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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en prose

L'Impromptu de Garnison.

Dancourt· créée en 1692· 9 personnages

Représentée pour la première fois au mois de 26 juillet 1692 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • CLITANDRE, officier Français
  • MERLIN, valet de Chambre de Clitandre
  • ARAMINTE
  • ANGÉLIQUE, nièce d'Araminte
  • DON JULIEN, officier Espagnol
  • MARTON, fille de Chambre d'Araminte
  • MONSIEUR GRIFFON, notaire
  • LA VERDURE, sergent de Clitandre
  • RICOCHET, valet d'Araminte

SCÈNE I. Marton, Clitandre, Merlin.

MARTON

Que demandez-vous ici, Monsieur ?

CLITANDRE

Ce que je demande, Marton ?

MARTON

Comment, Marton ! Vous me connaissez donc, à ce que je vois ?

CLITANDRE

Si je te reconnais ?

MARTON

Hé ! C'est vous, Monsieur Clitandre ? Vous étiez Abbé dans le temps que nous nous sommes vus à Paris, vous voilà maintenant Officier. Qui vous eut reconnu ? Quelle métamorphose !

CLITANDRE

Je n'ai changé que d'habit, mon enfant, et j'ai toujours eu de bonnes inclinations, comme tu sais ?

MARTON

Vous étiez un éveillé petit-collet : je ne sais pas ce que vous êtes avec une épée.

Collet : Partie de l'habillement qui joint le cou, qui se met autour du cou. En ce sens on appelle Petit-collet, un homme qui s'est mis dans la reforme, dans la dévotion, parce que les gens d'Eglise portent par modestie de petits-collets, tandis que les gens du monde en portent de grands ornés de points et de dentelles. Et quelquefois il se dit en mauvaise part des hypocrites qui affectent des manières modestes, et surtout de porter un petit-collet.[F]

MERLIN

Oh diable ! Il est devenu bien plus modeste ; le petit-collet l'avait gâté, il faisait comme les autres.

MARTON

Vous êtes de notre nouvelle garnison, apparemment ?

CLITANDRE

Oui, mon enfant.

MARTON

Hé, que venez-vous faire dans ce logis ? Est-ce à moi que vous rendez visite ?

CLITANDRE

Il faut te parler naturellement, Marton. Le jour que nous prîmes possession de la Ville, en passant à la tête du Régiment, je te vis à la fenêtre avec une jeune personne.

MARTON

Je n'avais garde de vous reconnaître.

CLITANDRE

Elle me parut toute charmante ; et depuis ce moment, je cherche l'occasion de te parler ; heureux si quand cette place est notre conquête, le coeur de ton adorable Maîtresse pouvait devenir la mienne.

MARTON

Comment diantre ! Vous êtes aussi prompt à prendre l'amour, qu'à prendre des Villes, Monsieur.

CLITANDRE

Ne t'effarouche point, Marton, n'est point à cause de notre connaissance seulement que je veux que tu t'intéresses pour moi ; commence par prendre ces dix louis, je te prie.

MARTON

Ah ! Monsieur…

CLITANDRE

Prends, Marton.

MARTON

Non, Monsieur, je ne suis point intéressée.

MERLIN

Ma foi, Monsieur, cela vaut davantage ; nous sommes ici de nouveaux débarqués ; il faut un peu payer sa bienvenue : mettez trente pistoles ; comme elle n'est pas intéressée, elle en prendra plutôt trente que dix.

CLITANDRE

Merlin n'en sera pas dédit, voilà trente louis, ma chère Marton, accepte-les, je t'en conjure.

MARTON

En vérité, Monsieur, ce n'est pas sans répugnance ; mais, si je faisais trop la fière, vous me croiriez l'humeur espagnole, je prends votre argent pour vous obéir. Vous faites si bien les choses, vous autres Français, qu'il n'y a pas moyen de s'en défendre.

MERLIN

Elle n'est pas intéressée, assurément. Hé, à quoi bon tout ce mystère, mon enfant, ne sait-on pas qu'il faut que chacun vive ?

CLITANDRE

Je n'en demeurerai pas là, ma chère Marton, et je prétends…

MARTON

Vous en userez comme il vous plaira, Monsieur, vous êtes le maître.

MERLIN

Qu'elle est complaisante !

MARTON

Que puis-je faire pour votre service, voyons ? Quoique Flamande, j'ai les inclinations tout à fait Françaises ; j'ai demeuré si longtemps à Paris, j'ai sucé les moeurs du pays, je suis bonne Princesse ; et je puis dire sans vanité, que j'ai fait mon apprentissage chez une des plus habiles coquettes qui fût au monde. Car voyez-vous, Monsieur, quand on n'a point de bien, il faut se faire un talent. Paris passe pour être la source des Sciences, et c'est là que j'ai puisé le secret de manier adroitement une intrigue ; c'est là que j'ai appris à m'acquitter avec succès des petites commissions que l'on me donne, et à me rendre capable de soutenir la confidence d'une fille de dix-huit ans : aussi peut-on dire, à ma gloire, que je suis la personne de Flandres qui a le plus de réputation.

Coquette : Ce mot se prend en mauvaise part. Celle qui s'ajuste pour donner dans la vue des galands. Celle qui aime qu'on lui dise des douceurs, qui se plaît aux fleurettes que l'on lui conte, et qui n'a pas d'attachement qui lui fasse peine. [F]

MERLIN

On n'est pas malheureux, Monsieur, de retrouver ses anciennes connaissances.

MARTON

Çà, de quoi s'agit-il ? Voyons.

CLITANDRE

Il s'agit de me bien mettre dans l'esprit de ta belle Maîtresse, de purger son âme de cette prévention naturelle qu'ont toutes les personnes de ce pays-ci contre les manières Françaises, et de la rendre enfin sensible à ma tendresse, Marton.

MARTON

Ah, que vous me proposez-là une chose difficile, Monsieur !

MERLIN

Comment difficile ? Oh, rend donc l'argent.

CLITANDRE

Ma chère Marton…

MARTON

Ce qui m'embarrasse, c'est qu'il y a ici un certain Espagnol, qui depuis deux ans est amoureux de ma maîtresse.

MERLIN

Cela est fort embarrassant. Il sera bien difficile à un Français de faire déguerpir un Espagnol, n'est-ce pas ?

MARTON

Mais par-dessus tout cela, nous avons une demi vieille Tante, des plus Coquettes dans le fond, et en apparence d'une sévérité à faire enrager toute une Garnison.

MERLIN

Quoi, tu as fait ton apprentissage à Paris, et tu t'embarrasses d'une Tante ?

CLITANDRE

Ma pauvre Marton ?

MARTON

Voici ma maîtresse et la vôtre.

CLITANDRE

Est-elle adorable, Marton !

MARTON

Allez faire un tour de jardin, je vais lui parler de vous ; venez nous aborder dans quelques moments. Je crois que vos affaires n'iront pas tout à fait mal, puisque je m'en mêle.

MERLIN

Les tiennes sont toutes faites, Marton ; si tu réussis je t'épouserai.

MARTON

J'ai bien affaire de toi, vraiment. Va, va, j'aime mieux trente louis bien comptés que tous les maris du monde.

Louis : 1 écu = 3 francs. 1 écu = 3 livres tournois. 1 livre tournois = 20 sols. 1 sol (sou)= 4 liards ou 12 deniers. 1 liard = 3 deniers. 1 pistole = 10 francs ou 10 livres tournois. 1 blanc = 5 deniers. 1 petit sesterce romain = 18 deniers tournois. 1 grand sesterce romain = 1.000 petis sesterces, (25 écus environ). 1 louis d'or = 11 livres.

SCÈNE II. Angélique, Marton.

ANGÉLIQUE

Marton ?

MARTON

Mademoiselle.

ANGÉLIQUE

Que veut ce jeune homme à qui vous parliez, Marton ?

MARTON

Rien, Mademoiselle. Nous nous sommes reconnus, je l'ai vu autrefois à Paris. La peste, qu'il y faisait bonne figure ! C'est un Seigneur tout des plus riches, et avec cela fort honnête homme.

ANGÉLIQUE

Je ne l'ai vu que de fort loin, mais cela m'a paru sur son visage.

MARTON

Sa physionomie ne trompe point, il vient de me donner trente pistoles.

ANGÉLIQUE

Trente pistoles, Marton ! Et dans quelle vue ?

MARTON

Dans la vue de me faire plaisir. Il voit que je suis une pauvre fille, dont la fortune et la patrie sont exposées aux insultes des gens de guerre : la compassion l'a touché pour moi vivement. Il m'a donné trente pistoles.

ANGÉLIQUE

Cela est bien louable. Les Français ont les manières nobles, Marton.

MARTON

Par ma foi, l'on en dira ce qu'on voudra, mais je ne saurais trahir mon coeur, cette Nation-là me plaît plus qu'une autre, ce sont des gens de bon commerce. Mais votre Don Julien, depuis deux ans qu'il vous fait la cour, n'a pas eu l'honnêteté de me faire le moindre petit présent. Avec ces sortes d'animaux-là, quel plaisir a-t-on de servir une jolie personne ?

ANGÉLIQUE

C'est donc parce que vous êtes à moi, Marton, que ce jeune officier…

MARTON

Je ne vous dis pas cela. Je veux seulement vous faire comprendre que les Français ont les manières plus insinuantes que les Espagnols ; c'est un fond de galanterie inépuisable, un abord civil et touchant, du respect sans bassesse, de la délicatesse dans la conversation ; fiers au combat, et soumis près des Dames, ils semblent également faits et pour l'amour, et pour la guerre.

ANGÉLIQUE

Les trente pistoles vous rendent éloquente. Vous faites leur panégyrique, Marton ?

MARTON

Hé, ne pensez-vous pas comme moi ? Que de façon ! Vous étiez à votre fenêtre le jour que leurs Troupes entrèrent dans la Ville. Presque tous leurs Officiers vous parurent bien faits ; vous louiez la taille de celui-ci, l'air et la démarche de celui-là ; et qu'il vous en souvienne, vous me dites le soir en confidence qu'il y en avait un que vous aviez plus remarqué que les autres.

ANGÉLIQUE

Ma pauvre Marton, ne me trahis point, c'est celui qui te parlait tout à l'heure.

MARTON

Serait-il possible ?

ANGÉLIQUE

Il n'est que trop vrai pour moi, ma chère Marton.

MARTON

Oh, par ma foi, j'en suis bien aise.

ANGÉLIQUE

Marton…

MARTON

Puisqu'il est ainsi, j'ai à vous dire, que s'il vous plaît, vous ne lui plaisez pas moins ; et ce n'est que pour vous le dire, que je l'ai fait demeurer dans le jardin.

ANGÉLIQUE

Mais si l'on vient à savoir que j'aime déjà un Français, que dira-t-on dans la Ville ?

MARTON

On dira que vous êtes de bon goût. Que pourrait-on dire autre chose ? C'est à bonne intention une fois ; et croyez-moi, vous êtes jeune, ne contraignez point votre coeur, si vous voulez faire un tendre usage de vos beaux jours. Un Français est justement ce qu'il vous faut pour cela, je vous en avertis.

ANGÉLIQUE

Mais ma Tante ?

MARTON

Votre Tante : oh nous ne prendrons point ses avis là-dessus. Elle n'est pas tellement Espagnole, qu'elle ne s'accommodât d'un Français, aussi bien qu'une autre, mais il n'y aura pas presse à lui en conter. Écoutez votre nouvel amant, le voici qui approche ; quelqu'un lui aura dit que votre Tante est sortie ; il est Français, il sait profiter de l'occasion.

SCÈNE III. Clitandre, Angélique, Marton, Merlin.

CLITANDRE

Madame, c'est ici une de ces aventures qui déconcerte un Cavalier. J'ai trop de choses à vous dire pour être en état de vous parler ; et comment oser vous apprendre dans une première conversation, que mon coeur sent pour vous tout ce que vous êtes capable d'inspirer ? Non, Madame, je crains trop de m'attirer votre colère : mais je prie instamment Marton d'être auprès de vous l'interprète de ma tendresse.

ANGÉLIQUE

Monsieur, je ne suis pas tout à fait surprise du premier compliment que vous me faites. Je reconnais à vos manières cette galanterie Française, dont j'avais entendu parler : vous croiriez faire un crime d'aborder une femme sans lui parler d'amour ; mais comme vous êtes nos vainqueurs, je dois craindre de vous irriter par ma réponse. Marton voudra bien la faire pour moi.

MARTON

Vous me faites donc l'un et l'autre votre Plénipotentiaire absolue : et par ma foi vous avez raison. Les grandes phrases sont embarrassantes, oui ; et l'on ne traite plus l'amour par compliment, cela durerait trop. Vous dites à Monsieur qu'il est votre vainqueur ; par exemple, il vous répondrait bien, s'il voulait, que c'est lui qui se trouve le vaincu : là-dessus vous lui feriez connaître qu'il a poussé sa victoire plus loin qu'il ne s'imagine. À cela, il dirait quelque chose, apparemment ; sur quoi vous ne vous tairiez pas, sans doute. À quoi tout cela vous mènerait-il ? Abrégeons les choses. Dites à Mademoiselle que vous l'aimez : répondez à Monsieur que vous ne le haïssez pas. Voilà sans tant de préambule le résultat qu'aurait la conversation, n'est-ce pas ?

MERLIN

Tudieu, que ces Flamandes sont expéditives !

Tudieu : Juron de l'ancienne comédie. Euphémisme pour tue Dieu. [L]

Flamandes : nom des habitantes de la Flandre où se déroule l'action.

CLITANDRE

La désavouerez-vous de la réponse qu'elle vous fait faire.

ANGÉLIQUE

Vous fait-elle dire ce que vous pensez, et le penserez-vous toujours ?

MERLIN

Ah ! Je vous jure…

ANGÉLIQUE

Les Français ont la réputation d'être inconstants.

MERLIN

Oh ! Madame, nous ne sommes pas Français par cet endroit-là nous autres.

CLITANDRE

Ah ! Quand on est faite comme vous, peut-on penser qu'il y ait des infidèles au monde ? Pour moi…

MARTON

Hé bien, tenez, vous retombez dans la bagatelle. Halte-là, s'il vous plaît, et venons au fait. Voici une affaire qu'il faut brusquer. Premièrement en amour comme en guerre, les Français aiment les impromptus, Mademoiselle.

ANGÉLIQUE

Mais comment ferons-nous, Marton, pour faire consentir ma Tante à ce mariage ; car sans elle…

MARTON

Il faut trouver moyen de la tromper, et vous débarrasser de votre Espagnol. Et ce ne sont pas là de petites affaires, les Espagnols gardent mieux les femmes que les Villes.

MERLIN

Oui, mais s'il y a des Français pour prendre leurs Villes, il y a des Martons pour enlever leurs femmes.

MARTON

Chacun a ses petits talents dans ce monde.

CLITANDRE

Emploie les tiens pour nous servir, ma chère Marton.

MARTON

Oh ! Je n'y épargnerai rien, je vous en assure. Il faut que la tante vous donne la moitié de son bien, premièrement.

ANGÉLIQUE

Il ne faut point espérer cela, Marton.

MARTON

Il faut qu'elle le fasse, vous dis-je, il n'y a rien de plus juste. Elle a déjà quarante ans, supposons qu'elle jusqu'à quatre-vingt ; comme elle a fait la moitié de sa carrière, il ne lui faut plus que la moitié de son bien pour achever l'autre.

CLITANDRE

Hé, ne plaisante point, Marton, je t'en conjure.

MARTON

Je ne plaisante point, cela sera, vous dis-je. Je lui donne quatre-vingts années à vivre, a-t-elle lieu de se plaindre ?

MERLIN

Il n'y a rien de plus honnête, assurément.

MARTON

Mais toi, qui fais là le raisonneur, es-tu bon à quelque chose, parle ?

MERLIN

Si je suis bon à quelque chose ? Tu n'as qu'à me mettre à l'épreuve, et tu verras si je suis bon à quelque chose. Je m'appelle Merlin, afin que tu le saches.

MARTON

Quoi ! Tu es de ces Merlins…

CLITANDRE

Tu vois le chef de la famille, mon enfant, c'est moi qui suis le grand Merlin. Va t'informer de moi à Paris, tu apprendras de belles choses. Tout retentit en ce pays-là de mon savoir faire. Faut-il épuiser la bourse d'un vieillard avare, pour fournir aux dépenses d'un fils prodigue ? C'est Merlin à qui l'on s'adresse. Deux jeunes Amants veulent-ils parvenir au comble de la félicité ? Ils ont recours à Monsieur Merlin. Voit-on des Tantes surannées, attrapées par de jeunes nièces ? C'est Merlin qui a fait le coup. Enfin, mon enfant, je suis à Paris ce que tu es en Flandres, et à l'heure qu'il est, j'ai vingt garçons qui travaillent en mon absence.

CLITANDRE

Oh, finissez cette conversation, de grâce ; et songez à trouver l'un et l'autre les plus prompts moyens de nous servir.

MARTON

C'est à quoi nous allons songer : mais comme la Tante peut revenir, et que si elle vous trouvait ensemble, cela retarderait l'exécution de vos projets, il faut commencer par vous séparer.

CLITANDRE

Voilà un commencement bien cruel, Marton.

MARTON

Vous en trouverez la fin plus agréable. Allez dans votre chambre. Et vous, allez vous mettre à l'ombre dans le petit bois du jardin ; il ne faut pas vous éloigner, je prévois que l'affaire sera bientôt expédiée ; et une intrigue, menée par deux illustres comme nous, ne saurait pas longtemps durer.

CLITANDRE

Quelque peu qu'elle dure, que les moments m'en vont être ennuyeux !

ANGÉLIQUE

Si mon impatience pouvait hâter le succès que vous souhaitez…

MARTON

Hé, mort de ma vie, laissez-nous, nous n'avons point de temps à perdre.

Mort de ma vie : autre serment qui sert à affirmer avec une sorte d'impatience. [L]

SCÈNE IV. Merlin, Marton.

MERLIN

Je suis bienheureux, Mademoiselle Marton, d'être employé dans une affaire que vous prenez si fort à coeur.

MARTON

Mon bonheur est grand, Monsieur Merlin, d'avoir à travailler sous un personnage de votre mérite, et de votre réputation.

MERLIN

Si la chose réussit, c'est à vos lumières que l'on en sera redevable, Mademoiselle Marton.

MARTON

Les miennes ont besoin des vôtres ; Monsieur Merlin.

MERLIN

Nous travaillerons donc ensemble à frais communs, mon adorable, nous partagerons les soins et les peines, et par conséquent… Au moins, vous avez déjà reçu trente pistoles à bon compte.

MARTON

Oh, je suis votre servante, j'ai reçu trente pistoles, je les garde ; c'est sur nouveaux frais qu'on nous emploie : si cela ne vous accommode pas…

MERLIN

Mais, vous voyez bien…

MARTON

Oh, je vois bien, je vois bien. Tiens, mon enfant, point de mésintelligence parmi les alliés, cela fait manquer les entreprises.

MERLIN

Je crois parbleu qu'elle a raison. Tout coup vaille. Allons, mon Maître est galant homme, il fera les choses de bonne grâce.

Parbleu : Sorte de jurement. Altération de par Dieu. [L]

Tout coup vaille : arrrive de qu'il pourra. [L]

MARTON

C'est le bien prendre.

MERLIN

En tous cas, tu me dédommageras d'ailleurs, n'est-ce pas ?

MARTON

Songeons d'abord à nos desseins, on verra ce qu'on aura à faire.

MERLIN

Sur cet espoir-là, formons notre plan, et sachons ce que nous avons à faire. Qu'est-ce que la Tante en question, premièrement ?

MARTON

C'est une vieille fille, et de mauvaise humeur, par conséquent.

MERLIN

Il faut ôter les miroirs de sa chambre, c'est ce qui la fâche, peut-être.

MARTON

Point du tout, elle se trouve fort jolie, et elle ne se changerait pas pour une autre.

MERLIN

A-t-elle le goût Français, ou Espagnol ?

MARTON

Elle est Espagnole par habitude, mais je la crois Française par raison.

MERLIN

Par raison de politique, peut-être ?

MARTON

Par raison d'amour. Elle veut être mariée, c'est là sa folie ; et c'est ce qui fait qu'elle n'est point fâchée que la Ville ait changé de Maître. Les Espagnols réfléchissent trop pour elle, ils se donnaient le temps de la connaître, et à moins qu'on ne l'épouse sans réflexion, elle court risque de n'être jamais épousée. Il n'y a qu'un étourdi de Français qui puisse faire la chose.

MERLIN

Oui, vous voulez brusquer les noces, Madame notre Tante ; oh, par ma foi, j'en suis fort aise.

MARTON

Cela te donne-t-il quelque idée ?

MERLIN

Oh, laisse-moi faire, je veux attraper tout son bien, et la faire mourir fille, de plus.

MARTON

Voilà de grands desseins, au moins.

MERLIN

Ne te mets pas en peine. Oui, justement… Un des habits de mon Maître… Un air de Marquis… L'affaire est dans le sac, j'en suis caution, moi.

MARTON

À vue de pays, je commence à deviner la chose. Tu vas devenir Marquis pour duper la Tante.

MERLIN

Cela est admirable ! Comme les gens du métier pénètrent les choses ! Venons à l'Espagnol ; quel homme est-ce ?

MARTON

Mais, que veux-tu que je te dise, c'est un Espagnol qui s'appelle Don Julien.

MERLIN

Quelque Officier, apparemment ?

MARTON

Hé, vraiment oui, c'est un officier de notre défunte garnison, justement.

MERLIN

Hé, pourquoi n'est-il pas dans le Château comme les autres ?

MARTON

Pourquoi ? C'est qu'il n'aime pas tant la gloire que sa Maîtresse. Il pourrait être tué dans le Château ; au pis aller, il ne sera que marié dans la Ville. Il craint plus la mort que le mariage, Merlin.

MERLIN

C'est qu'il n'en connaît pas les suites, Marton ; mais, il ne sera ni tué, ni marié, j'en répons ; je vais y mettre ordre. Prends seulement soin d'avertir mon Maître de ce que tu devines : pour moi, je me charge du dénouement, laisse-moi faire. Voici quelqu'un.

MARTON

C'est notre tante, il n'est pas trop à propos qu'elle te voie.

MERLIN

Pourquoi non ? Cela ne gâtera rien. Au contraire, cela fondera la chose, et elle me verra si peu qu'elle ne reconnaîtra pas tantôt mon visage.

SCÈNE V. Araminte, Marton, Merlin.

ARAMINTE

Que vous veut ce garçon, Marton ?

MARTON

Il ne me veut rien, Madame, c'est vous qu'il demande.

MERLIN

Oui, Madame, je venais voir si vous étiez visible ; et puisque je vous vois, je comprends bien que oui ; je vais le dire à mon Maître.

ARAMINTE

Hé, attends, attends, mon enfant. Qui est-il ton Maître ?

MERLIN

On ne m'a pas chargé d'en dire davantage, Madame ; vous êtes visible, cela suffit, je vais rendre réponse.

SCÈNE VI. Araminte, Marton.

ARAMINTE

C'est le valet de chambre de quelque officier français, Marton ?

MARTON

Apparemment, Madame. Il ne me l'a pourtant pas dit, mais, je l'ai bien jugé à ses allures.

ARAMINTE

En effet, ces gens-là sont terriblement brusques dans toutes leurs manières.

MARTON

Oui, ils ont un certain feu, une certaine vivacité… Il y a bien de la différence du flegme Espagnol à leur étourderie, et nous nous apercevons bien du change, Madame.

ARAMINTE

Les étourdis ne me déplaisent pas : j'aime la vivacité, moi, Marton.

MARTON

Les gens de réflexion ne sont pas bons pour vous, vous avez raison.

ARAMINTE

Je ne suis point trop fâchée que les Français soient ici, Marton, nous aurons nouvelle compagnie.

MARTON

Ma foi, Madame, je les trouve fort jolis gens, moi, quelque chose qu'on en dise ; et j'ai remarqué qu'il n'y a que les maris de ce pays-ci qui en parlent mal.

ARAMINTE

Ah, ma pauvre Marton !

MARTON

Ah, ma pauvre Marton ! Vous avez quelque chose à me dire ?

ARAMINTE

Je n'ai jamais eu rien de caché pour toi. Mais, Marton…

MARTON

Quoi ! Mais ? Seriez-vous amoureuse de quelque Français ?

ARAMINTE

Je ne suis amoureuse de personne en particulier.

MARTON

Ah ! J'entends, vous en voulez à toute la Nation, comment diantre !

ARAMINTE

Je veux devenir Française, Marton. Si j'ai différé si longtemps à me marier, ce n'a pas été manque de mérite, j'ai toujours eu bon nombre d'adorateurs, tu le sais. Je ne me pique pourtant pas d'être belle ; mais, sans vanité, j'ai quelques charmes qui ne sont pas indifférents, non de ces attraits enfantins, comme ma Nièce ; mais, quelque chose d'héroïque et de majestueux. N'est-il pas vrai, Marton ?

MARTON

Tenez-vous un peu, que je vous voie en face. Ah ! La belle physionomie de femme. Tenez, Madame, vous ressemblez à l'Empereur Trajan comme deux gouttes d'eau ; vous avez tous les traits d'un grand personnage.

ARAMINTE

Hé dis-moi, crois-tu que cela soit capable de captiver une liberté Française ?

MARTON

Capable, Madame ! Ils aiment fort les beautés Romaines.

ARAMINTE

Est-il possible ?

MARTON

Si vous vouliez seulement vous faire un petit filet de barbe, je répondrais de la chose. Attendez, montrez-moi votre main, j'aurai bientôt vu ce qui en arrivera.

ARAMINTE

Est-ce que tu te connais à ces choses-là ?

MARTON

Si je m'y connais ! J'ai été Bohémienne. Ah que vous êtes menacée d'une belle fortune, Madame !

ARAMINTE

Comment ?

MARTON

Vous serez Marquise, et Marquise Française, avant qu'il soit vingt quatre heures.

ARAMINTE

À quoi vois-tu cela, Marton ?

MARTON

À quoi je le vois ? Il n'y a rien de plus facile à comprendre. Tenez, voyez-vous bien ces deux lignes qui croisent la ligne de vie ? Là, vers le milieu.

ARAMINTE

Hé bien ?

MARTON

Cela s'appelle des lignes de dignités, Madame, et voilà ce qui vous fera Marquise, cela est sûr ; quand vous ne le voudriez pas, il faudrait que cela fût.

ARAMINTE

J'ai la physionomie de la main tout à fait heureuse, Marton, n'est-il pas vrai ?

MARTON

On ne peut pas plus.

ARAMINTE

Mais vraiment, je ne te croyais pas si habile, Marton.

MARTON

Vraiment, Madame, je n'ai quitté Paris que parce que j'étais trop habile. J'étais accablée de curieux et de curieuses ; de filles qui venaient demander quand elles auraient des maris ; de femmes qui voulaient savoir quand elles n'en auraient plus. Je commençais même à passer pour un peu sorcière. Ma réputation me faisait des envieux. Je me suis dérobée à ma gloire et à la renommée, et j'ai tout quitté de peur de trop faire parler de moi.

ARAMINTE

Je n'avais jamais ouï dire que tu eusses un si beau talent.

MARTON

Je ne m'en sers que pour mes amis, l'on ne dit pas tout ce qu'on sait. Voilà Don Julien, par exemple, à qui vous voulez donner votre nièce.

ARAMINTE

Hé bien, Don Julien…

MARTON

Vous croyez que je vous laisserai faire cette alliance-là, peut-être ?

ARAMINTE

Hé, pourquoi non ? Que veux-tu donc dire ?

MARTON

Don Julien sera pendu ! Madame.

ARAMINTE

Don Julien pendu ! Es-tu folle ?

MARTON

Il le sera, vous dis-je, car j'y ai regardé. C'est pourtant un fort honnête homme, il mourra innocent : mais pour pendu, il faut qu'il le soit, je l'ai condamné à cela ; et de tous ceux que j'ai pendus en ma vie, il n'en a jamais réchappé un.

ARAMINTE

Je ne le veux plus voir, Marton ; je me garderai bien de lui donner ma nièce.

MARTON

Ce sont vos affaires. Je vous dis consciencieusement les choses ; mais ne lui en parlez point, Madame, il ne faut pas affliger ce pauvre homme.

ARAMINTE

Ce serait un beau compliment à lui faire, je n'ai garde. Que veut ce petit laquais ?

SCÈNE VII. Araminte, Marton, Ricochet.

RICOCHET

C'est Don Julien qui vous demande, ma Marraine ?

ARAMINTE

Le petit sot, avec sa Marraine. La visite de cet homme m'embarrasse depuis ce que tu m'en as dit, Marton.

MARTON

Oh, Madame, il ne faut pas s'effaroucher encore, il ne sera pas pendu si tôt : mais il le sera.

SCÈNE VIII. Don Julien, Araminte, Marton.

DON JULIEN

Vous voyez, Madame, ce que peut l'amour sur un coeur bien fait : c'est lui qui me retient ici quand tous les autres sont dans le Château.

ARAMINTE

Il est vrai que je suis surprise que vous n'y ayez pas passé avec votre Compagnie, Monsieur.

MARTON

Avec sa Compagnie, Madame ? Il y a deux ans qu'il n'a que trois soldats qui lui servent de laquais et de valet de chambre.

DON JULIEN

Il est vrai que depuis que je suis dans le service, j'ai perdu bien de mes gens, Madame.

MARTON

Les uns sont morts de faim, les autres de peur, et le reste de maladie : n'est-ce pas, Monsieur ?

ARAMINTE

Taisez-vous, Marton.

DON JULIEN

Quand je fis ma Compagnie, je la fis complète ; elle a duré tant qu'elle a pu. Mais parlons sérieusement, Madame, je suis tous les jours à la veille d'être tué sur une brèche.

MARTON

Oh, vous êtes trop prudent pour cela.

DON JULIEN

Avant que m'y exposer, je prétends, en épousant votre nièce, lui assurer tous mes biens, Madame : que deviendraient-ils, si je mourrais garçon ?

ARAMINTE

Lui assurer tous vos biens, Monsieur ?

DON JULIEN

Oui, Madame, je suis puissamment riche, il m'est dû vingt années de paie, et des millions de récompense.

MARTON

La belle ressource pour une veuve !

ARAMINTE, bas

Ah, le pauvre homme !

MARTON, bas à Araminte

Il ne s'attend pas à être pendu.

ARAMINTE

Hé, Monsieur, dans le dérangement des affaires où nous sommes, pouvez-vous songer à des noces ? Allez vous renfermer dans le Château, Monsieur.

DON JULIEN

Je n'aime pas à être enfermé, Madame, et je ne trouve pas qu'un homme de coeur doive se cacher derrière des murailles.

ARAMINTE

Mais enfin, Monsieur…

DON JULIEN

Mais enfin, chacun a son goût, Madame. Pour moi, je ne fais jamais rien d'inutile : si le Château est pris, il en faudrait sortir. Est-ce la peine d'y entrer ?

ARAMINTE

Vous méprisez furieusement la gloire, Monsieur.

DON JULIEN

Je ne la méprise point, mais…

MARTON

La gloire n'est pas bonne à voir de près ; Monsieur a raison, elle est trop laide.

SCÈNE IX. Araminte, Don Julien, Marton, Ricochet.

RICOCHET

Mademoiselle Marton ?

ARAMINTE

Que veut encore ce petit animal-là ?

RICOCHET

C'est Mademoiselle Marton qu'on demande, ma Marraine ?

ARAMINTE

Allez voir ce que c'est, Marton.

MARTON

Je m'en doute à peu près, c'est notre homme.

SCÈNE X. Don Julien, Araminte.

DON JULIEN

Hé bien, Madame, conclurons-nous ? Je ne puis demeurer ici longtemps encore. Ne faites pas perdre à votre nièce les avantages que je lui veux faire.

ARAMINTE

Don Julien, je suis de vos amies ; croiriez-vous un conseil que je vais vous donner en conscience ?

DON JULIEN

Quel est-il ce conseil, Madame ?

ARAMINTE

Entrez dans le château, s'il est possible, et tâchez de vous faire tuer, je vous en conjure.

DON JULIEN

Vous moquez-vous de moi, Madame ?

ARAMINTE

Non, je vous parle sérieusement, faites-vous tuer, le plutôt vaut le mieux.

DON JULIEN

Je n'y comprends rien.

ARAMINTE

Ce n'est pas de votre goût, peut-être ?

DON JULIEN

Non, par ma foi, Madame, je vous l'avoue.

ARAMINTE

Quel aveuglement ! Ah le pauvre homme ?

DON JULIEN

Mais, que veut dire…

ARAMINTE

Je voudrais que vous fussiez mort, et qu'il m'en eût coûté grand-chose.

DON JULIEN

Vous voulez me faire perdre l'esprit, ou vous le perdez vous-même, Madame.

ARAMINTE

Je perds l'esprit moi, Monsieur, je perds l'esprit ? Allez, vous êtes un ingrat qui ne méritez pas les bontés que l'on a pour vous, et dès à présent je romps tout commerce.

DON JULIEN

Madame…

ARAMINTE

Je vous abandonne à votre mauvaise destinée.

DON JULIEN

Elle extravague. Voyons sa nièce.

ARAMINTE

On lui conseille de se faire tuer de peur d'accident, et il me dit que je perds l'esprit. Je ne serai pas fâchée qu'il soit un peu pendu, il a le cerveau mal timbré.

Cerveau mal timbré : fêlé, timbré, malade, troublé, c'est-à-dire personne d'un esprit peu sain, dérangé. [L]

SCÈNE XI. Araminte, Marton.

MARTON

Vivat, Madame.

Vivat : nom emprunté du Latin, et dont on se sert pour applaudir, pour approuver. [T]

ARAMINTE

Qu'est-ce qu'il y a, Marton ?

MARTON

Voilà déjà plus de la moitié de mes prédictions accomplies ?

ARAMINTE

Comment ?

MARTON

Préparez-vous, Madame, à recevoir un Marquis de conséquence, qui vient ici vous rendre visite.

ARAMINTE

Est-ce un joli homme, Marton ?

MARTON

Si c'est un joli homme ! C'est un Petit-Maître.

Petits-maîtres : nom qui fut donné, durant la Fronde, aux membres d'un parti à la tête duquel se placèrent Condé, le prince de Conti et le duc de Longueville. Fig. et familièrement. Petit-maître, jeune homme qui a de la recherche dans sa parure, et un ton avantageux avec les femmes. [L]

ARAMINTE

Et qu'est-ce que c'est que des Petits-Maîtres ?

MARTON

Il y en a de plusieurs espèces ; mais ordinairement ce sont de jeunes gens entêtés de leur qualité, badins, folâtres, enjoués, qui parlent beaucoup et qui disent peu, soupirant sans tendresse, amoureux par conversation, magnifiques sans biens, généreux en promesses, prodigues d'amitiés, inventeurs de modes, et des airs surtout.

ARAMINTE

Hé, de quels airs, Marton ?

MARTON

Des airs à la mode. L'étourderie d'un écolier, la brusque valeur d'un enfant de Paris, fracas d'équipage, tabatières de quinze différents volumes, gros noeuds d'épée, perpétuel maniement de perruque, distractions continuelles, gestes affectés, éclats de rire sans sujet, mots favoris placés à l'aventure, se piquant d'esprit et de bon goût, et disant quelquefois de bonnes choses par hasard ; grands épouseurs surtout. Voilà, Madame, ce que c'est que les Petits-Maîtres.

ARAMINTE

Les jolis gens, Marton ! Il va en venir ici un, dis-tu ?

MARTON

Il est à la porte, Madame, dans son carrosse.

ARAMINTE

Suis-je assez bien pour le recevoir ?

MARTON

Vous êtes, qu'on ne peut pas mieux.

ARAMINTE

Aide-moi un peu à ranger mes attraits, Marton. Laquais, faites entrer ce Petit Maître.

MARTON

Le voici, Madame.

ARAMINTE

Marton, je me meurs : qu'il a bonne mine !

SCÈNE XII. Araminte, Marton, Merlin en Marquis.

MERLIN

Je me donne au diable, Madame, si je regrette les belles de Paris, puisqu'on trouve en ce pays-ci des adorables comme vous. Comment morbleu, elle est toute charmante ! Oh parsanbleu, je veux faire souche en Flandres, Madame, cela est résolu.

Morbleu : Sorte de jurement en usage même parmi les gens de bon ton. [L]

Parsanbleu : Palsambleu, corruption de "Par le sang Dieu", jurement de l'ancienne comédie. [L]

ARAMINTE

Voilà un discours des plus obligeants, Monsieur ; et vous vous exprimez en termes si forts et si énergiques, que je serais fort embarrassée de vous répondre dans le même style.

MERLIN

Dans le même style ! Oui, fort bien, dans le même style, que cela est bien dit ! La peste m'étouffe, tout l'esprit du monde n'est pas à Paris, on en trouve dans les Provinces.

ARAMINTE, bas à Marton

Il est déjà charmé de moi, Marton.

MERLIN

Mais que vois-je ! C'est elle-même, c'est Marton. Je ne l'ai pas d'abord reconnue. Tu as donc fait banqueroute à la France, Marton, à la France banqueroute ? Ah, tu as déserté, Marton, je te ferai une affaire.

Faire banqueroute : Cessation de paiment de la part d'un négociant devenu insolvable. Fig. et familièrement. Faire banqueroute à, manquer à. [L]

MARTON

Oh, Monsieur, on ne punit pas les désertrices.

Désertrice : mot inventé pour féminin de "déserteur".

MERLIN

Cela se devrait, Marton. Une fille de ta force, quand elle déserte, fait plus de tort au service de l'amour, que vingt soldats au service du Roi. Je te perdrais, Marton, si tu n'étais pas de mes amies.

MARTON

Je vous suis bien obligée de m'épargner, Monsieur.

ARAMINTE

Qu'il a de l'esprit, ma chère Marton.

MERLIN

Mille pardons de la petite digression, ma Princesse. Où en étions-nous ? Marton, tu as là une Maîtresse incomparable. Elle est superlativement aimable, Dieu me damne. Au moins, Madame, je vous aime ; je me meurs, Madame ; je vous en avertis, Madame ; ne me laissez pas mourir, Madame, je vous prie.

ARAMINTE

Qu'avez-vous, Monsieur ?

MERLIN

J'ai le coeur vivement attaqué, Madame. Je suis frappé, là, sur mon honneur, Madame.

ARAMINTE

Quoi ! Monsieur…

MERLIN

Il n'y a pas de milieu à cela, Madame : il faut que je meure, ou que je vous épouse, Madame.

MARTON

Voilà une maladie bien violente, Madame.

MERLIN

Je prévois que j'en mourrai, Marton.

ARAMINTE

Me voilà bien embarrassée.

MERLIN

Sauvez-moi la vie, Madame, sauvez-moi la vie.

ARAMINTE

Que les Français sont pressants, Marton !

MARTON

Ils sont tous comme cela. Dès qu'ils voient une belle femme, ils crèveraient plutôt que de ne la pas épouser.

MERLIN

Oui, ma Reine, ce sont nos manières ; Marton est une fille qui sait l'usage.

ARAMINTE

Mais vraiment, cela est extraordinaire, Monsieur. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître ; vous venez ici pour la première fois, et vous voulez déjà m'épouser.

MERLIN

Demandez à Marton, si ce n'est pas là l'usage : nous autres jeunes gens, nous aimons les mariages de rencontre.

MARTON

Et vous trouvez de bons hasards quelquefois.

MERLIN

Ma Princesse, ma Reine, ma Déesse, je vous parle en conscience, je me meurs d'amour, ou le diable m'emporte.

ARAMINTE

Mais cet amour est bien prompt, Monsieur.

MERLIN

Que voulez-vous que je vous dise ? C'est un impromptu de vos charmes, et un effet de ma destinée.

ARAMINTE

S'il disait vrai, ma pauvre Marton !

MARTON

Je crois qu'il est sincère. Et ne vous l'ai-je pas dit, Madame, qu'il fallait absolument que vous fussiez Marquise.

ARAMINTE

Il faut qu'il y ait là-dedans de la fatalité ; et mon coeur est dans une agitation qui n'est point naturelle.

MERLIN

Se pourrait-il, mon adorable !...

ARAMINTE

Un peu de trêve, Monsieur_le_Marquis, un peu de trêve, je vous en conjure.

MARTON

Ne tirez plus, Monsieur, ne tirez plus ; le coeur de Madame bat la chamade.

MERLIN

Ah ! Que je suis malheureux, Marton.

ARAMINTE

Non, Monsieur_le_Marquis ; non, ne vous plaignez point de votre destinée ; je cède à la mienne, je vous épouse, je me rends à vos empressements ; voilà qui est fini.

MARTON

La Place capitule, Monsieur, dressons les articles.

MERLIN

Il n'est pas sous le Ciel un plus infortuné mortel, Madame.

MARTON

À qui en avez-vous ?

ARAMINTE

On se rend, Monsieur_le_Marquis, que voulez-vous de plus ? On se rend, vous dis-je.

MERLIN

Hé, ce n'est point assez, Madame, ce n'est point assez.

MARTON

Comment donc, Monsieur, on capitule, et vous n'êtes pas content ? Est-ce que vous voudriez nous prendre d'assaut, de par tous les diantres ?

MERLIN

Ce n'est pas cela, Marton ; mais, j'ai un cadet qui voudra être compris dans la capitulation.

MARTON

Vous avez un frère qui est aussi amoureux de Madame ?

ARAMINTE

Mais, je ne pourrai jamais vous épouser deux, comment faudra-t-il faire ?

MERLIN

Vous ne comprenez pas la chose, ma Princesse. Le vieux fou d'oncle avec son Testament…

MARTON

Que parlez-vous d'oncle, de Testament, que voulez-vous dire ?

ARAMINTE

Expliquez-vous, Monsieur_le_Marquis.

MERLIN

C'est le testament d'un oncle, mon adorable, qui fait obstacle à mon bonheur.

ARAMINTE

Comment ?

MERLIN

Le maudit oncle ! C'était un Seigneur tout des plus riches, qui en mourant, s'est avisé, pour nos péchés, de nous faire ses héritiers mon frère et moi.

ARAMINTE

Mais, je ne vois pas, Monsieur_le_Marquis, que ce testament ait rien de commun avec notre mariage.

MERLIN

Ah ! Il renferme une condition bien terrible, ce vilain Testament/

MARTON

Quelle condition ? Quoi ?

ARAMINTE

Il ordonne que les héritiers se marieront tous deux le même jour, sinon celui qui sera le plus pressé, il le déshérite.

ARAMINTE

Mais, voilà une clause bien extraordinaire ?

MARTON

Ah ! Madame, feu Monsieur mon oncle était l'oncle le plus bizarre et le plus hétéroclite qu'on ait jamais vu.

ARAMINTE

Hé, ne pourrait-on point faire casser son testament, Monsieur_le_Marquis ?

MERLIN

Le faire casser, mon incomparable ! C'est le Testament le plus dur et le moins cassable qu'il y ait en France.

ARAMINTE

Ah ! Marton, que je suis malheureuse.

MARTON

Attendez, ne vous affligez point ; il me passe dans la tête de petites idées, qui pourraient bien nous tirer d'embarras. Oui.

ARAMINTE

Qu'imagines-tu, ma pauvre Marton ?

MERLIN

Laissons-la faire, ma Princesse ? C'est ne fille impayable, et qui a des idées tout à fait justes.

MARTON

Oui, fort bien, justement : le Contrat d'Angélique et de D. Julien est tout dressé depuis quinze jours, il n'y a eu que l'Impromptu du siège qui a empêché de le signer.

ARAMINTE

Hé bien, Marton ?

MARTON

Il n'y a pas d'autre moyen, Madame ; vous avez une nièce qu'il faut donner au cadet, vous épouserez l'aîné, vous ; et la condition du Testament sera suivie

MERLIN

Vous avez une Nièce, ma charmante ?

ARAMINTE

Oui, Monsieur.

MERLIN

Hé morbleu ! Que ne parlez-vous donc ? Voilà une affaire consommée : il semble que cela soit fait exprès, mon cadet aime les Nièces à la folie.

ARAMINTE

Mais, il n'est peut-être pas en ce pays-ci ?

MERLIN

Il est allé faire un tour dans mon carrosse, il va venir me reprendre.

ARAMINTE

Quand il viendra, qu'on le fasse entrer, Marton.

MARTON

Et je vais tout d'un temps chercher votre Notaire, Madame, afin d'expédier les choses.

MERLIN

Qu'elle a les allures Françaises, votre Marton ; les affaires ne languissent point avec elle.

ARAMINTE

Voilà ma Nièce, Monsieur_le_Marquis.

SCÈNE XIII. Araminte, Merlin, Angélique, Don Julien.

MERLIN

Tudieu, mon cadet, quel friand morceau ! Voilà un Cavalier qui la suit, si je ne me trompe.

ARAMINTE

Ah ! Monsieur_le_Marquis, c'est un Espagnol dont je voudrais bien être débarrassée.

MERLIN

Je vous en déferai, Madame, ne vous mettez pas en peine.

DON JULIEN

Mais, rendez-moi une réponse positive, Mademoiselle, je serai content.

ANGÉLIQUE

Ah ! Que vous prenez mal les moments, Monsieur, pour hâter un mariage que l'on a si longtemps différé.

DON JULIEN

C'est parce qu'on l'a tant différé, que je presse pour le conclure, Mademoiselle.

MERLIN

Vous me paraissez un importun personnage, Seigneur Espagnol.

ANGÉLIQUE, bas

C'est Merlin déguisé, je pense ?

DON JULIEN

Vous me semblez bien téméraire, Seigneur Français, de parler à Don Julien comme vous faites.

MERLIN

Savez-vous bien, seigneur Don Julien, puisque Don Julien y a, qu'il y a ici des fenêtres.

DON JULIEN

Je n'entends pas ce langage-là, Seigneur Français.

MERLIN

Vous ne comprenez pas ce que cela veut dire ? Si vous ne sortez tout à l'heure par la porte, je vous jetterai par la brèche. M'entendez-vous mieux ?

DON JULIEN

Ah, ah, ah, ah.

MERLIN

Mon petit ami, Monsieur Julien…

DON JULIEN

Ah, ah, ah, ah, mon petit ami, la fierté vous sied mal, Seigneur Français, c'est pourtant l'apanage de votre nation, que la fierté.

MERLIN

Par la morbleu, c'est trop de patience ; il faut casser la tête à cet animal-là, Madame.

DON JULIEN, s'enfuyant

Miséricorde !

MERLIN

Ah, ah, ah, ah.

ARAMINTE

Vous portez des pistolets, Monsieur_le_Marquis !

MERLIN

Non, Madame, ce n'est qu'une lunette d'approche, avec quoi j'ai fait mourir de peur vingt Espagnols en ma vie. Il ne faut pas d'autres armes avec ces gens-là.

SCÈNE XIV. Araminte, Angélique, Merlin, Marton.

MARTON

Voilà Monsieur votre Frère qui arrive. Votre Notaire va venir, Madame.

Bas à Angélique.

L'affaire est en bon train, Mademoiselle.

MERLIN

À propos, ma Reine, votre Nièce est-elle riche ? Dans notre famille, les aînés ne sont qu'amoureux ; mais, les cadets sont intéressés comme tous les diables.

ARAMINTE

Cela ne fera point d'obstacle à votre bonheur, et je donnerai la moitié de tous mes biens à ma Nièce.

MERLIN

Ah ! Que vous avez l'âme belle, Madame. Je me donne au diable, vous méritiez de naître en pleine Cour de France. Oh, il faut que dans votre famille il y ait eu quelque échappé de Français : vous êtes de bonne race, sur ma parole, mon adorable.

ARAMINTE

Sérieusement, Monsieur_le_Marquis, remarquez-vous dans mes manières…

MERLIN

Voici mon cadet, ma Princesse.

SCÈNE XV. Araminte, Angélique, Clitandre, Merlin, Marton.

MERLIN

Approchez, mon frère cadet, approchez, et remerciez-moi bien fort : vous êtes plus heureux que sage ; tenez voilà une fortune que je vous ai ménagée. Le coeur vous en dit-il, voyez ? Il n'est point ici question de bagatelle ; il s'agit d'épouser au moins.

CLITANDRE

Vous êtes mon aîné, Monsieur, j'ai toujours fait aveuglément ce que vous avez souhaité ; mais rien ne m'a jamais tant fait de plaisir que ce que vous m'ordonnez aujourd'hui de faire.

MERLIN

Ils sont bien appris, nos cadets : vos nièces sont-elles aussi bien instruites, Madame ?

ARAMINTE

Parlez, ma nièce, ce jeune seigneur vous conviendrait-t-il, répondez ?

ANGÉLIQUE

Quand vous me commandez, Madame, je ne fais jamais qu'obéir : mais aujourd'hui, je vous l'avoue, j'obéirai sans répugnance.

MERLIN

Voilà des enfants bien nés. Ah ! Qu'ils feront un heureux ménage ! Ils ont une complaisance aveugle. Procédons aux Contrats, ma Reine.

ARAMINTE

Voici Monsieur griffon, mon Notaire.

SCÈNE XVI. Araminte, Angélique, Clitandre, Monsieur Griffon, Merlin, Marton.

MONSIEUR GRIFFON

Sur ce que Mademoiselle Marton m'a dit de votre part, Madame, je suis au plus vite accouru pour vous rendre mes petits services.

MERLIN

Il s'agit de faire deux Contrats de mariage, Monsieur Griffon.

MONSIEUR GRIFFON

Il y en a déjà un tout fait, Monsieur : celui de D. Julien peut servir. Mademoiselle Marton m'a dit de changer seulement le nom, et de mettre celui de Monsieur Clitandre, cela est fait.

MERLIN

Qu'elle est vive, Madame, cette Marton !

ARAMINTE

Il y faut ajouter, Monsieur Griffon, que je donne à ma nièce la moitié de mon bien en faveur de ce mariage.

MONSIEUR GRIFFON

Cela ne sera pas bien difficile, Madame.

ANGÉLIQUE

Ma chère Tante, que je vous ai d'obligation !

MARTON

Je vous ai bien dit, moi, que vous avuez une bonne Tante.

MERLIN

Monsieur Griffon, les Français sont de grands épouseurs, vous voyez comme la pratique donne déjà.

MONSIEUR GRIFFON

Monsieur, ce ne sont pas les Notaires à qui ils font le plus gagner en ce pays-ci.

MERLIN

Il faut bien que tout le monde vive, Monsieur Griffon.

MONSIEUR GRIFFON

Voilà qui est fait, il n'y a qu'à signer.

ARAMINTE

Donnez vite, Monsieur Griffon, dépêchons. Allons tôt, ma nièce : hâtez-vous, Monsieur.

CLITANDRE

Je signe aveuglément, mon frère : mais…

MERLIN

Hé, signe promptement, cadet, signe.

SCÈNE XVII. Araminte, Angélique, Clitandre, Monsieur Griffon, Merlin, Marton, Ricochet, La Verdure.

ARAMINTE

Que veut encore ce petit coquin-là ? Il ne fait qu'aller et venir.

RICOCHET

C'est un grand pendard qui demande ce Monsieur-là, ma Marraine.

MERLIN

Comment diantre, c'est un de mes Sergents ! Qu'est-ce qu'il y a Monsieur de la Verdure ? Que diable venez-vous faire ici, quand vous me savez en bonne fortune ; vous avez bonne grâce de me venir détourner.

LA VERDURE

Pargué mon Colonel, je vous demande bien pardon, mais nan va bailler une attaque, le Régiment est commandé pour ça ; est-ce que vous voudriais qu'il y allât sans vous ?

Pargué : Jurements patois de l'ancienne comédie, pour pardieu. [L]

MERLIN

Mon Régiment est commandé ?

LA VERDURE

Oui palsangué, il l'est.

Palsangué : Jurement de paysan, dans l'ancienne comédie. [L]

MERLIN

Ah tête ! Ah mort ! Ah sang ! Mon Régiment est commandé, et je m'amuse à la bagatelle ; adieu, Madame, je n'arriverai pas assez tôt.

ARAMINTE

Quoi, Monsieur_le_Marquis, vous me quittez ?

MERLIN

Je suis Français, Madame, et la gloire m'appelle.

ARAMINTE

Et vous préférez la gloire à l'amour, Monsieur_le_Marquis ?

MERLIN

L'amour aura son tour ; je vais revenir, Madame, dans le moment même.

SCÈNE XVIII. Araminte, Angélique, La Verdure, Marton.

MARTON

Voilà un Marquis qui aime la gloire : comme il court après !

ARAMINTE

Je le suivrai partout Marton, ne me quitte pas.

LA VERDURE

Vous ? Morgué, où est-ce que vous voulez aller ? Halte-là, s'il vous plaît, les personnes de la Ville à l'assaut du château, testigué queu ménage.

Tesitgué : Altération de tête-dieu dans la bouche des paysans des anciennes comédies. [R]

ANGÉLIQUE

Cela ne serait pas dans la bienséance, il a raison, ma tante.

ARAMINTE

Le petit ingrat qui me quitte pour la gloire ; tout autre qu'un Français ne ferait pas une action comme celle-là, Marton.

MARTON

Ne vous alarmez point, vous allez le voir revenir triomphant, Madame.

LA VERDURE

Lui, morgué, vous ne le reverrez point, il a beau dire.

ARAMINTE

Je ne le reverrai point ?

LA VERDURE

S'il en revient, la peste m'étouffe, il sera tué, sur ma parole, je m'en vas l'entarrer : serviteur.

SCÈNE XIX. Araminte, Angélique, Clitandre, La Verdure, Marton.

ARAMINTE

Il sera tué, Marton !

ANGÉLIQUE

Ma chère tante !

ARAMINTE

Vous êtes bien contente, vous, ma nièce, on ne vous abandonne point pour courir après la gloire.

CLITANDRE

Je ne suis pas commandé, Madame ; mon Régiment est de la Garnison.

SCÈNE XX. Araminte, Angélique, Clitandre, Merlin en Soldat, Marton.

MERLIN

Grande, grande nouvelle que je vous apporte, Monsieur.

CLITANDRE

Qu'y a-t-il, Monsieur Jolicoeur ?

MERLIN

Le Château capitule, Monsieur.

CLITANDRE

Le Château capitule !

MERLIN

Monsieur_le_Marquis votre frère, m'envoie vous le dire.

ARAMINTE

Il n'ira donc point à l'assaut ; je respire, Marton.

MERLIN

Non, Madame, il n'ira point à l'assaut ; le voilà qui part pour l'Allemagne.

ARAMINTE

Comment ?

CLITANDRE

Mon frère va en Allemagne ?

MERLIN

Oui, Monsieur, la gloire l'y appelle.

ARAMINTE

Oh, pour le coup, elle a beau l'appeler, il ne partira point qu'il ne m'est épousée.

MERLIN

Il ne peut vous épouser qu'à son retour. Il m'a dit de faire tenir le contrat tout prêt. Il vous épousera en repassant.

ARAMINTE

Il ne m'épousera qu'en repassant ? Je suis trahie, et j'en mourrai.

CLITANDRE

Suivons-la pour la consoler.

MERLIN

Hé bien, Marton.

MARTON

Tu n'expédies pas mal une intrigue.

MERLIN

Nous faisons tout en impromptu, nous autres. M'aimes-tu ? Dis.

MARTON

Si je t'aime ! Et le moyen de s'en défendre ?

MERLIN

Encore autre impromptu, je t'épouse, et vivent les Français, Marton. Il n'y a ni villes, ni femmes qui leur résistent.

texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0