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Tragédie en vers· Tragédie en Machines

Les Amours du Soleil

Jean Donneau de Visé· créée en 1667, imprimée en 1671· 6 actes· 2 077 vers· 3 personnages

Représenté pour la première fois en 1667 au Théâtre du Marais.

Personnages

  • APOLLON
  • LES NEUFS MUSES
  • L'AMOUR
AU LECTEUR

Toute la France sait que l'on a vu représenter sur le Théâtre du Marais des Pièces en Machines, dont l'éclat et la magnificence ont fait quelquefois douter aux Étrangers, que des Particuliers eussent pu faire une si grande dépense. L'Andromède, La Toison d'Or, et la Sémélé, sont les trois dernières Pièces de Spectacle qui aient paru sur ce superbe Théâtre. Ce n'est pas que depuis quelques années, on n'en ait vu beaucoup dans le même Lieu, auxquelles on a donné le nom de Pièces de Machines, bien qu'elles ne le méritassent pas tout à fait. Celle des Amours du Soleil ne doit pas être mise au nombre de ces dernières, puisque jamais aucune Troupe du Marais n'a fait voir un si grand Spectacle, et que celle qui l'occupe aujourd'hui a voulu montrer qu'elle était capable de soutenir une grande dépense, et faire en même temps perdre le souvenir des dernières Pièces qu'elle a représentées, qui ne pouvaient justement être appelées Pièces de Machines, et à qui l'on a donné ce nom qu'à cause de quelques ornements qui les faisaient paraître avec plus d'éclat que les Pièces unies. Je crois que l'on ne doutera point de la grandeur du Spectacle de celle des Amours du Soleil, puisqu'il y a huit changements magnifiques sur le Théâtre d'en bas, et cinq sur celui d'en haut, et que toutes ces superbes Décorations sont accompagnées de vingt-quatre tant Vols que Machines volantes ; ce qui ne s'est jamais vu en si grande nombre dans aucune Pièce. Les Machines sont considérables par trois choses, par leur grandeur, par la surprise des Spectacles qu'elles produisent, et par l'invention étant certain qu'on n'en a jamais fait qui aient produit de pareils effets, et que l'on en voit plusieurs qui occupent toute la face du Théâtre. Le sujet de cette Pièce est tiré du quatrième Livre des Métamorphoses d'Ovide. Le Soleil ayant découvert l'adultère de Vénus avec Mars, cette Déesse outragée dans son amour, voulut en être vengée par l'Amour, et le rendit amoureux de Leucothoé, Fille d'Orchame Roi de Perse. Cette nouvelle passion obligea le Soleil d'abandonner Clitie Fille de Thétis et de l'Océan, qu'il avait tendrement aimée. Il prit la forme de la Mère de cette Princesse, pour entrer dans sa Chambre : et Orchame l'ayant appris par Clitie, il suivit les mouvements d'une cruauté qui lui était ordinaire, et fit enterrer sa Fille toute vive. Ainsi Vénus fut vengée par la douleur que la perte de cette Princesse fit sentir au Dieu du Jour. Le Soleil indigné contre Clitie, ne la voulut plus voir, et son regret la fit bientôt après mourir en langueur. Il les changea toutes deux, la Princesse en l'Arbre qui produit l'Encens, et Clitie en Souci ou Tournesol, pour marquer qu'elle était morte de souci, et qu'elle avait toujours eu les yeux tournés vers lui, même après en avoir été quittée. Voilà ce qu'en dit Ovide, et cette Fable fournit tous les caractères ; on y voit un Père cruel, une Princesse tendre, une Amante abandonnée, et qui conserve néanmoins son amour ; un Dieu embarrassé, et une Déesse qui veut se venger, et qui après avoir fait prendre de l'amour à Apollon, veut qu'il perde ce qu'il aime sans cesser de l'aimer. Tout cela sans y rien ajouter ni diminuer, fournit la matière d'un très ample sujet. Aussi n'y ai-je ajouté qu'un Prince Persan qui est amoureux de Leucothoé. J'ai pourtant évité deux choses qui sont presque dans toutes les Pièces de Machines où il y a de semblables Amants ; je veux dire que je n'ai point fait de Scènes du Dieu avec son Rival, et qu'Apollon ignore qu'il aime la Princesse ; et elle ne l'apprend elle-même que dans le cours de la Pièce. La seconde que j'ai évitée, c'est de faire la Princesse promise à cet Amant par ses parents ; de manière qu'il n'y a rien dans cette Tragédie qui ressemble à toutes les Pièces de Spectacle que l'on a vues, soit à l'égard du sujet, soit à l'égard des Machines. Quoiqu'il soit ordinaire de voir une Amante abandonnée, comme Clitie, la manière honnête dont elle en use avec Apollon, ne laisse pas de faire voir quelque chose de nouveau dans son caractère, puisqu'on voit peu d'Amantes délaissées, dont les emportements ne soient mêlés de choses qui outragent un Amant, au lieu que les siens sont seulement amoureux, et qu'on peut dire qu'ils font voir tout ce que la plus violente passion peut produire dans le coeur d'une Femme. Elle a raison d'en user de la sorte, puisqu'un Dieu n'est pas si coupable qu'un autre, lorsqu'il quitte une Mortelle. Je la fais donc outrée d'amour pour Apollon, malgré son infidélité. Je suis en cela Ovide ; et quelque violente passion que je lui donne, on ne peut me blâmer de la faire trop aimer, puisqu'il faut qu'elle meure d'une langueur amoureuse. Apollon ne pouvant se défendre de conserver de l'estime pour une Personne qui l'aime si tendrement, encor qu'elle en soit quittée, on ne doit pas s'étonner s'il en a beaucoup pour elle. Cette estime donne beaucoup d'alarmes à Leucothoé, qui est une Princesse douce, dont la tendresse n'est toutefois pas moins forte que celle de Clitie ; elles paraissent pourtant d'un caractère opposé, parce que la tendresse de Clitie doit être plus animée, à cause qu'elle est quittée. Je laisse au Père son caractère cruel, d'autant qu'il est nécessaire pour finir la Pièce. Je laisse à Vénus sa haine, parce que c'est cette haine qui fait mouvoir toutes les Machines. Jupiter prend le parti d'Apollon, et ruine souvent tous les artifices de Vénus ; mais ce n'est qu'avant qu'elle ait triomphé ; car un Dieu ne défait point ce qu'un autre a fait, mais il peut agir pour servir ceux dont il prend le parti, et les faire avertir de ce qui se passe. On a souvent vu des Dieux les uns contre les autres, et prendre des partis différents ; les Poèmes de l'Antiquité en sont pleins. Ainsi ce combat de Dieux contre Dieux, est autorisé, et il rend les Machines justes. Elles sont nécessaires, parce que Vénus qui fait tout mouvoir, n'agit que par là ; et qui les ôterait, détruirait tout le sujet, puisqu'elles font tous les incidents. Rien ne dément la Fable dans la fin de la Pièce, non plus que dans le commencement ; et l'on peut dire qu'il n'y a rien qui n'en soit, puisque tous les caractères en sont tirés, particulièrement celui de Clitie qui fut aimée du Soleil, qui en fut quittée, qui, bien qu'abandonnée, eût toujours les yeux sur son Amant, qui mourut de langueur, et qui fut métamorphosée en Girosol.

Girosol : tournesol, c'est une composacée, comme le souci.

Argument

PROLOGUE.

L'ouverture du théâtre fait voir des rochers des deux côtés, et dans le milieu le Mont Hélicon avec ses deux croupes, sur l'une desquelles est le cheval Pégase, qui ayant ses ailes étendues, et n'étant appuyé que sur un pied, semble prêt à s'envoler. Un air serein paraît entre ces deux croupes, qui fait un éloignement à perte de vue. Toute cette montagne est de grandeur naturelle, et même en relief ; et l'on n'en doutera pas, puisque les neuf Muses sont dessus, accompagnées d'Apollon qui est au milieu d'elles. Rien ne fut jamais si naturel que cette montagne ; et les arbres en sont si bien détachés, qu'il semble que la nature n'ait rien produit de si beau. Apollon commence le Prologue, et dit aux Muses qu'il faut qu'il les quitte pour aller voir Leucothoé qui règne depuis peu sur son coeur. Les Muses lui témoignent leur chagrin de son départ, et la crainte qu'elles ont qu'il ne les abandonne, quand il sera arrêté par l'Amour. Apollon leur répond que l'Amour a besoin des Muses, et que leurs vers aident souvent aux Amants à faire des conquêtes. Les Muses en demeurent d'accord, et ajoutent qu'Apollon n'a pas besoin de leur secours pour plaire, qu'elles tiennent de lui tout ce qu'elles savent, et qu'elles ne seront plus considérées s'il les abandonne. Ce Dieu leur fait connaître qu'elles ne peuvent être abandonnées, que leur gloire croîtra toujours, et que les Dieux doivent donner à la France un grand Roi qui doit faire des choses étonnantes pour elles, qui fera refleurir les sciences et les beaux-arts, et qui récompensera le mérite de tous ceux qui en auront. Il les invite de donner tous leurs soins à travailler pour sa gloire, de le placer par avance au Temple de Mémoire, et de le mettre au-dessus de tous les demi-Dieux. Les Muses répondent, qu'elles le peindront si bien dans leurs ouvrages, que le portrait ne s'en perdra jamais. Apollon leur fait voir qu'elles n'ont jamais eu de matière si belle que celle que leur fourniront les exploits de ce grand Roi, qu'il sera le plus parfait modèle que l'on puisse donner aux monarques, et que ses neveux auront quelque jour peine à croire ce qu'en rapportera l'Histoire la plus modeste. Les Muses promettent de travailler pour lui avec plaisir. Apollon leur dit adieu, et s'envole sur un nuage, et les Muses disparaissent. L'Amour sort d'une des premières ailes du théâtre, nonchalamment couché sur un nuage ; et demande à Apollon s'il va bien aller voir sa Maîtresse, sans l'avoir consulté. Cela donne lieu à une scène pleine de raillerie, dans laquelle chacun essaie de faire valoir qu'il est plus puissant que l'autre. L'Amour se plaint de ce qu'Apollon a découvert à tous les Dieux les amours de Mars avec sa Mère, et le menace de s'en venger ; mais il ne lui dit pas de quelle manière il en tirera vengeance ; et pour l'embarrasser, il l'assure qu'il sera aimé de la Beauté dont il est épris, mais que sa Mère sera pourtant vengée. Ensuite l'Amour s'envole d'un côté, pendant qu'Apollon est porté de l'autre par le nuage qui le soutient. On doit remarquer que l'Amour se détache du sien, qui se retire dès que ce Dieu s'envole, et que ce vol est plus surprenant, que s'il était enlevé sur le même nuage.

ACTE PREMIER.

De grandes allées de pins et de cyprès, toutes remplis de statues de marbre blanc, font la décoration du premier acte, et le Ciel paraît dans l'enfoncement comme on le voit au lever de l'aurore. Le Roi de Perse paraît dans ce jardin avec un des Princes de sa Cour. Il lui dit que puisque tous les secrets de l'État lui sont déjà connus, il lui en veut confier un autre qui regarde la Princesse sa fille. Théaspe (c'est le nom de ce Prince) paraît d'autant plus surpris, qu'il aime secrètement cette Princesse. Le Roi lui fait connaître qu'ils doivent s'éloigner pour découvrir ce qu'il lui veut faire voir.

Clitie paraît dans le même jardin avec Nérice sa confidente, au moment que le Roi en sort. Cette confidente veut empêcher cette Nymphe d'aller plus loin, en lui disant qu'elle voit quelqu'un. Clitie ne laisse pas d'avancer ; et en lui découvrant le sujet qui l'a fait venir dans ce jardin, elle lui fait connaître qu'elle ne saurait cesser d'aimer Apollon, encore qu'elle n'en soit plus aimée. Cette scène fait connaître son caractère.

Palmis, confidente de Leucothoé, paraît dans le même jardin, et ne trouvant point le Dieu du Jour qu'elle cherche, elle fait une scène avec Clitie, qui l'interroge sur les amours de ce Dieu et de la Princesse. Clitie se retire voyant venir sa Rivale. La Princesse demeure avec sa confidente, et lui fait connaître l'état de son âme, et les maux qu'elle craint, et qui semblent lui être prédits par les songes fâcheux qu'elle fait souvent. Palmis lui conseille d'aller dans l'antre du Sommeil pour s'en éclaircir. Le temps se couvre, et un nuage sombre les oblige à s'éloigner. Le Ciel s'ouvre, et le Soleil en sort dans un char tout brillant, et tel qu'Ovide le dépeint, avec des roues d'or, et des rayons d'argent, traîné par quatre chevaux blancs qui soufflent du feu. Il est sur un amas de nuages que les chevaux foulent, et ces nuages s'élèvent encor autour du char et autour du Soleil. Cette brillante machine éclairée de cent lumières, s'avançant lentement, le Soleil fond un gros nuage obscur qui paraît à l'un des côtés du théâtre vers le devant. On en voit peu à peu les nuages se dissiper, en se détachant tantôt par morceaux et tantôt par bandes, qui font de longues traînées de nuages, entre lesquelles de petits jours laissent voir la clarté du Soleil. Ce gros nuage descend toujours à mesure que le Soleil s'avance ; et quand il est à terre, Vénus qui était enveloppée dans celui que le Soleil a dissipé, reste à découvert. Ce Dieu descend de son char, et par un mouvement surprenant ce char s'en retourne d'où il est venu. Apollon fait une scène avec Vénus, mêlée de raillerie. Cette Déesse en se séparant d'avec Apollon, fait connaître que c'est la haine et la vengeance qui l'amènent ; et quand elle s'est retirée, ce Dieu fait connaître aussi qu'il se doute qu'elle cherche à se ven ger de lui. La Princesse voyant le temps serein, revient dans le même lieu ; elle trouve le Dieu du Jour, il lui parle de sa passion avec beaucoup de chaleur ; et la Princesse sans lui avouer la sienne, lui laisse deviner qu'elle en sent beaucoup. Elle témoigne qu'elle craint qu'il ne soit encor touché des charmes de Vénus ou de Clitie qu'il a aimées. Ce Dieu la rassure et l'avertit de se défendre des pièges de Vénus qu'il ne croit descendue en terre, que pour traverser leur amour. La Princesse paraît moins alarmée de ce que Vénus peut faire contre elle, que de la crainte qu'elle a d'être surprise par son père, dont elle découvre l'humeur cruelle. Elle l'aperçoit en ce moment, il ne paraît qu'à dessein de la surprendre, ne s'étant retiré que pour cela à l'ouverture de cet acte. Apollon commande aux brouillards de l'entourer. Il s'en élève un fort épais, qui enveloppe le Soleil, et se dissipe, sans qu'on sache ce que ce Dieu est devenu. La Princesse se retire à la faveur du brouillard. Cette aventure surprend le Roi et le Prince, qui n'avançant qu'à mesure que ce brouillard se dissipe, ne trouvent plus personne. Le Prince s'emporte contre ce Rival inconnu, et le Roi qui ignore son amour, attribue ses emportements à l'excès du zèle qu'il a pour lui. Il parle de faire mourir sa fille. Ce Prince l'en détourne, le prie de ne point éclater, et lui promet qu'il tâchera d'apprendre le nom de l'Amant de la Princesse. Le Roi lui en laisse tout le soin, et se retire.

ACTE SECOND.

Une grande allée d'arbres verts découpés à jour, prend la place de la décoration du premier acte, et l'oeil peut à peine en découvrir le bout. Vénus y fait une scène avec Théaspe, où elle lui déclare qu'elle vient pour traverser les amours d'Apollon, et de la Princesse de Perse ; et que la Discorde, l'Envie, et les autres Filles d'Enfer, serviront son courroux. Elle lui exprime le plaisir que donne la vengeance, et lui dit qu'il rencontrera quelques moments heureux, quand elle travaillera pour se venger ; et elle le quitte avec résolution de faire voir bientôt des effets de son ressentiment. Théaspe a de la peine à croire que la Princesse puisse cesser d'aimer un si grand Dieu que le Soleil. Il aperçoit Clitie, et tâche de l'animer contre Apollon, en lui conseillant de le brouiller avec sa nouvelle Maîtresse. Mais il ne la trouve pas disposée à suivre des conseils qui sont autant pour lui, que pour elle ; de manière qu'il se retire assez mal satisfait. Il la laisse avec sa confidente, avec qui elle fait une scène touchant l'état de son coeur. La Princesse la surprend comme elle soupire, et l'excès de l'amour que Clitie ressent pour Apollon, fait que cette Amante se trahit elle-même, en engageant par le bien qu'elle dit de lui, sa Rivale à l'aimer davantage. Elle s'en repent en la voyant partir. Apollon vient un moment après, et paraît surpris de trouver Clitie où il croyait trouver la Princesse. Cette triste Amante ne s'emporte point contre lui ; elle ne le traite point d'infidèle, et lui fait seulement voir l'excès de sa passion, et se retire après lui avoir fait une peinture touchante de tout ce qu'elle sent. Il en est attendri, mais il oublie cette renaissante ardeur à la vue de la Princesse qui se plaint de ce qu'il soupire après avoir vu Clitie. Il la rassure, et se retire pour n'être point vu de Théaspe qui cherche la Princesse. Ce Prince fait dans cette scène ce qu'il a promis au Roi dans le premier acte ; et quoique cette Princesse n'eût jamais voulu lui faire connaître qu'elle s'apercevait de son amour pour elle, et qu'elle eût fait toute chose pour en éviter une déclaration, il la met en état de lui dire elle-même qu'elle en est aimée. Cette Princesse le prie de ne point découvrir à son père qu'elle aime le Soleil ; ce qui embarrasse beaucoup le Prince. La Jalousie paraît à un des côtés du théâtre sous l'habit de Pallas, portée par un amas de nuages, aussi bien que l'Envie qui paraît de l'autre côté sous l'habit de Mercure, portée par des nuages aussi qui produisent un effet, et jettent un éclat qu'on n'a point encor vu au théâtre. Elles conseillent toutes deux à cette Princesse de ne plus aimer le Dieu du Jour, et même de ne lui parler jamais, et s'en retournent par un vol croisé. Théaspe qui se doute que c'est un artifice de Vénus, veut tâcher de profiter de l'occasion ; mais il n'en trouve pas la Princesse plus favorable à ses voeux. Elle se retire pour songer à ce qu'elle doit faire, ne voulant point prendre de conseil du Rival du Soleil.

ACTE TROISIÈME.

Un jardin fait la décoration de cet acte, et il est si magnifique et si surprenant, que l'on n'en a jamais vu un si beau sur la scène. Je ne m'arrêterai point à le décrire, afin de laisser à l'auditeur le plaisir de la surprise. Vénus y rencontre Clitie, qu'elle excite à perdre sa Rivale ; et se retire ne trouvant pas cette Nymphe disposée à suivre ses conseils. Clitie dit à sa confidente, qu'elle connaît bien que Vénus voulait se servir d'elle pour se venger d'Apollon. Elle fait une scène avec la Princesse, qui lui dit les mêmes choses qu'elle avait dessein de lui dire. Clitie qui croit de loin apercevoir Apollon, se retire, pour aller le joindre ; et laisse cette Princesse avec sa confidente. Un moment après, trois Femmes qu'on ne peut prendre que pour des Divinités, paraissent dans trois nuages, que la clarté de plus de cent lumières enfermées dans chacun, fait briller extraordinairement. Ces trois nuages viennent de trois côtés, et remplissent non seulement toute la face du théâtre, mais ils occupent encor une partie des ailes. Ils sont faits d'une manière toute nouvelle, et l'on n'en a point encor vu de si brillants ; mille petits jours qui sont entre les roulements, faisant paraître une clarté qui pourrait seule éclairer tout le théâtre et toute la salle, s'il n'y avait point d'autre lumière. Les trois Personnes qui sont sur ces nuages, donnent des avis à la Princesse qui jettent son esprit dans de nouveaux embarras ; et ces trois machines s'élevant lentement pour s'en retourner, laissent voir à mesure qu'elles remontent, trois Furies qui excitent la curiosité du spectateur, et qui tiennent chacune en une main un flambeau allumé, et plusieurs serpents dans l'autre. Elles n'ont pour coiffures que des serpents autour de la tête, leur habillement est une longue robe noire, toute semée de flammes, avec une ceinture de plusieurs serpents. Ces Furies disent à la Princesse, que celles qui viennent de parler, étaient des fantômes qu'elles animaient par l'ordre de Vénus ; mais que l'ordre de la Déesse étant exécuté, elles viennent par le commandement de Jupiter lui dire ce qu'elles ont fait contre elle, et l'avertir que celles qui lui ont aussi donné des conseils quelque temps auparavant, étaient la Jalousie et l'Envie, sous l'habit et la forme de Pallas et de Mercure. Ce qu'elles disent ensuite, montre qu'elles peuvent faire de semblables messages ; et je puis ajouter à ce qu'elles disent, qu'elles ne sont pas toujours employées pour faire du mal, comme quelques-uns se persuadent. Virgile marque qu'elles sont devant le trône de Jupiter, pour voir s'il se veut servir d'elles. Pausanias dit qu'Oreste qui les vit noires quand il devint fol, les vit blanches quand il revint en son bon sens. Aussi dit-on qu'il les apaisa s'étant acheminé à Argos, suivant le conseil de Pallas, et qu'il les nomma du mot Grec, Eumenia, qui signifie bienveillance, mansuétude, et bénignité ; et c'est pourquoi elles ont retenu le nom d'Euménides. Toutes ces choses sont plus que suffisantes pour autoriser ce que je leur fais faire, qui, à le bien prendre, n'est point tout à fait un bien, puisque l'avertissement qu'elles donnent nuit à Vénus, et que c'est plutôt avouer par force le mal qu'elles ont fait, que rechercher d'elles-mêmes à rendre service. Quand elles ont achevé de dire à la Princesse ce que Jupiter leur a ordonné de lui faire savoir, elles tombent aux Enfers. La Princesse témoigne qu'elle n'est pas moins embarrassée qu'auparavant, et en dit les raisons. Apollon qui a tout su, par ordre de Jupiter son Père, tâche de remettre son esprit. La Discorde paraît sous l'habit et la figure de Junon, et veut empêcher la Princesse de croire ce que les Furies lui ont dit. Apollon assure la Princesse que ce n'est point Junon, et prie Jupiter de le faire connaître. Jupiter paraît dans le Ciel ; et après avoir découvert que c'est la Discorde qui parle sous la forme de Junon, il lance la foudre. Le char se brise en morceaux qui se séparent, et paraissent enflammés au milieu de l'air. Ils se perdent de tous côtés, et la Discorde tombe dans une des ailes du théâtre. Il ne s'est jamais rien fait de si hardi, ni de si surprenant que cette machine ; et le même char qui paraissait tout brillant, tant il est enrichi, paraît en un clin d'oeil tout en feu et en pièces, sans que le spectateur puisse découvrir comment se font des choses si extraordinaires. Si cette machine donne beaucoup de gloire au machiniste, celui qui est dedans le char, et dont dépend une partie de l'exécution, n'en a pas moins ; et si l'auteur osait, il dirait que son invention doit être comptée pour quelque chose. Il est à remarquer, qu'encor que la Discorde soit foudroyée, elle n'est pas anéantie ; et que Jupiter ne lance la foudre que pour briser son char, afin de montrer par là qu'elle n'est point Junon. Il la peut faire tomber de la sorte, puisqu'il l'a une autre fois précipitée des Cieux, après qu'elle eût jeté la Pomme d'Or aux Noces de Pelée et de Thétis ; il a bien aussi précipité Vulcain et le Sommeil ; et il y a même des exemples qu'il a foudroyé des Dieux. Mais ce n'est pas ici un lieu pour en parler, retournons à la Princesse, dont les bontés de Jupiter devraient avoir remis l'esprit : néanmoins elle n'est guère plus satisfaite ; et l'humeur cruelle de son père l'empêche de goûter tranquillement le plaisir d'être aimée. Elle quitte Apollon, parce qu'elle craint le retour de son père, et qu'il ne la trouve avec ce Dieu. Il n'est pas longtemps seul. Clitie qui était allée par un autre endroit pour le joindre, l'aperçoit un peu avant que la Princesse sorte d'avec lui, et attend qu'elle se soit éloignée pour lui donner de nouvelles marques de sa passion. Il fait voir son embarras, et se retire ; et Clitie fait connaître à sa confidente qu'elle l'aimera toujours, et qu'elle va tout faire pour remplir la volonté du Destin, qui semble avoir résolu qu'elle recherche toujours à le voir.

ACTE QUATRIÈME.

La décoration représente l'antre du Sommeil. Elle est remplie d'un nombre infini de songes, sous diverses figures ; et l'on ne peut rien imaginer qu'on n'y trouve. On y voit des ports de mer, des Bacchantes, des géants, des nains, des vieillards, des ruines, des vases, et cuvette d'or et d'argent, des batailles, des oiseaux, des plantes, des fleurs, des incendies, des personnes qui dorment et qui rêvent. On y voit aussi des villes, des sacrificateurs, des lions, des tigres, des paons, et généralement tout ce que l'on peut imaginer, puisqu'ils représentent les songes, et qu'il n'y a rien qu'on ne puisse songer. Ce surprenant théâtre est l'un des plus habiles hommes de France, et qui a la main la plus hardie pour la détrempe. L'on n'en doutera pas, quand on saura qu'il est de celle de M. Prat, et qu'il s'est surpassé lui-même. Ce théâtre doit exciter beaucoup de curiosité, et une journée entière ne peut suffire pour le bien considérer. On peut dire qu'il en renferme seul plus de trente, puisqu'un arbre, ou une colonne, ou une statue, ont jusques ici fait seuls une décoration. Je dis seuls, parce qu'étant redoublés, c'est toujours la même chose : mais il n'en est pas de même de celui-ci, puisque l'on voit quelque chose de nouveau dans chaque châssis. Vers le bout du théâtre, le Sommeil est couché sur un lit d'ébène. Il a une longue robe blanche qui marque le jour, et une noire parsemé d'étoiles qui marque la nuit. Il a de grandes ailes ; il tient une verge à la main, avec laquelle il touche les hommes, et les fait dormir ; et dans l'autre il a une corne. Les poètes en donnent la raison : mais ce n'est pas ce qu'on recherche ici. Je dirai pourtant, pour me justifier, d'avoir mis un antre du Sommeil en Perse, qu'Ovide en met près les Monts Cimmériens, Homère en l'Île de Lemnos qui est dans la Mer Égée, Stace entre les Peuples d'Éthiopie, et l'Arioste en Arabie. Si l'on doute dans lequel de ces quatre endroits se trouve l'antre du Sommeil, on peut bien douter de cinq, ou s'il s'en trouve dans tous ces lieux-là, il y en peut aussi avoir en Perse. La Princesse dont la venue en cet antre était préparée dans les autres actes, vient avec Palmis : mais à peine a-t-elle fait son invocation, qu'elle entend un terrible tonnerre non seulement sur le théâtre, mais encor par toute la salle : les vents la traversent ; et l'un vient d'un côté, pendant que l'autre va de l'autre. Celui qui vient sur le théâtre, fait plusieurs tours en rond comme un tourbillon, et se perd dans les airs. Ensuite le Sommeil et le Silence, et le Repos, qui l'accompagnaient, s'évanouissent : le lit du Sommeil s'abîme, et le théâtre change en un désert. Le tonnerre recommence quelque temps après, puis le Ciel s'ouvre, et l'on en voit sortir Éole, accompagné de plusieurs vents sur des nuages enflammés. Il fait entendre à la Princesse, que par l'avis des Dieux, Jupiter n'approuve plus son amour, et que c'est pourquoi le Sommeil n'a point voulu l'entendre. Ce nuage se sépare en trois : Éole va sur le cintre ; et les autres nuages qui portent les vents, l'un à droite, et l'autre à gauche. Cette surprenante machine parle assez d'elle-même, sans qu'il soit besoin d'en exagérer la beauté, qui n'a rien que de nouveau. Cet acte est si rempli de machines et de vols, qu'il y a beaucoup de pièces entières où l'on n'en trouve pas tant. Le spectateur ne sait d'abord où jeter la vue ; et tout ce qui se passe devant, derrière, et à côté de lui, a de quoi l'occuper ; et il voit des choses coup sur coup, qu'il n'a pas le temps de les compter, et qu'il lui doit rester un désir extrême de les revoir. Théaspe trouve la Princesse dans le désert, et lui en dit les raisons. Elle le reçoit froidement, et ne se peut résoudre à l'aimer, encor qu'elle croie perdre Apollon. Elle se retire, et lui défend de la suivre. Il en est au désespoir. Vénus vient qui lui raconte par quels moyens elle a fait tout ce qui s'est passé, et comment Éole l'a servie à la prière de Junon, qui hait tous les enfants de Jupiter, et qui a longtemps poursuivi Latone sa Mère. Théaspe se retire, et Vénus et Apollon font une scène de raillerie, où ils ont tour à tour l'avantage. Vénus le quitte, en lui disant, qu'encore que tous ses desseins soient découverts, il lui reste encore un moyen de se venger. Clitie qui ne peut vivre sans le voir, oblige ce Dieu à se plaindre, et à lui faire connaître qu'il lui reste beaucoup de tendresse pour elle. Il dépeint l'état confus de son âme, et paraît plus touché que dans les deux scènes qu'elle a faites avec lui. Il ne faut pas s'en étonner ; on résiste une fois ou deux, quand on a pris une forte résolution ; mais cela ne fait pas qu'on soit toujours insensible. Les troubles du coeur d'Apollon ne donnent qu'un faux espoir à cette malheureuse Nymphe ; et tout ce qu'il lui dit n'empêche pas qu'elle ne connaisse que la Princesse est toujours la plus forte dans son coeur. Elle se retire avec ce chagrin ; et Apollon qui demeure seul, fait connaître l'état de son âme ; puis sort pour aller rassurer l'esprit de la Princesse, et lui dire que tout ce qu'elle a vu dans l'antre du Sommeil, n'est qu'un effet de la vengeance de Vénus.

ACTE CINQUIÈME.

Encor que l'on ait vu dans les actes précédents, de différents endroits, des jardins du Roi de Perse, pour l'embellissement desquels l'art et la nature semblaient avoir épuisé leurs merveilles ; il faut néanmoins qu'ils le cèdent à la beauté de celui qui fait la décoration de cet acte. Un nombre infini de statues différentes, de fontaines, et de vases remplis de fleurs en confusion, et tout ce qui peut se voir dans un jardin, se rencontre dans celui-ci. Le théâtre est fermé par plusieurs arcades qui composent un berceau, au bout duquel on découvre un parterre rempli de figures. Entre toutes les arcades qui forment ce berceau, on voit quantité de termes qui portent sur leurs têtes des corbeilles d'or pleines d'un nombre infini de fleurs différentes, dont la vivacité réjouit la vue. Peut-être que quelqu'un s'étonnera de ce qu'il y a tant de jardins dans cette pièce ; mais on est en Perse dans les jardins, comme on est ici dans des appartements, et les Rois y donnent audience aux Ambassadeurs. De plus, Apollon aurait été découvert, s'il eût été voir souvent la Princesse dans le palais ; et quoiqu'il la voie dans des jardins, il lui marque même que de crainte d'être découverts, ils ne se voient pas toujours dans des mêmes endroits. Je pourrais alléguer d'autres raisons, mais je fatiguerais la patience du lecteur, qui cherche ici autre chose. C'est dans ce lieu que je viens de décrire qu'Apollon veut obliger la Princesse de demeurer quelque temps. Elle lui fait connaître qu'elle n'y peut demeurer, parce qu'elle craint le retour de son père, ou que la Reine sa mère n'aille dans son appartement, comme elle y va quelquefois à ces heures-là. Apollon dit un vers à part qui prépare ce qu'il fait dans la suite, sans qu'on le puisse deviner. La Princesse alarmée du dernier entretien qu'il a eu avec Clitie, lui fait connaître qu'elle appréhende qu'il ne retourne à elle. Clitie qui survient, l'embarrasse aussi ; mais il s'en démêle adroitement, et les laisse ensemble. Clitie qui ne s'abuse pas, fait tout ce qu'une Amante interdite, troublée, et qui n'espère plus rien, est capable de faire ; et la Princesse qui craint d'en être touchée, se retire. Clitie demeure quelque temps seule, et ce qu'elle dit justifie ce qu'elle vient de faire. Théaspe tout transporté de jalousie, lui vient dire qu'Apollon empêchant par un pouvoir divin, que la Reine n'allât voir la Princesse sa fille dans sa chambre, il en a pris la forme et le nom, afin de la voir sans être découvert. Apollon prépare cela dès l'ouverture de l'acte. Le Roi arrive ; et Clitie dont la jalousie ne garde plus de mesures, apprend cette aventure au Roi qui en savait déjà une partie, et qui avait appris en chassant, des gens d'alentour, qu'on voyait souvent le Soleil descendre autour de son palais. Ce monarque donne ordre bas à son Capitaine des Gardes, pour la faire enterrer vive. Il s'étend ensuite sur le crime de sa fille, et dit cet ordre qu'il vient de donner. L'on ne doit pas s'étonner de cette cruauté, son caractère étant fondé partout où l'on parle de lui. Le Prince veut aller au secours de la Princesse ; mais le Ciel s'ouvre, et Vénus portée par son Étoile, lui dit d'arrêter, et lui apprend que la Princesse a perdu la vie, encore qu'elle fût innocente, et qu'elle a pris soin que ceux qui avaient ordre de la faire mourir, ne désirassent pas son trépas. Elle fait connaître qu'ayant trouvé dans Orchame, une âme à la cruauté préparée, elle l'a facilement porté à se défaire de sa fille, et que c'est le dernier coup qu'elle gardait à Apollon, et dont il ne se doutait pas. Elle fait voir le plaisir qu'elle a de publier elle-même qu'elle est vengée, afin que l'on ne doute pas que la mort de Leucothoé est son ouvrage. Les nuages l'enveloppent, et Théaspe donne des marques d'un furieux désespoir ; et le Roi qui ne savait pas son amour, l'apprend par là. On vient dire que Clitie est morte de douleur, à cause que le Soleil ne voulait plus la voir, parce que le rapport qu'elle avait fait à Orchame, de l'entrevue de ce Dieu avec cette Princesse, était en partie cause que ce cruel père l'avait fait enterrer vive ; et c'est en effet pourquoi il l'a fait mourir dans la fable. Si j'avance sa mort de quelques jours, j'ai fait plus qu'Ovide pour la préparer, puisque j'ai parlé partout de sa langueur. Comme le même confirme la mort de la Princesse, Théaspe s'abandonne entièrement au désespoir ; et apostrophant le Soleil, il lui dit qu'il devait faire quelque chose pour lui marquer son amour, et la faire revivre. Quelque temps après, les nuages s'éclaircissant pour laisser voir le palais du Soleil, tout le théâtre se change en un théâtre de nues, et la porte d'argent du palais de ce Dieu paraît comme Ovide la dépeint. La mer est gravée dessus ; et Neptune avec tous les Dieux Marins, et les Tritons et le Zodiaque, se voient tout autour. Cette riche porte qui semble d'argent étant ouverte, laisse voir le palais du Soleil soutenu de plusieurs colonnes d'or, dont les bases et chapiteaux sont de la même matière et l'on peut dire avec justice, que l'on n'a jamais rien vu dans le Marais qui ait approché de ce grand spectacle. On aperçoit d'abord sur des amas de nuages, les Heures, les Jours, et les Mois, qui ont coutume d'accompagner le Soleil ; et le Temps paraît au milieu avec sa faux et son horloge. On voit de grandes clartés qui semblent les détacher, et qui sont de brillants éloignements, dont on n'a point encor vu sur aucun théâtre. Ces nuages sont à l'entrés du palais du Soleil, fait par le même qui a peint le théâtre des songes et le Mont Hélicon. Il est de l'ordre dorique. Les voûtes sont à arêtes et de lapis, avec plusieurs enrichissements. Le trône du Soleil est demi-octogone, et tout couvert de pierres précieuses qui jettent un éclat qui surprend le spectateur. Les quatre Saisons vêtues comme on les dépeint, sont assises sur les marches de ce trône, et accompagnent le Soleil qui est assis dedans. Il déclare ce qu'il a dessein de faire pour la Princesse et pour Clitie. L'Amour paraît ensuite à l'entrée de son palais. Il dit à Apollon qu'il est satisfait d'avoir vengé sa Mère, et qu'il peut désormais aimer sans craindre qu'il lui soit contraire. En finissant ces paroles, il s'envole en se précipitant ; puis il va dans le cintre, en se relevant tout d'un coup, lorsqu'on croit qu'il va s'arrêter à terre. Ce vol est extraordinaire, et l'on n'en a jamais vu de semblable.

PROLOGUE.

SCÈNE I.

APOLLON

Je vous quitte, le temps me presse, Je ne puis demeurer plus longtemps en ce lieu ; Je vais voir ma belle Princesse, Il faut nous séparer, adieu.

Apollon vole jusques au milieu du théâtre. Le Parnasse disparaît ; et l'Amour couché sur un nuage, arrête Apollon, qu'un autre nuage soutient aussi.

SCÈNE II. Apollon, l'Amour.

ACTE I

SCÈNE I. Le Roi, Théaspe, Suite.

SCÈNE II. Clitie, Nérice.

SCÈNE III. Clitie, Nérice, Palmis.

PALMIS

Oui.

CLITIE, se tournant vers Nérice

Leur flamme est mutuelle, hélas !

SCÈNE IV. La Princesse, Palmis.

SCÈNE V.

Le Soleil dans son char, et Vénus cachée dans une nue. Il sort du globe dans un char, tout brillant et tel qu'Ovide le dépeint. Les roues sont d'or, et les rayons d'argent. Il est traîné par quatre chevaux blancs qui soufflent du feu. Il paraît sous un amas de nuages que les chevaux semblent fouler. Les nuages s'élèvent encor autour du char et autour du Soleil ; et au lieu que le Soleil ait des rayons autour de la tête, Ils paraissent dans le nuage qui l'environne, comme s'ils étaient causés par l'éclat de son visage. Cette brillante machine s'avançant lentement, le Soleil fond un gros nuage obscur qui paraît à un des côtés du théâtre vers le devant. On en voit peu à peu les nuages se dissiper, en se détachant tantôt par morceaux, et tantôt par bandes, qui font de longues traînées. Ce gros nuage descend toujours à mesure que le Soleil avance ; Et quand il est à terre, Vénus qui était enveloppée dans le nuage que le Soleil a dissipé, reste à découvert. Le Soleil descend de son char, qui par des mouvements extraordinaires fait un tour sur le théâtre, et s'en retourne.

VÉNUS

La Princesse de Perse ayant touché votre âme, Vous ne vous plairez plus à traverser ma flamme.

Traverser : Fig. Susciter des obstacles, des embarras. [L]

SCÈNE VI.

SCÈNE VII. Apollon, La Princesse, Palmis.

APOLLON

Ne vous alarmez point, ma divine Princesse : Brouillards, entourez-moi. Que votre crainte cesse.

Un brouillard fort épais s'élève, entoure Apollon, et se dissipe, sans qu'on sache ce que ce Dieu est devenu.

SCÈNE VIII. Le Roi, Théaspe.

ACTE II

SCÈNE I. Vénus, Théaspe.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Clitie, Théaspe, Nérice.

SCÈNE IV. Clitie, Nérice.

SCÈNE V. La Princesse, Clitie, Palmis, Nérice.

LA PRINCESSE

Moi, dites-vous ?

CLITIE

Oui, vous.

SCÈNE VI. Clitie, Nérice.

SCÈNE VII. Clitie, Nérice, Apollon.

APOLLON

Hélas !

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Apollon, La Princesse, Palmis.

APOLLON

Mais...

SCÈNE X. Théaspe, La Princesse, Palmis.

THÉASPE

Hélas !

SCÈNE XI. La Princesse, Théaspe, Palmis, Pallas et Mercure assis sur des nuages opposés.

SCÈNE XII. La Princesse, Théaspe, Palmis.

THÉASPE

Mais...

THÉASPE

Songez...

ACTE III

SCÈNE I. Vénus, Clitie, Nérice.

SCÈNE II. Clitie, Nérice.

NÉRICE

Cette Princesse aussi peut s'en apercevoir ; Mais...

En lui montrant la Princesse.

SCÈNE III. Clitie, Nérice, La Princesse, Palmis.

LA PRINCESSE

Mais encor...

SCÈNE IV. La Princesse, Palmis.

SCÈNE V. La Princesse, Palmis, et trois Personnes qui sont sur les nuages.

LA PRINCESSE

Est-ce une illusion ? Je me sens toute émue.

Le théâtre paraît encor rempli de trois Furies, avec leurs habillements ordinaires, et des flambeaux à la main ; ce qui cause une grande surprise, parce qu'on ne les voit pas venir. La Princesse poursuit.

Mais quels affreux objets viennent frapper ma vue ?

SCÈNE VI. La Princesse, Palmis, Les Furies.

SCÈNE VII. La Princesse, Palmis.

SCÈNE VIII. Apollon, La Princesse, Palmis.

SCÈNE IX. Apollon, La Princesse, Palmis, La Discorde sous la forme de Junon, et dans un char semblable à celui de la Déesse.

LA PRINCESSE

Quel éclat !

Le Ciel s'ouvre, et Jupiter paraît.

SCÈNE X. Apollon, La Princesse, Palmis, Jupiter, La Discorde.

JUPITER, en lançant la Foudre

Voilà le coup que ta témérité A si justement mérité, Et par où je dois te confondre.

Le char se brise en divers morceaux qui se séparent et paraissent enflammés au milieu de l'air. Ils se perdent de plusieurs côtés, et la Discorde tombe dans une des ailes du théâtre.

SCÈNE XI. Apollon, La Princesse, Palmis.

SCÈNE XII.

SCÈNE XIII. Apollon, Clitie, Nérice.

CLITIE

Je voudrais que ce fût avec moins de justice : Mais de l'air dont je sais que vous touchez les coeurs Vous n'allumez jamais que de fortes ardeurs : Et c'est aussi pourquoi je crois que la Princesse Doit ressentir pour vous une extrême tendresse : Mais quand même son coeur n'en ressentirait pas, Vous seriez satisfait auprès de ses appas. Les rigueurs d'un objet pour qui l'on sent dans l'âme Tous les ardents transports d'une naissante flamme, Plaisent souvent bien plus que l'importune ardeur D'un autre dont on vient de retirer son coeur. Pourquoi me venez-vous de reprendre le vôtre ? Je l'avais mérité peut-être autant qu'une autre. Ah ! Quand mon feu pour vous ne me reproche rien, Pourquoi m'ôter un coeur qui faisait tout mon bien ? Vous n'en pouvez avoir dc sujet légitime, Les yeux de ma Rivale ont causé tout mon crime ; Et, quand vous me fuyez, et me manquez de foi, Ce sont eux seulement qui parlent contre moi. N'avez-vous pas assez connu que je vous aime ? Auriez-vous pu douter de mon amour extrême ? Vous avez toujours fait ma joie et mes plaisirs, Et vous avez toujours causé tous mes soupirs ; D'un véritable amour mon âme est encor pleine, À l'ardeur de mon feu mon coeur suffit à peine. Ah ! Si vous pouviez bien connaître cette ardeur, Si vous pouviez bien voir ce que souffre mon coeur, Si... Mais le vôtre hélas ! Est tout à la Princesse. Ah ! Puisqu'il est trop vrai qu'elle en est la Maîtresse. Et qu'à languir toujours le mien est condamné, Arrachez-moi l'amour que vous m'avez donné.

SCÈNE XIV. Clitie, Nérice.

ACTE IV

SCÈNE I. La Princesse, Palmis.

La décoration représente l'antre du Sommeil. Elle est remplie d'un nombre infini de songes sous diverses figures mêlées de toutes sortes d'oiseaux nocturnes. Le Sommeil est couché sur un lit d'ébène avec une longue robe noire ; Il a une robe blanche par-dessous avec des ailes ; il tient une corne en une main, et une baguette en l'autre. Le Silence est debout au pied de son lit, et le Repos est assis sur le pied.

SCÈNE II. Éole, La Princesse, Palmis.

SCÈNE III. La Princesse, Palmis.

SCÈNE IV. Théaspe, La Princesse, Palmis.

LA PRINCESSE

Hélas !

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Vénus, Théaspe.

SCÈNE VII. Vénus, Apollon.

SCÈNE VIII.

SCÈNE IX. Clitie, Apollon.

APOLLON

À part.

Hélas !

Haut.

Oui, si je puis.

SCÈNE X.

APOLLON, seul

Rien n'éteindra jamais une flamme si belle. Qu'il est doux d'être aimé d'un coeur tendre et fidèle ! D'un coeur comme le sien ! Je le suis, et pourtant J'obéis à l'Amour qui me rend inconstant, Et qui pour m'accabler, me fait voir le mérite Et la constante ardeur de celle que je quitte. Encor si cet objet s'emportait contre moi, En me représentant mon manquement de foi ; Si par de fiers mépris éclatait sa colère, Tous ses emportements me la rendraient moins chère : Mais ses reproches sont si remplis de douceur, Que loin de m'offenser, ils me percent le coeur. Si j'en étais quitté, je serais moins à plaindre, Mon amour indigné pourrait bientôt s'éteindre, Et le dépit de voir qu'elle m'eut pu trahir ; Malgré tous ses attraits, me la ferait haïr ; Et mon coeur irrité de cette préférence, Pourrait après tomber dedans l'indifférence. Jusque là de sa flamme on doit craindre un retour, Et toujours le dépit marque un reste d'amour : Mais ce qui rend encor ma peine plus sensible, C'est moi, qui dans son coeur porte un coup si terrible. Je la quitte, et par là j'outrage ses appas ; Mais j'ai beau l'offenser, elle ne me hait pas, Elle fait voir toujours une égale constance. Je suis encor surpris de sa persévérance ; Et quand je vois son coeur plus que jamais charmé, Je deviens malheureux à force d'être aimé. Ah ! Trop cruel Amour qui me rends infidèle, Fais qu'elle m'aime moins, ou que je n'aime qu'elle : Mais si je suis aimé de cet objet charmant, La Princesse me charme, et m'aime tendrement ; De l'éclat de ses yeux on ne se peut défendre, Puisque le coeur d'un Dieu s'en est laissé surprendre. Courrons donc rassurer son esprit agité Par les troubles nouveaux où Vénus l'a jeté, Et lui jurer encor... Hélas ! Que vais-je faire ? En m'y forçant, Amour, que tu sers bien ta Mère !

ACTE V

SCÈNE I. Apollon, La Princesse, Palmis.

APOLLON

Mais...

SCÈNE II. Apollon, La Princesse, Clitie, Palmis, Nérice.

SCÈNE III. Clitie, La Princesse, Palmis, Nérice.

LA PRINCESSE

Hélas !

SCÈNE IV.

SCÈNE V. Clitie, Théaspe.

THÉASPE, en entrant tout furieux

Quoi, sans appréhender le courroux de son père...

CLITIE

Moi ?

SCÈNE VI. Le Roi, Clitie, Théaspe, Suite du Roi.

SCÈNE VII. Le Roi, Théaspe, Mirsa, Suite du Roi.

LE ROI, à Mirsa

Il lui parle bas.

Écoutez.

SCÈNE VIII. Le Roi, Théaspe, Suite du Roi.

SCÈNE IX. Le Roi, Théaspe, Vénus dans son étoile.

SCÈNE X. Le Roi, Théaspe.

SCÈNE XI. Le Roi, Théaspe, Mirsa, Suite du Roi.

SCÈNE XII. Le Soleil, Le Roi, Théaspe, Suite du Roi.

SCÈNE XIII. Le Soleil, L'Amour, Le Roi, Théaspe.

2 077 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0