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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Comédie en 5 Actes et en vers

Les Comédiens

Casimir Delavigne· créée en 1820· 5 actes· 1 679 vers· 10 personnages

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre royal de l'Odéon, par les comédiens du Roi, le 6 janvier 1820 ; et reprise sur le Théâtre Français, le 13 juin 1832.

Personnages

  • GRAINVILLE, riche héritier, M. PERRIER
  • LORD PEMBROCK, M. REGNIER
  • VICTOR, jeune premier M. DAVID
  • FLORIDORE, jeune premier M. COLSON
  • BELROSE, valet. M. SAMSON
  • BLINVAL, père noble M.DCPARAY
  • BERNARD, confident. M. A. DAILLY
  • MADAME BLINVAL, grande coquette. Mlle MANTE
  • MADEMOISELLE ESTELLE, soubrette. Mlle DUPONT
  • LUCILE, ingénue. Mlle ANAÏS

ACTE I

Le théâtre représente un foyer élégant.

SCÈNE I.

GRANVILLE, seul, assis auprès d'une table, un journal à la main

Pour réintroduire ici ce moyen n'est pas mal ; Non, ma foi. Relisons l'article du journal.

Grande terreur chez nos puissances dramatiques ! On assure que le Ministère, jaloux d'étendre aux départements certaines mesures que la décadence de l'art avait rendues nécessaires dans la capitale, vient de nommer un inspecteur général des théâtres de province. Ce personnage redoutable doit, dit-on, parcourir nos principales villes, et se présenter sous un nom supposé chez nos comédiens pour juger par lui-même des abus qui peuvent appeler l'attention de l'autorité.

En me donnant pour lui j'en saurai davantage. Qui peut me démentir ? Personne. Allons,courage ! Je connais mon théâtre, et veux, en amateur, Jouer à mon profit le rôle d'inspecteur.

SCÈNE II. Granville, Lord Pembrock.

GRANVILLE

Nos messieurs du théâtre ont tous ce privilège. J'attends depuis une heure un ami de collège, Le Crispin de la troupe.

Crispin : Valet de comédie avec un costume et un caractère convenus ; le crispin est tout en noir, en pantalon collant, et avec un petit manteau qui descend à peine jusqu'aux reins et dont il s'enveloppe souvent ; il est attaché à son maître, mais lui fait cependant d'assez mauvais tours quand l'occasion s'en présente. Fig. C'est un crispin, se dit d'un homme qui a des allures du Crispin de la comédie. [L]

SCÈNE III. Les Précédents, Bernard.

PEMBROCK

Seriez-vous.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Granville, Belrose.

GRANVILLE

Artiste si tu veux ; si bien que ton appui Peut m'impatroniser dans la troupe aujourd'hui ?

Impatroniser : Introduire comme une sorte de patron, de maître. [L]

GRANVILLE

Fort bien.

BELROSE

C'est un homme fort doux ; Il est du chef d'emploi la troupe auxiliaire, Dans Racine Eurybate, Ergaste dans Molière. De la location il porte le fardeau Et frappe les trois coups au lever du rideau.

Eurybate : Personnage secondaire d'Iphigénie de Jean Racine. Il n'apparaît que dans trois scènes.

Ergaste : Personnage de Molière dans L'École des Maris et l'Étourdi. C'est aussi un personnage de si pièce de Marivaux, de Lisimène de Claude Boyer et de la Vengeance des Marquis de Donneau de Visé.

GRANVILLE

Bah !

GRANVILLE

Vraiment ?

GRANVILLE

Infiniment.

BELROSE

Tant pis.

GRANVILLE

Pourquoi ?

GRANVILLE

D'où vient ?

GRANVILLE

Quoi ?

GRANVILLE

Mais.

BLINVAL, dans la coulisse

« Fuyez donc, retournez dans votre Thessalie. »

Le vers 255 est le vers 1397, de Iphigénie de Jean Racine.

GRANVILLE

À l'autre !

BELROSE

Mannequin politique, Prôneur très roturier de la noblesse antique : Les nobles, sous Pépin, lui sont assez connus ; À dater du roi Jean, rien que des parvenus. Quand on reprit Mérope, il sentit quelque honte De prêter son visage au soldat Polyphonte, Et tremblait d'avoir dit d'un air séditieux : « Qui sert bien son pays n'a pas besoin d'aïeux. »

Mérope est une tragédie (1743) de Voltaire.

Polyphonte est un personnage de Mérope qui prononce 28% des vers de la pièce en valeur équivalent au rôle dtitre de Mérope.

Ce vers 266 est le vers 176 de Mérope de Voltaire.

SCÈNE VI. Les Précédents, Blinval.

BLINVAL, tristement

Bonjour.

BLINVAL

Hélas !

GRANVILLE

Vous dites. ?

GRANVILLE

De passion !

BLINVAL

C'est sûr.

SCÈNE VII. Granville, Belrose.

GRANVILLE

Je tremble.

GRANVILLE

Tant mieux !

BELROSE

Tant pis !

GRANVILLE

Tu me confonds.

BELROSE

Tu vas citer Regnard et ton ami Molière ; De nos jours la morale est beaucoup plus sévère.

Regnard, Jean François (1665-1709) : auteur du comédie de la fin du XVIIème.

BELROSE

Oui.

GRANVILLE

J'aime mieux.

GRANVILLE

Quoi !

BELROSE

Allons, prends, je l'exige. Il te faut un ruban... celui de Figaro, Tiens... la rosette... bon.

Figaro : Personnage de comédie de Beaumarchais dans La Folle journée et le Barber de Séville.

Rosette : Ornement fait en forme de rose, qui s'emploie dans la broderie et dans la sculpture. Noeud de rubans en forme de rose. [L]

SCÈNE VIII. Les Précédents, Floridore, Laurent, Un Tailleur, Un Habitué, Garçons de Théâtre.

GRANVILLE, à Belrose

Dis donc, c'est un vieillard.

GRANVILLE

Que dit-il ?

GRANVILLE, à Belrose

Que le ciel te confonde !

À Floridore.

Monsieur,je suis ravi.

FLORIDORE, avec un sourire d'approbation

Voici le manuscrit ?

GRANVILLE

Oui, monsieur.

Floridore prend le papier.

GRANVILLE

Tais-toi !

BELROSE, à Floridore

Donnez-nous vos avis.

GRANVILLE

Tais-toi donc.

GRANVILLE

J'enrage.

BELROSE, bas à Granville

Et pour cause.

SCÈNE IX. Granville, Belrose.

GRANVILLE

Un moment !

ACTE II

SCÈNE I. Bernard, Victor.

BERNARD, lui présentant les billets

Usez de votre droit.

VICTOR, les déchirant

Eh ! laissez-moi, de grâce.

BERNARD

L'honneur exagéré va droit au ridicule. Pour réformer nos moeurs vous prenez la férule, Vous débutez, Victor ; dans ce pas hasardeux, Aurez-vous pour soutiens un journalisteou deux ?

Férule : Prendre la férule, tenir la férule, être régent dans un collége ou maître d'école. Ils devraient, ces auteurs, demeurer dans le grec, Et se contenter du respect De la gent qui porte férule, PERRAULT, Parallèle, à la fin de la Préface. Fig. Tenir la férule, exercer une autorité sévère.

VICTOR

Non.

VICTOR

Non.

VICTOR

Eh ! Non ! Mille fois non ! Parlez, qu'importe au mien mon visage ou monnom ? Quand je viens l'attendrir, c'est un sot s'il m'écoute ; Il est vil s'il se vend, lâche s'il me redoute. Un bon ouvrage enfin tue un mauvais journal. Moi j'irais caresser jusqu'en son tribunal Quelque arbitre du goût dont la feuille éphémère Distilleles poisons d'une censure amère ; Au bon sens, au bon droit donne un plat démenti ; Pour juger un auteur consulte son parti ; Aigrit nos passions et dénonce à la France L'écrit qu'il n'a pas lu, mais qu'il flétrit d'avance ! Voilà donc les faux dieux que je dois encenser ! Ah ! Croyez-moi, leurs traits ne peuvent m'offenser. Qu'ils soient mes ennemis, que leur courroux m'accable, Qu'ils me déchirent, soit : leur haine est honorable. Il est, n'en doutez pas, il est d'autres censeurs, Du talent méconnu courageux défenseurs, Qui lui prêtent leur voix avant qu'il la réclame, Qui ne trafiquent point de l'éloge ou du blâme, Et, gardant pour le vice une juste fureur, Des travers de l'esprit se moquent sans aigreur. Je rends trop de justice à ces rares mérites Pour les importuner de mes lâches visites. Si je cueille un laurier par la gloire avoué, Je ne connaîtrai point celui qui m'a loué. Au moins je pourrai dire : il écrit ce qu'il pense. Est-il quelques chagrins que ce mot ne compense, Qu'il ne fasse oublier, qu'il ne change en plaisirs ? Tel est le but constant qu'embrassent mes desirs : Inestimable bien, honneur digne d'envie, Que je paierai trop peu du repos de ma vie.

SCÈNE II. Lucile, Victor.

LUCILE

Bon !

LUCILE

Lui !

LUCILE

Allons !

SCÈNE III. Les Précédents, Belrose.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Madame Blinval, Belrose, puis Blinval.

MADAME BLINVAL

Pour qui ?

BELROSE

« Je me soumets, belle veuve ; je m'imposerai huit jours d'une retraite austère. Huit jours passés sans vous voir seront pour moi un siècle de souffrance ; mais, après ce délai, nul obstacle ne doit retarder notre mariage et mon bonheur. Permettez qu'un cachemire rouge et un brillant que j'ai rapportés des Grandes-Indes accompagnent ma lettre. Aux termes où nous en sommes, vous ne pouvez refuser ces bagatelles, qui sont les premiers présents de noce de votre tendre amant et futur époux.

« LORD PEMBROCK. »

Découvrez-vous celle de nos sultanes Où peuvent s'adresser ces douceurs anglicanes ?

MADAME BLINVAL

C'est Estelle.

BELROSE

Vraiment ?

BELROSE

Mais.

BELROSE

Bravo ! Que la vengeance est douce aux belles âmes ! C'est le plaisir des dieux et le bonheur des femmes.

Ici Blinval entre sans prendre garde à sa femme, et s'assied pour travailler auprès d'une table.

Sommes-nous bien certains qu'Estelle soit l'objet... ?

Vers imité de Corneille : Attila "Que la vengeance est douce aussi bien que l'amour ;" (v. 1659), Cinna "Que la vengeance est douce à l'esprit d'une femme" (v. 1633)

SCÈNE VI. Les Précédents, Floridore, Estelle.

Blinval est assis auprès d'une table couverte de papiers, Floridore au milieu dans un fauteuil, les autres sur des chaises.

MADAME BLINVAL, à Belrose

Hem. Regardez Estelle. Le cachemire rouge.

MADAME BLINVAL

C'est elle.

FLORIDORE, à un domestique en grande livrée, qui entre

Que veut-on ?

MADAME BLINVAL, bas à Belrose

Dans huit jours !

FLORIDORE

Lisez.

BERNARD, passant doucement la tête entre les deux battants de la porte

Pardon, monsieur Victor m'engage à vous-prier...

BLINVAL, comptant les bulletins

En ce cas, refusé.

FLORIDORE

Entrez.

SCÈNE VII. Les Précédents, Granville.

Tout le monde se lève, et salue profondément.

GRANVILLE, s'inclinant

Eh quoi !...

GRANVILLE, à Belrose

Je ne sais pas laquelle.

Aux Comédiens.

Ma muse aux grands sujets se monte sans effort ; Mon style n'est pas gai, messieurs,mon style est fort : Thalie a dans mes vers un air tout romantique, Et donne même un peu dans la métaphysique. Boileau, timide auteur, qui n'a pas toujours tort, Sur un point seulement est avec moi d'accord : Je foule aux pieds le sac où Scapin s'enveloppe ; J'ai puisé dans Shakespeare, dans Schiller et dans Lope ; Si le genre sévère a pour vous des appas, Lisez ma comédie, et vous ne rirez pas.

Boileau, Nicolas (1636-1711) : Auteur de satires et d'un Art poétique.

Le vers 737 est approximativement le vers 835 de l'Art Poétique (1650) de Boileau : "Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe,".

William Shakespeare (1564-16 ? ?), J Christophe Frederic Schiller (1759-1805), Félix Lope de la Vega (1562-1635)sont les trois dramaturges les plus connus anglais, allemand et espagnol.

GRANVILLE, s'inclinant

Monsieur.

GRANVILLE, saluant

Madame.

MADAME BLINVAL

Il l'admire.

GRANVILLE, saluant

Ah !

GRANVILLE

Mon ami.

BLINVAL

C'est jugé.

SCÈNE VIII. Les Précédents, Bernard ; Victor, un manuscrit à la main.

BERNARD, timidement

Oui, quand répétons-nous ?

VICTOR

Alors, veuillez me suivre.

Victor sort le premier, Blinval le suit, Floridore donne la main aux deux dames.

BELROSE, bas à Granville

Eh bien ?

FLORIDORE

Partons.

GRANVILLE, à Bernard en le suivant

Monsieur Bernard, j'ai deux mots à vous dire !

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Belrose, Un Laquais.

LE LAQUAIS

Monsieur.

LE LAQUAIS

Mylord Pembrock.

ACTE III

SCÈNE I.

SCÈNE II. Granville, Lucile.

LUCILE

Oui.

LUCILE, s'en allant

Permettez...

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Granville, Belrose.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Belrose, Pembrock.

SCÈNE VII. Pembrock, Belrose, Estelle.

BELROSE prend la main d'Estelle, et la conduit en causant près de Pembrock

Je voulais avec vous me concerter d'avance, Et je vous attendais pour la reconnaissance.

SCÈNE VIII. Estelle, Pembrock.

ESTELLE

Moi !...

ESTELLE, à part

J'y suis !

PEMBROCK

Vous !

PEMBROCK

Comment ?

PEMBROCK

De grâce.

ESTELLE, entraînant Pembrock

Adieu, lauriers ! Venez.

PEMBROCK

Mais.

SCÈNE IX. Les Précédents, Victor, Floridore, Madame Blinval.

PEMBROCK, bas à Estelle

Quel est ce monsieur-là ?

PEMBROCK, à Estelle

Qui vous oblige... ?

SCÈNE X. Victor, Floridore, Madame Blinval.

VICTOR, à Floridore

Monsieur...

SCÈNE XI. Victor puis Granville

GRANVILLE, bas avec intention

Peut-être est-il ici.

VICTOR

Quoi !

VICTOR

Enfin.

GRANVILLE

Sans doute.

VICTOR

Les hommes d'aujourd'hui valent bien leurs aïeux ; Mais je puis les railler s'ils ne valent pas mieux. Le ridicule manque ! Ah ! Qu'il naisse un Molière : Notre âge à son génie offre une ample matière. Tout change ; reproduits sous mille aspects divers, Nos travers chaque jour enfantent des travers. Vous voulez enchaîner le démon qui m'inspire ; Soit : mais de la raison rétablissez l'empire, Réformez les abus, ne peuplez nos salons Que de sages sans morgue et non pas de Catons ; Corrigez, s'il se peut, ce noble atrabilaire, Pour qui l'honneur n'est rien s'il n'est héréditaire ; D'un pouvoir qu'ils servaient ces détracteurs outrés, Encor meurtris des fers dont ils se sont parés ; Ramenez au bon sens la mère de famille Qui gouverne l'État et néglige sa fille. Estimons l'étranger sans rire à nos dépens ; Aimons les nouveautés en novateurs prudents. Que le littérateur se tienne dans sa sphère ; Qu'il vise à l'institut et non au ministère. Confondez les partis et qu'il n'en reste qu'un, Non le vôtre ou le mien, celui du bien commun. Alors fronder nos moeurs n'est plus qu'un vain délire. À chanter nos vertus je consacre ma lyre ; Heureux si je fais dire à la postérité Qu'en vantant mon pays je ne l'ai point flatté !

Caton [-234 - -149] : surnommé l'Ancien ou le Censeur, romain célèbre par ses vertus, né à Tusculum, l'an 234 av. J.-C. d'une famille obscure. Il mourut l'an 149 après J.-C. à 85 ans. Censeur, il exerça ses fonctions avec une sévérité qui passa en proverbe.

GRANVILLE

S'il ne vous tombe pas, par un hasard unique, Quelque succession de l'Inde ou de l'Afrique, Dans un lieu trop souvent aux poètes fatal, Vous pourrez de Gilbert mourir collatéral.

Il existe un Gabriel Gilbert (1751-1780) poète qui passa de l'Ode à la satire contre les philosophes, puis devint fou suite à un accident et mourut à l'Hôtel Dieu en s'étouffant.

SCÈNE XII. Les Précédents, Bernard, Lucile.

VICTOR, à Bernard qui lui rend son rôle

Vous aussi ! Vous ! Et dans quel moment !

LUCILE, à Victor, les larmes aux yeux

Adieu, monsieur Victor.

VICTOR

Adieu, mademoiselle.

Ils sortent.

SCÈNE XIII. Victor, Granville.

SCÈNE XIV.

ACTE IV

SCÈNE I. Madame Blinval, Belrose.

MADAME BLINVAL

Non.

MADAME BLINVAL

C'est Estelle.

BELROSE

Vraiment ?

MADAME BLINVAL

Pourquoi pas ?

BELROSE

Oui, ma foi.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Belrose, Victor.

BELROSE

Si vous vous en doutiez,vous changeriez de ton. L'exorde est un peu brusque.

Exorde : Entrée, préambule, commencement d'un discours, d'une harangue pour préparer les auditeurs à ce qu'on va dire. [F]

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Victor, Granville, Floridore.

FLORIDORE, à Granville

Vous permettez ?

GRANVILLE

Comment !

FLORIDORE

Veuillez donc vous asseoir,

Granville s'assied et les observe.

À Victor.

Je suis à vous. J'écoute.

VICTOR

Si.

VICTOR, se laissant emporter par degrés

Ce n'est pas vous, Monsieur, mais votre personnage.

VICTOR, hors de lui

Eh ! C'est la mienne à moi. À quel titre, après tout, par quelle étrange loi, Usurpant sur mon sort un pouvoir despotique, M'osez-vous en tyran dicter votre critique ? Quand je vous lus ma pièce, elle obtint votre voix ; Il fallait exercer la rigueur de vos droits. Ai-je demandé grâce ? Un éloge unanime Sur vos scrutins flatteurs consigna votre estime. Les démentirez-vous ? Et votre jugement Balancera-t-il seul le commun sentiment ? Ce qui vous parut bon vous semble pitoyable ; Votre humeur peut changer ; mais l'art reste immuable ; Mais des torts de l'auteur l'ouvrage est innocent. Vous redoutez pour vous le revers qui m'attend ? Ne peut-on siffler l'un sans déshonorer l'autre ? C'est mon ouvrage enfin qu'on donne, et non le vôtre. Et savez-vous, monsieur, par quels soins, quels ennuis, Quel sacrifice entier de mes jours, de mes nuits, Par quels travaux sans fin, qu'ici je vous abrège, J'ai payé d'être auteur le fâcheux privilège ? Ce rôle que proscrit votre légèreté, Je l'ai conçu longtemps, et longtemps médité. Des vers, dont votre goût s'irrite et s'effarouche, Ne sont pas sans dessein placés dans votre bouche. Mais non, de juger tout le droit vous est acquis, Et c'est à tout blâmer que brille un goût exquis. Jugez donc, sans appel prononcez au théâtre, Et recueillez l'encens d'une foule idolâtre. Quand poussés par l'humeur, ou par votre intérêt, Vous portez au hasard votre infaillible arrêt, Notre partage à nous, misérables esclaves, Est de bénir vos lois, d'adorer nos entraves, Et de prendre pour nous en toute humilité Les affronts d'un sifflet par vous seul mérité.

FLORIDORE

Moi.

VICTOR

Vous !

FLORIDORE

Monsieur.

GRANVILLE, se levant, ramène Victor, et lui dit froidement en montrant Floridore

Monsieur jouera.

FLORIDORE

Moi !

FLORIDORE

Jamais.

VICTOR

J'obéis.

GRANVILLE, lui tendant la main

Touchez là... Mon cher, embrassons-nous.

SCÈNE VI. Granville, Floridore.

GRANVILLE, froidement

Non pas.

GRANVILLE, avec dignité

Je n'ai rien à vous dire.

GRANVILLE, tirant son manuscrit de sa poche

J'en ai la preuve en main.

GRANVILLE,lui remettant le manuscrit

Eh bien ! Qu'il vous réponde.

FLORIDORE

Monsieur...

FLORIDORE

Daignez.

FLORIDORE

Si je ne puis, Monsieur, vous prouver mon estime Qu'en vous sacrifiant un courroux légitime, Je reprendrai mon rôle.

Il existe plus de 10 occurrences de fin de vers avec "un courroux légitime" : Crébillon, La Calprenèdre, Molière, Nadal, Piron, Racine, Rotrou.

GRANVILLE

Ce soir.

SCÈNE VII. Granville, Victor, Belrose, Lucile, Mme Blinval, Estelle, Bernard.

BELROSE, bas, à madame Blinval

Mylord est dans sa loge.

ACTE V

SCÈNE I. VICTOR, LUCILE.

SCÈNE II. Les Précédents, Blinval.

SCÈNE III. Victor, Blinval.

VICTOR

Ah !

VICTOR, furieux

Je n'y tiens plus !

VICTOR, brusquement

Bonsoir.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Victor, Pembrock.

VICTOR, voulant s'en aller

Pardon, mais...

PEMBROCK, à Victor

Hem ! Quelle trahison !

VICTOR

Estelle.

PEMBROCK

Vous ?

SCÈNE VI. Les Précédents, Estelle.

ESTELLE, tombant dans les bras de Victor

C'est Mylord, je me meurs !

PEMBROCK, à Estelle

Vous ne m'y prendrez plus.

ESTELLE, d'une voix éteinte

Si vous saviez, Mylord...

PEMBROCK

Malgré tous vos détours, je vous connais, Princesse.

Deux tragédies ont un début de vers "Malgré tous vos détours" : Suréna de Pierre Corneille (v. 1271) et La Mariage d'Orrondate de Magnon (v. 200).

ESTELLE, lisant son rôle

À Victor.

Voilà bien, n'est-ce pas, comme je dois entrer ?

PEMBROCK

Non pas.

VICTOR, frappant des mains

Bien ! Bien !

VICTOR, à Estelle

Et dans votre récit.

SCÈNE VII. VICTOR, PEMBROCK.

VICTOR, à Pembrock, qui s'élance pour sortir

Où voulez-vous aller ?

PEMBROCK

J'y cours.

VICTOR, suppliant

Ma pièce...

PEMBROCK

Laissez-moi.

SCÈNE VIII. Les Précédents, Lucile, puis Estelle, Floridore, Belrose.

SCÈNE IX. LES PRÉCÉDENTS,excepté PEMBROCK.

BELROSE, lui offrant la main

Les gens de Mylady !... Que Mylady permette.

Elle sort.

SCÈNE X. Les Précédents, excepté Estelle.

VICTOR

Mais...

SCÈNE XI. Les Précédents, Granville, Bernard.

BERNARD, mettant la main de Lucile dans celle de Victor

Elle est à toi.

LUCILE

Victor !

VICTOR, avec dignité

Monsieur !

LUCILE, à Granville

Qui remercierons-nous ?

FLORIDORE, s'inclinant

Monsieur est inspecteur ?

LUCILE, à Bernard

Comment ?

GRANVILLE

À Lucile.

C'est moi !...

À Victor.

Je t'ai prédit, cher nourrisson du Pinde, Quelque succession de l'Afrique ou de l'Inde ;

Lui présentant un portefeuille.

Je te l'apporte, tiens.

Pinde : chaîne de montagnes qui sépare la Thessalie de l'Epire. Elle est consacrée à Apollon et aux Muses.

VICTOR, le refusant

Eh ! De grâce, un moment.

BELROSE

Me voilà, moi, voyons, je me laisserai faire.

Bernard prend le portefeuille.

FLORIDORE, avec dépit

Que n'ai-je su plus tôt !

1 679 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica