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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Tragédie en vers· Ou la Suite d'Ibrahim Bassa

Perside

Desfontaines· créée en 1642, imprimée en 1644· 5 actes· 1 705 vers· 10 personnages

Représenté pour la première fois en 1642.

Personnages

  • SOLIMAN, Second Empereur des Turcs
  • ÉRASTE, Favori de Soliman amoureux de Perside
  • ACHMAT, Bassa de la mer, amoureux d'Herminie
  • PIRRUS, Bassa Rival d'Achmat
  • HALY, Bassa confident d'Achmat
  • PERSIDE, Dame Rhodienne amante d'Eraste
  • HERMINIE, Fille d'Amurat prisonnière de guerre
  • ALCOMIRE, Dame de Constantinople rivale d'Herminie
  • ORMANE, Suivante de Perside
  • TROUPE DE JANISSAIRES
MONSEIGNEUR,

À MONSEIGNEUR LE DUC DE GUISE etc.

Voici la plus généreuse et la plus Illustre de toutes les femmes qui se vient jeter aux pieds du plus Illustre et du plus Généreux de tous les hommes ; Elle sait que votre Maison est le Temple de la Vertu, et qu'elle a été de tout temps l'Asile de ceux que la fortune expose aux atteintes du ma-heur. Cette vérité quelle à apprise aux extrémités de la Terreur et en des Régions où vos Ancêtres ont signalé glorieusement et leurs armes et votre nom, la fait résoudre à venir chercher en France, et dans votre protection le repos qu'elle n'a pu trouver en son Pays. Le sort de la guerre qui fit succomber sa Patrie la rendit prisonnière d'un Monarque dont elle se fit un esclave ; et maintenant un destin plus favorable la rend volontairement esclave d'un Prince pour qui elle a autant d'inclination et de respect, qu'elle eut pour l'autre d'aversion et de sévérité. Aussi faut-il avouer, MONSEIGNEUR, que quelque grand que fut Soliman, il ne posséda jamais si avantageusement que vous tant d'admirables qualités, qui vous rendent aujourd'hui hui la merveille de notre siècle, à la honte du passé, et au désespoir de l'avenir. Peut-être qu'en parlant ainsi de votre GRANDEUR, j'offense votre modestie ; Mais, MONSEIGNEUR, permettez que je combatte une de vos vertus pour faire éclater toutes les autres, et ne me forcez point d'écouter cette ennemie de ses propres louanges dans le dessein que j'ai de publier des choses que l'envie même ne saurait désavouer sans injustice, ni la France oublier sans ingratitude. Toutefois ce serait vouloir comprendre dans une lettre ce qui mériterait des volumes entiers ; de si hautes merveilles ne se peuvent exprimer par des termes ordinaires. Aussi veux-je qu'en une si noble matière l'admiration soit toute mon éloquence, et que l'aveu de mon impuissance soit le crayon de votre GRANDEUR, c'est assez que l'on sache que vos devanciers ont toujours été les plus fermes colonnes de cette Monarchie, et qu'étant vieillis dans les charges les plus considérables de cette Couronne, ils ont laissés un héritier qui achève aujourd'hui ce qu'ils ont autrefois si généreusement commencé. De quelque côté qu'on jette les yeux dans votre Illustre Famille, on n'y voit que des marques célèbres, et partout de glorieux témoignages de fidélité, de prudence, de générosité, et de valeur. Vous ajouterez, s'il vous plaît, MONSEIGNEVR, à tant de célèbres actions le secours que vous demande cette belle Perside, que je vous présente, quelque aimable qu'elle puisse être, elle n'est pas sans ennemis, et comme autrefois sa beauté causa la perte de sa vie ; peut-être que désormais on tâchera de lui ravir la gloire qu'elle espère de sa vertu ; mais si votre Grandeur entreprend sa défense, elle redoutera peu les traits de l'envie, et ses ennemis seront faibles si vôtre bonté se déclare en sa faveur. C'est de quoi elle vous conjure avec tout le zèle et toute la passion dont elle peut être capable, et j'espère que vous lui accorderez cette grâce, bien qu'elle vous soit demandée, par la personne du monde qui mérite le moins, mais qui désire plus passionnément d'être toute sa vie,

MONSEIGNEUR,

De votre GRANDEUR,

Le très humble très obéissant et très affectionné serviteur,

DESFONTAINES.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Soliman, et sa suite, Eraste, Herminie, et suite ; Dès l'ouverture du Théâtre paraîtront des deux côtés les drapeaux de Rhodes et ceux de Bellegrade.

ERASTE

Tu l'as dit Soliman, il est mort ce rebelle Oui Seigneur, il est mort, mais sa mort est si belle, Et son dernier moment le rend si glorieux Que son trépas sans doute a fait des envieux, Il est mort : mais comment ? dans les bras de la gloire Après m'avoir deux fois arraché la victoire, Et contraint tes soldats de céder aux efforts Que son bras foudroyant fit sentir aux plus forts, D'abord que par ton ordre il me voit en campagne Il quitte les remparts, il sort, il me dédaigne, Et superbe avançant à la tête des siens Sans attendre le choc il attaque les miens En ce premier abord sa valeur ou sa rage Malgré ma résistance a beaucoup d'avantage, Dans sa témérité son dessein réussit La mort va par les rangs que son fer éclaircit Et je me vois réduit en ce désordre extrême Par un beau désespoir de me perdre moi-même, Ou de rendre au soldat de frayeur abattu Par un trait généreux sa première vertu. Voyant donc que la peur d'une entière défaite Lui faisait méditer une indigne retraite, Et que les plus hardis cédant de toutes parts Tâchaient de se sauver avec leurs étendards Je me saisis du tien d'une ardeur infinie Et le lance au travers de l'armée ennemie, A cet objet chacun sent un noble courroux La honte les ranime et les ramène aux coups, Où toujours le dépit embrasant leur courage L'ennemi cède enfin à ce dernier orage Et mon Rival superbe est trop tard averti Que l'heur qui le suivait à quitté son parti. Presque seul il demeure engagé dans la presse Il ne s'étonne pas, il frappe, il tue, il blesse, Il attaque, il défend, et son courage est tel Que parmi tant de morts il parait immortel : On le craint, on l'admire, on fuit à sa rencontre, Je le cherche, et bientôt sa valeur me le montre, Je l'arrête, et de peur qu'en ce combat fatal Il m'échappe, je joins et j'abats son cheval, Prévoyant le danger l'insolent saute à terre Et me rend la pareille à coups de cimeterre : Nous voyant main à main, tous deux piqués d'honneur Tous deux sans avantage et tous deux pleins de coeur, Compagnons dis-je aux miens laissez-moi cette gloire Que je puisse tout seul achever la victoire ! A moi seul appartient ce généreux effort ! Soyez donc seulement les témoins de mon sort ! J'ordonne, on m'obéit, notre combat commence, J'attaque mon Rival, il se met en défense, Et sait si vaillamment soutenir mon assaut Que plus il perd de sang plus son courage est haut : Mais malgré ce grand coeur sa force enfin le laisse Son corps percé de coups chancelle de faiblesse, Et se voyant ainsi sur le point de périr : Je n'ai pu me dit-il te vaincre, il faut mourir C'est à quoi maintenant mon honneur me convie Et je vais satisfaire à cette illustre envie, Je le veux empêcher, mais inutilement Car son fer est plus prompt que mon empêchement. Il tombe, et par ce trait d'une constance extrême Ce grand coeur en mourant triomphe de lui-même,

HERMINIE

J'en doute.

SCÈNE II. Soliman. Herminie et suite.

SCÈNE III. Soliman. Herminie et suite.

SOLIMAN

Qu'il entre.

HERMINIE

Adieu.

SCÈNE IV. Soliman, Pirrus, Achamt, Perside, et suite.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Soliman, Herminie, Achmat, Pirrus.

SOLIMAN

Nous l'espérons en vain amour que dois-je faire ? La dois-je abandonner ? me dois-je satisfaire ? Écouter mes désirs, la contraindre, ou céder ? La rendre à son Eraste, ou bien la posséder ? Quand je pense aux attraits dont l'ingrate est pourvue Je ne puis étouffer l'amour que j'ai conçu, Je sens que son ardeur s'accroît à tout moment Et que mon coeur se plaît en ce noble tourment, Mais d'ailleurs quand je songe à cette belle flamme Qui depuis si longtemps triomphe dans son âme, Quand je vois cet esprit et si grand et si fort Soupirer pour Eraste ou courir à la mort, Ma raison aussitôt pour elle se déclare, Et sa fidélité si constante et si rare, Force ma passion à modérer ses feux Et de se relâcher en faveur de ses voeux, Eraste d'autre part que j'aime, et qui l'adore Qui nourrit dans son sein un feu qui le dévore, Eraste dont sans doute elle a reçu la foi Eraste qui ne vit que pour elle et pour moi, Eraste son amour, Eraste mes délices Cet Eraste en un mot qui par mille services, A vaincu ses dédains et m'a gagné le coeur Se présente à mes sens en superbe vainqueur, Et semble reprocher à mon âme enflammée, Qu'à tort je lui ravis cette personne aimée. Soliman Soliman, enfin que résous-tu ? Quitte quitte l'amour, écoute la vertu, Par un beau sentiment et d'honneur et de gloire Emporte sur toi-même une illustre victoire, Et montre à l'Univers par ce dernier effort Que pour te résister il n'est rien d'assez fort. Qu'on les fasse venir.

Achmat va quérir Perside, et Pirrus, Eraste.

SCÈNE II. Soliman, Herminie.

SCÈNE III. Soliman, Herminie, Perside, Achmat.

SCÈNE IV. Soliman, Perside, Herminie, Achmat, Pirrus, Eraste.

SOLIMAN

Eraste.

ERASTE

Oui Perside et l'amour secondant mon courage J'obtiens sur mes rivaux, un heureux avantage Là comme il importait à ma discrétion Je voulus triompher de mon ambition, Et sortir inconnu du champ de ma victoire Mais un si beau dessein fut trahi par ma gloire, Car un des soutenants jaloux ou curieux Découvrit malgré moi mon front victorieux, Et levant mon armet fit tomber une chaîne Que je portais au col en faveur de ma Reine, Ce cher et riche don d'une si belle main S'égare dans la presse. et je le cherche en vain, Catalde la remontre, il le prend, il le cache Et par une action aussi vaine que lâche, Il en fait un présent à certaine beauté Qui lors dans ses liens le tenait arrêté, L'orgueilleuse s'en pare il est vu de Perfide Elle le reconnaît, et m'estime perfide, Croyant que cet objet avait reçu de moi Cette fatale chaîne et peut-être ma foi. Alors ce faux soupçon allumant sa colère, L'ingrate me bannit, je meurs, je désespère, Mais plus par mes regrets je tâche de l'adoucir Et moins je vois d'espoir d'y pouvoir réussir, Toujours à sa pitié sa cruauté s'oppose Et je souffre un tourment dont j'ignore la cause, Le Sort enfin lassé de me voir endurer Après mille langueurs me permet d'espérer, Au fort de mes malheurs il décile ma vue Il me fait découvrir le serpent qui me tue, Et me montrant ma chaîne en une indigne main Me porte quant et quant à ce juste dessein ; Connaissant la beauté qui possédait ma perte Sans lui parler jamais que je l'avais soufferte, Je l'aborde, l'accoste, et lui faisant la Cour Je feins adroitement que je brûle d'amour, Je cajole, on me croit, elle m'est favorable Et par un faux tourment j'en cause un véritable ; Au gré de mes désirs la voyant à ce point Pour la mieux engager je ne la quitte point, Je fais le languissant, et sur tout je la presse Que par une faveur digne d'une maîtresse, Elle me fasse voir l'estime qu'elle fait D'un amour qu'à ses yeux je feignais si parfait, Sans peine à mes désirs sa volonté se range Je lui fais un présent, et par un doux échange, L'aveugle qui ne sait ou tend un pareil tour Me redonne ma chaîne et me rend mon amour, Ravi de ce butin je quitte cette Belle Mais comme en l'admirant je sortais de chez elle, Catalde me remontre et me voit en la main Ce trésor qu'il voulut me disputer en vain, Car à sa lâcheté pensant joindre l'outrage Je noyais dans son sang et sa honte, et sa rage. Après ce juste coup mon coeur devait régner, Mais au contraire hélas ! Il fallut m'éloigner, Et même en ce désordre où la fureur préside Je n'eus pas le bonheur de parler à Perside, Qui reçut de ma main au défaut de mes yeux Et mes derniers devoirs et mes tristes adieux.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Herminie, Alcomire.

HERMINIE

Nullement,

ALCOMIRE

Hé bien.

SCÈNE II. Alcomire, Achmat.

SCÈNE III.

SCÈNE IV. Perside, Soliman, Herminie, Achmat.

HERMINIE, à part

Il l'aime il l'aime encore.

SCÈNE V. Soliman, Perside.

SCÈNE VI.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Achmat, Hermine.

SCÈNE II.

SCÈNE III.

PERSIDE

SCÈNE IV. Perside, Eraste.

ERASTE

Ah ! Cesse ma chère âme Je douterais à tort des ardeurs de ta flamme, La crainte et les soupçons dont je suis combattu Attaquent mon repos et non pas ta Vertu. Par mille beaux effets elle m'est si connue Et parait à mes yeux si charmante et si nue Que si dans mes malheurs je doutais de ta foi Je me rendrais indigne et du jour et de toi, Mais je crains un amour armé d'une puissance Contre qui ta vertu n'aura point de défense, Qui foule aux pieds l'honneur, les lois et le devoir Et dans sa volonté limite son pouvoir, Oui je crains Soliman, oui je crains un barbare Dont le lâche dessein aujourd'hui nous sépare, Je redoute un voleur qui m'enlève mon bien, J'appréhende celui qui n'appréhende rien Et qui pour te ravir avec plus de licence, Par des moyens adroits me ravit ta présence Pour rendre auprès de toi ses efforts plus puissants. Il feint de redouter les armes des Persans, Mais c'est moi qu'il redoute, et non pas leur victoire Sous prétexte pourtant de procurer ma gloire, Ce mortel Ennemi m'éloigne seulement, Comme un fâcheux obstacle à son contentement, Et me fait Général d'une puissante armée Pour m'ôter un trésor dont son âme est charmée, Je sais qu'il t'aime hélas ! Et qu'il me veut trahir, Je sais que je te perds, mais il faut obéir. Étrange et dure loi de mon sort déplorable Qu'autant aimé qu'Amant je sois si misérable ? Amour ? Cruel amour que t'a fait ma vertu ? Tyran de mon repos à quoi me réduis-tu ? Quel caprice est le tien ? Quelle est ma destinée ? Tu veux m'ôter Perside ? Et tu me l'as donnée. Ah ! Ravis-moi plutôt le bien de la clarté Que la possession de sa rare beauté.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Soliman, Achmat, Pirrus, Haly, quelques Janissaires.

PIRRUS

J'y vais,

SCÈNE VII. Soliman, Achmat, Haly.

SOLIMAN

Achevez....

SCÈNE VIII. Soliman, Eraste, Achamt, Haly, Pittus, et Janissaires.

SCÈNE IX. Soliman, Achmat, Haly.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Pirrus, Alcomire.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Achmat, Herminie.

SCÈNE IV. Herminie, Pirrus.

PIRRUS, en entrant se veut retirer

Dieux qu'est-ce que je vois ?

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Perside, Herminie, Ormane.

HERMINIE

C'est elle.

HERMINIE

Apaisez-vous.

SCÈNE VII. Soliman, Pirrus, Haly, troupe de Janissaires.

SCÈNE VIII. Soliman, Haly, Pirrus, Perside. Ormane, troupe de Janissaires.

Pyrrus frappe à la porte de Perside.

ORMANE, du balcon

Que voulez-vous ?

ORMANE

Qui ?

SCÈNE IX. Herminie, Soliman, Haly, Pirrus et Janissaires.

SCÈNE DERNIÈRE. Perside, Soliman, Haly, Pirrus, Herminie, les Janissaires. Dans une chambre.

1 705 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica