Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Pastorale en vers

Délie

Jean Donneau de Visé· créée en 1667, imprimée en 1668· 5 actes· 1 548 vers· 9 personnages

Représenté pour la première fois en 1667 à l'Hôtel de Bourgogne.

Personnages

  • DÉLIE, Bergère
  • LICIDAS, Berger, Amoureux de Délie
  • CÉLIANTE, Berger, Amoureux de Délie
  • ORPHISE, Bergère, Amante de Céliante
  • PHILÈNE, Berger, Amant de Délie
  • FLORICE, Bergère, Amante de Philène
  • CÉLIDAN, Berger de l'Île de Smyrne
  • PÉRIANDRE, Envoyé du Roi de Thrace, pour le Tribut qu'il tirait tous les ans de l'Île de Scire
  • GARDES DE PÉRIANDRE
Sire,

AU ROI.

Je ne présente à VOTRE MAJESTE que des Bergers, ne trouvant point de Grands Hommes dans l'Antiquité, qui approche d'un Monarque qui nous fait voir en sa seule Personne, tout ce qui a rendu leurs Noms Illustres. En vain, je tâcherais d'ébaucher votre Tableau sur le leur, vous n'avez de Modèle que Vous-même. Je sais que si je considère séparément les Fondateurs de l'Empire Romain, je verrai un courage en Romulus, digne d'éterniser son Nom ; une Politique en Numa, qui a fait, par la force des Lois et de la Raison, ce que son Prédécesseur avait commencé par sa Valeur ; et je verrai, enfin, Tullus, mettre par la magnificence de ses Bâtiments, la dernière main à cette Monarchie. Votre Majesté n'a pas fondé celle des Français ; mais par la grandeur de ses Actions, elle l'assure, et en étend les bornes. Elle ne donne pas des Lois à un nouvel État ; mais elle en réforme les abus : et enfin ses Bâtiments surpassent tous ceux de l'Antiquité. Si laissant Rome en son Berceau, je l'examine dans sa plus haute splendeur, pour y trouver des Crayons proportionnés à ceux qui doivent faire la Peinture de V. MAJESTE, je la verrai, toute superbe, me présenter la grandeur des Césars, et ses Victoires ; la Clémence d'Auguste, dans le Pardon de ses Ennemis ; la Sagesse de Justinien, dans l'Établissement des Lois ; et la Piété de Constantin, dans la Défense de la Religion : mais je ne verrai qu'en la seule Personne de V. MAJESTE toutes leurs Vertus ensemble, sans aucun de leurs Défauts. Je trouverai en Elle, un prince Victorieux, comme César, par sa propre Valeur ; Clément, comme Auguste ; Équitable, comme Justinien, dans la Réforme de la Justice ; et Pieux comme Constantin, en domptant l'Hérésie. Tant de Vertus, SIRE, m'imposent le silence ; et si j'ose, encore, parler, ce n'est que pour protester que je suis,

SIRE, DE VOTRE MAJESTÉ,

Le très humble, très obéissant, et très fidèle Serviteur, et Sujet.

AU LECTEUR

Comme tous les Auteurs se donnent trop de louanges, ou condamnent trop leurs ouvrages, et que je ne veux faire ni l'un, ni l'autre, j'aurais bien voulu ne point donner de Préface. Mais le Libraire qui a cru que cette Comédie aurait plus de débit, si je disais qu'elle a été représentée devant le Roi, a désiré que le Lecteur en fût averti. Je l'ai, donc, satisfait, sans avoir néanmoins la pensée pour cela, que sa Majesté l'ait trouvée belle. Ce grand Monarque n'étant pas moins Galant, que grand Politique et grand Guerrier, connait aussi bien les défauts d'un ouvrage, que ceux d'un Escadron et d'un Bataillon. Tout ce que l'ose dire, est que quelques Endroits ne lui ont pas déplu ; et que si je n'en étais assuré, je ne prendrai pas la liberté de lui en présenter l'Impression.

ACTE I

SCÈNE I.

SCÈNE II. Licidas, Céliante.

SCÈNE III. Délie, Licidas, Céliante.

Délie veut se retirer dès qu'elle les aperçoit.

DÉLIE

Mais...

SCÈNE IV. Délie, Orphise.

ORPHISE

Il se peut.

ORPHISE

Et quoi...

DÉLIE

Hélas !

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Délie, Philène.

SCÈNE VII. Délie, Florice, Philène.

PHILÈNE, à Florice

Taisez-vous.

DÉLIE

Si...

PHILÈNE, à Délie

Ne l'écoutez point.

DÉLIE

Mais...

PHILÈNE

Retirez-vous.

SCÈNE VIII. Florice, Philène.

FLORICE

Moi ?

FLORICE

Perfide !

SCÈNE IX.

SCÈNE X. Philène, Célidan.

PHILÈNE, mettant le doigt sur sa bouche

Allons, donc, mais au moins...

ACTE II

SCÈNE I. Délie, Orphise.

ORPHISE, voyant venir Céliante

Voici le plus aimé, puisqu'il vient seul.

SCÈNE II. Délie, Céliante, Orphise.

CÉLIANTE

Bergère...

SCÈNE III. Délie, Orphise, Céliante, Licidas.

DÉLIE, se tournant vers Céliante

Comme vous lui nuisez, il peut, aussi, vous nuire.

SCÈNE IV. Délie, Céliante, Licidas.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Délie, Célidan.

CÉLIDAN

Il est vrai.

DÉLIE

Allez.

SCÈNE VII.

SCÈNE VIII. Délie, Licidas, Céliante.

CÉLIANTE

Ô Dieux !

SCÈNE IX. Licidas, Céliante.

LICIDAS

Ni moi.

SCÈNE X. Céliante, Licidas, Philène.

CÉLIANTE, sans l'écouter

Quelle étrange disgrâce !

CÉLIANTE

Laisse-nous.

PHILÈNE

Oui.

SCÈNE XI.

ACTE III

SCÈNE I. Orphise, Céliante.

SCÈNE II.

SCÈNE III. Délie, Céliante.

CÉLIANTE

L'Amour...

DÉLIE, levant la tête

Mais, que le jour est beau !

DÉLIE, tournant la tête

L'agréable fontaine !

DÉLIE, tournant la tête d'un autre côté

Ne remarquez-vous point que ce Bois a de charmes ?

SCÈNE IV. Délie, Céliante, Licidas, Florice.

FLORICE

Oui.

SCÈNE V. Délie, Licidas, Céliante, Florice, Philène.

SCÈNE VI. Délie, Licidas, Céliante, Florice, Philène, Célidan.

CÉLIDAN

Lui ?

SCÈNE VII. Délie, Céliante, Licidas, Florice, Philène, Célidan.

SCÈNE VIII. Délie, Céliante, Licidas.

SCÈNE IX. Délie, Céliante, Licidas, Orphise.

LICIDAS

Mais...

LICIDAS, s'en allant

Je vais expirer de douleur.

SCÈNE X. Délie, Orphise.

ORPHISE

J'y cours.

Elle sort d'un côté, et Périandre vient de l'autre.

Mais, devers moi, Périandre s'avance.

SCÈNE XI. Délie, Périandre, Gardes.

PÉRIANDRE

Lorsque mon feu vous offre un Triomphe plus doux, Préférez-moi, Bergère, en prenant un Époux : Le Rang que vous tiendrez, donnera de l'envie ; Au milieu des Plaisirs, vous passerez la vie ; Car, si pour les goûter, il est quelque Séjour, On n'en saurait trouver un autre que la Cour. Là, les Jeux, et les Ris, ont choisi leur Demeure, Les Divertissements y changent à toute heure. Là, se fait admirer ce jeune, et puissant Roi, De qui le Monde entier, doit recevoir la Loi : Ce Roi charmant en paix, et redoutable en Guerre, Dont le Nom, aujourd'hui, fait, seul, trembler la Terre, Et pour qui vous voyez les Bergers, diligents, Courir, avec ardeur, lorsqu'il passe en vos Champs, Et ravis de le voir, oublier leur tristesse, Jeter des cris de joie, et des pleurs d'allégresse, Et dans l'empressement qu'ils font paraître tous, Laisser leurs Troupeaux même, à la merci des Loups, Pour ne voir, qu'un instant, ce Monarque adorable, Qu'on ne voit qu'à travers d'une Foule innombrable De Héros, sur lesquels il paraît, en tous Lieux, Tel qu'on voit Jupiter entre les autres Dieux. Venez, donc, admirer ce plus grand des Monarques, Le voir, de ses bontés, donner à tous des marques, Connaître le Mérite, et le récompenser, Ces plaisirs sont plus grands qu'on ne saurait penser, Et quels que soient, enfin, ceux que je vais décrire, Le plaisir de le voir, vaut tout ce qu'on peut dire. Mais, pour vous montrer mieux, jusqu'où vont ses bontés, Il divertit la Cour par mille nouveautés : Et lui fait admirer d'étonnantes Merveilles, Qui, des plus beaux Esprits, sont les savantes veilles, Les Arts y montrent, tous, ce qu'ils ont de plus beau, De Prodiges sans nombre, on y voit un Tableau, Et rien n'est comparable aux beautés, sans égales, Des Spectacles pompeux de ses Fêtes Royales. Ce grand Roi prend, encor, un utile repos, À voir, dessus la Scène, éclater, des Héros, Par les Portraits parlant de tout ce qu'en leur vie, Ces Demi-Dieux ont fait de plus digne d'envie. Rendez-vous, donc, Bergère, aux charmes de la Cour D'un Monarque si digne, et d'estime, et d'amour, Qui, dans tous vos plaisirs, daignera bien descendre, À dessein, seulement, de vous les faire prendre ; Car, quoi que de ces Jeux, on le voie ordonner, Il ne prend ces plaisirs, qu'afin de les donner.

ACTE IV

SCÈNE I. Délie, Philène.

DÉLIE

Si...

PHILÈNE

Rien.

DÉLIE

Hay ?

PHILÈNE

Ni moi.

SCÈNE II. Délie, Orphise.

SCÈNE III. Délie, Orphise, Licidas, Céliante.

ORPHISE

Mais...

CÉLIANTE, à Orphise

Que diriez-vous, encor ?

DÉLIE, à Céliante

Orphise, qui pour vous...

DÉLIE

Mais...

SCÈNE IV. Délie, Orphise, Licidas, Céliante, Florice.

FLORICE

Sur Orphise.

ORPHISE

Sur moi ?

SCÈNE V. Périandre, Délie, Céliante, Licidas, Florice.

SCÈNE VI.

PÉRIANDRE, seul

Ah ! Quand je vois ces yeux qui savent trop me plaire, Je ne me souviens plus qu'elle n'est que Bergère : Et que Zélinde, enfin, qu'on admire à la Cour, Sut, avant mon départ, me donner de l'amour. Qu'elle écoute ma flamme, et que le Roi mon Maître Semble approuver, aussi, le feu qu'elle a fait naître : Qu'il estime, et de plus, qu'elle tient un haut Rang. Autant par sa beauté, que par l'éclat du Sang, Et Délie, après tout, à mes voeux si contraire, N'est, malgré mon amour, qu'une simple Bergère : Mais, Zélinde est Princesse, et mon ambition Doit, enfin, l'emporter dessus ma passion. Mais, qu'importe du Rang, quand ma flamme est extrême ? Je puis, jusqu'à Zélinde, élever ce que j'aime, Et je m'applaudirai, l'ayant mise en son Rang, De voir que mon Pouvoir peut autant que le Sang, Puisque, si l'une tient son Rang de sa Naissance, L'autre ne peut devoir le sien qu'à ma Puissance. Je crois que ce qu'on fait pour un Objet aimé, Donne un plaisir bien grand, quand on est bien charmé : Et mon amour m'apprend, que la joie est extrême, Quand on peut, en aimant, élever ce qu'on aime. Mais, je ne songe pas, dans mon aveuglement, Que je veux m'abuser, et raisonne en Amant, Qui, rempli de l'Objet qui règne dans son Âme, Tâche d'accommoder la Raison à sa Flamme : Et qui ne songe pas, fuyant sa guérison, Qu'il faut accommoder sa Flamme, à la Raison. Mais, comment faire, hélas ! Puisque lorsque l'on aime, On cherche les moyens de se tromper soi-même ? Ah ! Loin d'agir ainsi, travaillons, dès ce jour, En fuyant de ces Lieux, à vaincre notre amour.

ACTE V

SCÈNE I.

SCÈNE II. Délie, Florice.

SCÈNE III. Délie, Orphise.

SCÈNE IV. Délie, Orphise, Licidas, Céliante.

SCÈNE V. Délie, Orphise, Licidas, Céliante, Philène.

ORPHISE

Hélas !

SCÈNE VI. Délie, Licidas, Orphise, Céliante.

LICIDAS

C'est le Sort qui le veut, ô très chère Délie, Pour qui je vais traîner une mourante vie !

Chacun regarde sa Bergère, qui répond par un regard languissant. Ensuite les deux Bergers se regardent, et se montrent leurs Bergères en soupirant ; ce qui fait un jeu muet quelque espace de temps.

ORPHISE

Allez.

DÉLIE, après avoir été un temps, immobile, dit, en regardant Licidas

Hélas !

CÉLIANTE, à Orphise, et à Licidas

Après un tel effort, ôtez-vous de ma vue.

LICIDAS

Délie lui jette un regard passionné.

Je ne puis... Mais, que vois-je ? Ah ! Ce regard me tue.

SCÈNE VII. Périandre, Délie, Orphise, Céliante, Gardes.

ORPHISE, embrassant Délie

Adieu donc.

Comme ils sont tous tournés pour s'en aller, Périandre paraît, ce qui les oblige de s'en revenir.

SCÈNE VIII. Périandre, Délie, Orphise, Céliante, Licidas, Gardes.

SCÈNE IX. Délie, Licidas, Orphise, Céliante.

DÉLIE, à Licidas

Ah ! Berger.

CÉLIANTE, à Orphise

Qui l'eut cru !

CÉLIANTE, à Orphise

Donnez-moi votre main.

1 548 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0