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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Pour la Comédie de l'Inconnu

Nouveau Prologue, et Nouveaux Divertissements

Dancourt· créée en 1703, imprimée en 1697· 6 actes· 965 vers· 16 personnages

Représentée pour la première fois le 20 Août 1703.

Personnages

  • THALIE, Muse
  • CRISPIN
  • MADEMOISELLE MIMY
  • MADEMOISELLE DESMARRES
  • MONSIEUR PONTEUIL
  • MONSIEUR SALLÉ
  • LA COMTESSE
  • OLIMPE, aimée du Chevalier
  • LE MARQUIS, Amant de la Comtesse
  • LE CHEVALIER, Amant d'Olimpe
  • LE VICOMTE, Amant de la Comtesse
  • LA MONTAGNE, Valet de Chambre du Marquis
  • VIRGINIE, Suivante de la Comtesse
  • MÉLISSE, Suivante d'Olimpe
  • DEUX ENFANTS, représentants l'Amour et la Jeunesse
  • CASCARET, Laquais de la Comtesse

PROLOGUE.

SCÈNE I.

SCÈNE II. Thalie, Crispin.

SCÈNE III. Thalie,Crispin, et Plusieurs Acteurs et Actrices.

THALIE

Melpomène ma soeur m'en a déjà parlé. N'avez-vous pas le fils de la Thorillière ?

Melpomène : Muse de la tragédie.

La Thorillière (Pierre Le Noir de) : Excellent comédien qui avait débuté en 1684, et qui après avoir joué longtemps quelques rôles tragiques, et les Amants comiques, commença en 1693, après le mort de Raisin, à jouer ceux de valets, et les autres comiques que cet acteur remplissait de son vivant, et y excella. Après avoir fait beaucoup d'années l'agrément du théâtre, il mourut en 1731, âgé de soixante-quinze ans, et doyen des comédiens du Roi. [Leiris]

CRISPIN

Tant mieux. La famille a peuplé, En voici de la jeune espèce. Vous aimiez fort aussi, dit-on, la Champmeslé ?

Champmeslé (le demoiselle) : Cette illustre comédienne se nommait Marie DESMARES ; elle était petite-fille d'un président au parlement de Rouen, qui avait déshérité son fils, parce qu'il avait fait un mariage opposé à sa volonté : elle naquit dans cette ville en 1641, et débuta au théâtre du Marais en 1669. Elle avait épousé Champmélé, qu'elle suivit aux différents théâtres où il fut, et mourut au village d'Auteuil le 15 mai 1698, peu de temps après avoir quitté la scène. Elle avait joué sur trois théâtres, et a été célébrée par Despréaux, dans son épître à Racine, qui, dit-on en fut longtemps amoureux, et faisait exprès des rôles pour elle ; et par La Fontaine, dans les prologues de ses allégories de Belphégor et de Philémon. [Lziris]

CRISPIN

Allons gaiement, la Muse est gaillarde et folâtre Et le Comique est son emploi.

Entrée des Acteurs et des Actrices qui viennent saluer Thalie.

CRISPIN

Fi donc ! Vous vous moquez, je crois ? Ce n'est pas là danser, c'est marcher en cadence.

Fi : Exprime le blâme, le dédain, le mépris. [L]

DIVERTISSEMENT DU PREMIER ACTE.

SCÈNE I. La Comtesse, Olimpe, deux enfants représentants l'Amour et la Jeunesse, Virgine, Mélisse, Valet More.

DIALOGUE. De l'Amour et de la Jeunesse.

SCÈNE III.

L'AMOUR

Approchez, notre conducteur, C'est à vous d'entrer sur la Scène.

Air Italien, chanté par un Indien qui a conduit l'Amour et la Jeunesse.

OLIMPE, reprenant le carquois de l'Amour, d'où elle tire un billet parmi les flèches

Qu'il est bien fait ! Mais Dieux ! À l'aimable Comtesse. Madame, c'est à vous que ce billet s'adresse.

LA COMTESSE

Lisons.

VIRGINE

Laissez-moi faire, En badinant je les ferai jaser.

Fin du Divertissement du premier Acte.

DIVERTISSEMENT DU SECOND ACTE.

SCÈNE I. La Comtesse, Olimpe, Le Chevalier, Le Marquis, Virgine, Mélisse.

SCÈNE II. La Comtesse, Le Marquis, Le Chevalier, Olimpe, La Montagne représentant Comus, Virgine, Mélisse, Suite de Comus.

COMUS

Avancez, il est temps ; vite, que l'on commence.

Plusieurs Paysans apportent des corbeilles pleines de fruits.

LE MARQUIS

Hé ! Madame.

LE MARQUIS

Justement.

SCÈNE III. La Comtesse, Olimpe, Le Chevalier, Virgine, Mélisse, Comus, Suite de Comus.

COMUS

Tandis que vous ferez une épreuve agréable Des douceurs que ces fruits offrent aux curieux, L'Amour qui m'emploie en ces lieux, M'a fait chercher ce qu'il a cru capable De pouvoir attacher vos yeux. Allons, faites de votre mieux, Et qu'à l'envie chacun de montre infatigable.

La Comtesse s'avance, avec Olimpe et le Chevalier, vers les corbeilles de fruits. Les Paysans et Paysannes dansent, pendant que la Comtesse et sa compagnie font collation.

LA COMTESSE

Il faut tâcher d'en rire, En attendant que ce temps soit venu.

Fin du Divertissement du second Acte.

DIVERTISSEMENT DU TROISIÈME ACTE.

SCÈNE I. La Comtesse, Olimpe, Le Marquis, Le Chevalier, Virgine, La Montagne représentant un bohémien, Troupe de bohémiens.

Ils entrent tous au bruit des Castagnettes et des Tambours de Biscaye.

LA COMTESSE

Tous deux ?

DIVERTISSEMENT DU QUATRIÈME ACTE.

SCÈNE I. La Comtesse, Olimpe, Le Vicomte, Le Marquis, Le Chevalier, La Montagne représentant un bohémien, Troupe de bohémiens, Virgine, Cascaret.

CASCARET

Madame…

LA COMTESSE

Que veut-on ?

LE COMÉDIEN

Non, Monsieur.

LA COMTESSE, au Comédien

Et comment jouerez-vous ?

DIALOGUE. Chanté par Monsieur et Mademoiselle Sallé, vêtus en Berger et en Bergère, sous le nom d'Alcidon et d'Aminte.

LE COMÉDIEN

J'en aurai soin.

LE VICOMTE

Allons-y faire travailler, Et leur choisir un lieu commode à s'habiller.

Fin du Divertissement du quatrième Acte.

DIVERTISSEMENT DU CINQUIÈME ACTE.

SCÈNE I. La Comtesse, Le Marquis, Le Chevalier, Le Vicomte, Virgine, La Montagne.

LE VICOMTE

Madame.

LA COMTESSE

De quoi ?

LA COMTESSE

Hé bien voyons.

LA COMTESSE

Assurément.

LA COMTESSE

Oui.

LE VICOMTE

Voici toute la bande, apprêtez-vous à rire.

La noce entre. La Comtesse, le Marquis, etc. s'assoient sur un banc à un côté du Théâtre ; et pendant que les violons jouent la Marche, tous les gens de la noce, deux à deux, font la révérence à la Comtesse en passant devant elle, et se vont ranger au fond du théâtre.

VIRGINIE, après qu'ils sont rangés au fond du théâtre, dit

Ah, que la mariée est drôle !

OLIMPE

Et ce pauvre benêt Que je vois auprès d'elle, est-ce l'époux ?

Benêt : Idiot, niais, nigaud, qui n'a point vu le monde. [T]

LE VICOMTE

Lui-même. Sa figure allongée est d'un vrai Nicodème.

Nicomède : Nom propre devenu nom commun pour signifier, dans le langage populaire, un homme simple et borné, un niais. [L]

OLIMPE, riant

Ah !

LA MONTAGNE, représentant Gros-Jean

Ça morguenne, Dansons de la gaillarde, et que l'on se démène.

Mordienne : ou morguenne. Sorte de juron. [L]

Gaillarde : Nom d'une ancienne danse française. Le pas de danse qu'on nomme pas de gaillarde, est composé d'un assemblé, d'un pas marché et d'un pas tombé. [L]

LE VICOMTE

Je vais prendre sa place, C'est qu'il a du chagrin. Attendant qu'il se passe, Voyons ce qu'à la danse un gentilhomme vaut.

Après avoir dansé.

Hé bien ! N'est-ce pas trémousser comme il faut ? J'en fais partout de même. À vous la mariée.

Il redanse la même Bourrée.

Elle est jolie. Un air, la taille déliée. Allons, courage, ferme, à la recharge, bon. Voilà s'en acquitter de la belle façon, Je l'aime ; elle a les yeux tournés d'une manière…

Bourrée : Est aussi une espèce de danse composée de trois pas joints ensemble avec deux mouvements, et commence par une noire en levant. Le premier couplet contient deux fois quatre mesures, et le second deux fois huit. Elle est composée d'un balancement et d'un coupé. [L]

LA MARIÉE

Hé, Monsieur.

LE VICOMTE

Voulez-vous être ma vivandière, Si je vais à l'armée ? Ah, morbleu, je prétends Vous faire vivre en Reine, et bien passer le temps. Qu'en dites-vous ?

Vivandier : Marchand qui suit l'armée, ou la Cour, pour y vendre des vivres, et autres nécessités. Il est défendu sur grosses peines, de faire aucun dommage aux Vivandiers. [F]

LE VICOMTE

Pourquoi ?

COLIN

Je sis honteux devant les grandes gens, Ils se gobargeriont.

Gobarger : ou Goberger ; Se moquer, ou se réjouir. Il est populaire dans les deux sens. [FC]

GROS-JEAN

Tatigué, tu te rends Honteux ! Les grandes gens sont tout comme je somme, Bâtis de chair et d'os, et tu fais si bien comme…

Tatigué : ou Tétigué. Altération de tête-dieu dans la bouche des paysans des anciennes comédies. [L]

COLIN

S'il en faut débacler. Hé ! Va-t'en danser, toi. Madame voudra bien.

Débacler : Se dit aussi de plusieurs personnes ou Marchands qui déménagent, qui ôtent leurs meubles et leurs marchandises en même temps.

VIGNOLET, chante

Si Claudine, Ma voisine, S'imagine Sur ma mine, Que je ne suis bon à rien, Qu'en cachette La follette Me permette La fleurette Elle s'en trouvera bien.

Fleurette : Diminutif. Petite fleur. Se dit au figuré de certains petits ornements du langage, ou des galanteries, et des termes doucereux dont on se sert ordinairement pour cajoler les femmes. [T]

COLIN

Oh jarnie, Pis qu'an est si longtemps sur la çarimonie, Je vais danser tout seul. Du plus gaillard, allons.

Il danse.

Jarni : ou Jarnidieu. Sorte de jurement. Les paysans de la comédie disent jarnigoi, jarnigué, jarniguienne, jerniguienne. Corruption de je renie Dieu. [L]

LE VICOMTE

Peste, par haut voilà s'escrimer des talons !

Escrimer : S'exercer, se battre avec des fleurets. Il signifie aussi figurément, Disputer l'un contre l'autre sur quelque matière d'érudition, de science. [Ac 1762]

LUBINE

Nannin, nannin. Queu patineux ! Vraiment Vous êtes tout drôle. Ah !

Nannin : Déformation de nenni. Particule dont on se sert pour répondre négativement à une interrogation expresse ou sous-entendue.

Patineur : ou Patineux en jargon. Celui qui prend et manie les mains et les bras d'une femme. [Ac 1762]

MONSIEUR SALLÉ, chante

À la santé de Colin, L'heureux mari de Colette ; Outre qu'il est mon voisin, C'est qu'il aime le vin, C'est qu'il aime le vin. Sa femme aime peu la diète. Fessons notre vin, Buvons à Colette, Fessons notre vin, Buvons à Colin. Vive Colette et Colin, Et les enfants qu'ils vont faire. Comme je suis bon voisin, J'en serai le Parrain, J'en serai le Parrain. Colin prendra bien l'affaire. S'il n'est pas certain D'en être le père, Il sera certain D'avoir bon voisin.

Les Violons continuent de jouer le même Branle, et les gens de la noce se retirent en dansant.

Fesser : Frapper sur les fesses avec des verges ou avec la main. Fig. Faire vite, locution qui vient de ce qu'on traite la chose qu'on fait ainsi comme le petit garçon qu'on fouette. Fesser son vin, boire beaucoup. [L]

GROS-JEAN, voulant s'échapper

Morgué, laissez-moi là.

LA COMTESSE

L'Inconnu ?

LE VICOMTE

Le Grosset.

Grosset : Un peu gros. [L]

LA MONTAGNE

Mais quoi…

LA COMTESSE

Je dis… Voyez.

LE CHEVALIER, regardant le portrait

C'est le Marquis.

LE VICOMTE

Le Marquis !

LA COMTESSE

Allons.

LE MARQUIS

Puisse l'Amour ne nous quitter jamais.

Fin du Divertissement du cinquième Acte.

965 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0