Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Tragédie

Bélisaire

Desfontaines· créée en 1640, imprimée en 1641· 5 actes· 1 836 vers· 11 personnages

Représenté pour la première fois en 1640.

Personnages

  • JUSTINIAN, Empereur de Constantinople
  • VITIGEZ, Roi des Goths
  • ISKIRION, Prince Danois
  • BÉLISAIRE, Général d'Armée sous Justinian
  • NARSÉS, son lieutenant
  • PYRANDRE, Capitaine des Gardes
  • DORISTEL, Soldat
  • DIOPHANTE, Suivant de Bélisaire
  • THÉODORE, Impératrice femme de Justinian
  • SOPHIE, nièce de Justinian
  • AMALAZONTHE, Princesse de Saxe
MONSEIGNEUR,

À HAUT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSIRE FRANCOIS DE ROSTAING CHEVALIER COMTE DE BURY.

Voici le plus jeune, mais le moins défectueux de mes enfants qui vient se jeter entre vos bras, par le dessein qu'il a de se donner tout à vous, et témoigner à votre grandeur la sincérité de son zèle, et la pureté de mon affection. Son aisné14 a reçu de votre bonté un traitement si favorable, que son Cadet ne pouvait sans ingratitude embrasser en sa naissance un autre autel que celui de votre mérite. Souffrez donc que l'un et l'autre joignent ensemble leurs reconnaissances, et que cette égale inclination qui les porte à vous honorer soit également heureuse auprès de vous. Si le premier dans la vie du Cid vous a fait voir un tableau de votre valeur ; le second par celle de Bélisaire vous mettra devant les yeux l'image de vôtre vertu, et vous verrez dans tous les deux un illustre portrait de vous-mêmes. Il reste pour prix de votre courage que vous receviez un jour des mains de nos Rois ce que tous deux ont reçu de celles de leurs Monarques. Ce sont les voeux, Monseigneur, et du père et des enfants, qui appuyez de l'honneur de votre protection se tiendront trop heureux d'être au nombre de vos créatures, et moi très glorieux de porter toute ma vie la qualité,

MONSEIGNEUR,

de Votre très humble, très obéissant et très affectionné serviteur,

DESFONTAINES.

Sonnet

AU MÊME

Illustre et cher objet qu'adore ma pensée, Mes vers pour vous louer ont trop peu d'ornements. Et je crains qu'en faisant de faibles compliments, Votre rare vertu ne soit intéressée. Votre gloire ne peut être plus rabaissée, Qu'alors que le commun en a des sentiments, Il y faut employer les plus beaux mouvements, D'une âme que le Ciel ait toujours caressée. C'est pourtant un devoir dont je veux m'acquitter, Et faire quelque jour hautement éclater Les nobles qualités que le Ciel vous partage. Mais les siècles passés me rendent envieux, Car pour nous enseigner comme il faut faire hommage Des hommes comme vous ils en faisaient des Dieux.

ACTE I

SCÈNE I. Justinian, Théodore, Sophie, Amalazonthe, Bélisaire, Narsès, Vitigez, Diophante, et Deux Gardes.

JUSTINIAN

Levez-vous.

AMALAZONTHE

J'obéis aux lois que vous me faites, Et le commandement de votre Majesté Sert de juste prétexte à ma témérité. Seigneur, quoi que le sort, nos malheurs et Bellone, Pour nous mettre à vos pieds nous arrachent d'un trône L'espoir d'y remonter encore qu'il soit doux, N'est pas ce qui me fait embrasser vos genoux, Je vois sans déplaisir le cours de vos conquêtes, Vous pouvez tout prétendre étant ce que vous êtes, Et malgré leur orgueil les plus superbes Rois, Pourront sans déshonneur se soumettre à vos lois : Je ne demande pas que vos mains libérales Me rendent mes grandeurs, ni ces pompes Royales, Qui plaisaient ci-devant à mon ambition, Mon coeur n'est plus atteint de cette passion, Un plus noble désir aujourd'hui le possède, Il sera satisfait pourvu qu'il me succède, Et son heureux effet est le bien le plus doux, Et toute la faveur que j'espère de vous. Donc par cette bonté qui vous rend adorable, Si mon sexe ou mon sang vous est considérable, Je conjure à présent le plus grand des humains, Que ces fers que je vois en de si nobles mains Passent d'un Innocent en une Criminelle, Ce prince a combattu, mais je suis la rebelle, Qui seule par l'effort de mes traîtres appas, Ai fait impudemment révolter ses États, Oui Seigneur, il m'aimait, et ce brave courage Eût cru me faire tort s'il vous eut fait hommage, J'avais sur son esprit un absolu pouvoir, Et son amour enfin a trahi son devoir. Ne me refusez point, puis qu'ici ma prière Donne à votre clémence une illustre matière, Et que pour l'assurer de sa fidélité, Je m'offre pour otage à votre Majesté. Mais si votre courroux demande une victime, J'y consens ; punissez son amour, et mon crime, Au lieu de mon Amant me faisant arrêter, Vous ôtez le sujet qui l'a fait révolter ; Il sera trop puni si je lui suis ravie, Ôtez lui sa Maîtresse, et laissez lui la vie, Conservez par ma mort un homme de son rang, Et s'il faut sa rançon, payez vous de mon sang.

Bellone (ou Bellonne) : déesse italique de la Guerre.

AMALAZONTHE

Seigneur.

VITIGES

Amalazonthe.

SCÈNE II. Théodore, Sophie, Narsés.

NARSÈS

Madame,

SCÈNE III. Sophie, Narses.

SCÈNE IV.

ACTE II

SCÈNE I. Bélisaire, Diophante.

SCÈNE II.

BÉLISAIRE, seul

Ce trésor amoureux que tu n'as peu défendre, Obéis désormais à la loi de ton sort, Sois moins ambitieux, ou montre toi plus fort, Au milieu du combat je t'ai sauvé la vie, Ingrat souffriras-tu qu'elle me soit ravie ? Un procédé si lâche est indigne d'un Roi, Rends moi donc aujourd'hui ce que tu tiens de moi, Si non pour ôter tout obstacle à ma flamme, J'arracherai le coeur qui veut avoir mon âme. Mais quel étrange bruit retentit dans ce bois ? Qu'entends-je, justes Dieux ? Mais qu'est-ce que je vois ? La valeur d'un guerrier par le nombre opprimée, Cede aux coups d'une bande à sa perte animée, Il le faut secourir.

SCÈNE III. Bélisaire, Iskirion, Narses, et trois assassins.

BÉLISAIRE

Trop d'honneur serait joint à son juste supplice, Il ne mérite pas un si noble courroux, Vous frapperiez un homme indigne de vos coups, Et cette illustre mort qui flatte son envie, Serait plutôt le prix que la fin de sa vie, Oui, oui ce châtiment appartient à mon bras, Rien ne peut malheureux te sauver du trépas, Ôte ce tapabor, vois la main qui s'apprête, À séparer du corps une si vile tête, Que tu caches perfide avec juste raison, Pour ne point voir l'horreur joint à ta trahison. Mais que vois-je ? Ô destins ! Je doute si je veille, Quelle confusion à la mienne est pareille ? Narsés est-ce bien vous que je vois en ces lieux ? Ne suis-je point charmé ? Dois-je croire à mes yeux ? C'est bien vous si j'en crois les traits de ce visage, Mais qu'il est mal d'accord avec votre courage, Un désordre si grand rend mes esprits confus, Et dans ce lâche état je ne vous connais plus, Quel qu'il soit toutefois je demande sa grâce, Seigneur en ma faveur pardonnez son audace, Il mérite la mort pour ce qu'il a commis, Mais il fut autrefois au rang de mes amis, Et de ces actions c'est ici la première Qui trompe une amitié si parfaite et si chère ; Excusez-la, Seigneur, les Dieux n'ont point de mains Pour la première faute où tombent les humains, C'est assez que la foudre ait menacé sa tête, J'ai soulevé les flots, apaisez la tempête, Et si je tiens de l'homme en voulant vous venger, Faites comme les Dieux le sauvant du danger.

Tapabor : Terme vieilli. Nom d'une sorte de bonnet pour la campagne, dont on peut rabattre les bords, pour se garantir de la pluie et du vent.

SCÈNE IV. Narsés, Bélisaire, Iskirion.

SCÈNE V.

BÉLISAIRE

SCÈNE VI. Bélisaire, Diophante.

DIOPHANTE, empêchant qu'il ne se jette sur son épée

Dieux, qu'est-ce que je vois ? Ah, Seigneur !

DIOPHANTE

Il est mort.

BÉLISAIRE

Moi.

DIOPHANTE

Vous

ACTE III

SCÈNE I. Théodore, Iskirion.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Bélisaire, Amalazonthe.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Iskirion, Bélisaire, Doristel.

DORISTEL, parlant à Iskirion

Le voila.

SCÈNE VI. Théodore, Sophie ;

THÉODORE

J'en doute.

ACTE IV

SCÈNE I. Vitigez, Amalazonthe.

AMALAZONTHE

Mon Amour.

AMALAZONTHE

Non.

SCÈNE II. Bélisaire, Sophie.

BÉLISAIRE

Il vous aime.

BÉLISAIRE

Écoutez moi.

SOPHIE

Adieu.

BÉLISAIRE

Cruelle.

SCÈNE III. Théodore, Iskirion, Doristel.

SCÈNE IV. Théodore, Doristel.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Doristel, Bélisaire endormi.

SCÈNE VII.

ACTE V

SCÈNE I. Bélisaire, Diophante.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Sophie, Diophante, Théodore.

SOPHIE, tenant une lettre ouverte

Ah, quelle ingratitude et quelle perfidie !

DIOPHANTE

J'obéis.

SCENE IV. Théodore, Sophie.

THÉODORE

Le quitter.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Théodore, Justinian, Un garde.

JUSTINIAN, parlant au garde à la porte

Qu'autre personne ici ne nous soit introduite.

JUSTINIAN

Hélas !

JUSTINIAN

Pourquoi ?

JUSTINIAN

Ô Dieux !

SCÈNE VII.

THÉODORE, seule

Courage, tout va bien, il n'en peut échapper, Et le trait de la mort est prêt à le frapper : Mais avant que la Parque ait achevé sa peine, Examinons un peu la cause de ma haine, Je l'aimais autrefois, je le hais aujourd'hui, D'où vient l'aversion que mon coeur a pour lui ? Il est toujours charmant, il est toujours lui-même, Et malgré ma fureur je sens bien que je l'aime, Ses belles qualités règnent sur mes esprits Mais, hélas ! Je ne puis endurer ses mépris Cette seule raison me rend son adversaire, Il est mon ennemi, mais il est Bélisaire. Ah, désordre confus de mes pensers errants, Où se termineront ces dessein différents ? Je déteste son nom, je le hais, je 'abhorre, Je le fuis, je le crains, et je l'aime encore, Je sens mon feu s'éteindre, et puis se rallumer, Je ne le puis haïr, je ne le puis aimer, La fureur me saisit, puis elle m'abandonne, Tantôt je le condamne, après je lui pardonne, Je cherche tout ensemble, et je crains son trépas, Et quand ma main le peut mon coeur ne le veut pas. Achevons toutefois et cessons cet orage, Mettons le dans le port, ou faisons son naufrage, Puis qu'il est innocent épargnons sa vertu, Aimons les qualités dont il est revêtu, Mais que par ce discours mon âme est abusée, C'est par cette vertu que je suis méprisée, Ce sont ces qualités qui troublent mon repos, Qu'il meure donc, qu'il meure, il est plus à propos, Puis que pour étouffer le regret qui me tue, Qu'il meure, et pour ne point me venger à demi, Perdons d'un même coup et l'amant et l'ami. Oui, perdons les tous deux, je dois être obéie, L'amant m'a méprisé, et l'ami m'a trahie, Tous deux également ont osé m'outrager, Faisons voir à tous deux que je me sais venger, Et que me négliger ou que me contredire, Est pis que de choquer ni l'État ni l'Empire.

SCÈNE VIII. Sophie, Iskirion.

SCÈNE IX. Sophie, Iskirion, Pirandre.

SOPHIE

Entrons

SCÈNE X. Sophie, Iskirion, Bélisaire dans la prison.

SCÈNE XI. Théodore, Sophie, Iskirion, Bélisaire.

ISKIRION, lui retenant le bras

Que faites-vous, Madame ?

SOPHIE

Hélas !

BÉLISAIRE

L'Amour

SCÈNE XII. Justinian, Vitigez, Amalaonthe.

SCÈNE DERNIÈRE. Justinian, Vitigez, Amalazonthe, Théodore, Iskirion, Sophie, Bélisaire, Pyrandre.

JUSTINIAN

Vous l'aurez.

THÉODORE

Que dit-il ?

JUSTINIAN

J'y consens.

ISKIRION, à Bélisaire

Et vous ?

1 836 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica