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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Eurimédon ou L'Illustre Pirate.

Desfontaines· créée en 1635, imprimée en 1637· 5 actes· 1 881 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois en 1635.

Personnages

  • ARCHELAS, roi de la Troade père de Pasithée
  • MÉLINTE, roi de Thessalie et frère d'Eurimédon
  • EURIMÉDON, amant de Pasithée
  • TYGRANE, prince d'Arménie et Rival d'Eurimédon
  • FALANTE, Écuyer d'Archelas
  • LYSANOR, écuyer d'Eurimédon
  • PASITHÉE, infante de la Troade
  • CÉLIANE, princesse d'Arménie, et Amante de Tygrane
  • ALERINE, suivante de Pasithée
  • ARGAMOR, page de Tygrane
MADEMOISELLE,

ÉPÎTRE À MADEMOISELLE DE VERTU

Voici des étrangers qui viennent des extrémités de la Grèce, et qui attirés par la réputation de vos mérites, souhaitent de s'acquitter des hommages qu'on doit à votre vertu. Si vous daignez prêter l'oreille au récit de leurs aventures, vous ne les estimerez pas indignes de votre entretien ; et je m'assure que vous leur ferez un favorable accueil quand vous saurez qu'ils sont Princes, et que par des actions qui ne dégénèrent point de leur naissance, ils vous auront fait voir dans le Tableau de leur vie, les Images de tant de Héros que votre Illustre Maison a donnés à la France. Je parlerais de vos augustes devanciers, François, Odet, et Charles de Bretagne qui sortis des anciens Ducs de cette belle Province, se sont montrés dignes surjons d'une tige si glorieuse, et en ont conservé la gloire dans votre famille, qui en porte encore des marques aussi durables, que célèbres ; Je parlerais des notables services qu'ils ont rendus à l'État par les effets de leur fidélité, et de leur courage, si ce n'était publier des choses qui ne sont inconnues qu'aux barbares, et vouloir comprendre dans une lettre ce qui mérite des volumes entiers ; Je dirai seulement que ces deux grands Rois Charles huit et Louis douze ont honoré vos ancêtres du glorieux titre de frère, et qu'en mille occasions ils ont confirmé cette qualité avantageuse qu'Anne de Bretagne, digne Épouse de ces deux Monarques leur avait légitimement acquise. Cette considération (Mademoiselle) et celle de votre mérite particulier ont fait résoudre deux Rois de venir aussi vous rendre les honneurs que vos Aïeux ont autrefois reçus, et admirer en vous une Majesté qui leur faisant oublier la leur, les force d'avouer que vous seriez incomparable, si le Ciel ne vous avait donné une soeur qui partage avec vous les inclinations de tout le monde. La Renommée qui a rempli l'Univers de cette vérité, a donné de la jalousie aux plus belles de votre sexe, et de l'admiration aux plus parfaites, mais vous donnerez de l'étonnement à notre Eurimédon et à sa Pasithée, quand vous leur ferez connaître que la beauté, et la gentillesse des Dames de France emportent le prix sur celles de Grèce, et de toutes les nations de la Terre ; Aussi n'est-ce pas leur dessein de vous disputer cet avantage, mais seulement d'avoir l'honneur de vous entretenir, afin qu'après cette faveur ils puissent être les Paranymphes de vos merveilles, par la voix de celui qui a pris la hardiesse de vous les présenter ; et qui désire être toute sa vie,

MADEMOISELLE, De votre Grandeur. Le très humble et très obéissant serviteur

DESFONTAINES.

SONNET

À MADEMOISELLE DE VERTU.

DESFONTAINE[S]

AU LECTEUR

Lecteur je croirais offenser ton jugement si je ne le croyais capable de discerner les fautes qui se sont glissées en l'Impression de cet ouvrage, et je ferais tort à ta courtoisie si je ne croyais que tu les excuseras ; c'est pourquoi sans m'arrêter à t'en faire le dénombrement, je te supplierai seulement de remarquer qu'en deux ou trois endroits où tu verras que les vers manqueront en leurs mesures, la faute vient de ce que l'Imprimeur a écrit doncques pour donc, encore au lieu d'encor, et une fois avec, au lieu d'avecque pour le reste je le laisse à ta discrétion.

ACTE I

SCÈNE I. Eurimédon, Pasithée.

SCÈNE II. Archelas, Eurimédon, Pasithée, Falante.

EURIMÉDON

Ah grand Roi ! Cet honneur plus grand que ma naissance Au lieu de m'obliger, me choque et vous offense : Car cette vanité me rendant odieux Reproche en même temps une erreur à vos yeux : Bien loin de m'élever à ce degré suprême La rigueur du destin m'a mis à l'autre extrême, Pour toute qualité je suis Eurimédon La fortune en naissant me mit à l'abandon, Et pourtant de mon sort l'admirable aventure Peut passer pour miracle à la race future : En un point seulement je le trouve assez beau Puisque j'eus pour le moins un illustre berceau. Un Aigle me voyant étendu sur la poudre, Soit qu'il me voulût mettre à couvert de la foudre, Ou bien faire de moi quelque fameux guerrier Porta mon petit corps à l'ombre d'un laurier : Du depuis le destin lassé de me bien faire Me mit entre les mains d'un barbare Corsaire Qui m'ayant dans un bois sous cet arbre trouvé Parmi ses compagnons m'a toujours élevé. Cent fois il m'a juré que j'étais né d'un Prince Et m'a tout dit, hormis mon nom, et ma province, Car de peur de me perdre il m'a toujours caché Cet important secret qu'en vain j'ai tant cherché. Je n'avais que douze ans que déjà mon courage Ne pouvait plus souffrir la paresse de l'âge, Et bien que j'eusse horreur de leurs traits inhumains Il fallait que je fisse un essai de mes mains. Un jour l'occasion s'en montra toute prête Trois Pirates venus fraîchement de la quête Ne purent sans débat partager leurs butins, Le lucre les rendant également mutins Ils passèrent enfin des discours, à l'épée ; Et la valeur d'un seul contre deux occupée Dans l'inégalité l'allait faire périr Si je l'eusse pu voir sans l'oser secourir. Contre ces lâches coeurs j'entrepris sa défense, Et comme l'un des deux méprisait mon enfance Il donnait à mes coups tant de facilité, Que sa mort fut le prix de sa témérité. Dès lors tous étonnés de ce trait de courage, Comme à leur souverain ils me firent hommage ; Glorieux (disaient-ils) d'obéir désormais Au Prince le plus grand que le ciel vit jamais : Du depuis leur respect pouvait servir de marque Que j'étais en effet né de quelque Monarque : Mais je suis incertain de ma condition.

SCÈNE III.

TYGRANE

Destin, Neptune, Amour, Dieux cruels, tristes Astres Ne délibérez plus, achevez mes désastres, Et vos foudres grondant en d'inutiles mains, Que ne punissez-vous les crimes des humains ? Souffrez-vous qu'un mortel brave votre vengeance ? Sans doute on vous croira de son intelligence, Et si contre mon chef vos courroux sont si lents De mon impunité naîtront mille insolents ; Trop pitoyables Dieux vengez-vous de Tygrane, J'ai trahi Pasithée et trompé Céliane, L'une en mon changement, l'autre par lâcheté : Céliane ressent mon infidélité, Et faute de secours, la belle Pasithée Est par ses ravisseurs indignement traitée, Cependant sur le point qu'elle s'en va périr Je suis les bras croisés et la laisse mourir. Ah ! c'est trop endurer un ingrat sur la terre, Cieux achevez mon sort par un coup de Tonnerre : Ce tragique accident ne sera pas nouveau, Le déluge du feu suivra celui de l'eau, Et mes membres épars sur cet humide empire Auront en même temps l'un et l'autre martyre. Mais qu'en vain pour avoir un remède à mes maux J'importune les Dieux puis qu'ils sont mes rivaux : Vaste mer qui retiens mon âme et mes délices Ouvre au moins à mon corps tes affreux précipices, Puisque déjà ma vie est sur ton Élément, Prends ce qui reste encor d'un malheureux Amant. Ah plutôt par mes cris ta colère irritée Emporte ma parole avecque Pasithée ! Je la suivrai pourtant, et mes tristes vaisseaux Feront si promptement le grand tour de tes eaux, Que je te forcerai de me rendre ma Reine, Ou d'achever ma vie en achevant ma peine.

SCÈNE IV. Falante, Tygrane.

TYGRANE

De qui ?

ACTE II

SCÈNE I. Eurimédon, Pasithée, Alerine.

EURIMÉDON

Madame,

PASITHÉE

Poursuivez.

EURIMÉDON

Je ne puis.

PASITHÉE

Achevez.

EURIMÉDON

D'espérer.

PASITHÉE

Espérez.

SCÈNE II. Eurimédon, Pasithée, Tygrane.

PASITHÉE

Quelle ?

SCÈNE III.

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Céliane, Argamor.

CÉLIANE

Et pour Eurimédon il verra Céliane. Ce Page à mon habit m'a pris pour ce rival À qui ce Prince ingrat prépare tant de mal, Mais n'importe je veux m'exposer à sa rage, Et qu'il fasse le coup qu'aurait fait mon courage, Le Ciel n'est à mes voeux contraire qu'à demi Si je meurs de la main d'un si cher ennemi, Mon coeur à son amour autrefois si propice Au lieu d'être l'Autel sera le sacrifice, Et le coup que son bras lui va faire sentir Fera d'un Idolâtre un amoureux martyr : Mes yeux pour ce cruel ont trop versé de larmes, Il est temps que mon sang soit tiré par ses armes, Et que par ses bouillons mes désirs innocents Même au point de la mort lui donnent de l'encens. Mais aveugle fureur où portes-tu mon âme ? Pourquoi faut-il mon sang pour éteindre ma flamme ? Pour être malheureuse, est-ce un point important Qu'il me faille sauver en me précipitant ? Non, non, quittons l'erreur qui trouble ma pensée Et repoussons les traits d'une amour insensée, Évitons les appas de ce subtil poison Mettons au front d'amour les yeux de la raison, Et ne permettons pas qu'une passion feinte Donne à mon noble Coeur une si vile atteinte. Toutefois c'est en vain que je veux reculer, Le trait déjà lancé ne se peut rappeler : Il faut, il faut franchir constamment la carrière, Et ne point perdre coeur en perdant la lumière : Lorsque nous éprouvons le destin malheureux L'ennemi qui nous tue est le moins rigoureux. Amour vois que la mort me donne peu d'alarmes Puisque pour l'irriter je mets la main aux armes, Regarde cet habit, vois dessous cet armet À quelle extrémité ton pouvoir me soumet, Et comme tous les traits qui sont en mon visage, Commandent à mes maux d'assister mon courage ; Depuis que je sentis les destins ennemis, Je crus absolument que tout m'était permis, Que l'épée à ma main était même décente Pour maintenir les droits d'une flamme innocente, Sous cette passion mon esprit abattu Se moque des avis que donne la vertu, Et croirait mériter d'être au rang des infâmes, Si je suivais les moeurs du vulgaire des femmes ; Courage Céliane, achève ton dessein C'est folie en amour que d'avoir l'esprit sain, Suis tes nobles transports tu seras satisfaite, Et tu triompheras même par ta défaite : Car Tygrane privant Céliane du jour Fera de son tombeau celui de son amour ; Mais je le vois venir, songeons à nous défendre.

SCÈNE VI. Tygrane, Céliane.

SCÈNE VII.

ACTE III

SCÈNE I. Eurimédon, Pasithée.

SCÈNE II. Eurimédon, Pasithée, Archelas, Falante.

FALANTE

Ah Sire !

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Céliane, Eurimédon.

EURIMÉDON

Le Ciel.

SCÈNE V. Eurimédon, Céliane, Lysanor.

SCÈNE VI. Pasithée, Alerine dans la prison.

PASITHÉE

Vois le triste état de mon sort, Et me voyant si mal traitée Juge si différer l'heureux coup de ma mort. Ce n'est pas trahir Pasithée. Par un prodige tout nouveau Mon propre père est mon bourreau ; Ma partie est mon Roi, mon Juge est mon complice ; Mon Palais une triste tour, Mon espérance, mon supplice, Ma vertu c'est mon vice, et mon crime l'amour. Ma beauté cause ma douleur Au lieu de me rendre adorable, Et les traits qui devraient établir mon bonheur Me rendent plutôt misérable : Je suis un objet de mépris Que les destins ont fait le prix Et l'espoir incertain d'une insolente armée ; Où je me vois réduite au point D'être Épouse avant qu'être aimée, Peut-être de celui que je n'aimerai point. Encor si mon Eurimédon Pouvait être de la partie, Sans doute je serais son prix, et son pardon Et j'espérerais ma sortie : Mars, et l'Amour qui de mon coeur L'ont déjà rendu le vainqueur, Lui donneraient encor cette heureuse victoire ; Et mon sort devenu plus beau Ferait le trône de ma gloire, Sur les mornes apprêts de mon triste tombeau. Mais au point où mon sort est mis En vain ce doux penser me flatte, Les Dieux pour m'obliger sont trop mes ennemis Et la terre m'est trop ingrate : Pour m'ôter de cette prison Usons du fer, ou du poison. Et sortons de nos maux, en sortant de la vie ; Cette généreuse action Rendra ma mort digne d'envie, Autant que mon malheur l'est de compassion. Toutefois avant cet effort Attendons la fin de l'orage. Souvent les malheureux sont jetés dans le port Sur le débris de leur naufrage : Avant que de perdre le jour Voyons à qui Mars, et l'Amour Réservent aujourd'hui la fatale Couronne, Nous mourrons toujours bien après, Et si dans le champ de Bellone Il cueille le Laurier, Je prendrai le Cyprès.

ACTE IV

SCÈNE I. Archelas, Falante.

SCÈNE II. Eurimédon, Archelas, Falante, Tygrane, Céliane déguisée.

SCÈNE III. Archelas, Eurimédon déguisé.

SCÈNE IV. Eurimédon, Pasithée, Alerine dans la prison.

PASITHÉE

Quelle ?

SCÈNE V. Eurimédon, Pasithée, Alerine.

PASITHÉE

Je le veux.

EURIMÉDON

Madame,

SCÈNE VI. Eurimédon, Pasithée, Alerine.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Céliane, Tygrane.

SCÈNE III. Archelas, Mélinte et leur suite.

ARCHELAS

Sans doute.

SCÈNE IV. Eurimédon, Pasithée, Céliane.

SCÈNE V. Archelas, Mélinte, Eurimédon, Tygrane, Pasithée, Céliane et leur suite.

1 881 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica