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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers

Le Favori

Marie-Catherine Desjardins, Catherine Durant· créée en 1665· 5 actes· 1 437 vers· 8 personnages

Représenté pour la première fois le 24 avril 1665 au Théâtre du Palais-Royal.

Personnages

  • LE ROI DE BARCELONE
  • MONCADE, son Favori
  • CLOTAIRE, Prince réfugié
  • LINDAMIRE, maîtresse du Favori
  • DONA ELVIRE, dame de la Cour
  • LÉONOR, autre dame de la Cour
  • DON ALVAR, ami du Favori
  • CARLOS, capitaine des Gardes

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Moncade, Don Alvar.

MONCADE

Bien que de ce grand nom je fasse peu de compte, J'en discerne pourtant l'honneur d'avec la honte : Le plaisir de me voir dans un illustre emploi Propre à servir l'État, mes amis et mon Roi ; Et l'heur d'être l'objet des bienfaits de mon Maître Trouvent mon coeur sensible autant qu'il le doit être : Mais de tout ce bonheur je goûte peu de fruit, Quand j'ose envisager la peine qui le suit ; Si tu pouvais savoir par un peu de pratique, Ce qu'est un favori selon la voix publique, Et quels pièges secrets chacun tend à ses pas ; Mon dégoût pour ce rang ne t'étonnerait pas. Un homme qui parvient à ce degré suprême, Doit se garder de tous, et surtout de lui-même : Car d'un calme apparent le plus souvent séduit, Il s'endort sur la foi d'un vent qui le détruit ; Pour goûter tous les fruits d'une pleine sagesse, Il s'abandonne entier à sa délicatesse, Et croit dessus son Roi n'avoir rien attenté Quand il se fait chez lui Roi de la volupté. Ah ! Qu'il fait Don Alvar suivre d'autres maximes Envers les Souverains il est de certains crimes, Qui bien qu'ils ne soient point défendus par nos Lois, Blessent jusques au coeur la personne des Rois ; Un Prince tient du Ciel la suprême puissance, Le droit de commander est un bien de naissance : Mais cet esprit du monde, et ce tendre talent Qui tiennent moins du Roi que de l'homme galant, Comme un Prince ne peut les devoir qu'à lui-même Il en est plus jaloux que du pouvoir suprême, Et c'est sur un tel point qu'un favori prudent, Doit surtout éviter d'être son concurrent, Qu'il doit incessamment veiller sur sa personne, Car de quelques projets qu'un Monarque soupçonne, Tout est également à redouter pour nous, Et ses moindres désirs, sont des désirs jaloux.

DON ALVAR

Vous m'étalez en vain cette frivole crainte Vous êtes au-dessus d'une telle contrainte, Vos soins pour cet État, vos vertus, votre sang, Tout mérite chez vous l'éclat de votre rang ; La fortune n'a fait que vous rendre justice, Et loin que les faveurs partent de son caprice, Elle eut dû faire plus pour vos fameux exploits Et l'on sait que Moncade est sorti de nos Rois, Depuis que celui-ci règne sur Barcelone Votre bras fut toujours l'appui de sa Couronne, Et quel_que_soit pour vous l'excès de ses bontés Il doit peut-être plus au nom que vous portez : Prenez donc sur vous-même une entière assurance, Sans fatiguer le Ciel par votre indifférence, Des faveurs qu'il vous fait connaître mieux le prix Et ne rebutez plus le sort par vos mépris, Car vous en faites trop, s'il faut qu'on vous le die : La parfaite amitié qui de tous temps nous lie, M'oblige sur ce point à vous ouvrir mon coeur. Chacun commence à voir avec quelle froideur, Vous recevez du Roi les pressantes caresses, Plaisirs, fêtes, bontés, présents, honneurs, largesses, Rien ne peut de sa part vaincre l'ennui profond Qu'on voit incessamment dépeint sur votre front, D'où peut naître un chagrin si peu juste et si rude, Vous avez votre Roi dans votre solitude, Il a su pour charmer vos secrets déplaisirs, Vous amener aussi l'objet de vos soupirs, Que peut faire de plus, ce Prince qui vous aime, Que de venir ici vous divertir lui-même ; Que d'amener chez vous l'élite de la Cour, Et parmi tout cela l'objet de votre amour, Vous êtes dans un lieu, dont l'art et la nature, Ont à l'envi formé l'admirable structure, Et le Roi vous comblant d'un si rare bienfait, Vous fit le plus beau don que Prince ait jamais fait, Cette diversité de coteaux et de plaines, Ces superbes jardins, ces marbres, ces fontaines, Ces refuges sacrés de l'ombre et de l'effroi, Ces fertiles déserts...

SCÈNE II. Clotaire, Moncade, Don Alvar.

SCÈNE III. Moncade, Don Alvar.

SCÈNE IV. Lindamire, Moncade.

MONCADE

Elle lit.

MONCADE

Mais un amant oisif est souvent plus aimable, Qu'un toujours occupé que l'embarras accable, La Patente plaît moins à l'amour qu'un poulet, Et ce Dieu n'aime point les soins du cabinet.

Patente : ou, patentes, lettres, commission, diplôme, accordés par le souverain, par des corps, par des universités, etc. [L]

Poulet : Signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoie aux Dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui representaient les ailes d'un poulet. Autrefois les prudes faisaient grand scrupule de recevoir des poulets ; maintenant elles en ont de pleines cassettes. On les appelle à présent billets galants, billets doux. [F]

Cabinet : Lieu de retraite pour travailler ou pour converser. [FC]

SCÈNE V. Moncade, Lindamire, Don Alvar.

MONCADE

Le Roi !

DON ALVAR

Oui.

SCÈNE VI. Le Roi, Moncade.

ACTE II

SCÈNE I. Léonor, Dona Elvire.

DONA ELVIRE

Hé venez Léonor.

LÉONOR

Mais où donc allez-vous, Apprenez-moi du moins la belle matineuse Si c'est pour ménager une intrigue amoureuse Ou bien pour consulter le mouvement des Cieux, Que vous me conduisez à cette heure en ces lieux : Qu'est-ce donc ?

Matineuse : Qui est dans l'habitude de se lever matin. Substantivement. La Belle matineuse, titre de deux sonnets de Voiture et de Malleville sur le même sujet. [L]

LÉONOR

Voilà d'une coquette à peu près la leçon.

Coquette : Ce mot se prend en mauvaise part. Celle qui s'ajuste pour donner dans la vue des galants. [R]

SCÈNE II. Moncade, Dona Elvire, Léonor.

MONCADE

Vous voyez.

MONCADE

Hélas !

SCÈNE III. Moncade, Dona Elvire, Léonor, Don Alvar.

SCÈNE IV. Moncade, Clotaire, Don Alvar, Dona Elvire, Léonor.

SCÈNE V. Moncade, Clotaire, Don Alvar, Dona Elvire, Léonor, Carlos.

DONA ELVIRE, bas

Quoi Moncade exilé !

LÉONOR, bas

Dieux !

CARLOS

Ce coup doit vous surprendre Et j'en ai comme vous paru tout interdit : Mais mon ordre est exprès.

Exprès : Qui est exprimé de manière à ne laisser aucun doute possible. [L]

SCÈNE VI. Moncade, Clotaire, Don Alvar, Dona Elvire, Léonor.

DON ALVAR

C'en est fait.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Lindamire, Don Alvar.

DON ALVAR

Non Madame.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Lindamire, Clotaire.

SCÈNE IV. Lindamire, Elvire.

LINDAMIRE

Juste Ciel !

DONA ELVIRE

Je les tiens, Élégie : « Destins qui m'enlevez la moitié de ma vie » ; Oui ce les sont sans doute, écoutez.

Elégie : Espèce de Poésie qui s'emploie dans les sujets tristes, et plaintifs.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Moncade, Lindamire.

ACTE IV

SCÈNE I. Dona Elvire, Léonor.

DONA ELVIRE

Il est disgracié.

DONA ELVIRE

Devrais-je point plutôt partager sa disgrâce, Et passer en exil le plus beau de mes jours Par un zèle indiscret qui n'est d'aucun secours ; J'ai fait penser à tous avec un soin extrême, Que j'aimais Lindamire à l'égard de moi-même ; Elle adore Moncade, et peut dans son ennui Former quelque murmure, et se perdre avec lui : Si son amour la porte à cette extravagance On me soupçonnera d'être d'intelligence, Et le moindre envieux que j'aurai près du Roi, Peut d'un mot attirer tout son courroux sur moi ; Il faut donc me parer de cette calomnie, En montrant que je suis leur plus grande ennemie, Et me tirer ainsi finement du danger, Par mon empressement à les désobliger : Car c'est un beau recours pour une malheureuse, De penser, on dira, que je suis généreuse : La belle ambition, grâces au Ciel, mon coeur Ne veut point à ce prix de ce titre d'honneur : Pénètre qui voudra ces sublimes mystères, Je ne me repais point de ces vaines chimères ; Je sais ce qu'est la gloire et le parfait amour : Mais je crains la disgrâce, et j'aime fort la Cour ; Les yeux les plus brillants sont ternis par les larmes, Et trois jours de chagrin moissonnent bien des charmes ; Moi j'aime un peu les miens, et pour les voir durer, Dès longtemps j'ai fait voeu de ne jamais pleurer ; Voilà mon sentiment, à quoi qu'on me l'impute, Je ne veux point avoir là-dessus de dispute : Si le chagrin vous plaît, partageons entre nous, Vous pleurerez pour moi, moi je rirai pour vous, Le parti vous plaît-il ?

SCÈNE II. Dona Elvire, Léonor, Un Page.

DONA ELVIRE

Il sent bien son poulet.

BILLET.

Depuis ce moment d'entretien, Je m'aperçois sans que j'y pense, D'une certaine impatience, Que je ne discerne pas bien, Je sens des mouvements tous nouveaux pour mon âme, Mon coeur a des désirs tumultueux et doux ; Je ne sais ce que c'est : mais je pense, Madame, Que ce mal ne saurait finir qu'auprès de vous.

Dona Elvire continue.

Ha ! Rien n'est plus galant : de grâce, notre amie, Ce billet plairait-il à votre prud'homie : Je ne sors point ce soir, Page, il me trouvera, Dis-lui qu'il peut venir, et qu'il m'obligera.

Poulet : signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoie aux Dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui représentaient les ailes d'un poulet. [F]

Prud'homie : Probité et sagesse. [L]

Vers 992 - le réplique se termine par un point d'interrogation. Rien ne laisse penser qu'il s'agit une phrase interrogative.

SCÈNE III. Dona Elvire, Léonor.

SCÈNE IV. Dona Elvire, Léonor, Clotaire.

SCÈNE V. Le Roi, Dona Elvire, Clotaire, Léonor, Carlos.

SCÈNE VI. Le Roi, Dona Elvire, Léonor, Clotaire, Lindamire, Carlos.

LINDAMIRE, bas

Écoutons.

LINDAMIRE, bas

Lâche...

ACTE V

SCÈNE I. Lindamire, Don Alvar.

LINDAMIRE

Ah ! Pour ce nouveau mal il n'est point de remède, Et je sens bien qu'il faut que ma constance cède ; Ce dernier coup s'achève, hélas il est perdu ! Et tout espoir nous est sur ce point défendu ; Son exil me laissait encor quelque espérance, On semblait y garder un peu de bienséance, On l'envoyait chez lui sans bruit et sans éclat : Mais si le Roi le traite en criminel d'État, Croyez-moi, Don Alvar, sa perte est assurée, L'envie et mon malheur de concert l'ont jurée.

Concert : signifie figurément, l'accord de plusieurs personnes en l'exécution de quelque dessein. Cet homme subsiste toujours malgré ses créanciers, parce qu'ils n'agissent pas de concert. les grandes affaires ne réussissent point, si on n'agit de concert. Se dit aussi des choses inanimées. [F]

SCÈNE II. Lindamire, Don Alvar.

SCÈNE III. Le Roi, Lindamire, Clotaire, Don Alvar, Carlos.

SCÈNE IV. Le Roi, Lindamire, Clotaire, Don Alvar.

SCÈNE V. Le Roi, Moncade, Lindamire, Clotaire, Don Alvar.

SCÈNE VI. Le Roi, Clotaire, Moncade, Don Alvar, Lindamire, Dona Elvire, Léonor, Carlos.

DONA ELVIRE

Qu'ai-je fait !

SCÈNE VII. Le Roi, Moncade, Lindamire, Don Alvar, Dona Elvire, Léonor.

MONCADE

Prince...

SCÈNE VIII. Dona Elvire, Léonor.

1 437 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica