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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Sancho Pança, Gouverneur

Dancourt· créée en 1712· 5 actes· 2 124 vers· 19 personnages

Représentée pour la première fois, au mois de Novembre 1712 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

Personnages

  • LE DUC
  • LA DUCHESSE
  • DON GUICHOT
  • SANCHO PANÇA
  • CARISAL, Gentilhomme du Duc, représentant le Harangueur et le Docteur
  • DON LOPE, Gentilhomme du Duc
  • FABRICE, Gentilhomme du Duc
  • FEDERIC, Gentilhomme du Duc
  • BASILE, représentant un paysan, Autre Gentilhomme du Duc
  • CARLOS, Autre Gentilhomme du Duc
  • HENRIQUE, représentant un étranger, Autre Gentilhomme du Duc
  • PERALTE
  • LE MAÎTRE D'HÔTEL
  • DULCINÉE
  • UN COURIER
  • LÉONOR, Demoiselle de la Duchesse, représentant une bohémienne
  • ELVIRE, Demoiselle de la Duchesse, représentant Madame Rodrigue
  • ARCHELAÜS, Enchanteur
  • Suite de Gardes et de Soldats
Dédicace

À MONSEIGNEUR LE DUC DE MORTEMART. Pair de France, PREMIER GENTILHOMME DE LA CHAMBRE DU ROI.

Dans l'espoir que quelques ouvrages Feraient passer mon nom à la postérité, MORTEMART, je me suis flatté Que le tien, qui du temps ne craint point les outrages, Consacrerait mes vers à l'immortalité. Ce n'est point pour suivre un usage Dans le sacré Vallon* établi dès longtemps D'aller importuner les Grands Pour leur demander leur suffrage, Que j'ose aujourd'hui t'adresser Ces portraits que j'ai su tracer D'après le plus habile maître Que l'art de bien écrire aura jamais peut-être, Je les ai rendus tels qu'il nous les a montrés, Tels en effet qu'ils doivent être : Ma Muse sur la scène en les faisant paraître, Ne les a point défigurés. Guidé par un si bon modèle, Je crois n'avoir pu m'égarer ; J'ai suivi, sans rien altérer, Sa simplicité naturelle, Ses naïves expressions. D'un si grand homme admirateur fidèle, J'ai respecté ses moindres fictions. Si pour accommoder le sujet à la scène J'ai fait des changements, quelques additions, On ne les connait qu'avec peine : Apollon semble avoir pris soin De faire couler au besoin L'esprit de l'auteur dans ma veine, Et de nous verser l'eau de la même fontaine. Peut-être est-ce penser de moi trop noblement, Et trop bien de ma Comédie : Mais puis-je penser autrement D'un Écrit que je te dédie ? Si j'en croyais en ce moment De l'offre que j'ose t'en faire : Mais s'il peut, comme je l'espère, Être de tes regards honoré seulement ; S'il a le bonheur de te plaire, En aurai-je pensé trop favorablement ? Et lorsque je t'adresse une si faible offrande, Si j'ai des envieux ou quelques ennemis, Prompts à trouver mon audace trop grande, Qu'ils sachent, MORTEMART, que tu me l'as permis. Un pur zèle, un sincère hommage, Attirent les faveurs des Dieux, Et l'encens le plus rare et le plus précieux, N'est pas toujours celui qui leur plaît davantage. Enfin, je t'offre tout ce que j'eus en partage ; Un peu d'esprit que le Ciel m'a donné, Et que le sort a destiné Pour un moins agréable usage Que celui pour lequel je croyais être né : Non que de mes talents follement idolâtre L'orgueil éblouisse mes yeux, J'ai donné quelques soins, des veilles au Théâtre, Je ne m'en repends point, mais j'ai pu faire mieux. Mars et Thémis m'offraient une carrière Où j'aurais pu me signaler. J'ai des aïeux qu'on vit briller Chez eux de plus d'une manière. Un peu dérangé de leur sphère, Je soutiens autant que je puis L'honneur du parti que j'ai pris. Près du Public je tâche à trouver grâce. C'est son goût qui forme le mien ; Comme il lui plaît j'ajoute, change, efface Dans tout ce que j'écris, et je me trouve bien De ne m'écarter point du chemin qu'il me trace : Trop heureux si par ce moyen, Quand Molière est assis le premier au Parnasse, Je pouvais prendre un jour mon rang si près du sien, Qu'entre nous deux aucun autre n'eût place ; Ma Muse, sûre alors du succès de ses Vers, De tes bontés reconnaissante, D'une voix ferme et moins tremblante Formerait pour toi des concerts, Et publierait dans l'Univers Comment, depuis quel temps, tes illustres ancêtres Par la gloire animés à force de vertus, Noble et solide appui du trône de leurs Maîtres, Des emplois les plus hauts ont été revêtus. Elle retracerait l'étendue infinie De ce rare et vaste génie, Du règne de LOUIS la gloire et l'ornement, COLBERT par JULE instruit dans l'art du grand ARMAND. Peut-être qu'à toi-même elle oserait te peindre Des uns surpassant la valeur, Et de l'esprit de l'autre égalant la hauteur Où peu d'heureux mortels semblent pouvoir atteindre ! Elle te ferait souvenir À quel point, protecteurs des Arts, de la Science, Attentif à les maintenir, Ce Ministre honora la France, Où dans une heureuse abondance Il se plaisait à les entretenir Prends pour règle dans ta conduite Cet exemple si proche et si digne de toi ; Fais tomber les grâces du Roi Sur ceux qui par quelque mérite Se distinguent dans leur emploi ; Ceux même qui de bonne foi, Sans trop y réussir, s'efforcent de le faire, Et qui de leurs devoirs font leur première loi, Sont dignes qu'on les considère. Ainsi par plus d'un titre autorisé, j'espère, MORTEMART, même je prévois Que lorsque ton appui me sera nécessaire, Tu voudras bien parler pour moi.

DANCOURT.

* Sacré Vallon : Poétiquement. Le sacré vallon, le vallon situé entre les deux croupes du Parnasse, et qui, selon la Fable, était le séjour des Muses.

PRÉFACE

Le Roman de Don Guichot est dans les mains de tout le monde : il est traduit presque en toutes sortes de Langues, et il n'y a guères de sujet plus connu que celui de cette Comédie. Cela devait contribuer à sa réussite, et c'est, je crois, ce qui l'a empêchée d'en avoir autant qu'elle semblait en promettre. Il y a eu plusieurs Pièces sous le même titre ; et j'en ai trouvé une, entre plusieurs autres, dont la versification, quoique très ancienne, m'a paru assez bonne pour en conserver des morceaux, où j'ai fait peu de changement. J'ai, depuis les Représentations que j'ai moi-même fait interrompre, ajouté plusieurs Scènes, qui lient l'action plus qu'elle ne l'était d'abord, et qui intéressent davantage un des deux Héros, qui est Don Guichot. Je crois que si on la redonnait au Public en l'état où elle est maintenant, elle serait reçue plus favorablement encore qu'elle ne l'a été, et que ses plus aigres critiques se joindraient aux approbateurs qu'elle a eus. Je me flatte du moins que ceux qui prendront la peine de la lire, y trouveront beaucoup de traits d'esprit et de fine satire, qui ne sont ni dans le Roman, ni dans les Comédies qu'on en a tirées jusqu'à présent, et que la manière dont cet Ouvrage est traité ne saurait que faire honneur à son Auteur.

ACTE I

SCÈNE I. Le Duc, Don Guichot, Sancho, Suite du Duc.

SANCHO

Bon cela.

SCÈNE II. Le Duc, Don Guichot, Sancho, Léonor.

SCÈNE III. Le Duc, Sancho, Suite du Duc.

SANCHO

Ho que non.

Ho : Sert à appeler, à avertir. Exprime aussi l'étonnement, l'indignation. [L]

SANCHO

Fi donc.

Fi : Particule qui sert à faire une exclamation pour témoigner le mépris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]

LE DUC

Allons.

LE DUC

Sur votre probité, Sancho, je fais grand fonds.

Fonds : On dit aussi, Faire fonds sur quelque chose ; pour dire, en être assuré. [T]

SCÈNE IV. Le Duc, Sancho, Elvire, Suite du Duc.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Don Lope, Sancho, Peralte, Fabrice.

SANCHO

Allons.

SCÈNE VII. Don Lope, Peralte, Fabrice.

SCÈNE VIII. Le Duc, La Duchesse, Carisal, Léonor, Madame Rodrigue, Suite du Duc.

CARISAL

Seigneur.

SCÈNE IX. Le Duc, La Duchesse.

LA DUCHESSE

Quelqu'un vient.

SCÈNE X. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Don Guichot, Suite du Duc.

SANCHO, habillé magnifiquement

Rangez-vous que je passe, et prenez garde à moi, Voyez, pour gouverner que je me diligente : Qu'on m'en fasse au plutôt délivrer la Patente.

Patente : Ou, au pluriel, patentes, lettres, commission, diplôme, accordés par le souverain, par des corps, par des universités, etc. [L]

SANCHO

Je vous délogerais ? Oh non, sur ma parole. Donnez-moi quelque chambre, ou bien quelque entresole ; C'est assez…

Entresole : Étage ménagé entre deux planchers un peu élevés, qui sont partagés par un autre plancher. [F]

SCÈNE XI. Sancho, Le Duc, La Duchesse, Don Lope, Don Guichot.

DON LOPE

Monseigneur.

LE DUC

Oui.

SCÈNE XII. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Don Lope, Don Guichot, Carisal.

DON QUICHOT

Le voilà.

CARISAL

Moi ? Non.

DON QUICHOT

C'est moi.

ACTE II

SCÈNE I. Sancho, Suite du Duc, Don Guichot.

DON QUICHOT

Dès aujourd'hui.

SANCHO

D'accord.

DON QUICHOT

Vois à quel point ma valeur s'est portée, Combien par ma vertu la tienne est surmontée, De combien mon mérite est au-dessus du tien. Te voilà Gouverneur, et moi je ne suis rien ; On te donne le dais, et je n'ai que le chaume.

Dais : Ouvrage dans la forme des anciens ciels de lit et qui sert de couronnement à un autel, à un trône, etc. Poétiquement, sous le dais, sur le trône, au sein des grandeurs. [L]

Chaume : La paille qui couvre les maisons de village. Fig. Toit de la maison du paysan, du pauvre, et, par extension, cette maison même. Être né, vivre sous le chaume, c'est-à-dire dans l'humble condition des paysans. [L]

DON QUICHOT

Tu n'étais dans ce temps qu'un vilain, un ivrogne.

Vilain : Il signifiait autrefois paysan, roturier, homme de néant. [FC]

SANCHO

Et ma femme une masque, un diable, une carogne.

Masque : Terme familier d'injure dont on se sert quelquefois pour qualifier une jeune fille, une femme, et lui reprocher sa laideur ou sa malice. [L]

Carogne : Terme injurieux, qui se dit entre les femmes de basse condition, pour se reprocher leur mauvaise vie, leurs ordures, leur puanteur.[F]

DON QUICHOT

C'est un fort grand défaut : mais pourtant ce n'est rien. Tu pourras faire lire à quelqu'un de ta suite, Et de quelque grand homme imiter la conduite. Je recherche avec soin toute l'antiquité, Pour en trouver quelqu'un digne d'être imité. Je commence à Ninus, de là je viens descendre Du règne de Cyrus à celui d'Alexandre ; Après, sans m'arrêter, je porte mes regards Dans ce fameux Empire où régnaient les Césars : Là, pour choisir entre eux un fameux Capitaine, Je vole en tous les lieux où fut l'Aigle Romaine ; Je vois leur contenance au Conseil, à l'assaut ; Mais je n'en trouve point qui n'ait quelque défaut. Je poursuis à la fin jusqu'à ces grandes âmes Que l'amour et la gloire armèrent pour les Dames ; L'appui des orphelins, le fléau des Tyrans, Mes fameux devanciers les Chevaliers errants. Ici, je le confesse, on trouve quelque marque Des qualités qu'il faut pour un parfait Monarque : Mais sans en excepter Amadis, ni Renaud, Leurs plus hautes vertus ne sont point sans défaut. Ainsi, las de courir pour chercher ce grand homme, En Assyrie, en Perse, aux Indes et dans Rome, Même en mille autres lieux, où des soins différents Ont porté la valeur des Chevaliers Errants, Je me suis aperçu que mon erreur extrême M'emporte sans raison au-delà de moi-même. Oui, Sancho, ce Mortel que tu dois imiter, Et de qui la vertu ne se peut limiter, Les délices du Ciel et l'honneur de la terre, Celui qui sait unir la justice et la guerre, Ce parfait des parfaits parle souvent à toi, Tu le vois tous les jours.

DON QUICHOT

C'est moi.

DON QUICHOT

Hé bien, ne voilà pas des discours bien suivis ! Veillaque, à quoi sert donc tout ce que je te dis ?

Veillaque : On appelle ainsi un homme de mauvaise foi, sans probité et sans honneur. [T]

DON QUICHOT

Courage.

SANCHO

La fortune n'est pas toujours de même sorte, La nuit porte conseil, la nuit tous chats sont gris ; Il faut à vieux matou, jeune et tendre souris, Ensemble honneur et biens ne s'acquièrent pas sans peine, Qui frappe du couteau doit mourir de la gaine ; Et je trouve après tout, ayant bien consulté, Que l'âne du public est toujours mal bâté ; Et quoique ce public soit si fort difficile, Il ne faut qu'un seul fou pour en amuser mille.

Gaine : étui d'un couteau. Il se disait autrefois des épées, au lieu qu'on dit maintenant fourreau, dont viennent les composés dégainer, rengainer ; et on appelait aussi traîne-gaines, ceux qu'on nomme encore, traîneurs d'épée, fainéants, batteurs de pavé. On dit en proverbe, Qui frappera du couteau, mourra de la gaine, pour exprimer cette pensée de l'Evangile, Omnis enim qui acceperit gladium, gladio peribit.

DON QUICHOT

Je suis un grand fou, moi, d'écouter ce faquin.

Faquin : Crocheteur, homme de la lie du peuple, vil et méprisable. [F]

DON QUICHOT, s'en allant

Un rustaud, un vilain.

Rustaud : Qui tient du paysan, de la campagne. Fig. C'est un rustaud, c'est un homme chez qui la brusquerie se joint à l'impolitesse, à la grossièreté. [L]

SCÈNE II. Le Duc, Sancho.

SCÈNE III. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Suite du Duc, Peralte.

SANCHO

Passez.

SANCHO

Il faudrait pour l'exemple en brancher cinq ou six De ces tueurs de gens.

Brancher : Pendre un soldat, ou un vagabond à la branche du premier arbre. Cela n'a d'usage qu'à la guerre, et chez les prévôts. [F]

SANCHO

Fort bien.

SANCHO

Parlez.

SANCHO

Ce n'est que d'aujourd'hui, faquin que je le suis ; Et bien loin d'accorder ta demande incivile, Moi, Gouverneur nouveau, je n'ai ni croix ni pile.

Croix : Le côté d'une pièce de monnaie opposé à la face et marqué autrefois d'une croix. Croix ou pile. [L] Signifie ici, je n'ai pas d'argent.

SCÈNE IV. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Suite du Duc, Don Lope, Fabrice.

SCÈNE V. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Suite du Duc, Peralte.

SCÈNE VI. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Suite du Duc, Don Lope, Fabrice.

FABRICE

Hé bien ?

DON LOPE

Le voilà.

SCÈNE VII. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Suite du Duc, Fabrice, Don Guichot, Don Lope.

DON QUICHOT

Qu'est-ce ?

SCÈNE VIII. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Don Guichot, Madian, Suite du Duc.

DON LOPE

Entrez.

DON QUICHOT

Noble Écuyer du Styx, car enfin la noblesse Est de tous les pays ainsi que la sagesse, Que me propose-t-on ? Qui vous amène ici ? Et quelle aventure ai-je à tenter ?

Styx : Fleuve qui, selon la mythologie, coulait aux enfers ; les dieux juraient par le Styx, et ce serment ne pouvait être violé. [L]

MADIAN, tire un grand parchemin rouge

De par Archélaüs surnommé le Manchot,

Et qui cependant ne l'est guère, Enchanteur bienfaisant, courtois et débonnaire.

SANCHO

Haie, Haie.

Haie : Exprime la douleur physique. Un enfant à qui on tire les cheveux dit haie ! haie ! Elle exprime aussi le chagrin. Voir Molière Sganarelle. [L]

DON QUICHOT

Je le connais.

SCÈNE IX. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Don Guichot, Suite du Duc, Don Lope.

LA DUCHESSE

C'est l'ordre.

ACTE III.

SCÈNE I. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Le Docteur, Don Lope, Don Guichot, Suite du Duc.

LE DOCTEUR

Que l'on ouvre.

SCÈNE II. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Le Docteur, Don Lope, Don Guichot, Léonor en bohémienne Fédéric en Paysan.

LA BOHEMIENNE

Il veut les retenir.

LE PAYSAN

Monseigneur…

LA BOHEMIENNE

Il est juste.

LE DOCTEUR

Oui.

LE PAYSAN

Les voilà.

LA BOHEMIENNE

Moi ?

LA BOHEMIENNE

Les voilà.

LA BOHEMIENNE

Condamnez ma partie.

SANCHO

Non.

SCÈNE III. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Le Docteur, Don Lope, Don Guichot, Léonor en bohémienne Fédéric en Paysan.

LE DOCTEUR

Aux autres.

DON LOPE

Le voici.

SCÈNE IV. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Le Docteur, Don Guichot, Don Lope, Elvire en Madame Rodrigue, D Carlos.

MADAME RODRIGUE

Et moi, la tutrice,

MADAME RODRIGUE

Le voilà.

MADAME RODRIGUE

Le pauvre homme !

LE DOCTEUR

Au sortir de l'enfance, et déjà commençant À devenir un jeune et fort adolescent, De tempérament mûr, c'est-à-dire nubile.

Nubile : Qui a atteint l'âge de se marier, en parlant des filles.[FC]

LE DOCTEUR

On ne le peut.

MADAME RODRIGUE

Vous voyez, Monseigneur.

MADAME RODRIGUE

Douze mille francs.

DON CARLOS

Nullement.

MADAME RODRIGUE

La grosse.

SCÈNE V. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Le Docteur, Don Guichot, Don Lope, Fabrice.

SANCHO

Un mot avant dîner ! Oh, parbleu, qu'il attende.

Parbleu : interj. Sorte de jurement. Altération de par Dieu. [L]

SCÈNE VI. Le Duc, La Duchesse, Sancho, Le Docteur, Don Guichot, Don Lope, L'Étranger.

L'ÉTRANGER

J'en jure.

L'ÉTRANGER

Pourquoi ?

LA DUCHESSE

Cela se doit.

ACTE IV

SCÈNE I. Sancho, le Docteur, Suite du Duc.

SCÈNE II. Sancho, le Docteur, un Cuirassier, un Maître d'Hôtel.

UN CUIRASSIER

Halte-là.

LE DOCTEUR

Oui vraiment.

LE MAÎTRE D'HÔTEL

Oui, Seigneur.

LE DOCTEUR

Mais si…

SCÈNE III. Sancho, le Docteur, Basile, le Maître d'Hôtel, Suite du Duc.

LE DOCTEUR

Ôtez.

LE DOCTEUR

Seigneur ?

SANCHO

Lui ?

LE DOCTEUR

Lui-même.

SANCHO

Attendez.

LE DOCTEUR

Dépêchez.

SANCHO

Quoi ?

LE DOCTEUR

Monseigneur ?

SANCHO

Non ?

LE DOCTEUR

Non.

LE DOCTEUR

C'est un animal triste, et qui donne la fièvre. Absit.

Absit : Absit : mot latin signifiant qu'il aille au loin. On peut traduire par Qu'on l'enlève.

LE DOCTEUR

Oui, Seigneur, et j'ai fait apprêter avec soin Douze cornets d'oublie, et deux tranches de coin ; Après quoi vous boirez deux grands verres d'eau claire.

Oublie : Pâtisserie mince et de forme ronde ; l'oublie est ordinairement roulée en cylindre creux, et on lui donne le nom de plaisir quand elle a la forme d'un cornet. [L]

LE DOCTEUR

Non.

LE DOCTEUR

Seigneur ?

LE DOCTEUR

Du moins…

LE DOCTEUR

Je sors donc.

LE MAÎTRE D'HÔTEL

Seigneur ?

SCÈNE IV. Sancho, Don Lope, le Courrier, le Maître d'Hôtel.

SCÈNE V. Sancho, Don Lope, le Docteur, le Maître d'Hôtel.

SANCHO

Que l'on m'ôte d'ici ce maudit garnement.

Le Docteur s'enfuit.

ACTE V

SCÈNE I. Le Duc, la Duchesse, le Docteur, Suite du Duc.

LE DUC

Ne vous alarmez point, j'ai su prévoir à tout, Le fer de son épée est rivé par le bout ? Et la pointe est ôtée à celui de sa lance.

River : Faire une seconde tête à un clou, à une vis, à un boulon, pour les retenir dans le lieu où ils ont passé. [F] Ici, on a épointé son épée pour la rendre moins dangereuse.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Sancho, Fabrice, Basile, Don Lope, Suite du Duc, avec des flambeaux.

BASILE

Coiffez-vous cet armet, fait tout exprès pour vous.

Armet : casque, ou habillement de tête. (...) Pasquier dit que ce mot n'est venu en usage que sous François Ier. [F]

SANCHO

Mais…

SCÈNE IV. Sancho, Basile, Henrique, Fabrice, Carlos.

SCÈNE V. Don Lope, Sancho, Basile, Henrique, Fabrice.

DON LOPE

Savez-vous qu'on s'apprête à nous jeter des caques Pleines de feu grégeois, pour nous brûler tout vifs ?

Caque : Espèce de barrique ou de baril. [Ac 1762]

Feu grégois : Est un feu d'artifice qui brûle jusques dans la mer, et qui augmente sa violence dans l'eau. [F]

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Sancho, Peralte, Mendoce, Carisal.

SANCHO

Ouf.

SCÈNE VIII. Sancho, Peralte, Mendoce, Carisal, Fabrice.

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Le Duc, Sancho, Suite du Duc.

SANCHO

Par ma foi, là-dessus je ne prends point le change, Si j'osais faire ici le brave à contretemps, Seigneur, j'apprêterais à rire à bien des gens : Mais j'incague les sots.

Incaguer : défier quelqu'un, se moquer de lui. C'est un homme qui me menace beaucoup, mais je l'incague. [F]

SCÈNE XI. Le Duc, Sancho, Le Docteur, Ignez.

SCÈNE XII. Le Duc, la Duchesse, Sancho, le Docteur.

SCÈNE XIII. Le Duc, Sancho, le Docteur, Don Lope, la Duchesse.

SCÈNE XIV. Le Duc, La Duchesse, Don Guichot, Sancho, Le Docteur, Don Lope, Suite du Duc.

SANCHO

Moi ?

SCÈNE XV. Archélaüs, Le Duc, La Duchesse, Don Guichot, Sancho.

SANCHO

Non, non.

SCÈNE XVI. Archélaüs, Le Duc, La Duchesse, Don Guichot, Suite du Duc.

SCÈNE XVII. Archélaüs, Dulcinée, le Duc, la Duchesse, Sancho, Don Guichot, Suite de Dulcinée.

ARCHELAÜS, chante

Pour son guide Don Guichot a pris Alcide ; Le premier de ces héros Est descendu dans l'Averne Et l'autre dans la caverne De Montezinos.

ENTRÉE.

Alcide : autre nom d'Hercule.

Averne : Lac de la Campanie, à 16km ouest de Naples, au fond su Golfe de Vaia. Il a la forme d'un puits profond. Il s'en exhalait des vapeurs méphitiques, ce qui le fit regarder chez les Anciens comme l'Entrée des Enfers. [B]

ARCHELAÜS

Et de grande matinée Du plus excellent chaudeau Qu'elle ait pleine poêlonnée Au Toboso.

Chaudeau : Bouillon qu'on porte aux mariés le lendemain de leurs noces. [F]

Poêlonnée : Autant qu'un poêlon peut tenir. Une poêlonnée de bouillie. [Ac. 1762]

2 124 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0