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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Comédie en vers

Les Visionnaires

Jean Desmarets de Saint-Sorlin· créée en 1637, imprimée en 1639· 5 actes· 2 026 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois au public en 1637 à l'Hotel de Bourgogne.

Personnages

  • ARTABAZE, Capitan
  • AMIDOR, poète extravagant
  • FILIDAN, amoureux en idée
  • PHALANTE, riche imaginaire
  • MÉLISSE, amoureuse d'Alexandre le Grand
  • HESPÉRIE, qui croit que chacun l'aime
  • SESTIANE, amoureuse de la Comédie
  • ALCIDON, père de ces trois filles
  • LYSANDRE, parent d'Alcidon
ARGUMENT

Dans cette Comédie sont représentés plusieurs sortes d'esprits Chimériques ou Visionnaires, qui sont atteints chacun de quelque folie particulière, mais c'est seulement de ces folies pour lesquelles on ne renferme personne ; et tous les jours nous voyons parmi nous des esprits semblables, qui pensent pour le moins d'aussi grandes extravagances, s'ils ne les disent.

Le premier est un Capitan, qui veut qu'on le croie fort vaillant : toutefois il est poltron à un tel point, qu'il est réduit à craindre la fureur d'un poète, laquelle il estime une chose bien redoutable ; et est si ignorant, qu'il prend toutes les façons de parler Poétiques et étranges, pour des noms de Démons, et des paroles magiques.

Le second est un poète bizarre, sectateur passionné des Poètes Français qui vivaient devant ce siècle, lesquels semblaient par leurs termes ampoulés et obscurs, avoir dessein d'épouvanter le monde, étant si aveuglément amoureux de l'Antiquité, qu'ils ne considéraient pas que ce qui était bon à dire parmi les Grecs et les Romains, imbus de diverses appellations de leurs Dieux, et des particularités de leur Religion, dont les fables étaient le fondement, n'est pas si facilement entendu par ceux de ce temps, et qu'il faut bien adoucir ces termes quand on en a besoin, soit aux allégations des fables, ou en d'autres rencontres. Celui-ci par la lecture de ces Poètes, s'est formé un style Poétique si extravagant, qu'il croit que plus il se relève en mots composés et en Hyperboles, plus il atteint la perfection de la Poésie ; dont il fait même des règles à sa mode, principalement pour les pièces de Théâtre, en quoi il pense être fort habile : témoin un sujet qu'il compose sur le champ, dont l'immensité et la confusion font voir le défaut de son jugement. Il ne laisse pas d'avoir assez d'esprit pour se jouer d'un fou qui se mêle d'aimer les vers sans y rien connaître.

Le troisième est un de ceux dont le nombre est si grand qui se piquent d'aimer les vers sans les entendre, font des admirations sur des choses de néant, et passent ce qui est de meilleur ; et prennent des galimatias en termes relevés pour quelques Sentences, et pour les plus grands efforts de la Poésie. Ces sortes d'esprits, pourvu que les vers semblent graves, ne manquent point de les approuver, sans penser seulement à les entendre. Mais il n'y a rien de plus ordinaire que de voir ces mêmes idiots, qui veulent faire croire qu'ils ont l'esprit sensible et délicat, et qu'ils savent aimer tout ce qui est beau, s'imaginer comme celui-ci, qu'ils sont amoureux, sans savoir bien souvent de qui ; et sur le récit que l'on leur fait de quelque beauté, courir les rues, et se persuader qu'ils sont extrêmement passionnés, sans avoir vu ce qu'ils aiment.

Le quatrième est un Riche imaginaire, dont il se trouve assez par le monde ; et de qui la folie ne paraît qu'au cinquième Acte : car dans les autres il parle sérieusement de ses richesses, comme il paraît dans la description de sa belle maison, où il ne se trouve rien d'extravagant, et qui ne soit imaginé selon la vraisemblance, étant une chose ordinaire que chacun est sérieux dans sa folie.

L'Amante d'Alexandre n'est pas une chose sans exemple ; et il y a beaucoup de filles, qui par la lecture des Histoires et des Romans, se sont éprises de certains Héros, dont elles rebattaient les oreilles à tout le monde : et pour l'amour desquels elles méprisaient tous les vivants.

Est-il rien de plus ordinaire que de voir des filles de l'humeur de la seconde, qui se croit être aimée de tous ceux qui la regardent, ou qui entendent parler d'elle, bien que peut-être elles ne disent pas si naïvement leurs sentiments.

Pour la troisième soeur, il s'en trouve beaucoup, comme elle, amoureuses de la Comédie, à présent qu'elle est si fort en règne, particulièrement de celles qui se mêlent d'en juger, d'en savoir les règles, d'inventer des sujets selon la portée de leurs esprits, tels que celui que récite celle-ci, dans lequel il y a plus de matière qu'il n'en faudrait pour vingt Comédies, encore ne sait-on que le troisième Acte, et si la pièce a duré déjà pour le moins trente ans : toutefois on peut voir les véritables règles, dans l'opinion des Critiques qu'elle allègue au Poète pour en avoir son avis, qui sont celles que l'on doit suivre, encore que ces deux extravagantes personnes n'en demeurent pas d'accord.

Le père de ces trois filles n'est guère plus sage qu'elles. Il est d'une humeur si facile, que tout homme qui se présente pour avoir en mariage l'une de ces filles, lui semble toujours être son fait : qu'un autre vienne après, il trouve encore que c'est ce qu'il lui faut ; Et pour en accepter trop, il s'embarrasse tellement qu'il ne sait ce qu'il doit faire à la fin de la pièce, dont le démêlement se fait par un de ses parents, qui est le seul qui soit raisonnable entre tous ces personnages.

Toutes ces folies, bien que différentes, ne sont ensemble qu'un sujet, et pour les bien représenter toutes, on ne pouvait pas leur donner une liaison aussi grande que celle qui se peut donner aux Comédies, où n'agissent que deux ou trois personnages ; et l'intrigue de celle-ci n'est que l'embarrassement du bon homme qui lui est causé par tous les gendres qu'il a acceptés : le reste n'est soutenu que des extravagances de ces Visionnaires qui se mêlent encore ensemble en quelque sorte, pour faire mieux paraître ces folies les unes pour les autres.

Quelques-uns ont voulu reprendre cette Comédie, de ce qu'elle n'était pas propre pour toutes sortes de gens, et que ceux qui n'ont aucun savoir, n'en pouvaient entendre beaucoup de mots. Mais depuis quand les ignorants sont-ils devenus si considérables en France, que l'on doive tant s'intéresser pour eux, et que l'on soit obligé d'avoir soin de leur plaire ? Penser que l'on doit bien du respect, ou à la bassesse de leur condition, ou à la dureté de leurs esprits, ou au mépris qu'ils ont fait des lettres, pour faire que l'on songe à les divertir ! Nous ne sommes pas dans ces Républiques, où le peuple donnait les gouvernements et les charges et où les Poètes étaient contraints de composer, ou des tragédies horribles, pour plaire à leur goût bizarre, ou des Comédies basses, pour s'accommoder à la portée de leurs esprits. Ceux qui ne composent des ouvrages que par un honnête divertissement, ne doivent avoir pour but que l'estime des honnêtes gens et c'est à leur jugement qu'ils adressent toutes leurs inventions et leurs pensées. Le peuple a l'esprit si grossier et si extravagant, qu'il n'aime que des nouveautés grotesques. Il courra bien plutôt en foule pour voir un monstre, que pour voir quelque chef-d'oeuvre de l'art, ou de la nature. Je crois même qu'il y a des Poètes, qui pour contenter le vulgaire, font à dessein des pièces extravagantes, pleines d'accidents bizarres, de machines extraordinaires, et d'embrouillements de Scènes, et qui affectent des vers enflés et obscurs, et des pointes ridicules au plus fort des passions : Car pourvu que les accidents soient étranges, tout ce qui se dit sur leur sujet, plaît au Peuple, et encore plus si c'est quelque pensée pointue et embarrassée, car alors moins il l'entend, plus il la loue, et lui donne d'applaudissements. Ce sont des esprits fort avisés qui ne songent qu'à cette vie présente, et qui sont si modérés, qu'ils n'affectent point la vie future des ouvrages, dont les seuls savants sont les distributeurs. Mais encore ne doit-on pas trouver étrange si ceux qui ne sont pas tenus d'avoir ces considérations pour le peuple, et qui ne songent qu'à satisfaire les premiers esprits de l'Europe, ne cherchent que les pures délicatesses de l'art, soit à représenter les nobles et véritables mouvements des passions dans les sujets sérieux, soit à réjouir les spectateurs par des railleries gentilles et honnêtes dans les Comiques. Après que les personnes raisonnables seront satisfaites, il en restera encore assez pour les autres, et plus qu'ils n'en méritent. C'est ainsi qu'il arrive des festins qui se font aux Grands : après qu'ils ont fait leur repas il n'en reste que trop encore pur les valets ; et bien que les viandes n'aient pas été apprêtées au goût de ces derniers, ils ne laissent pas d'en faire bonne chère ; et l'on aurait tort d'accuser le cuisinier d'une faute si l'un d'eux se plaignait, que l'on devait avoir eu égard à son goût, plutôt qu'à celui des maîtres. Aussi ayant introduit un Poète extravagant, on ne doit pas se plaindre de ce qu'on le fait parler en termes Poétiques extravagants ; et il importe fort peu que les ignorants l'entendent ou non, puisque cela n'a pas été apprêté pour eux. C'est être bien déraisonnable, d'accuser d'obscurité celui qui dans la bouche du poète s'est voulu moquer de l'obscurité des anciennes Poésies :

Ce n'est pas pour toi que j'écris, Indocte et stupide vulgaire : J'écris pour les nobles esprits. Je serais marri de te plaire.

ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.

ARTABAZE

Je suis l'amour du Ciel, et l'effroi de la Terre ; L'ennemi de la paix, le foudre de la guerre ; Des Dames le désir, des maris la terreur ; Et je traîne avec moi le carnage et l'horreur. Le Dieu Mars m'engendra d'une fière Amazone ; Et je suçai le lait d'une affreuse lionne. On parle des travaux d'Hercule encore enfant, Qu'il fut de deux serpents au berceau triomphant : Mais me fut-il égal, puisque par un caprice Étant las de téter j'étranglai ma nourrice ? Ma mère qui trouva cet acte sans raison, Désirant me punir ; me prit en trahison ; Mais ayant en horreur les actions poltronnes, J'exterminai dès lors toutes les Amazones. Mon père à cet exploit se voulut opposer ; Et parant quelques coups pensait me maîtriser : Mais craignant ma valeur aux Dieux mêmes funeste, Il alla se sauver dans la voûte céleste. Le soleil qui voit tout, voyant que sans effort Je dompterais le Ciel, entreprend notre accord : De Mars en ma faveur la puissance il resserre, Et le fait Mars du Ciel, moi celui de la terre. Lors pour récompenser ce juste jugement, Voyant que le Soleil courait incessamment, J'arrêtai pour jamais sa course vagabonde : Et le voulus placer dans le centre du monde : J'ordonnai qu'en repos il nous donnât le jour ; Que la terre et les cieux roulassent à l'entour ; Et c'est par mon pouvoir, et par cette aventure, Qu'en nos jours s'est changé l'ordre de la Nature. Ma seule autorité donna ce mouvement À l'immobile corps du plus lourd élément ; De là vient le sujet de ces grands dialogues, Et des nouveaux avis des plus fins Astrologues. J'ai fait depuis ce temps mille combats divers ; Et j'aurais de mortels dépeuplé l'univers ; Mais voyant qu'à me plaire un sexe s'évertue, J'en refais par pitié tout autant que j'en tue. Où sont-ils à présent tous ces grands Conquérants ? Ces fléaux du genre humain ? Ces illustres Tyrans ? Un Hercule, un Achille, un Alexandre, un Cyre, Tous ceux qui des Romains augmentèrent l'Empire, Qui firent par le fer tant de monde périr ? C'est ma seule valeur qui les a fait mourir. Où sont les larges murs de cette Babylone ? Ninive, Athènes, Argos, Thèbes, Lacédémone, Carthage la fameuse et le grand Ilion ? Et j'en pourrais nombrer encore un million. Ces superbes cités sont en poudre réduites : Je les pris par assaut, puis je les ai détruites. Mais je ne vois rien plus qui m'ose résister : Nul guerrier à mes yeux ne s'ose présenter. Quoi donc, je suis oisif ? Et je serais si lâche Que mon bras peut avoir tant soit peu de relâche ? Ô Dieux ! Faites sortir d'un antre ténébreux Quelque horrible Géant, ou quelque monstre affreux ; S'il faut que ma valeur manque un jour de matière, Je vais faire du monde un vaste cimetière.

Accord : proportion, assortiment. Avis, opinion. Décision, jugement. Désir, volonté. Droit seigneurial. [SP]

Cyre : Il s'agit de Cyrus II le Grand, qui fonda l'Empire Achéménide, prit Babylone et mit fin à la captivité des Juifs à Babylone en les faisant retourner à Jérusalem.

Mont Parnasse : Mont de la Phocide consacré à Apollon et aux Muses, , qui est la source des fontaines Castalide, Hippocrène et Aganippe, tant célébrées par les Poètes. [T]

Apollon : Dieu, Fils de Jupiter et de Latone. Son nom est Grec, et vient selon Platon, de ce qu'il darde ses rayons. [T]

SCÈNE II. Amidor, Artabaze.

AMIDOR

Je sors des antres noirs du mont Parnassien, Où le fils poil-doré du grand Saturnien Dans l'esprit forge-vers plante le Dithyrambe, L'Épode, l'Antistrophe, et le tragique Iambe.

Saturne : Dieu du Paganisme. Selon les Poetes c'était le Temps. [T]

Forge-vers : Un esprit forge-vers est un esprit qui fait des vers péniblement, comme avec un marteau.

Dithyrambe : Hymne à l'honneur de Bacchus, dont la manière fut inventée par un nommé Dithyrambus Thébain. [F]

Antistrophe : Figure grammaticale, qui se dit quand de deux termes ou choses conjointes et dépendantes l'une de l'autre, on fait la conversion, ou le renversement réciproque : comme, le serviteur du maître, ou le maître du serviteur. [A]

ARTABAZE

Quel prodige est-ce ci ? Je suis saisi d'horreur.

Iambe : On appelle ainsi dans la versification Latine et dans la Grecque, un pied dont la première syllabe est brève, et la dernière longue. [Ac. 1762]

AMIDOR

Profane ; éloigne-toi, j'entre dans ma fureur. Iacch Iacch Évohé.

Évohé : Cri d'acclamation que faisaient les Bacchantes aux fêtes de Bacchus. [T]

Ïacchus : Nom que les Anciens donnaient à Bacchus, et qu'il faut prononcer en trois syllabes. Iacchus. Ce nom signifie proprement un grand crieur, un brailleur, du mot Grec, crier, brailler ; et il fut donné à ce Dieu, soit parce que les Bacchantes, ses Prêtresses, jetaient partout de grands cris en célébrant les Orgies en l'honneur de ce Dieu, soit parce que les grands buveurs font beaucoup de bruit et de tumulte dans leurs débauches. [T]

SCÈNE III.

AMIDOR

Que de descriptions montent en mon cerveau, Ainsi que les vapeurs d'un fumeux vin nouveau ! Sus donc, représentons une fête Bachique, Un orage, un beau temps par un vers héroïque, Plein de mots ampoulés, d'Épithètes puissants, Et surtout évitons les termes languissants. Déjà de toutes parts j'entrevois les brigades De ces Dieux chèvre-pieds, et des folles ménades, Qui vont célébrer le mystère Orgien En l'honneur immortel du Père Bromien. Je vois ce Cuisse-né, suivi du bon Silène, Qui du gosier exhale une vineuse haleine ; Et ton âne fuyant parmi les Mimallons, Qui le bras enthyrsé courent par les vallons. Mais où va cette troupe ? Elle s'est égarée Aux solitaires bords du floflotant Nérée. Rien ne me paraît plus que rochers caverneux, J'entends de loin le bruit d'un vent tourbillonneux. Sacrés hôtes des cieux, quelle horrible tempête, Quel voile ténébreux encourtine ma tête ? Éole a déchaîné ses vites postillons, Qui galopent déjà les humides sillons. Le Ciel porte-flambeaux d'un noir manteau se couvre. Je ne vois qu'un éclair qui le perce et l'entrouvre. Quels feux virevoltants nous redonnent le jour ? Mais la nuit aussitôt rembrunit ce séjour. Ce tonnerre orageux qui menace et qui gronde. Eflochera bientôt la machine du monde. Quel éclat, quel fracas confond les éléments ? Jupin de l'univers sape les fondements ; Ce coup jusqu'à Tenare a fait une ouverture. Et fera pour le moins avorter la nature.

Chèvre-Pied : Qui a des pieds de chèvre. Dieux chèvre-pieds, les satyres. [L]

Ménade : Nom de femmes qui, chez les anciens, célébraient les fêtes de Bacchus, et se livraient à tous les emportements de ce culte. [L]

Orgien : de orgie, Terme dont se servent les païens pour nommer les fêtes et sacrifices de Bacchus, qui se célébraient particulièrement sur les montagnes par des femmes furieuses qui s'appelaient Bacchantes. [F]

Bromien : Epithète qui se donne à Bacchus. [T]

Silène : Demi-dieu, fils de Pan et d'une nymphe, père nourricier et compagnon de Bacchus. Les satyres et Silène. [L]

Cuisse-né : Bacchus. Les poètes disent qu'il naquit deux fois, et qu'il eut deux mères, parce que Sémélé ayant été tuée par le foudre de Jupiter, on tira de son sein l'enfant qu'elle portait, et Jupiter se fit ouvrir la cuisse par un certain Sabazius, et y fit enfermer Bacchus, afin qu'il achevât de s'y former jusqu'à ce que les neuf mois qu'il devait être dans le sein de sa mère fussent accomplis, auquel temps il naquit une seconde fois. [T]

Mimallon : nom que l'on donnait aux femmes qui célébraient les Orgies. Mimallon, Mimallonis. On les appellait autrement Thyades, Ménades et Bacchantes. Voyez ces mots. Ovide et d'autres disent Mimallonide. [T]

Bras enthryssé : bras armé d'un thryse qui est... le sceptre que les anciens poètes ont donné à Bacchus, dont s'armaient aussi les Ménades dans leurs Bacchanales. [T]

Flofloter : Mot formé par onomatopée, pour exprimer l'agitation des vagues de la mer. [SP]

Nérée : L'un des Dieux des mers. Nereus. Les Poètes lui supposent cinquante filles, qu'on appelle Néréïdes. [T]

Éole : Dieu des vents.

Efloquer, Effiloquer : Effiler une étoffe quelconque, et, particulièrement, une étoffe de soie pour en faire de l'ouate. [L]

Jupin : terme burlesque. Nom que l'on donne à Jupiter en badinant, et dans le style burlesque, au lieu de celui de Jupiter. [T]

Sapper : Abattre avec le fauchon ou la pioche. [SP]

Taenare : (On écrit plus communément Ténare.) Nom propre d'une ville, d'une montagne et d'un promontoire de la Laconie. [T]

SCÈNE IV. Filidan, Amidor.

AMIDOR

Mettons-nous à l'abri d'un rocher sourcilleux : Évitons la tempête.

Sourcilleux : Fig. et poétiquement. Haut, élevé (comme est le sourcil dans le corps humain). [L]

SCÈNE V.

FILIDAN

Ô Dieux ! Qu'une beauté parfaitement décrite De désirs amoureux en nos âmes excite ! Et que la Poésie a des charmes puissants Pour gagner nos esprits et captiver nos sens. Par un ordre pompeux de paroles plaisantes, Elle rend à nos yeux les choses si présentes, Que l'on pense en effet les connaître et les voir, Et le coeur le plus dur s'en pourrait émouvoir. C'est chose étrange aussi d'éprouver que mon âme Soit jusques à ce point susceptible de flamme ; Et que le seul récit d'une extrême beauté Puisse rendre à l'instant mon esprit arrêté. Mais quoi ? Tous les matins je me tâte et m'effraye, Et crois sentir au coeur quelque amoureuse plaie, Sans savoir toutefois qui cause ce tourment : Si bien que quand je sors je m'enflamme aisément. La première beauté qu'en chemin je rencontre, Qui de quelques attraits me vient faire la montre, D'un seul de ses regards me rend outrepercé, Et fait bientôt mourir un coeur déjà blessé. Même si je n'en vois comme je les désire, Qu'un ami seulement s'approche pour me dire, Je viens de voir des yeux, ah ! C'est pour en mourir : Aussitôt je me meurs, je ne fais que courir, Je vais de toutes parts pour offrir ma franchise À ces yeux inconnus dont mon âme est éprise. Mais jamais nul récit ne m'a si fort touché : J'étais à son discours par l'oreille attaché : Et mon âme aussitôt d'un doux charme enivrée, S'est à tant de beautés innocemment livrée. Ô merveilleux tableau de mille doux attraits Qu'une Muse en mon coeur a doucement pourtraits ! Ouvrage sans pareil, agréable peinture Du plus beau des objets qu'ait produit la nature : Adorable copie, et dont l'original N'est que d'or et d'azur, d'ébène et de coral, Et tant d'autres trésors que mon âme confuse Admirait au récit de cette docte Muse, Dieux que je vous chéris ! Et que pour vous aimer Je sens de feux plaisants qui me vont consommer ! Mais, aimable beauté que j'adore en idée, Par qui ma liberté se trouve possédée, Quel bienheureux endroit de la terre ou des cieux Jouit du bel aspect de vos aimables yeux ? Aux traits de la pitié soyez un peu sensible : Soulagez votre amant, et vous rendez visible : Beauté, je vais mourir si je tarde à vous voir. Quel moyen dans mon mal d'attendre jusqu'au soir ? Je n'en puis plus, beauté dont je porte l'image, Mon désir violent se va tourner en rage : Je pâme, je me meurs : Ô céleste beauté En quels excès de maux m'as-tu précipité ?

Montre : Ce qui est exposé aux yeux, et qui paraît à découvert. La nature nous fait montre en tous lieux de ses trésors, de ses richesses. [F]

Outre-Percer : Percer d'outre en outre. [L]

D'outre en outre : loc. adv. De part en part. Un coup d'épée le perça d'outre en outre. [L]

Pourtraire : Peindre, sculpter, représenter. [SP]

SCÈNE VI. Hespérie, Filidan.

HESPÉRIE

Il n'est pas mort encore, il rêve à mes beautés. Le dois-je secourir ? J'en ai la fantaisie. Mais ceux qui me verraient, mourraient de jalousie. Que mon sort est cruel ! Je ne fais que du mal ; Et ne puis faire un bien sans tuer un rival, Je ne puis ouvrir l'oeil sans faire une blessure, Ni faire un pas sans voir une âme à la torture. Si fuyant ces malheureux je rentre à la maison, Ceux qui servent chez nous tombent en pâmoison. Ils cèdent aux rigueurs d'une flamme contrainte, Et tremblent devant moi de respect et de crainte. Ils ne sauraient me voir sinon en m'adorant, Ni me dire un seul mot sinon en soupirant. Ils baissent aussitôt leur amoureuse bouche, Pour donner un baiser aux choses que je touche. Toutefois ma beauté les sait si bien ravir, Qu'ils s'estiment des Rois dans l'heur de me servir. À table je redoute un breuvage de charmes ; Ou qu'un d'eux ne me donne à boire de ses larmes. Je crains que quelque amant n'ait avant son trépas Ordonné que son coeur servit à mes repas. Souvent sur ce penser en mangeant je frissonne : Croyant qu'on le déguise, et qu'on me l'assaisonne : Pour mettre dans mon sein par ce trait décevant, Au moins après la mort ce qu'il ne put vivant. Les amants sont bien fins au plus fort de leur rage, Et sont ingénieux mêmes à leur dommage. On dresse pour m'avoir cent pièges tous les jours. Mon père aussi me veille, et craint tous ces amours Glorieux de m'avoir aux Dieux il se compare, Et quelquefois ravi d'un miracle si rare, Doute s'il me fit naître, ou si je vins des cieux. Dans la maison sans cesse on a sur moi les yeux, Lui plein d'étonnement, mes soeurs pleines d'envie, Les autres pleins d'amour, belle, mais triste vie ! Une beauté si grande est-elle à désirer ? Mais j'aperçois mon père, il me faut retirer.

L'adverbe même porte un s, il est nécessaire à la métrique.

SCÈNE VII. Lysandre, Alcidon, Filidan.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE. Phalante, Mélisse.

SCÈNE II. Hespérie, Mélisse.

HESPÉRIE

Vous pensez m'abuser d'un entretien moqueur, Pour prendre mieux le temps de le mettre en mon coeur. Mais, ma soeur, croyez-moi, n'en prenez point la peine. En vain vous me direz que je suis inhumaine : Que je dois par pitié soulager ses amours : Cent fois le jour j'entends de semblables discours, Je suis de mille amants sans cesse importunée, Et crois qu'à ce tourment le ciel m'a destinée. L'on me vient rapporter, Lysis s'en va mourir : D'un regard pour le moins venez le secourir : Eurylas s'est plongé dans la mélancolie. L'amour de Licidas s'est tournée en folie. Périandre a dessein de vous faire enlever. Une flotte d'amants vient de vous arriver. Si Cotylas n'en meurt il sera bien malade. Un Roi pour vous avoir envoie une ambassade. Thirsis vous idolâtre et vous dresse un autel C'est pour vous ce matin que c'est fait un duel. Aussi de mon portrait chacun veut la copie. C'est pour moi qu'est venu le Roi d'Éthiopie. Hier j'en blessai trois d'un regard innocent. D'un autre plus cruel j'en fis mourir un cent. Je sens, quand on me parle, une haleine de flamme. Ceux qui n'osent parler m'adorent en leur âme. Mille viennent par jour se soumettre à ma loi, Je sens toujours des coeurs voler autour de moi Sans cesse des soupirs, sifflent à mes oreilles. Mille voeux élancés m'entourent comme abeilles. Les pleurs près de mes pieds courent comme torrents, Toujours je pense ouïr la plainte des mourants ; Un regret, un sanglot, une voix languissante, Un cri désespéré d'une douleur pressante, Un je brûle d'amour, un hélas je me meurs : La nuit je n'en dors point, je n'entends que clameurs Qui d'un trait de piété, s'efforcent de m'atteindre : Voyez, ma chère soeur, suis-je pas bien à plaindre ?

SCÈNE III. Sestiane, Mélisse, Hespérie.

SESTIANE

Vraiment c'est un sujet pour une Comédie : Et si l'on le donnait aux esprits d'à présent, Je pense que l'intrigue en serait bien plaisant. Souvent ces beaux esprits ont faute de matière.

Intrigue : On a dit, dans le XVIIe siècle, intrigue en le faisant masculin : Si tu n'es homme à te contenter de la naïveté du style et de la subtilité de l'intrique, je ne t'invite point à la lecture de cette pièce, CORN. la Veuve, au lecteur. [L]

SCÈNE IV. Sestiane, Amidor, Mélisse, Hespérie.

AMIDOR

Je salue humblement L'honneur des triples soeurs, les trois belles Charites.

Charites : Ce mot est purement grec. On s'en servait autrefois en poésie pour désigner les trois Grâces. [SP]

AMIDOR

C'est le charme du temps : Mais le nombre est petit des auteurs importants Qui sachent entonner un carme magnifique, Pour faire bien valoir le cothurne tragique. Pour moi je sens ma verve aimer les grands sujets. Je cède le Comique à ces esprits abjects. Ces Muses sans vigueur qui s'efforcent de plaire Au grossier appétit d'une âme populaire : Puis je vois qu'un intrigue embrouille le cerveau. On trouve rarement quelque sujet nouveau : Il faut les inventer, et c'est là l'impossible. C'est tenter sur Neptune un naufrage visible. Mais un esprit hardi ; savant et vigoureux, D'un tragique accident est toujours amoureux ; Et sans avoir recours à l'onde Aganipide, Il puise dans Sophocle, ou dedans Euripide.

Carme : est aussi un vieux mot qui signifiait un vers. Il vient du Latin carmen ; et en ce sens il est tout à fait hors d'usage. [F]

Cothurne : C'est une espèce de soulier ou de patin élevé par des semelles de liège, dont se servaient les anciens acteurs de tragédies sur la scène, pour paraître de plus belle taille. Il couvrait le gras de la jambe, et était lié sous le genou. [F]

Aganippe : Terme de Mythologie. C'est le nom d'une fontaine du mont Hélicon, en Béotie, dont les eaux avaient une vertu souveraine pour inspirer les poètes, d'où les Muses s'appelaient quelquefois Aganippides. Le Cheval Pégase fit sortir de terre cette fontaine d'un coup de pied. [T suppl.]

AMIDOR

Sa rencontre est moleste.

Moleste : Incommode [SP]

SCÈNE V. Alcidon, Sestiane.

SCÈNE VI. Amidor, Alcidon.

AMIDOR

Ce mont si merveilleux en Sicile placé, Sous qui gémit le corps d'Encelade oppressé, Vomissant des brasiers de sa brûlante gorge, Ce tombeau d'Empédocle, où Vulcain fait sa forge, Où Bronte le nerveux, cet enfumé démon, Travaille avec Stérope, et le nud Pyracmon, Dans son ventre ensouffré n'eût jamais tant de flamme, Qu'une de ces beautés en versa dans son âme.

Encélade : Un des Géants qui firent la guerre à Jupiter. [T]

Empédocléen : qui appartient à Empédocle, à ses doctrines. Empédocle, philosophe grec qui vivait dans le Ve siècle avant l'ère chrétienne. [L]

Vulcain : Terme du polythéisme. Le dieu du feu, fils de Jupiter et de Junon et mari de Vénus, qui tenait ses forges dans l'île de Lemnos. [L]

Brontès : Un des Cyclopes qui forgèrent la foudre dont fut armé Jupiter. Il était fils du Ciel et de la terre, selon Hésiode. [T]

Stéropes : Nom de l'un des Ouvriers de Vulcain. Steropes. Ce mot vient de éclair, parce qu'il travaillait à fabriquer la foudre, et aux éclairs pour Jupiter. [T]

Pyracmon : Nom propre d'un des Compagnons de Vulcain, qui travaillait dans sa boutique avec Brontes et Stéropes. [T]

AMIDOR

Adieu, grand producteur de trois rares beautés. Le Ciel donne à vos jours mille félicités. Clothon d'or et de soie en compose la trame, Et la fierté d'Atropos de longtemps ne l'entame.

Clotho : ou Clothon. Mythologie. Celle des trois Parques qui file le fil de la vie des hommes. [L]

Atropos : Mythologie. Parmi les trois Parques, celle dont l'office est de couper le fil de la vie humaine. [L]

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE. Filidan, Artabaze.

ARTABAZE

C'est une maladie ? Ah ! Qu'elle est attrapée. J'extermine les maux du vent de mon épée. Mais il faut en user en diverses façons, Ou feindre une estocade, ou des estramaçons, Selon les maux divers.

Estocade : Longue épée ou brette qui sert particulièrement en combat singulier. Il a été un temps qu'on portait de longues estocades. [F]

Estramaçon : Coup qu'on donne du tranchant d'une forte épée, d'un coutelas, d'un cimeterre. On le dit aussi de l'arme même. [F]

SCÈNE II. Artabaze, Filidan, Amidor.

ARTABAZE

Je m'enfuis.

FILIDAN

Demeurez.

AMIDOR

Ma phébique fureur sert aux héros illustres Pour prolonger leurs jours d'un million de lustres. Elle donne aux vaillants les plus beaux de ses traits. Par exemple, alléguez quelques-uns de vos faits : Vous verrez ma fureur qui vous les va décrire.

Phébique : qualificatif de Phébus. Dieu fabuleux de l'Antiquité, qui est le même qu'Apollon et le Soleil, frère de Diane. C'est le Dieu du Parnasse et des Muses. [T]

ARTABAZE

Sachez que j'ai pour nom l'effroyable Artabaze, Qui monté quelquefois sur le cheval Pégase, Vais jusques sur la rue oeillader l'univers. Pour chercher de l'emploi dans les climats divers. Puis pour me divertir je vole et je revole En deux heures ou trois de l'un à l'autre pôle.

Pégase : C'est un cheval que les poètes ont feint avoir des ailes, et avoir fait sortir la fontaine d'Hipocrene du mont Hélicon en frappant du pied. C'est le cheval sur lequel était monté Bellerophon, quand il combattit la Chimère. On dit qu'il s'envola au ciel, et qu'il fut placé entre les astres. On dit qu'un homme monte sur le cheval Pégase, quand il fait des vers. [F]

OEillader : Jeter l'oeil, regarder. Il est peu en usage, et ne se peut dire qu'en riant. [T]

AMIDOR

Son discours trasonic me plaît extrêmement. Il aime l'Hyperbole, et parle gravement.

Trasonic : est employé pour Trasonesque ; enfant, fanfaron. [SP]

ARTABAZE

Comment décririez-vous ce combat périlleux ?

Polymnie : Une des neuf Muses, celle qui présidait à la poésie lyrique. [L]

AMIDOR

Au secours Polymnie, Érato, Terpsichore.

Terpsichore : Nom d'une des neuf Muses, celle qui préside à la danse. [L]

Erato : La muse qui préside à la poésie tendre et amoureuse. [L]

SCÈNE III. Amidor, Artabaze.

ARTABAZE

Il est vrai.

ARTABAZE

Je le veux.

ARTABAZE

Ce trait est captieux, Afin que j'abandonne un titre glorieux : Le donnant, je perdrais le pouvoir d'y prétendre. Je dirai seulement, je suis cet Alexandre.

Captieux : Trompeur, sophistique. Il se dit particulièrement des raisonnements qui en apparence sont véritables, et qui se trouvent faux, étant bien examinés. [F]

SCÈNE IV. Phalante, Amidor.

AMIDOR

Non.

PHALANTE

Quoi donc ?

AMIDOR

Une Ode Pindarique.

Pindarique : Qui appartient à Pindare, qui est imitateur de Pindare, qui est dans le goût et à l'imitation de Pindare. [T]

PHALANTE

Et cela ?

PHALANTE

Et là ?

PHALANTE

Là ?

AMIDOR

C'est une Anagramme en tous les hémistiches.

Anagramme : Transposition des lettres de quelque nom, dont on fait tant de combinaisons, qu'à la fin on y trouve quelque mot ou dicton qui est à l'avantage de celui à qui on l'adresse, et qu'on embellit par quelque épigramme. [F]

Hémistiche : La moitié d'un vers. Tous les vers Français doivent avoir un repos en l'hémistiche. les vers Léonins sont rimés dans la fin et dans l'hémistiche. [F]

PHALANTE

Et là ?

AMIDOR

C'est un sonnet en lettres acrostiches. Ah ! Non ce ne l'est pas, c'est un voeu pour Phyllis.

Acrostiche : Sorte de poésie disposée de telle façon, que chacun des vers commence par une lettre qui fait partie d'un nom qu'on écrit de travers dans la marge. [F]

PHALANTE

Et là ?

AMIDOR

C'est une églogue.

Églogue : espèce de poésie Pastorale, où on introduit des Bergers qui s'entretiennent. [F]

PHALANTE

Là ?

AMIDOR

C'est une épitaphe.

Épitaphe : se dit aussi de certains éloges en prose, ou en vers, qui demeurent sur le papier, sans aucun dessein de les faire graver sur les tombeaux.

PHALANTE

Et là ?

AMIDOR

C'est un Prologue.

Prologue : Récit qu'on faisait autrefois au devant des Comédies, tant de vive voix que par écrit, pour avertir les spectateurs, ou les lecteurs, du sujet de la pièce, et leur en faciliter l'intelligence. [F]

AMIDOR

Non, c'est une Épigramme.

Épigramme : espèce de poésie courte qui finit par quelque pointe ou pensée subtile. [F]

AMIDOR

C'est une Épithalame.

Épithalame : terme de poésie. Ce sont des vers faits à l'occasion d'un mariage de quelques personnes illustres, un chant de noces.

PHALANTE

Ô Dieux !

AMIDOR

Vous ne les liriez pas avec assez d'emphase.

STANCES.

Doncques rigoureuse Cassandre, Tes yeux entre doux et hagards, Par l'optique de leurs regards Me vont pulvériser en cendre. Toutefois parmi ces ardeurs, Tes hétéroclites froideurs Causent une antipéristase : Ainsi mourant, ne mourant pas, Je me sens ravir en extase Entre la vie et le trépas. Mon coeur devint pusillanime Au prime aspect de ta beauté, Et ta Scythique cruauté Rendit mon esprit cacochyme Tantôt dans l'Euripe amoureux Je me crois le plus malheureux Des individus sublunaires : Tantôt je me crois transporté Aux espaces imaginaires D'une excentrique volupté. Aussi ton humeur apocryphe Fait que l'on te nomme en ce temps Des Hypocondres inconstants Le véritable hiéroglyphe. Les grotesques illusions Des fanatiques visions Te prennent pour leur hypothèse. Et dedans mes calamités Je n'attends que la syndérèse De ses froides neutralités. Autrement la métamorphose ; De mon bonheur en tant de maux, Fait que l'espoir de mes travaux N'est plus qu'en la métempsychose. La catastrophe d'un amant Ne trouve point de sentiment Dans ton âme paralytique. Faut-il, lunatique beauté, Que tu sois le pôle antarctique De l'amoureuse humanité ? Chante donc la Palinodie, Cher paradoxe de mes sens, Et des symptômes que je sens Débrouille l'Encyclopédie. Ainsi les célestes brandons Versent sur son chef mille dons En lignes perpendiculaires ; Et devant ton terme fatal, Cent révolutions solaires Éclairent sur ton vertical.

Antipéristase : Action de deux qualités contraires, dont l'une excite la vigueur de l'autre.

Scythique (de Scythe) : Nom de peuples errants dans le nord de l'Europe et de l'Asie. Fig. Homme barbare, grossier. Il se dit aussi d'hommes indomptables. [L]

Cacochyme : Plein de mauvaises humeurs. Un corps cacochyme est un corps dont les plaies sont fort difficiles à guérir, à cause des mauvaises humeurs dont le corps est plein, et qui affluent sur la partie malade. On dit figurément, un esprit cacochyme, une humeur cacochyme, pour dire, un fantasque, un bourru. [F]

Euripe : Détroit de mer entre la Béotie et l'île d'Eubée ou Negrepont, où les courants sont si violents, qu'on dit que la mer y flue et reflue sept fois par jour. S'est dit quelquefois figurément des violentes agitations d'esprit. [F]

Apocryphe : dont l'authenticité n'est pas établie. Auteur apocryphe. [L]

Hypocondre : Terme d'anatomie. Chacune des parties latérales de l'abdomen situées sous les fausses côtes. Homme mélancolique, ainsi nommé parce que l'hypocondrie était supposée avoir son siège dans les hypocondres. [L]

Hiéroglyphe : Figure ou symbole mystérieux qui servait aux Égyptiens à couvrir et à envelopper tous les secrets de leur théologie. [F]

Syndérèse : Reproche secret que fait la conscience de quelque crime qu'on a commis, et qui tourmente sans cesse. La plus grande marque de réprobation, c'est de n'avoir plus aucune syndérèse, d'être venu jusqu'à l'endurcissement. [F]

Palinodie : chez les anciens, poème dans lequel on rétractait ce qu'on avait dit dans un poème précédent. [L]

Paradoxe : Proposition surprenante et difficile à croire, à cause qu'elle choque les opinions communes et reçues, quoi qu'elle ne laisse pas quelquefois d'être véritable. [F]

SCÈNE V. Lysandre, Alcidon, Phalante.

ALCIDON

Ô Dieux !

LYSANDRE

Écoutons.

PHALANTE

Quatre belles Sirènes Dans les coins du jardin forment quatre fontaines. Dont les bassins pareils ont les bouillons égaux : Le parterre est enceint de trois larges canaux. Ce lieu semble coupé du dos d'une montagne. Et découvre à main droite une riche campagne, Un bois, une rivière, et toutes ces beautés Dont les yeux innocents font leurs félicités. Le grand parc se sépare en superbes allées, Par mes riches aïeux en tous sens égalées. Les arbres sont beaux, et droits et chevelus Et se joignant en haut de leurs rameaux feuillus. Parlent en murmurant, s'embrassent comme frères, Et contre les chaleurs sont des dieux tutélaires. Un vert et long tapis par le milieu s'étend, Qu'entrevoit le soleil d'un rayon tremblotant : Deux ruisseaux aux côtés mouillent les palissades, Interrompant leur cours par cent mille cascades. Au bout des promenoirs en un lieu reculé Se découvre un rond d'eau d'espace signalé : Diane est au milieu de colère animée, Et Niobé en rocher à demi transformée. La Reine au lieu de pleurs verse de gros torrents : Sa jeune fille encor l'étreint de bras mourants : Et ses autres enfants comme personnes vraies Font sortir pour du sang un jet d'eau de leurs plaies ; L'étang dont le sein vaste engouffre ses canaux, D'un bruit continuel semble plaindre leurs maux.

Niobé : dans la mythologie, c'est le nom de la femme d'Amphion qui était fille de Tantale. Elle eut sept garçons et sept filles, et glorieuse de cette fécondité, elle se moquait de Latone qui n'avait que deux enfants, Apollon et Diane. Elle eut même la témérité de préférer ses enfants à ceux-ci. Latone en fut si irritée, qu'elle fit tuer les quatorze enfants de Niobé à coups de flèches par Diane et par Apollon. Niobé en eut une extrême douleur, et fut métamorphosée en rocher. [T]

PHALANTE

Loin de là s'aperçoit Un jardin que l'on sent plutôt qu'on ne le voit : Mille grands orangers en égale distance De fruits mêlés de fleurs jettent une abondance : Ils semblent orgueilleux de voir leur beau trésor, Que leurs fleurs sont d'argent et que leur fruit est d'or : Et pour se distinguer chacun d'eux s'accompagne Ou d'un myrte amoureux, ou d'un jasmin d'Espagne.

Myrte : Arbrisseau toujours vert, dont les feuilles sont menues, et qui porte de petites fleurs blanches d'une odeur agréable. Fig. et poétiquement, l'amour, à cause que le myrte, chez les anciens, était consacré à Vénus. [L]

PHALANTE

Ensuite est un grand lieu large de mille pas. Dans les quatre côtés sont vingt grottes humides, Et l'on voit au milieu le lac des Danaïdes. Ses bords sont balustrés, et cent légers bateaux, Peints de blanc et d'azur voltigent sur les eaux : Où sans craindre le sort qui mène aux funérailles Se donnent quelquefois d'innocentes batailles. Un grand rocher s'élève au milieu de l'étang, Où les cinquante soeurs faites de marbre blanc Portent incessamment les peines méritées D'avoir en leurs maris leurs mains ensanglantées ; Et souffrant un travail qui ne saurait finir, Semblent incessamment aller et revenir. Au haut, trois de ces Soeurs à cruche renversée, Font choir trois gros torrents dans la tonne percée : La tonne répand l'eau par mille trous divers : Le roc qui la reçoit en a les flancs couverts. Au bas l'une des Soeurs puise à tête courbée, L'autre montre et se plaint que sa cruche est tombée : L'une monte chargée, et l'autre qui descend Semble aider à sa Soeur sur le degré glissant : L'une est prête à verser, l'autre reprend haleine : L'oeil même qui les voit prend sa part de leur peine. L'eau que ce vain travail tourmente tant de fois Semble accuser des Dieux les inégales lois, Et redire en tombant d'une voix gémissante, Pourquoi souffré-je tant, moi qui suis innocente ? Ce bruit et ce travail charment tant les esprits, Qu'on perd tout souvenir tant l'on en est épris.

Danaïdes : Fille de Danaüs. Les cinquante Danaïdes sont fameuses dans la fable ; filles de Danaüs, IXe Roi d'Argos, et frère d'Egyptus : elles épousèrent les cinquante fils de leur oncle Egyptus, et par conséquent leurs cousins germains. Danaüs, qui craignait l'accomplissement d'un oracle qui lui avait prédit qu'il serait chassé du trône par un gendre, persuada à ses filles de tuer chacune son mari la première nuit de leurs noces. Toutes obéirent à leur père, excepté Hypermnestre, qui épargna son mari, nommée Lyncée. En punition de ce crime, les poètes les ont condamnées dans l'enfer à remplir continuellement un tonneau percé. [T]

ACTE IV

SCÈNE PREMIÈRE.

MÉLISSE

Vainqueur de l'Orient, guerrier infatigable, À qui des Conquérants nul ne fut comparable, Foudre qui si soudain ravagea l'Univers. Héros qui mérita cent éloges divers, Et dont mille combats établirent l'Empire, C'est toi seul que j'adore, et pour qui je soupire. Soit que je te contemple en la fleur de tes ans, Quand aux yeux étonnés de mille courtisans Par une adresse vive, et qui n'eut point d'égale Tu domptas la fureur du fougueux Bucéphale. Ou quand tu fis l'essai de tes guerrières mains Sur les forces d'Athène, et l'orgueil des Thébains ; Ou quand tu fis trembler, à voir ta jeune audace, Le Danube glacé, l'Illyrie, et la Thrace : Je dis, voyant l'effort de tes premiers exploits Qui jusques aux Germains firent craindre tes lois, Que fera ce grand fleuve au milieu de sa course, S'il ravage ses bords au sortir de sa source ? Puis quand ayant passé les flots de l'Hellespont, Je vois dans peu de temps sur ton auguste front Flotter superbement les palmes immortelles Des combats du Granique, et d'Issus, et d'Arbelles : Ou quand je vois ton char suivi de tous côtés De Satrapes captifs, et d'illustres beautés, De chameaux chargés d'or, de meubles magnifiques, Les trésors amassés par tant de Rois Persiques ; Ou quand je t'aperçois sur ce trône éclatant, Dont l'oeil de tous les Grecs se trouva si content, Goûter avec plaisir les fruits de ta victoire ; Quel vainqueur dis-je alors eut jamais tant de gloire ? Mais quand par trop de coeur je te vois engager Au bourg des Malliens en un si grand danger, En ce lieu malheureux, qui crut porter la marque De l'indigne tombeau d'un si digne Monarque, Je tremble en te voyant le premier à l'assaut. Les échelles se rompre, et toi seul sur le haut Qui frappes de l'épée, et du bouclier te pares Du choc impétueux de mille traits barbares : Mais l'effroi me saisit, et d'horreur je frémis, Quand tu te lances seul dans l'enclos ennemi ; Et que seul tu soutiens les puissantes attaques Des plus désespérés d'entre les Oxydraques. C'est là, puisque si tard on te vint secourir, Si ton corps fut mortel, que tu devais mourir. Aussi n'étais-tu pas d'une mortelle essence, Le plus puissant des Dieux te donna la naissance ; Jamais mortel ne fit tant d'exploits glorieux, Et ne porta si loin son bras victorieux. Plus digne fils des Dieux qu'un Bacchus, qu'un Hercule, Croire que tu sois mort, c'est chose ridicule. De tes membres divins la précieuse odeur Marquait évidemment ta céleste grandeur. Non, tu vis dans les cieux (car par quelque aventure Quelque corps pour le tien fut mis en sépulture) Mais je croirais plutôt que tu fus transporté Dans le charmant séjour d'un palais enchanté ; Où ta jeune vigueur, ta beauté, ton courage, Du temps ni de la mort ne craignent point l'outrage. Et si tu veux savoir l'espoir de mon amour, C'est que d'un si beau lieu tu sortiras un jour : Tu sèmeras l'effroi sur la terre et sur l'onde, Poursuivant ton dessein des conquêtes du monde : Ô le charmant plaisir que je dois recevoir, Si j'ai durant mes jours le bonheur de te voir ! Il me semble déjà que mon amour m'ordonne Que je t'aille trouver en habit d'Amazone. Ô mon cher Alexandre, espoir de mes amours, Voudrais-tu bien pour moi t'arrêter quelques jours, Pour produire un enfant de race valeureuse ? Car je sens en t'aimant que je suis généreuse.

Bucéphale : fut en particulier le nom du cheval d'Alexandre, ainsi nommé, si l'on en croit le Scholiaste d'Aristophane, parce qu'il était marqué de la tête d'un boeuf. [T]

Granique : Nom propre d'une petite rivière de la Natolie, en Asie. Granicus. Elle a sa source au mont Ida, vers les rivières de l'ancienne Troie, et se décharge dans la mer de Marmara, au levant de Lampsaco. C'est au passage de cette rivière, qu'Alexandre le Grand remporta sa première victoire sur les Perses, qui, dit-on, y perdirent cent mille hommes. [T]

Issus et Arbeles : villes d'Asie Mineure en Cilicie où Alexandre remporta une victoire sur Darius III et qui le mirent en possession de l'Empire d'Asie.

Malliens : Anciens Peuples des Indes, voisins des Oxydraques, vers la source de l'Indus. Alexandre le Grand courut risque de la vie en attaquant une place chez ces Peuples. [T]

Oxydraques : Anciens Peuples des Indes voisins des Malliens. [T].

SCÈNE II. Mélisse, Artabaze.

MÉLISSE

Ô Dieux !

SCÈNE III. Filidan, Amidor.

SCÈNE IV. Filidan, Hespérie, Amidor, Sestiane.

FILIDAN

Non.

AMIDOR

Ô Dieux ! Les voyageurs sur les Indiques bords N'amassèrent jamais de si riches trésors. Quels beaux champs triomphaux, et quels Panégyriques Mériteront de moi ses bontés héroïques ?

Indiques bords : désigne les bords de l'Inde.

Panégyrique : Discours d'un Orateur fait à la louange d'une personne, ou d'une vertu extraordinaire, ou qu'on veut faire passer pour telle.

AMIDOR

J'aurai plus de loisir, Sestiane, au contraire, J'en ferai pour ma gloire et pour me satisfaire. Mais s'il faut que les biens m'arrivent à foison. Il faut donc que je loue une grande maison : Car ma chambre est petite, à peine suffit-elle Pour un lit, une table, avec une escabelle.

Escabelle (ou escabeau) : petit siège de bois qui est carré, dont on se servait autrefois pour s'asseoir à table, qui n'est ni couvert ni rembourré, et qui n'a ni bras ni dossier. [F]

HESPÉRIE

Allons, ma Melpomène, et vous ma Nymphe, adieu.

Melpomène : Nom d'une des neuf Muses, à laquelle on attribue l'invention du chant.

SCÈNE V. Artabaze, Mélisse, Filidan, Hespérie.

SCÈNE VI. Alcidon, Hespérie.

SCÈNE VII. Artabaze, Alcidon.

ACTE V

SCÈNE PREMIÈRE.

ALCIDON

La Richesse, l'Amour, le Savoir, la Vaillance. La Richesse, l'Amour, la Valeur, la Science. Je crois que ce sont quatre, il ne m'en faut que trois. Il faut qu'encore un coup je compte avec mes doigts. L'Amitié, le Savoir, la Valeur, la Richesse Ô bons Dieux ! Ce sont quatre à qui j'ai fait promesse : J'ai seulement chez moi trois filles à pourvoir. Ces gendres cependant viendront ici ce soir. Qui dois-je rebuter ? Qui dois-je satisfaire ? À qui de tous ces quatre oserai-je déplaire ? Ah ! C'est un ennemi que j'aurai sur les bras. Quelle confusion ? Bons Dieux ! Quel embarras ? Voyons qui je pourrais rebuter de ces quatre. Choisissons l'ennemi le plus doux à combattre. Celui de qui paraît l'excessive amitié, Acquit ma bienveillance en me faisant pitié : Aussi c'est un bonheur le plus rare du monde Quand sur l'honnêteté quelque amitié se fonde. Mais je veux que mon coeur ait bien la dureté De voir ce pauvre amant tristement rebuté : Le voilà dans les pleurs, le voilà dans les plaintes : Tandis des médisants nous aurons mille atteintes : J'ai pitié, dira-t-on, de ce pauvre affligé : Mais la fille avait tort de l'avoir engagé. Sans de grandes faveurs il est hors d'apparence Qu'il ait pu concevoir une grande espérance. Je ne puis me résoudre à souffrir ces discours, Ni même à ruiner de si tendres amours. Pourrais-je rebuter celui dont la doctrine Paraît comme un rayon de sagesses divine ? J'ai toujours révéré les gens de grand savoir : Et si je le méprise, il s'en va s'émouvoir : Il s'en va contre moi composer des histoires, Et quelque gros recueil d'écrits diffamatoires : Le courroux d'un savant est des plus dangereux. Je ne veux point tenter d'être si malheureux. Aussi d'autre côté pourrai-je avec rudesse Te chasser de chez moi, vénérable Richesse ? Nourrice des humains ? Cher et puissant secours ? J'aurais bien mérité le reste de mes jours De voir devant mes pieds, pour éternel supplice, De la nécessité le triste précipice. Puis manquant de promesse à cet homme puissant, Il peut par sa richesse opprimer l'innocent : Contre un riche ennemi l'on a peu de défense. Il pourrait méditer quelque indigne vengeance ; M'imputer quelque crime, aposter des témoins, Me priver et de biens, et d'honneur pour le moins ; Et n'étant pas de mort la sentence suivie, Payer des assassins pour me priver de vie. Dieux ! Je n'ai pas encore si peu de jugement Que manquer de respect pour un si riche amant. Mais oserais-je aussi mépriser la Vaillance, Qui donne tout à l'humble, et punit qui l'offense ? S'il savait seulement que j'eusse osé douter Pour l'accepter pour gendre, ou pour le rebuter ; Un seul de ses regards, ainsi qu'un trait de foudre, Serait assez puissant pour me réduire en poudre. Sans doute il pourrait bien, avec quelque raison. Sur ce cruel mépris saccager ma maison. À quoi suis-je réduit ? Quel conseil dois-je prendre ? Tout me plaît et me nuit : mais j'aperçois Lysandre.

Aposter : Placer quelqu'un dans un poste pour guetter ou exécuter quelque chose, le plus souvent quelque chose de mal. [L]

SCÈNE II. Alcidon, Lysandre.

ALCIDON

De votre gaieté le sujet est-il grand ?

Le mot gaieté est considéré comme ayant 3 pieds.

SCÈNE III. Lysandre, Mélisse, Alcidon.

MÉLISSE

Je ne sais.

ALCIDON

Oui.

ALCIDON

Ô Dieux !

SCÈNE IV. Lysandre, Hespérie, Alcidon, Mélisse.

SCÈNE V. Lysandre, Sestiane, Alcidon, Hespérie, Mélisse.

SESTIANE

Il ne faut point pour moi vous mettre en ce souci. Je ne veux de ma vie entrer en mariage, Ne pouvant pas porter les soucis d'un ménage. Puis je rencontrerais quelque bizarre humeur, Qui dedans la maison ferait une rumeur Quand je voudrais aller à quelque Comédie : Pour moi qui ne veux pas que l'on me contredie : Quand il le défendrait, je dirais, je le veux ? Et s'il donnait un coup, j'en pourrais rendre deux. Si l'on doit se trouver en quelques assemblées, Aussitôt des maris les têtes sont troublées : Ils pensent que c'est là que se voit le Galant ; Que se donne l'oeillade, et le poulet coulant : Les pièces que l'on joue en ces nuits bienheureuses Ne parlant que d'amour, leur semblent dangereuses : Pensez-vous, disent-ils, qu'on vous veuille souffrir À dormir tout le jour, et la nuit à courir ? Mais leur plus grand dépit est facile à connaître, C'est que dedans ces lieux ils n'oseraient paraître : Car on dit aussitôt Voyez-vous le jaloux ? Il suit partout sa femme ; et comme à des Hiboux Qui des gentils oiseaux sont la haine et la crainte. Chacun veut de son bec leur donner une atteinte. Je ne veux point, mon père, épouser un censeur. Puisque vous me souffrez recevoir la douceur. Des plaisirs innocents que le théâtre apporte, Prendrais-je le hasard de vivre d'autre sorte ? Puis on a des enfants qui vous sont sur les bras : Les mener au théâtre, ô Dieux ! Quel embarras Tantôt couche, ou grossesse, ou quelque maladie Pour jamais vous font dire, Adieu la Comédie : Je ne suis pas si sotte ; aussi je vous promets Pour toutes ces raisons d'être fille à jamais.

L'original porte "contredie" au lieu de "contredise", conservé pour la rime.

Poulet : signifie aussi un petit billet amoureux qu'on envoie aux Dames galantes, ainsi nommé, parce qu'en le pliant on y faisait deux pointes qui représentaient les ailes d'un poulet. [F]

Coulant : il signifie aussi, qui est doux, et qui n'est pas rude. [F]

SCÈNE VI. Filidan, Lysandre, Alcidon, Hespérie, Mélisse, Sestiane.

SCÈNE VII. Filidan, Amidor, Alcidon, Lysandre, Mélisse, Hespérie, Sestiane.

SCÈNE VIII. Lysandre, Alcidon, Phalante, Filidan, Amidor, Mélisse, Hespérie, Sestiane.

PHALANTE

D'enfants ? Ils en ont tous en quelques quantités ; Mais ils sont tous mal saints, les uns son pulmoniques, Les autres caterreux, les autres hydropiques ; Ils ont la mine au moins de tomber en ces maux : Puis à quoi sont sujets les mortels animaux ? Il ne faut qu'un malheur, une peste, une guerre, Pour mettre en un moment tous ces parents par terre : Alors me voilà riche, et ne savez-vous pas Qu'on voit en peu de jours tant de têtes à bas ?

Pulmonique : Qui est malade du poulmon. Les pulmoniques ne vivent pas longtemps. Les pulmoniques crachent toujours. [F]

Caterreux : Qui est flegmatique, sujet aux fluxions et aux caterres.[F]

Caterre : Fluxion et distillation d'humeurs sur le visage, sur la gorge, ou sur autre partie du corps. Les caterres proviennent ordinairement de chaleur ou de froideur excessives, ou de la répletion du cerveau, et de la débilité de la partie recevante. [F]

Hydropique : Qui a les membres enflés par une abondance d'eaux, ou de vents. Les hydropiques boivent beaucoup sans se désaltérer. [F]

SCÈNE DERNIÈRE. Artabaze, Lysandre, Alcidon, Filidan, Amidor, Phalante, Mélisse, Hespérie, Sestiane.

2 026 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0· édition originale sur Gallica