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un seul est le mot juste.

Comédie en vers· Ou les Amants Brouillés

La Mère Coquette

Jean Donneau de Visé· imprimée en 1666· 3 actes· 1 082 vers· 7 personnages

Personnages

  • GÉRONTE, père d'Arimant
  • ARIMANT, Amant de Belamire
  • LUCINDE, Mère de Belamire
  • JACINTHE, Servante de Lucinde
  • BELAMIRE, Fille de Lucinde
  • LE MARQUIS
  • ERGASTE, Valet de Lucinde
PRÉFACE

Tout Paris a vu jouer en même temps sur deux illustres Théâtres, deux Comédies qui portaient le nom de la mère Coquette, ou des Amants Brouillés. L'une est d'un fameux Auteur, qui a déjà mis plusieurs Ouvrages au jour, avec beaucoup d'applaudissement : et l'autre, celle qui a été représentée par la Troupe du Roi. Si je dois retirer quelque gloire de cette dernière, c'est d'avoir été assez heureux pour inventer un Sujet qui ait pu servir d'Idée à un Auteur dont la réputation est si bien établie. Il a lui-même avoué que je lui en fis confidence chez une Personne de Qualité, qui s'en souvient encor aussi bien que lui. C'est une vérité qui passe pour constante ; et je ne dois pas me mettre en peine de la prouver, puisque des Personnes de Naissance et dignes de Foi, ont vu ma pièce, longtemps avant que cet illustre Auteur eût commencé de travailler à la sienne, et l'ont même dit à sa Majesté, lors que notre guerre a fait le plus de bruit, et qu'elle en était importunée. Depuis, il s'est avisé de dire pour se justifier, qu'il avait tiré sa pièce, d'un sujet Espagnol ; et dans celle qu'il rapporte, on voit une Tante qui élève une Nièce, et qu'il dit lui avoir fourni l'Idée de la mère Coquette. Mais il est bien plus vraisemblable que c'est la mienne, puisqu'il n'y a pas tant de différence de mère à mère, que d'une Tante à une Nièce. Peut-être qu'il me dira que la Tante est vieille : mais cela ne doit produire aucun bel effet, puisqu'il n'est pas impossible qu'elle soit aussi jeune que sa Nièce, et que le Caractère de la mère que nous avons fait paraître sur la Scène, n'est plaisant qu'en ce qu'elle veut paraître aussi jeune que sa fille, et que l'on est persuadé du contraire. Car on en pourrait douter, si c'était une Tante, puisque l'on paraît quelquefois plus jeune que l'on est : mais il est impossible que l'on ait cette pensée pour une mère, quand même elle paraîtrait aussi jeune que sa fille. C'est ce qui rend le Caractère de la mère, ridicule, et ce qui fait voir qu'il n'y a rien de commun entre la Tante de l'Espagnol, et la mère dont je lui ai fourni l'Idée. Pour ce qui est des autres pensées, où nous nous sommes rencontrés, qui ne regardent point la mère Coquette, je crois être obligé de dire qu'elles sont dans le Berger Extravagant, et en d'autres lieux, et que je les ferai voir s'il en est besoin. Quant au Caractère de la Servante que l'on peut dire qui fait tout dans cette Pièce, puisqu'en faisant agir tous les autres, elle agit aussi toujours Elle-même, je ferai voir à cet Auteur, la même chose dans le Roman de Cassandre, et une Lettre qui produit les mêmes Effets que la nôtre de la mère Coquette. Il est vrai que c'est parmi des Personnes relevées : mais cela ne fait rien à notre Dispute. Voilà à peu près, les endroits où nous pouvons nous être rencontrés par la lecture de ces Livres-là : mais pour ce qui regarde le Caractère de mère Coquette, je crois en être le seul inventeur, et que rien n'a pu lui en fournir l'Idée, que les Vers que je lui ai dits sur ce sujet. Au reste, comme ma Pièce a cabalé toute seule, et que je ne me suis point mis en peine de la faire réussir, ainsi que font quelques Auteurs, que la cabale rend illustres, elle n'a pas ressemblé à celles qui font grand feu d'abord, puisqu'elle a été plus suivie à la dix-huitième Représentation qu'à la première.

ACTE I

SCÈNE I. Jacinte, Lucinde.

LUCINDE

J'y vais mettre bon ordre, et je veux que ma fille Suive mes volontés, en épousant la grille. J'agirai doucement, va la faire venir, Et viens voir de quel air je vais l'entretenir.

Jacinte entre dans la chambre de Belamire.

Grille : Assemblage à claire-voie de barreaux de fer ou de bois, se traversant les uns les autres et servant à fermer une fenêtre, une ouverture. Fig. Épouser une grille, se faire religieuse. [L]

SCÈNE II.

SCÈNE III. Lucinde, Belamire, Jacinte.

LUCINDE

Ma fille, de ce nom tâchez de vous défaire, Vous le dites souvent, et sans nécessité : Mais sachez que les gens qui sont de qualité, Ne disent point ma mère, et qu'ils disent Madame. Mais que je sens pour vous de trouble dans mon âme ! Vous grandissez, ma fille, et c'est pourquoi je dois, Du Monde, ou du Couvent, vous faire faire choix. Quand j'y songe un moment, ma peine est sans seconde, Vous souffririez beaucoup, si vous restiez au Monde. Eût-on de grands Trésors, fût-on d'un noble sang, Sans être mariée, on n'y tient point de rang. Il faut donc s'embarquer dedans le mariage ; Mais l'on sait trop que c'est un pompeux esclavage, Un Charme dangereux qui sait nous éblouir, Une Prison ouverte, et dont on ne peut fuir, Un Plaisir sans appas, une douceur amère, Bref, le plus grand des maux, et le plus ordinaire. La Femme doit être humble, et servir son Époux, Endurer son chagrin, endurer son courroux ; Lorsqu'un mari le veut, malgré nous il faut rire, Manger sans avoir faim, pleurer quand il soupire, Et par une rigueur pire que le trépas, Ne se point ajuster quand il ne lui plaît pas. On souffre encor beaucoup dedans le mariage, Des Enfants qui nous font vieillir plutôt que l'âge ; Un Époux, en mourant, peut laisser des procès, Qui nuisent à nos Biens, ainsi qu'à nos attraits. Tel est le mariage : et par l'expérience, On voit que ses Plaisirs n'ont rien que l'apparence, Que tous les hommes sont perfides, inconstants, Et que leur plus grand feu ne dure pas longtemps. On mène dans un Cloître, une plus douce vie, De l'embarras du Monde, elle n'est point suivie, Et c'est celle, à mon sens, que vous devez choisir.

Qualité : Noblesse distinguée. [L]

Sans seconde : Sans pareille. [L]

BELAMIRE

Mais...

SCÈNE IV. Lucinde, Jacinte.

SCÈNE V.

SCÈNE VI. Arimant, Jacinte.

JACINTE, feignant de ne le pas voir

Qui l'aurait pu prévoir !

JACINTE, à Arimant

Donnez.

JACINTE

Quoi ?

ARIMANT

Non.

SCÈNE VII. Arimant, Le Marquis.

SCÈNE VIII. Le Marquis, Géronte.

ACTE II

SCÈNE I. Lucinde, Jacinte.

JACINTE

Eh !

SCÈNE II. Lucinde, Arimant, Jacinte.

SCÈNE III. Lucinde, Arimant, Belamire, Jacinte.

BELAMIRE, d'un peu loin

Mais je vois Arimant.

LUCINDE à Belamire, par derrière Arimant

Sortez donc.

ARIMANT, à Belamire

Entrons. Adieu, Madame.

SCÈNE IV. Belamire, Jacinte.

BELAMIRE

Quoi ?

BELAMIRE

Mais qui ?

BELAMIRE

Mais encore.

BELAMIRE

Je ne puis.

SCÈNE V. Belamire, Le Marquis, Jacinte.

BELAMIRE

Non.

LE MARQUIS

Comme il faut à la Cour être fort ajusté, Et que les Courtisans ont cette vanité, Je veux vous avouer, sans faire le modeste, Que j'eus dernièrement, le désir d'être leste ; Et que souhaitant fort me tirer du commun, Faisant faire un Habit, j'en voulus avoir un De qui l'étoffe fût aussi riche que belle : Mais je voulus surtout, qu'elle fut bien nouvelle, Et je souhaitais fort, s'il faut dire pourquoi, Qu'aucun autre à la Cour, ne fût mieux mis que moi. Mon Tailleur me promit une étoffe admirable, Et me jura qu'aucun n'en aurait de semblable Pour me le faire croire, il fit cent jurements ; Et moi, de bonne foi, je crus à ses serments. Cinq, ou six jours après, il me tint sa promesse, Et je ne le pus voir, sans beaucoup d'allégresse ; Car à vous dire vrai, je trouvai cet Habit Encor cent fois plus beau qu'il ne me l'avait dit. Je m'habillai d'abord, et je fus droit au Louvre : Là, sitôt que de loin un chacun me découvre, On vient pour m'admirer ; et sans être étonné, Je me vis de cent Gens d'abord environné ; Mon Habit les surprend, les ravit, les étonne. Enfin, pendant une heure, il ne passe personne, De qui cet Habit neuf ne reçoive un bonjour, Et chaque Courtisan lui vient faire sa Cour. L'un me prend d'un côté, puis un autre me tire, Et me dit, qu'à loisir, il faut bien qu'il m'admire. Je voyais de cent pas, venir des Curieux, Qui du bout de la Cour, me dévoraient des yeux ; L'un me prend ma Casaque, et puis un autre ensuite, Me la tire à son tour, quand celui-là me quitte. Je voyais des Jaloux admirer froidement, D'autres me regarder avec étonnement ; D'autres criaient tout haut, que cette étoffe est belle ! On n'en voit point encor, elle est toute nouvelle ; Tout est bien entendu, voyez qu'il a d'esprit ! En saurait-on douter, en voyant son Habit ? Enfin, de cet Habit, l'heureuse destinée Fit qu'on parla de lui toute la matinée : Le bruit s'en répandit dans chaque appartement, Et chacun s'entretint de mon ajustement. J'en sentais un plaisir, qu'on ne peut bien décrire.

JACINTE, au Marquis

Fourrez-vous là-dedans.

LE MARQUIS

Mais...

SCÈNE VI. Arimant, Jacinte.

JACINTE se mettant devant la porte, et faisant malicieusement les signes qu'il faut pour faire connaître qu'elle ne veut pas qu'Arimant regarde dans la Chambre

Elle est dedans sa Chambre, et l'on ne la peut voir.

ARIMANT

Quoi ?

SCÈNE VII. Arimant, Belamire, Jacinte.

BELAMIRE en approchant de la porte de la Chambre de sa mère

Sa présence m'aigrit, et je dois l'éviter.

BELAMIRE, en revenant peu à peu

Mais avant que d'entrer, écoutons ce volage.

JACINTE, à Belamire

Quoi, vous manquez de coeur ?

JACINTE, à Arimant

Vous manquez de courage ?

ARIMANT, à Jacinte

Crois que c'est malgré moi.

BELAMIRE, à Jacinte

Mon coeur n'y consent pas.

ARIMANT, à Jacinte

Que vous a-t-elle dit ?

BELAMIRE, à Jacinte

Que disait-il tout bas ?

JACINTE, sur le pas de la porte de la Chambre de Belamire

Ste.

L'original porte Chambre de Lucinde, il semble que Chambre de Belamire est plus vraisemblable.

LE MARQUIS

Hé bien.

JACINTE

Suivez-moi.

LE MARQUIS

Mais...

SCÈNE VIII. Arimant, Belamire, Lucinte, Jacinte.

JACINTE, à part

Tout va bien.

BELAMIRE

Je voulais...

SCÈNE IX. Lucinde, Belamire, Jacinte.

JACINTE, en s'en allant

N'en appréhendez rien.

ACTE III

SCÈNE I. Lucinde, Jacinte.

LUCINDE, sortant de sa Chambre, rencontrant Jacinte

Quoi, tu reviens déjà ?

JACINTE

Quoi ?

LUCINDE

Quoi ?

JACINTE

Lit à part. Vous le pourrez, étant d'assez grande naissance, Et par là vos Beautés seront en assurance. Cela rend les maris toujours obéissants, Respectueux, soumis, suppliants, languissants : Mais si vous ne pouvez en être la Maîtresse, Et qu'enfin, vous soyez réduite à la Grossesse, Au Couvent, de bonne heure, envoyez vos Enfants, Et faites ce qu'Iris a fait depuis deux ans. Sa grande fille étant dedans un Monastère, Voulut revenir voir et le Monde, et sa mère. Elle l'en fit sortir, mais savez-vous comment Elle fit voir le Monde à cet Objet charmant ? Elle fit promener cette belle Crédule, Au Cours, en plein Midi, pendant la Canicule, Pour l'obliger par là, d'en avoir du dégoût. Elle la tint toujours, ignorante de tout, Lui fit voir des Galants brutaux et ridicules, Fit dedans son Esprit, jeter mille scrupules ; Et du beau Monde, enfin, lui cachant les plaisirs, Et lui montrant les maux, elle eût d'autres désirs. Ainsi, fort dégoûtée, elle pria sa mère De la vouloir bientôt, remettre au Monastère. Pour les Garçons, encor qu'ils soient fort beaux Enfants, Elle ne les voit point depuis cinq, ou six ans : Deux sont dans un Collège, et deux sont à l'Armée. Quand ceux-ci furent grands, elle en fut alarmée, Et ses cruels attraits la bannirent d'abord, Croyant qu'au Lit d'Honneur, ils trouveraient la mort. Elle ne craint pour eux, ni fièvre, ni rougeole, Et ne blâmeraient pas la petite Vérole, Si par là...

Naissance : Absolument. Noblesse. [L]

SCÈNE II.

SCÈNE III. Arimant, Jacinte.

SCÈNE IV. Arimant, Belamire, Jacinte.

SCÈNE V. Belamire, Jacinte.

SCÈNE VI. Belamire, Jacinte, Géronte.

GÉRONTE

C'est...

SCÈNE VII. Géronte, Belamire, Lucinde, Arimant, Jacinte.

Il faut que dans cette scène Géronte et Lucinde séparent les deux Amants : et que Jacinte soit au milieu de tout, un peu derrière.

BELAMIRE, à Arimant

Quoi ? Vous l'épouserez ?

GÉRONTE, à Belamire

L'aimeriez-vous encor ?

ARIMANT, à Lucinde

Mais, Madame...

BELAMIRE

Pour la dernière fois, laissez-moi lui parler.

L'un passe par devant Lucinde, et l'autre par devant Géronte, et prennent tous deux le milieu, ils se trouvent l'un près de l'autre.

LUCINDE, à Arimant, en l'arrêtant

Vous ne le devez point, gardez bien de le faire.

JACINTE, à Arimant

Arrêtez...

GÉRONTE, à Belamire en l'arrêtant

Que faites-vous ?

SCÈNE VIII. Arimant, Lucinde, Belamire, Géronte, Jacinte, Ergaste.

LUCINDE, à Jacinte

D'où peut venir ce bruit ? Va vite le savoir.

Elle sort avec Éraste.

SCÈNE IX. Lucinde, Arimant, Belamire, Géronte, Jacinte.

SCÈNE X. Lucinde, Arimant, Belamire, Géronte, Jacinte, Le Marquis.

SCÈNE XI. Géronte, Arimant, Belamire, Jacinte.

1 082 vers· cliquer un vers pour le scander· texte établi par Paul Fièvre (Théâtre classique), balisage FreDraCor, licence CC BY-NC-SA 4.0