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Tragi-comédie en vers

Manlius

Marie-Catherine Desjardins· créée en 1640, imprimée en 1662· 5 actes· 1 592 vers· 7 personnages

Représenté pour la première fois en 1640.

Personnages

  • TORQUATUS, Consul Romain
  • MANLIUS, Fils du Consul
  • CAMILLE, Veuve de Décius
  • OMPHALE, Princesse d'Épire captive des Romains
  • JUNIUS, Ami de Torquatus
  • PHÉNICE, Suivante d'Omphale
  • PISON, Licteur

ACTE I

SCÈNE I. Camille, Pison.

SCÈNE II. Torquatus, Camille.

SCÈNE III. Torquatus, Omphale, [Phénice].

SCÈNE IV. Omphale, Phénice.

SCÈNE V. Omphale, Manlius, Phenice.

SCÈNE VI. Omphale, Phenice.

ACTE II

SCÈNE I.

TORQUATUS, seul

Vertu, Romains, Sénat, Lois, devoir trop sévère, Qui voulez arracher Manlius à son père ! Dure nécessité de voir couler un sang, Dont la nature a mis la source dans mon flanc ! Dignité de consul, cruelle soif d'estime À qui mon propre fils doit servir de victime ! Amour de mon pays qui me fûtes si cher, Un père malheureux ne peut-il vous toucher ? Dois-je vous immoler un fils couvert de gloire Et lui donner la mort pour prix d'une victoire ? Ne saurais-je accorder dans ce péril mortel, L'amour de la patrie et l'amour paternel, Et faut-il étouffer les sentiments d'un homme, Quand on veut acquérir les louanges de Rome ? Nature, amour, pitié, mouvements confondus, Triomphez s'il se peut, ou ne combattez plus. Que mon devoir vous cède, ou rendez lui les armes, Je n'ai que trop souffert de vos rudes alarmes, Il est temps que mon coeur élise un souverain, Et qu'il soit aujourd'hui tout père ou tout Romain. Qu'entre ces deux parties mon âme est balancée, Que de troubles divers règnent dans ma pensée, D'un et d'autre côté je vois briller un prix, Rome offre de la gloire et la nature un fils. Ô Dieux peut-on choisir dans cette conjoncture ? Confondez vos présents et Rome et la nature, Je ne puis accepter un choix si dangereux, Donnez-moi l'un et l'autre, ou m'ôtez tous les deux, Mais, pourquoi balancer une mort résolue ? La perte de mon fils n'est-elle pas conclue ? L'amour plus que les Lois a signé son Arrêt, Et je dois son trépas à mon propre intérêt ; Omphale me méprise et l'ingrate l'adore, C'est mon rival, on l'aime et je consulte encore, Je tremble, je frémis, ha ! C'est trop combattu, La nature vous cède amour, Sénat, vertu, Ne me résistez plus importune tendresse, Vous avez contre vous et Rome et la Princesse, Cédez à mon amour, cédez à mon devoir.

SCÈNE II. Torquatus, Junius.

SCÈNE III. Torquatus, Manlius, Junius.

SCÈNE IV. Torquatus, Junius.

TORQUATUS

Pour un brave Romain qui partage ma gloire, Tu parles assez mal des droits de la victoire : En allant au combat l'orgueil nous est permis ; Mais quand on est vainqueur, on doit être soumis. Un homme que le sort arrache de la boue, Dont il fait une idole, et puis dont il se joue, Qui né dans l'esclavage et formé d'un vil sang Sans l'avoir mérité se trouve au plus haut rang, Ébloui par l'éclat du bonheur qu'il possède, Dans sa bonne fortune il veut que tout lui cède ; Et son esprit déçu par mille faux appas Ne saurait discerner ce qu'il ne connaît pas : Mais un fameux héros, de qui l'âme immortelle, Voit toujours ici bas le sort au dessous d'elle, Dont l'esprit endurci contre l'adversité Trouve en lui son repos et sa félicité, D'un oeil toujours égal regarde la fortune, Et même sa faveur l'accable et l'importune ; Ses propres intérêts sont pour lui les derniers, Et s'il paraît ardent à cueillir des lauriers, Ce n'est pas seulement pour couronner sa tête ; C'est pour voir son pays jouir de sa conquête : C'est ainsi, Junius, que doit vivre un Romain, Plus il a de bonheur, moins il doit être vain, Vainqueur de l'Univers, il doit respecter Rome, Être au camp plus qu'un Dieu, au Sénat moins qu'un homme ; Et s'il veut tout soumettre, il doit nous faire voir Qu'il est soumis lui-même aux règles du devoir. Cependant Manlius, le coeur plein d'arrogance, Méprise ouvertement notre expresse défense. Sans respecter ni lois, ni père, ni Sénat, De son seul mouvement il donne le combat, Une telle insolence et si démesurée, Par la mort seulement peut être réparée : L'audacieux mourra, c'en est fait ;

SCÈNE V. Torquatus, Omphale, Phénice.

SCÈNE VI. Camille, Omphale, Phénice.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.

CAMILLE, seule

Qu'ai-je entendu ? Grands Dieux ! Et que me dit Omphale ? Croire que Torquatus à ce point se ravale ? Torquatus, un vainqueur, un Consul, un Romain, De l'univers entier l'arbitre Souverain, Cede aux faibles attraits d'une jeune étrangère ? Ce qu'on appelle amour, cette vaine chimère, Ce caprice des sens, ce poison des Vertus, A rangé sous ses lois le coeur de Torquatus ? L'amour blesse un Consul ? Mais c'est peu qu'il le blesse, Il le soumet encore aux lois d'une Princesse, Dont le père a coûté pour le malheur de tous Au Sénat Décius, à Camille un époux. Injuste Torquatus, tu sais que ce grand homme A répandu son sang pour le salut de Rome, À peine a-t-il reçu les honneurs du tombeau ; Et tu veux t'allier au sang de son bourreau ? Ô vous qui le souffrez, Démons de la Patrie, Vous à qui s'immola cette ombre si chérie, Vous qui devez veiller sur l'État des Romains ; Êtes vous donc des Dieux ou des fantômes vains ? Vos éloges brillants sont-ils des impostures ? Voyez vous sans horreur les crimes des parjures ? N'avez vous point de bras, ou si vous en avez À quel usage, hélas ! Sont-ils donc réservés ? Quel plus noir attentat, mérite le supplice ? Ah ne retenez plus grands Dieux votre Justice ; Il est temps, d'éclater, montrez votre courroux, Et vengez d'un seul coup, l'État, Camille, et vous : Mais, pourquoi battre l'air de ces vaines paroles ? Que sont à ma douleur tant de plaintes frivoles ? Ne puis-je sans les Dieux repousser un affront ; Et mon bras n'est-il pas un remède plus prompt ? Ah, ne balançons point, la plainte est inutile, Armons nous d'un poignard, courons ; Mais où Camille, Te charger de la mort, d'un Consul, d'un Romain, Et dans un si beau sang oser tremper ta main ? Que plutôt le Consul te donne au lieu d'Omphale, Une esclave, une infâme, un monstre pour rivale ; Qu'il te rende plutôt le rebut du Sénat Que de souiller ton nom d'un si grand attentat. Les criminels désirs, que t'inspire ta rage, Te feraient mériter ta honte, et cet outrage ; Cherche d'autres moyens pour ton soulagement, Manlius doit se rendre ici dans un moment, Il est jeune et bouillant, il aime la Princesse, Et son propre salut dans son mal l'intéresse, Je sais que le Consul a juré son trépas, Pour un jeune vainqueur la vie a des appas, Offrons lui du secours embrassons sa défense Tâchons de l'irriter : Le voici qui s'avance.

SCÈNE II. Camille, Manlius.

SCÈNE III.

MANLIUS, seul

Ô Sort vraiment cruel ! Ô funeste aventure ! Ô mortel accident ! Ô Triste conjoncture ! Est-il rien ici-bas à ton malheur égal, Amant infortuné ? Ton père est ton rival. Quoi le coeur du Consul cesse d'être insensible ? Ô Dieux ! Ce changement serait-il donc possible ? As-tu bien entendu ? Ne t'a-t-on point surpris ? Rappelle Manlius, rappelle tes esprits, Cesse de te plonger dans cette peine extrême : Sans doute on t'a surpris : Torquatus est le même : Mais pourquoi m'accuser de faiblesse ou d'erreur ? Quoi pour être un Consul en a-t-on moins un coeur ? Est-ce un si grand effort aux yeux de ma Princesse ? Que de rendre un Romain capable de tendresse ? Ce qu'ont pu ses appas, ne le peuvent-ils plus ? Et n'a-t-elle des traits que contre Manlius ? Hélas pour mon malheur, ces adorables charmes, À qui mon coeur rendit si promptement les armes, Sur tous les coeurs mortels, ont le même pouvoir, Et pour les adorer, il suffit de les voir. Mon père les a vus, mon père a du se rendre. Puisqu'il avait des yeux, qui pouvait s'en défendre ? Qui peut voir sans transport tant de divins appas ? Qui peut connaître Omphale, et ne l'adorer pas ? Amour, Nature, Dieux, qui la fîtes si belle Faites donc par pitié qu'on n'ait plus d'yeux pour elle : Hé ! Si quand on la voit, on devient mon rival Aveuglez les mortels pour soulager mon mal. Seul je sais bien porter mes glorieuses chaînes, On partage mes biens sans partager mes peines. Seul je sais bien aimer, et tu vois comme moi ! Ah, révoquez grands Dieux cette barbare loi : Si je sais seul aimer, faites s'il est possible Que seul je puisse voir ce miracle visible ; Mais j'aperçois les yeux dont les traits m'ont blessé, Prends courage mon coeur tu seras exaucé ; Mais les Dieux attendris du tourment qui te presse Font exprès dans ce lieu rencontrer ta Princesse ; Ranime en la voyant ton espoir abattu.

SCÈNE IV. Omphale, Manlius, Phénice.

SCÈNE V.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

TORQUATUS, seul

Tu mourras, tu mourras, ô fils trop téméraire Dont les feux insensés ont osé me déplaire. Le sort en est jeté ; rival audacieux Ton sang effacera le crime de tes yeux. Tous les chefs du Conseil touchés par ma présence Semblaient d'abord pencher un peu vers la clémence, Mais voyant son trépas, enfin, par moi conclu, D'une commune voix ils l'ont tous résolu : Goûte, goûte à longs traits les fruits de ta conquête, À l'abri des lauriers qui couronnent ta tête, Méprise impunément l'effet de mon courroux, Ton fragile bonheur ne me rend plus jaloux. Expose aux yeux d'Omphale une grande victoire, Vente lui tes hauts faits, ton éclat et ta gloire, Ces funestes présents de Bellone et du sort Comme le chant du cygne annonceront ta mort. Mais toi que me veux-tu, ridicule tendresse, Importun mouvement, lâche et molle faiblesse : Pourquoi viens-tu troubler un coeur envenimé Qui ne voit dans mon fils qu'un rival trop aimé : Va, ne t'expose plus au feu qui me possède Où l'amour veut régner il faut que tout lui cède. Tendresse, tes efforts sont ici superflus, Mon fils est mon rival, je ne le connais plus. Je ne le connais plus ; mais puis-je méconnaître, Un fils si glorieux et si digne de l'être : Celui que je renonce avec tant de fureur, N'est-il pas des Latins le superbe vainqueur : Mon sacrilège bras peut-il réduire en poudre, Un front que les lauriers défendent de la foudre : Et dois-je en répandant un sang si précieux, Usurper un pouvoir qui n'appartient qu'aux Dieux, Ah ! Respecte Consul, une si belle vie, Que d'un prompt repentir ta rage soit suivie, Oppose Rome entière à cette injuste amour Qui veut le rendre indigne et d'Omphale et du jour, Et malgré cette ardeur, rends à ce fils si rare, Ce qu'il arracherait de l'âme d'un barbare, Mais où m'emportez-vous, sentiment paternel ? Avez-vous oublié que ce fils criminel, Trouve dans ses vertus ses plus cruelles armes : Qu'il serait moins aimé, s'il avait moins de charmes, Et que de ses attraits l'inévitable effort, Apporte dans mon coeur et la rage et la mort ? Ne consultons donc plus une vertu timide, Qui donne à cette mort l'ombre d'un parricide : Perdons sans balancer, un fils si dangereux, Éteignons dans son sang ses téméraires feux : Exécutons du sort l'arrêt irrévocable : C'est mon rival, on l'aime, il est assez coupable. Holà, quelqu'un.

SCÈNE II. Torquatus, Camille.

CAMILLE

Seigneur.

CAMILLE

Le désir de montrer que Camille est Romaine. J'attendais que le temps, ce titre, et votre foi Vous épargnât l'horreur du Sénat et de moi ; Et croyant un reproche indigne de mon âme D'un oeil indifférent je voyais votre flamme Sans que ce lâche feu qui me prive de vous, Excitât dans mon coeur une ombre de courroux : Mais sachant à quel point vous porte votre rage, Que Manlius est prêt d'en ressentir l'outrage, Je viens pour empêcher un si grand attentat, Exposer à vos yeux Camille et le Sénat ; Je croyais que le temps dissipât le nuage Qui de votre raison vous dérobe l'usage, Et que votre vertu brisant votre prison, Votre coeur se devrait sa propre guérison : Mais puisque votre mal s'aigrit quand on le flatte, Je vois bien qu'il est temps que ma colère éclate, Et que de mon courroux le trop sincère trait D'un Décius mourant vous fasse le portrait : Quand à tous vos désirs votre âme abandonnée Veut fausser une foi si saintement donnée, Avez vous oublié que mon illustre Époux, Mourant pour le public, mourut aussi pour vous ? Qu'il était innocent et paya tous vos crimes, Que seul il a servi de cent mille victimes ; Et que ce grand Héros, était si cher aux Dieux, Que son sang apaisa tout le courroux des Cieux ? Il vous a conservé vos jours, votre puissance, Et vous vous en servez pour me faire une offense ; Et comme si l'amour n'était pas satisfait D'être l'unique auteur d'un si lâche forfait, Il demande de vous encore un Parricide, Et votre esprit conduit par cet aveugle guide, A juré le trépas d'un héros innocent ?

SCÈNE III. Torquatus, Camille, Junius.

SCÈNE IV. Torquatus, Junius.

JUNIUS

Si l'ardeur des soldats n'est pas considérable, Craignez un ennemi beaucoup plus redoutable, Appréhendez, Seigneur, un rigoureux bourreau, Qui porte ses fureurs au delà du tombeau ; Une flamme invisible, un Démon domestique, Un remords (car il faut enfin que je m'explique) Dont la secrète voix vous dira nuit et jour, Tu fis mourir ton fils, pour plaire à ton amour ; Il fut de cette ardeur l'innocente victime : Tremble, tremble, Consul, les Dieux ont vu ton crime, Le sang de ce Héros injustement versé Élève des vapeurs, dont le Ciel est percé ; Des Champs_Élyséens il demande vengeance : Tremble, encore une fois, ton supplice s'avance. Alors, pour étouffer cette tonnante voix Vous vous excuserez sur la rigueur des lois, Sur la nécessité de punir ce coupable ; Mais vous aurez en vous un juge inexorable, Et quand vers le Public vous vous excuserez, Malgré vous en secret, vous vous condamnerez : Quand vous consulterez votre âme toute nue Sur une intention qui vous est trop connue, Fussiez vous mille fois le plus grand des Romains, Pour vaincre vos remords, vos titres seraient vains. Il n'est point de grandeur, de rang, de diadèmes, Qui nous puissent, Seigneur, défendre de nous mêmes, Et l'univers entier ne peut nous garantir Des traits empoisonnés d'un juste repentir. Pendant qu'il en est temps, évitez donc l'orage : On voit en vain l'écueil, quand on a fait naufrage ; Il y va d'immoler, non pas des ennemis, Des esclaves aux fers, mais votre propre fils ; Un fils victorieux, et dont le plus grand crime Est un peu trop d'ardeur d'acquérir de l'estime. Dieux ! Est-ce donc si peu qu'une telle action, Qu'on ne daigne y donner quelque réflexion ? Remettez au Sénat à juger cette affaire.

TORQUATUS

Cesse de tourmenter un misérable père, Qui s'est dit mille fois en condamnant son fils, Les frivoles raisons qu'aujourd'hui tu lui dis, Quand un père obligé de vaincre sa faiblesse S'efforce d'arracher un fils à sa tendresse, De l'amour paternel les secrets entretiens Ne lui tiennent que trop les discours que tu tiens. Ce sont des noeuds si doux que ceux de la nature, Que quand on est contraint de souffrir leur rupture, Il n'est aucun moyen, qu'une âme n'ait tenté, Pour ne pas se trouver dans cette extrémité. Quand on voit un Romain amoureux de la gloire, Remporter sur ses sens une entière victoire, Au bonheur de l'État borner tous ses plaisirs, Et sans cesse étouffer ses plus pressants désirs, Ce n'est pas que son coeur en soit moins accessible À tout ce qui rendrait un autre coeur sensible ; Le plus faible mortel, le plus ferme Romain, Ont tous deux été faits par une même main, Et cette fermeté, qui fait leur différence, À proprement parler, n'est que dans l'apparence : Leurs deux coeurs sont sujets aux mêmes passions ; Ils reçoivent tous deux mêmes impressions : Mais l'un cède d'abord aux efforts de l'orage, Et l'autre se défend avec plus de courage ; Et le plus intrépide et le plus généreux Est souvent, en secret, le plus touché des deux. Sachant donc de mon fils la funeste aventure, J'ai senti ces transports que donne la nature, J'ai d'abord éprouvé, que le coeur d'un Romain, Pour être illustre et grand, n'en est pas moins humain, Qu'on n'en est pas plus dur, pour être né dans Rome, Qu'un père est toujours père, et qu'un Consul est homme : Mais à tous ces effets des premiers mouvements Ont enfin succédé de plus grands sentiments ; Je me suis souvenu, pour devenir sévère, Que j'étais un Romain, avant que d'être père, Que mon fils est à Rome, aussitôt comme à moi, Que moi-même je dois tout mon sang à la loi, Et qu'un Consul ayant adopté la patrie, Si mon fils échappait au devoir qui me lie, Le moindre des Romains croirait impunément Pouvoir se dispenser de mon commandement. Voila de son arrêt la véritable cause : Cesse d'en accuser cet amour qu'on m'impose. Je ne me défends point de ces bruits insensés : Mille fameux exploits m'en défendent assez. Quand la vertu d'Omphale aurait touché mon âme, Mon fils ne serait pas un obstacle à ma flamme ; Il saurait se soumettre aux lois de son devoir, Et n'irriterait pas mon absolu pouvoir. Plut aux Dieux immortels que ce fut là son crime, Les ordres souverains d'un pouvoir légitime, L'arracheraient bientôt aux horreurs du trépas.

SCÈNE V.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Torquatus, Omphale, Phénice.

SCÈNE II. Torquatus, Omphale, Phénice, Pison.

PISON

Seigneur.

OMPHALE

Je veux...

TORQUATUS

Achevez.

OMPHALE

Le sauver.

TORQUATUS

Et du reste ?

SCÈNE III. Omphale, Manlius, Phénice, [TORQUATUS, PISON].

MANLIUS

Quoi ! Vous aussi, Madame, avez juré ma perte ! De la part du destin mon âme l'eut soufferte, Avec tant de mépris, et si peu de terreur, Qu'à mes propres Bourreaux ma confiance eût fait peur. J'ai défié le sort d'épouvanter mon âme Tant qu'il a respecté l'intérêt de ma flamme : On fait pour m'accabler un impuissant effort, Si ma Princesse m'aime à l'instant de ma mort, Disais-je, et le destin en attaquant ma vie, Pour se bien assouvir, a manqué d'industrie : Ce n'est pas à ma mort qu'il doit borner ses coups, S'il veut forcer mon coeur à craindre son courroux ; Qu'il lance contre moi les traits de l'Enfer même, Je brave son pouvoir, si ma Princesse m'aime : Un amant embrasé par de si nobles feux, Pourvu qu'il meure aimé, meurt toujours trop heureux. Je me flattais ainsi d'une douce espérance, Et mon coeur abusé par cette confiance, Rempli de votre objet et de sa passion, Attendait le trépas sans nulle émotion. Mais ô Dieux ! J'ignorais la dernière injustice, Qui veut faire changer de genre à mon supplice ; Quoi ! Même avant ma mort, mourir dans votre coeur ! Attendre mon trépas des coups de ma douleur ! Traîner languissamment une vie importune ! Et souffrir mille morts pour en éviter une ! Princesse, hélas ! Qu'a fait ce misérable amant, Pour être condamné si vigoureusement ? Par quel crime a-t'il pu mériter sa disgrâce ? Ah, qu'un peu de pitié retrouve ici sa place ; Aimez-moi, s'il se peut, au moins jusqu'à ma mort, Et ne devancez pas le dernier coup du sort. Je n'abuserai point de votre complaisance ; Du Consul irrité l'extrême impatience, Si j'en présume bien, ne vous lassera pas.

SCÈNE IV. Torquatus, Camille, Omphale, Phénice.

SCÈNE V. Torquatus, Camille, Omphale, Phénice, Junius.

SCÈNE VI. Torquatus, Camille, Omphale, Phénice, Junius, Pison.

SCÈNE VII. Torquatus, Camille, Omphale, Manlius, Phénice, Junius, Pison.

TORQUATUS

Dieux !

1 592 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica