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un seul est le mot juste.

Tragi-comédie en vers· Tragédie

Mirame

Jean Desmarets de Saint-Sorlin· créée en 1641, imprimée en 1639· 5 actes· 1 818 vers· 12 personnages

Représenté pour la première fois au Palais Cardinal le 14 janvier 1641.

Personnages

  • LE ROI
  • MIRAME, Princesse de Bithynie
  • ALMIRE, Princesse confidente de Mirame
  • ALCINE, Suivante de Mirame
  • ARIMANT, Prince favori du roi de Colchos
  • AZAMOR, Roi de Phrygie
  • ACASTE, Connétable de Bithynie
  • ADRASTE, Prince sujet du Roi de Bithynie
  • ANTENOR, Capitaine de la côte
  • LE GRAND PRÉVOT
  • L'AMBASSADEUR DU ROI DE COLCHOS
  • SOLDAT
Sire,

AU ROI.

Bien que l'usage des triomphes publics semble âtre aboli par toute la terre, la France a maintenant un lieu où l'espère que votre Majesté triomphera souvent, par les vers et par les beaux spectacles que votre grand Ministre y fera faire pour célébrer vos conquêtes. Mirame que je présente avec respect à votre majesté, n'a servi que d'un essai avant que d'y chanter louanges, et si mon travail a été suivi de quelques heureux succès en un sujet inventé, elle jugera, s'il lui plaît, de ce que je pourrai faire ne parlant de ses exploits véritables. Déjà les Ballets que l'on a vus depuis sa représentation, n'ont eu pour sujet que les victoires de votre Majesté, et tous leurs écrits n'ont parlé que des merveilles de sa vie. Mais j'ose lui dire encore que je prépare un ouvrage sur le sujet des la Justice de ses armes, et de la modération d'un si grand Roi dans ses glorieux succès, qui avec l'aide de la renommée de votre Majesté, volera comme j'espère par tout le monde. Je lui demande seulement un regard favorable, pour être animé dans une si belle entreprise, et pour me faire concevoir des pensées qui ne soient pas indignes de la grandeur de son nom, ni du voeu que j'ai fait d'être jusques au dernier soupir,

SIRE,

De votre Majesté,

Le très humble et très obéissant et très fidèle serviteur et sujet, DESMARETS.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Acaste.

LE ROI

Votre sens est le mien. Mépriser Azamor avec une couronne, Mépriser les conseils que son père lui donne, Son devoir et soi-même, est bien assurément Faire mépris de tout sans aucun jugement. Mais si de ces mépris Arimant est la cause, L'ingrate en son mépris prise bien peu de chose. Cependant l'orgueilleux, enflé de son pouvoir, Tient sa flotte à la rade, et demande à me voir. Bien qu'il parle de paix, ce n'est qu'une finesse, Pour trouver un moyen de revoir la princesse. Mais de mon ennemi je déteste l'abord. Qu'il vous parle, il suffit : qu'on le reçoive au port. Il faudra lui donner quelque prince en otage. Allez, remarquez bien son geste et son langage. Toutefois attendez ; je veux premièrement De ma fille en ce lieu sonder le sentiment. Faites-moi la venir ; tandis, cette verdure Peut-être trompera les ennuis que j'endure. Combien, cruel amour, mets-tu dans les esprits De désirs imprudents et d'injustes mépris ? Passion misérable, aveugle, téméraire, Et capable d'armer l'enfant contre le père. L'honneur et le devoir par toi sont terrassés, Et par toi des États ont été renversés. Mais vous, ô beaux jardins de ma chère Héraclée, Qui repoussez du pied l'orgueil de l'onde enflée, D'où l'on voit à même heure et des fleurs et des flots, L'horreur et le plaisir, le trouble et le repos ; Que me présagez-vous, ou la paix, ou la guerre ? Qui verra nos combats, ou la mer, ou la terre ? Mais Dieux ! La puis-je voir ? Calmons-nous toutefois. Savoir dissimuler, est le savoir des Rois.

SCÈNE II. Le Roi, Mirame, Almire, Acaste, Alcine.

SCÈNE III. Adraste, Le Roi, Mirame, Almire, Acaste, Alcine.

SCÈNE IV. Azamor, Le Roi, Mirame, Almire, Acaste, Alcine.

SCÈNE V. Mirame, Almire, Alcine.

MIRAME

Il n'est que trop aimable : Mais mon coeur pour l'aimer n'en est pas moins blâmable. Je me sens animer d'une imprudente ardeur, Contre mon sang armée, et contre ma grandeur. Au bien de mon pays je préfère ma flamme : Mais quel est ton espoir, misérable Mirame, Et quel est ton amour, qui fait que tu trahis Ton honneur, ton repos, ton père et ton pays ? Quel bonheur, malheureuse, oseras-tu prétendre, Quand tu verras ton père et ton pays en cendre ? Sors de mon âme, sors, amour infortuné, Qui fais perdre le jour à qui me l'a donné, Et vois dedans mon coeur tes flammes étouffées, Toi qui veux sur sa tombe élever tes trophées. Ou même si mon coeur ne saurait sans mourir, Perdre ton feu fatal dont il ne peut guérir ; S'il ne peut t'étouffer sans s'étouffer lui-même, Je consens à ma mort, je l'ordonne, je l'aime. J'aime mieux immoler et ma flamme et mon coeur, Que conserver ma vie en perdant mon honneur. Ma mort conservera mon père et sa couronne. . Mais perdrai-je Arimant ? La raison me l'ordonne, C'est sous le nom d'amant un ennemi couvert. Le perdant, je ne perds que celui qui me perd. Hélas ! Quand par les yeux je fus ensorcelée, C'est lorsque ma raison devait être appelée : Quand l'aimable Arimant me parlAit en ces lieux, De la voix pour son prince, et pour lui par les yeux : J'écoutais de sa voix la trompeuse entremise, Cependant que ses yeux captivaient ma franchise. Mon amour s'attachant à ce visible objet, Je crus aimer le maître, et j'aimai le sujet. Serais-je maintenant de tourments agitée, Si dès-lors ma raison eût été consultée ? Mais le prince étant mort, qui couvrait mon erreur, Mon amour découvert est devenu fureur ; Et malgré ma raison, me fait être perfide, Funeste à ma patrie, ingrate, et parricide. Arimant se glissa dans mon coeur innocent. Mon feu caché s'accrut et se rendit puissant. Je ne pus le connaître au point de sa naissance, Et ne pus le dompter quand j'en eus connaissance.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Acaste, Azamor.

SCÈNE II. Azamor, Acaste.

SCÈNE III. Mirame, Almire.

SCÈNE IV. Arimant, Mirame, Almire, Antenor.

ARIMANT

C'est assez.

SCÈNE V. Mirame, Almire.

MIRAME

Qu'ai-je dit ? Qu'ai-je fait ? Je suis bien criminelle. Que d'infidélités pour paraître fidèle ! J'abandonne mon sang, mon pays, mon honneur, Mon devoir, ma raison, mon repos, mon bonheur, La grandeur de mon rang, la vertu de mon âme, Pour n'avoir pas le coeur d'abandonner ma flamme, J'ai fait d'un téméraire un amant glorieux. J'ai mis le fer moi-même aux mains d'un furieux, Qui feignant de m'aimer avec idolâtrie, Peut-être pour tout but veut perdre ma patrie. Je tremble et je crains tout : les feuilles de ce bois Me semblent devenir des langues et des voix, Pour dire les erreurs que l'amour me conseille, Et que pour les ouïr le monde est tout oreille. Pensé-je les cacher en ce bord écarté ? Mon crime est-il moins noir dedans l'obscurité ? Non, déjà chacun parle et se plaint de mon crime. Je me vois sur le point de perdre toute estime. Mes feux vont éclater : mon coeur ne peut mentir, Et ne peut se résoudre à feindre un repentir. Ah ! Mirame, à quel point te réduit ta misere ? De qui te plaindras-tu ? Sera-ce de ton père ? Non, il veut la raison : sera-ce d'Arimant ? Suivant ta passion, il suit ton sentiment. En plaignant mon malheur, je me plains de moi-même, Et chérissant mon mal, c'est mon crime que j'aime. Hélas ! Si mon amant n'était que dans mon coeur, J'y pourrais bien cacher cet aimable vainqueur ; Mais il est dans mes yeux et chacun l'y découvre. Ma bouche le déclare aussitôt que je l'ouvre. Et, qui plus est, mon coeur me défend de cacher Ce qu'il a de plus doux, ce qu'il a de plus cher, Mais aussi, mon amour est rempli d'innocence. Amour qui fais mon mal sois aussi ma défense La vertu d'Arimant règle tous ses désirs, Dans le bien de me voir il borne ses plaisirs. En mérite, en valeur il est incomparable. Qui donc avec raison me peut juger blâmable ? Si je cède à l'amour, ayant bien combattu, Je sais loger mon coeur où loge la vertu.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Mirame, Almire.

SCÈNE II. Le Roi, Mirame, Almire, Acaste.

SCÈNE III. Mirame, Almire.

SCÈNE IV. Mirame, Le Grand Prévot, Arimant, Almire.

SCÈNE V. Arimant, Mirame, Almire.

SCÈNE VI. Acaste, Mirame, Arimant, Le Grand Prévôt.

MIRAME

Adieu.

SCÈNE VII. Azamor, Acaste.

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE. Mirame, Almire.

SCÈNE II. Mirame, Acaste, Almire.

SCÈNE III. Mirame, Almire.

SCÈNE IV. Azamor, Almire, Mirame.

SCÈNE V. Mirame, Almire.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE. Le Roi, Azamor.

SCÈNE II. Adraste, Le Roi.

SCÈNE III. Alcine, Le Roi, Azamor.

SCÈNE IV. L'Ambassadeur, Le Roi, Azamor.

SCÈNE V. Azamor, Alcine.

AZAMOR

Hélas ! Que de malheurs ! Ô fortune traîtresse, Par toi j'ai fait mourir mon frère et ma maîtresse. Ô sort que ton caprice est plein de cruauté. Pourquoi découvres-tu ce que tu m'as ôté ? Pour mon mal seulement tu me le viens apprendre. Quoi ! Tu me rends un frère et ne peux me le rendre. Pourquoi, cruels destins, tyrans trop absolus, Sais-je que je l'avais lorsque je ne l'ai plus ? Cher frère, aimé d'un roi, révéré de la terre, Désirable en l'amour, redoutable en la guerre, À qui tout eût cédé, si le Ciel rigoureux Ne m'eût rendu plus fort pour être malheureux, Ce fer n'osa frapper le frère de son maître : Il respecta mon sang, je ne le pus connaître. Mais si dans le combat il épargna le tien, Je veux que pour ma faute il répande le mien. J'en ai fait mourir deux par ma flamme importune. Pour deux morts tout au moins il m'en faut donner une. Finis, triste Azamor, ta vie et tes amours. Parque, tranche le fil de mes malheureux jours, Puisque tu ne m'ourdis que des trames si noires, Que je n'acquis jamais que de tristes victoires. En l'une je perdis qui me donna le jour : Mon frère en l'autre, et celle où je mis mon amour : Il ne reste plus rien à mon malheur extrême, Sinon qu'en me vainquant je me perde moi-même. Ah ! Que le ciel pour moi fait voir de cruauté. Revoyons ce billet que tu m'as apporté. Je vous suivrai, Mirame, et ma constante foi Fera voir qu'on ne peut vous dérober à moi. Je vous suivrai partout ; la mort n'a point d'abîmes Qui vous puissent cacher à mes feux légitimes. Donc elle a préféré les ténèbres au jour, Le cercueil aux grandeurs, et la mort à l'amour ? Et plutôt qu'être humaine à son amant fidèle, Elle a voulu paraître à soi-même cruelle ? Vous me tenez parole, en courant au trépas. Qu'elle m'eût obligé ne me la tenant pas ! Elle vivrait encore, et n'eût pas fait injure À l'amour, à soi-même, aux dieux, à la nature. Vous dites que jamais vous n'aurez d'autre époux ! Donc il me faut mourir pour m'aller joindre à vous. Pour être son époux mon sang se doit répandre. Sa mort me la ravit, ma mort me la peut rendre. Vivez ; vous voyant morte ; ah ! Quel commandement ? Sa main me le commande, et sa mort le défend. Vivez ; hé, le moyen d'en conserver l'envie ? En ai-je le pouvoir ayant perdu ma vie ? Je cours après ma vie en suivant votre sort ; Et je vais la chercher dans le sein de la mort. Mais que me dites-vous, que le Ciel vous console ? Quel souhait ? Quelle douce et cruelle parole ? Douce, si je devais m'exempter du trépas ; Cruelle, sachant bien que je ne le dois pas ; Et que les nobles coeurs, quand le sort les outrage, Aiment bien mieux mourir que vivre sans courage !

SCÈNE VI. Alcine, Almire, Azamor.

SCÈNE VII. Le Roi, Almire, Azamor, Mirame, Acaste, L'Ambassadeur.

SCÈNE DERNIÈRE. Le Roi, Soldat, Azamor, Mirame, Almire, L'ambassadeur, Acaste.

LE ROI

Que l'on délivre Arbas. Allez, vivez heureux.

Fin de la Mirame de Richelieu.

1 818 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica