier ; mais, que fait-il ordinairement ?
LA MARQUISE
Il ne fait rien, Monsieur, il vit de mes rentes.
CRISPIN
Comment de vos rentes ?
LA MARQUISE
Oui vraiment. Dans l'espérance de l'épouser, je lui ai donné un bon Contrat de mille écus de revenus ; et voyez le malheur, je ne l'ai pas revu depuis.
CRISPIN
Oh, je vous le ferai retrouver, ne vous mettez pas en peine.
LA MARQUISE
Que je vous aurai d'obligation ! Voilà déjà quatre pistoles que je vous donne. Si je retrouve mon Chevalier, je vous donnerai tout ce qu'il vous plaira.
SCÈNE XXI.
CRISPIN, seul
La pauvre Dame, elle a fait une grosse perte ! En été, les chevaliers sont rares à Paris, les meilleurs sont sur la frontière. Malepeste, c'est le bonhomme, st, st.
Malepeste : Imprécation qu'on fait contre quelque chose, et quelquefois avec admiration. [F]
SCÈNE XXII. Monsieur Guillemin, Madame Pernelle, Crispin.
MONSIEUR GUILLEMIN
Je vous dis, ma soeur, que je suis son père, et je ne veux point la marier.
MADAME PERNELLE
Je vous dis, mon frère, que je suis sa tante et que je prétends qu'on la marie, moi.
CRISPIN
Parbleu, venez donc si vous voulez.
SCÈNE XXIII. Monsieur Guillemin, Madame Pernelle, Fillon, Crispin.
FILLON
Qu'est-ce qu'il y a ?
CRISPIN
Ne voyez-vous pas que c'est un incommode ?
FILLON
Ah, ah !
MONSIEUR GUILLEMIN
Ouais, ma fille n'est point ici. Que veut cet homme ? Mademoiselle Fillon, où est Angélique ?
FILLON
Je viens de la laisser là-dedans avec un jeune Monsieur, qui voudrait bien faire mettre dans la Gazette qu'il se marie.
MONSIEUR GUILLEMIN
Cela n'est pas bien difficile, et ce n'est pas là-dedans qu'il faut être pour cela.
FILLON
Oh, pardonnez-moi, Monsieur, c'est avec elle qu'il se veut marier.
MONSIEUR GUILLEMIN
Avec elle, sans mon consentement ! Qu'est-ce à dire ?
CRISPIN
Voilà une affaire qui ne traîne point.
MADAME PERNELLE
Quoi, ma nièce se marie comme ça toute seule ?
FILLON
Oui, Madame, comme vous, en son petit particulier. C'est ce petit homme qu'elle affectionne plus qu'un autre ; qui est avec elle.
MADAME PERNELLE
Est-il possible ?
FILLON
Ils s'aiment tous deux à la folie.
MADAME PERNELLE
Les pauvres enfants !
MONSIEUR GUILLEMIN
Mais je vous dis que je n'entends point cela, ma soeur.
MADAME PERNELLE
Paix, mon frère, vous ne savez ce que vous dites.
MONSIEUR GUILLEMIN
J'enrage. Quoi, vous prétendez...
MADAME PERNELLE
Taisez-vous, vous dis-je, faites-les moi venir.
MONSIEUR GUILLEMIN
Si je consens à ce mariage, je veux que...
CRISPIN
Et fi, Monsieur, puisqu'il est déjà dans la Gazette, si la chose ne se faisait point, on se moquerait de vous.
MADAME PERNELLE
Assurément.
MONSIEUR GUILLEMIN
Je ne donnerai pas un sou de mon bien.
MADAME PERNELLE
À la bonne heure, on n'en a que faire, je leur donnerai tout le mien, moi ; gardez votre argent, vieux ladre.
MONSIEUR GUILLEMIN
En ce cas-là, faites ce que vous voudrez, vous êtes la maîtresse.
MADAME PERNELLE
On lui a bien de l'obligation.
SCÈNE XXIV. Monsieur Guillemin, Madame Pernelle, Clitandre, Fillon, Crispin, Angélique.
MADAME PERNELLE
Venez, çà, ma nièce : approchez, Monsieur. Elle ne choisit pas trop mal, vraiment.
CLITANDRE
Si j'étais assez heureux, Monsieur, pour vous faire approuver le dessein...
MONSIEUR GUILLEMIN
Je ne mêle point de cela, Monsieur, si ma soeur le veut.
MADAME PERNELLE
Si je le veux ! Vous aimez ma nièce, ma nièce vous aime. Il n'y a rien de si dangereux que de ne vouloir pas ce que de jeunes filles veulent, mon Frère.
FILLON
Si vous pouviez persuader cette maxime à ma mère, je vous aurais bien de l'obligation.
ANGÉLIQUE
Ma chère tante, vous m'avez promis...
MADAME PERNELLE
Je te tiendrai parole.
CLITANDRE
Puisque c'est à vous qu'il faut s'adresser, Madame...
SCÈNE XXV. Monsieur Guillemin, Angélique, Madame Pernelle, Clitandre, Fillon, Chonchon, Crispin.
CHONCHON
Hé bien, qu'est-ce, Monsieur Guillemin ? Me voilà déjà Capitaine, je ne barguigne point, moi, comme vous voyez.
MONSIEUR GUILLEMIN
Que me veut cet homme-là ?
CRISPIN
Il ne vous veut rien, c'est à moi qu'il parle.
CLITANDRE
Que veux dire ceci ? Crispin ?
CRISPIN
Rien, Monsieur, c'est un petit échantillon d'une recrue que Monsieur de la Rose, et moi, nous avons faite.
CHONCHON
Oui, Monsieur, ces Messieurs m'ont choisi pour être un de vos Capitaines, et j'ai bien de la joie...
MADAME PERNELLE
Vous voyez bien que c'est un homme de qualité, mon frère.
CHONCHON
Monsieur de la Rose vous amène encore deux autres Capitaines qui ne veulent pas venir ; mais nous les ferons bien marcher ; et tenez, les voilà.
SCÈNE XXVI. Monsieur Guillemin, Madame Pernelle, Angélique, Clitandre, Fillon, Chonchon, Crassin, Robichon, Crispin, Le Sergent.
CRASSIN
Monsieur, c'est une friponnerie qu'on m'a faite, et je n'allais point chez vous pour m'enrôler.
ROBICHON
Monsieur de la Rose, j'airai raison de la violence que vous me faites.
LE SERGENT
Vous direz tout cela quand nous serons en Flandres.
CLITANDRE
Que veut donc dire cette mascarade ?
CHONCHON
Voilà de jolies filles, Monsieur de la Rose, si nous en enrôlions quelques-unes.
LE SERGENT
Paix, taisez-vous, Monsieur le Capitaine.
CLITANDRE
Crispin, veux-tu parler ?
CRISPIN
Ma foi, Monsieur, j'en demande pardon à Monsieur Guillemin. Mais ces Messieurs sont venus pour se faire mettre dans la gazette, et je les ai mis dans votre Régiment.
CLITANDRE
Comment, coquin...
CRASSIN
C'est la vérité, Monsieur, je ne veux point aller à la guerre.
ROBICHON
Vous voyez bien que ce n'est pas mon métier.
CLITANDRE
Je ne prétends pas y mener personne par force. Otez-leur, cet équipage, Monsieur de la Rose.
CRASSIN
Par ma foi, voilà un honnête homme.
MADAME PERNELLE
Vous le voyez, mon frère, on ne pouvait pas mieux choisir. Allons, venez chez moi, Monsieur, et dépêchez-vous d'être mon neveu, je me charge d'y faire consentir mon frère.
FILLON
Et la gazette aura dit vrai, tu seras mariée.
texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0